LÉSIONS ORGANIQUES DE LA VESSIE
Presque toutes ces Jésions de la vessie revêtent la forme de tumeurs plus ou moins pédiculées, dans lesquelles l'élément cellulo-vasculaire prédomine.
Avant les travaux récents sur les maladies de la prostate, on admettait. un bien plus grand nombre de lésions organiques de la vessie. Ainsi certains développements des lobes de la prostate qui se portent du côté de la vessie, développements produits par une hypertrophie ou une vraie dégénérescence, tous, où à peu près tous, étaient considérés comme des affections organiques de la vessie, comme des varices, des tumeurs variqueuses de cet organe. On voit déjà Boyer avancer que « dans beaucoup de cas les fongus sont continus à la prostate. » Selon le même chirurgien, cette maladie attaque plus souvent les homimes que les femmes ; les adultes, les vieillards que les enfants, toutes preuves qui viennent à l’appui de ce que j'avance.
Cependant il ne faudrait pas exagérer en sens inverse des anciens, et nier, comme on l’a fait dans ces derniers temps, les varices du col de la vessie. Il est vrai qu'elles sont rares à l’état simple, c’est-à-dire sans fongus, sans développement morbide de la prostate; mais elles existent en réalité, et j'en citerai bientôt un exemple.
Quoique la forme polypeuse soit celle que revêtent la plupart des tumeurs de la vessie, les polypes proprement dits y sont très rares. Les lésions orgahiques maligues, les cancers, sont peu fréquents; les fongus sont les tumeurs qu'on rencontre le plus souvent; on peut même dire que la vessie est leur lieu de prédilection, c’est à que l’on trouve les types de ces excroissances.
Varices de la vessie.
je viens de dire qu’elles étaient rares. En voici un exemple incontestable :
Un malade entré dans le service de M. le professeur Laugier à l'Hôtel Dieu pour une affection du fémur, une exostose périostale, à été pris d’une hématurie abondante. Le sang était noir et pur, sans mélange d'urine. En “palpant la région hypogastrique, on trouva la vessie distendue et remontant très haut. L'hémorrhagie avait lieu par regorgement. Le cathétérisme ne fit constater aucune lésion appréciable; point de rétrécisseinent, point de tumeur ni de fongosités dans la région prostatique.
Il est bon de rappeler, pour expliquer ce défaut de contraction de la vessie, que le malade a eu quelque temps auparavant une myélite accusée par de vives douleurs de reins, avec paraplégie, lesquels symptômes persistaient encore à un léger degré en ce moment. Bref, depuis ce jour, l’hématurie n’a cessé de se reproduire par intervalles, et quelquefois avec une extrême abondance, sans que les applications froides et divers autres moyens employés avec persévérance aient pu l'arrêter. Le malade, graduellement affaibli par ces pertes de sang réitérées, a fini par tomber dans une prostration extrême, à laquelle il n’a pas tardé de succomber.
A l’äutopsie, on a constaté l'existence de varices volumineuses au col de la vessie, L'une de ces varices était ulcérée et largement ouverte. C’est par
cet orifice béant qu'avait eu lieu l'hémorrhagic uréthrale incoercible. On comprend l'impuissance de la thérapeutique dans ce cas.
Cette observation n’est pas tout à fait sans précédent dans les annales de la science; on en trouve un certain nombre d'exemples dans Bonnet, Morgagni, Chopart, Desault et quelques autres auteurs. Mais ces exemples diffèrent en général de ce fait, en ce que les varices existaient rarement seules, qu'elles ‘étaient presque toujours compliquées de lexistence d’une autre lésion qui avait pu contribuer à les produire ou à les entretenir. Ainsi, dans la plupart des observations empruntées aux auteurs que nous venons de citer, il existait en même temps des calculs vésicaux ou des tumeurs prostatiques. Desault et Ghopart: rapportent, il est vrai, quelques cas d’hématuries sans corps étrangers dans la vessie. Il s’agit, dans ces observations, de sujets qui, après un séjour prolongé aux Antilles, étaient rentrés en France affectés d'hématuries provenant de varices. Desault prétend Ies avoir guéries par le séjour permanent d'une sonde dans la vessie, agissant comme corps compresseur. M. Laugier considère ces guérisons comme douteuses, ou du moins, sans en contester Ja réalité, c’est à unc autre circonstance qu’à la compression par la sonde qu'il les attribue, notamment à l’ensemble des moyens coïncidemment employés, et suriout aux changements de régime et d'habitude, et à la cessation des excès et de l'abus des excitants si communs dans les pays chauds.
Ici il n’y avait rien de semblable : ni calculs, ni autres corps étrangers dans la vessie, ni tumeur, ni fongosités de la prostate; rien autre chose, en un mot, que des varices. On concevra aisément, en présence d’une semblable lésion, combien il devait être difficile de porter un diagnostic précis et rigoureux, et combien surtout la thérapeutique était désarmée.
ARTICLE IT, Polypes de la vessie.
J'ai déjà dit que ces tumeurs étaient extrêmement rares. Je vais transcrire les deux exemples qui me paraissent le plus en rapport avec l’idée qu'on se fait généralement du polype en chirurgie. Le premier cas que je citerai avec détail est remarquable, en ce sens, que ce polype fut pris pour un calcul, et cette erreur fit entreprendre la taille. Voici le récit de A. Petit lui-même :
George Vigneron, âgé de vingt-huit ans, habitant de Saint-Cyr, éprouve depuis longtemps tous les accidents de la pierre. Je sonde et crois en reconnaître la présence; les préparations d'usage achevées, je l’opère après avoir pris les conseils de MM. Champeau, Martin l'aîné, Carticr et Beau caire, chirurgien-major du 9° de dragons, qui tous, ainsi que moi, ont cru sentir la pierre. Cependant la vessie est ouverte, je la cherche vainement. Je n’embrasse qu'un corps mou, lisse, poli dans sa surface, et qui me
FONGUS DE LA VESSIE. 63 paraît une tumeur squirrheuse placée entre le rectum ct la vessie. Cette opinion est partagée par les consultants, qui pensent, ainsi que moi, que tout procédé opératoire ne peut plus convenir ; le malade est reporté dans son lit,
Sa plaie se ferme en peu de jours. Je le mets à l’usage des remèdes fondants : ils sont inutiles. Les mêmes accidents persistent, la tumeur se développe; il sort de l'hôpital pour retourner dans ses champs. Après un an de souffrances, il en revient et meurt de consomption, À l'ouverture du cadavre, je trouve dans la vessie un polype du volume du poing, d’une forme pyramidale, et tenant par un pédicule excessivement étroit. Cette pièce, conservée dans mon cabinet, est une des plus curieuses de ma collection (1).
M. Mercier parle d’un polype aui est micux caractérisé. On observait, dit-il, dans la cavité de la vessie, à 23 millimètres en arrière et en dehors de l’uretère droit, une végétation vésiculeuse, molle, pulpeuse, demi-transparente, dans laquelle se trouvaient un grand nombre d’arborisations vasculaires; elle était pédiculée et se continuait avec la muqueuse.
Je n’ajoute rien pour le traitement, parce qu’il se rapporte à celui des tumeurs qui vont être étudiées. |
l'ongus de la vessie.
Ce sont des tumeurs qui poussent dans la vessie avec ou sans pédicules, et dont la surface est inégale, mamelonnée ou à grandes houppes. Ces tumeurs saignent très facilement, et en général elles sont de nature cancéreuse ou prennent souvent cette nature mafigne,
Causes. — Les fongus de la vessie, comme la plupart des affections de cet organe, sont plus fréquents chez l'homme que chez la femme. Ces tumeurs se rencontrent aussi plus fréquemment chez les adultes et chez les vieillards que chez les enfants; elles sont communes chez les calculeux et sur les points de la vessie qui ont le plus à souffrir de la présence du corps étranger. Ceci prouve que Firritation, même mécanique, à une influence prononcée sur la production des fongus : les phlegmasies simples de la vessie sont aussi une cause prédisposante fréquente de ces tumeurs. Il arrive souvent encore que le fongus se développe dans une vessie saine, du moins dans une vessie qui n’a jamais été le point de départ de phénomènes morbides ayant pu être observés. Quelquefois il y a complication de fongus et de névralgie de la vessie. Mais une question reste indécise, c’est celle de savoir si les excroissances sont le résultat ou la cause de cet état nerveux. Ce qui semblerait venir à l'appui de l'opinion qui admet le stimulus nerveux comme cause, ce sont les cas de fongus avec calcul, fongus qu’on laisse dans la vessie après l'extraction du corps étranger, et qui restent stationnaires, si même ils ne diminuent de volume.
(1) Marc-Antoine Petit, Médecine du cœur et Discours, 1823, p. 349. ) » P
6h MALADIES DE LA VESSIE. 4
Sœmmering, considérant les fongus vésicaux comme souvent änalôgues aux végétations syphilitiques, regarde le virus vénérien comme une de leurs principales causes.
Siége. — Forme, — On les rencontre moins souvent au sommet et à la partie antérieure de la vessie qu’au bas-fond et surtout au trigone; par exception, on en a trouvé sur les côtés du col; 1l en est un qui a été rencontré à la pärtie supérieure de la vessie. On a observé sur la saillie des lobes latéraux de la prostate des tumeurs qui étaient réellement de nature fongueuse, et qui n'étaient pas dues à l’engorgement partiel de cette glande. Voici un exemple de la position exceptionnelle des fongus de la vessie; il a été publié par M. Bédor. A l'hôpital de Troyes, le cadavre d’un octogénaire qu'on croyait attaqué de la pierre offrit une masse fongueuse implantée par un pédicule resserré sur la membrane muqueuse à sa région antéricure et Supérieure. Gette tumeur égalait le volume d’une grosse truffe. La surface, d’un rouge de sang, était couverte d’une couche peu épaisse et facile à détâcher du sédiment urinaire, d’une couleur orange foncé; sa substance était pulpeuse, blanchâtre et de nature cérébriforme (1). Quelquefois le fongus s'élève sur une autre tumeur, et principalement sur celles du col de la vessie ; c'est ce qui explique la différence de consistance de ces tumeurs complexes, différence qu’on remarque entre la base et le sommet.
Quant à leur forme, il en est de triangulaires, d’aplatis; il est rare qu'ils
Fig. 655.
soient complétement et régulièrement arrondis. Quelquefois ce sont des espèces de toufles filamenteuses, fibreuses, flottantes dans la vessie. La
(1) Gagetle des hôpitaux, t. VIT, p. 148.