‹ Traité de pathologie externe et de médecine opératoire (volume 2)Chapitre 85 sur 358 · CHUTE OU RENVERSEMENT DU VAGIN · texte numérisé non relu

CHUTE OU RENVERSEMENT DU VAGIN

[La chute du vagin est un déplacement de là membrane muqueuse du: vagin analogue à la chute de la muqueuse du rectum {voyez L. IV, p. h3h). Elle résulte du relâchement ou de l’engergement de cette membrané qui glisse sur là tunique subjacente sans l'emporter dans son déplacement. Le renversement est partiel ou total, c’est-à-dire qu’il porte Sur une partie Ou sur la totalité de la circonférence de la muqueuse.

Les femmes d’une constitution molle, celles qui font un usage fréquent des bains chauds, qui sont atteintes de leucorrhée, qui ont eu beaucoup d'enfants, sont particulièrement exposées à ce genré d'affection. Elle $e développe äprès des efforts plus où moins violents, tels que ceux qui Sont octa-

) Mémoires dé l’Académie de médecine, L, VD: 196,

(1 (2) Gazeté medicüle, 1836, p. 200.

CHUTE OÙ RENVERSEMENT DU VAGIN. 331 sionnés par une miclion difficile, une constipation prolongée. D’après Scanzoni (1), la distension qu'éprouve le vagin pendant l'accouchement, l'äffaiblissement du muscle constricteur de ce canal, les ruptures complètes

ét incomplètes du périnée, doivent être considérés comme autant de causes du renversement de la muqueuse du vagin.

Symptômes. — Le renversement du vagin se présente avec des caracières différents, selon le degré où le déplacement est arrivé. Au début, on rencontre dans l’intérieur même du vagin, à la hauteur du pubis, une tuimeur sous la forme d’un bourrelet irrégulièrement plissé, dans lequel il est facile d'introduire le doigt. À un degré plus avancé, la tumeur, conservant {oujours la même forme, occupe l'entrée même du vagin et augmente ou diminue de volume, selon que la malade est debout ou couchée. Enfin, à un degré plus avancé encore, on trouve une tumeur cylindrique entre les

Grandes lèvres, percée d’une ouverture ronde à son extrémité, pouvant être facilement refoulée en haut et accompagnée de pesanteur et de tiraillements dans l’hypogaëtre, d’une dysurie occasionnée par le changement de direction de l’urèthre. Si l'affection est abandonnée à elle-même, la muqueuse vaginale exposée au contact de l'air et de l'urine, exposée pendant la marche au frottement incessant des cuisses, se tuméfie et la tumeur augmente de volüme, en même temps que les troubles fonctionnels sont plus marqués.

Lraitement. — Lorsque le renversement de la muqueuse est peu marqué, on lé combat par des injections toniques et astringentes, avec une décoction de roses rouges, de racine de bistorte, d’écorce de grenade. Les bains froids et les bains de mer sont d'excellents adjuvants. L'affection estelle plus avancée, il faut procéder à la réduction de la tumeur, ce qui est en général facile lorsque la tumeur est récente ; si là réduction ne s’obtenait pas, un aurait recours aux mêmes moyens que Ceux que nous indiquerons pour la déscenté de l'utérus (voyez plus loin).

La tumeur une fois réduite, il faut la contenir au moyen d’un pessaire en forme de bondon, maintenu dans le vagin par l'intermédiaire d'une lämé à ressort qui est fixée à uné ceinture hypogastrique.

On a tenté dé guérir radicalement le renversement du vagin, soit en exci- Sant autour de l’orifice vulvaire quelques plis de la muqueuse (Dieffenbach), soit en exCisant un large lambeau de la muqueuse sur les parois latérales du Vagin et én opérant la réunion immédiate des lèvres de la plaie (Marshall, Heming). |

ARTICLE IIL Corps étrangers du vagin.

Le vagin est un des organes où l’on rencontre le plus de corps étrangers,

bién éntendu Si l'on compte les peséaires. On y a trouvé une infinité de

(1) Traité pratique des maladies des organes sexuels de la femme, par F.-W, de Scanzoni, traduit de l'allemand par les docteurs H. Dor et A. Socin, 1858, p. 426

corps, depuis des épingles jusqu'à un pot à pommade, Les faits les plus remarquables sont ceux observés par Dupuytren et par M. Bérard. Une jeune fille de la campagne qui vint à l’Hôtel-Dieu de Paris, en disant qu’elle avait été violée par des soldats plusieurs années auparavant, et assurant qu'après que ces malheureux eurent assouvi leur passion criminelle, ils lui introduisirent dans le vagin quelque chose qui depuis ce temps v était resté. Dupuytren reconnut un corps dur, de forme circulaire, occupant toute la capacité du vagin, et résonnant lorsqu'on le frappait avec un instrument métallique. Avec des pinces, des teneltes, on parvint, non sans peine, à retirer ce corps étranger : C'était un petit pot, ayant à peu près deux pouces de diamètre sur autant de hauteur ; sa concavité était tournée vers le col de l'utérus; toute sa surface offrait une couche d’une substance noire et solide, d’une odeur très fétide.

Une femme qu'une affection de la matrice avait obligée à porter un pessaire d'ivoire en bilboquet se présenta à peu près à la même époque à l'Hôtel-Dieu de Paris ; elle avait laissé très longtemps ce pessaire sans le retirer : un jour qu’elle voulait l’extraire, la grande tige à laquelle viennent se rendre les trois branches qui supportent ce cercle se brisa. Le corps de l'instrument resta plusieurs années sans causer d'incommodité. Mais enfin, la douleur survenant, la femme réclama les secours de l’art pour l'extraction de ce corps. Dupuytren explora le vagin, et reconnut que les deux parties latérales du cercle étaient libres dans le Canal, mais que les deux autres, l’antérieure et la postérieure, étaient engagées dans la membrane muqueuse et ne pouvaient en être dégagées. Le doigt, porté dans le rectum, fit reconnaître une petite partie du cercle à nu dans cet intestin, et la sonde, introduite dans la vessie, apprit au chirurgien qu’une autre partie faisait saillie et était également à nu dans cet organe. Jamais cette femme n'avait eu ni fistule urinaire ni fistule stercorale. L’extraction présentait les plus grandes difficultés. Dupuytren essaya d’abord de scier le cercle dans le rectum; il ne put y parvenir : alors, à l’aide d’une pince très solide qu'il fit construire, et dont chaque mors offrait un tranchant mousse venant se rencontrer, il brisa le cercle dans le rectum et dans le vagin, et, par l’une et par l’autre de ces cavités, il arracha les deux parties du corps étranger circulaire, qui présentait trois espèces de dents, restes des branches par lesquelles l’anneau était supporté. Cette femme guérit sans conserver aucune incommodité.

La femme observée par M. Bérard était fort âgée; elle ne songeait plus à son pessaire depuis vingt-cinq ans qu'elle en avait rompu la tige. On le sentait à nu dans la vessie au moyen de la sonde, et très distinctement dans le rectum avec le doigt. Le vagin, à peu près complétement oblitéré au-dessous, ne formait plus qu’une espèce de cul-de-sac offrant un léger pertuis dans la partie supérieure. |

Il semble tout d'abord que le diagnostic des corps étrangers doive être d'une grande facilité; il n’en est rien cependant, puisque l’erreur peut aller jusqu’à confondre les effets du séjour du pessaire avec les Symptômes d’une

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