SECTION QUATRIÈME
J'appelle ainsi ce que les anatomo-pathologistes ont désigné sous les noms de transformations morbides , de dégénérescences , de produits ou tissus morbides , de produits ou tissus accidentels. J'expliquerai bientôt ces mots.
Dans les lésions physiques, on voit des parties divisées , disjointes, mais conservant leur-texture; l'os cassé a toujours la même trame, il est pénétré des mêmes sels; c'est enfin un os cassé, mais c'est encore un os : dans la section qui précède immédiatement celle-ci , la partie malade est animée autrement que dans l'état normal; elle est dans des rapports inaccoutumés avec des humeurs morbides ou normales ; elle peut subir certaines pertes de substance, mourir même , mais sans dégénérer, c'est-à-dire sans devenir un autre tissu : c'est, par exemple, du tissu cellulaire imbibé de sang ou subissant une ulcération ; il est frappé même jusqu'à la mortification , mais il ne devient jamais ni un tissu fibreux ni osseux , enfin il ne passe pas à une autre catégorie anatomique. Dans la présente section, au contraire, la partie est organiquement lésée; l'organe se déclasse, il ne sera plus le même organe. Un muscle, par exemple, ne sera plus composé de fibres rouges rétractiles contractiles, il n'aura plus enfin de fibres musculaires , ce sera peut-être un amas de graisse; il y aura , comme je l'ai déjà dit, ce que les anatomo-pathologistes appellent une transformation morbide. Ou bien dans le voisinage d'un organe ou dans ses interstices , nait un tissu différent de ceux qui entrent dans la texture primitive de l'organe; ce tissu accidentel ou morbide se développe, comprime d'abord le tissu normal et finit quelquefois par l'envahir complètement. On voit alors un tissu qui naît dans un autre tissu, et qui , se mettant quelquefois tout à fait en son lieu et place , l'annule complètement; c'est là un produit morbide ou un tissu accidentel selon les anatomo-pathologistes; il sera avec ou sans analogue, c'estii-dire qu'il répétera un autre tissu de l'économie , ou bieu il n'aura aucun type dans l'organisme. Ainsi , dans le premier cas , ce sera une masse fibreuse qui naîtra dans une masse musculaire; dans le second cas, il poussera un tissu qui ne pourra être comparé à aucun de ceux de l'économie: ce sera une masse ayant l'aspect du lard ou la trame du navet , variétés du cancer. Non seulement il peut surgir un tissu dont l'analogue ne se trouve pas dans l'organisme; mais il peut encore naître un organisme dans notre organisme, c'est-à-dire un corps
UUQ LÉSIONS ORGANIQUES.
finissant par avoir une vie indépendante de la nôtre. Exemple : les animaux parasites.
Ces manifestations de la lésion la plus profonde de l'organisme, je les ai appelées lésions organiques pour indiquer que la lésion portait sur le principe même delà constitution des organes. On objectera, je le sais, que les autres lésions, celles, par exemple, que j'ai appelées physiques ou vitales , sont aussi des lésions organiques , puisqu'elles portent sur des organes; mais je répondrai qu'alors elles ne les atteignent pas de la même manière, elles ne les atteignent pas organiquement. Ici, on voit apparaître la dispute de mots. On pourrait objecter aussi qu'il n'est pas de lésions appartenant à la section présente, qu'il n'est pas de lésions organiques sans lésion vitale, et que, parvenues à un certain degré, ces mêmes lésions organiques produisent des dérangements et même des lésions physiques, puisque des tumeurs cancéreuses oblitèrent, compriment, disjoignent, etc. Cela veut dire que tout se tient en pathologie ; mais, comme dans un livre, les divisions sont d'une incontestable utilité, j'ai adopté celles qui me paraissaient le moins reprochables. Pour en finir avec celte explication, j'avouerai, si l'on veut, que j'ai dit lésions organiques pour indiquer en deux mots d'une manière peut-être imparfaite ce que les auteurs ne désignent pas plus catégoriquement en plusieurs phrases.
Si j'avais à écrire un livre complet d'anatomie pathologique, je devrais commencer par des considérations sur les diverses altérations que je comprends sous le titre général de cette section. Ainsi je traiterais : 1° des transformations morbides en général , puis, d'une manière particulière , des transformations muqueuses cutanées g^msseuses, etc. ; 2" des produits morbides, que je diviserais en produits morbides avec ou sans analogue; 3° il me faudrait ensuite entreprendre l'histoire naturelle des animaux parasites et décrire leurs effets sur notre économie. Je me bornerai ici, pour ne pas dépasser les limites d'un livre de chirurgie, à traiter avec quelque détail des lésions organiques qui se présentent surtout sous un aspect chirurgical, celles, par exemple, qui forment tumeur ou qui constituent des difformités, celles enfm qui nécessitent des opérations chirurgicales. Ce que je dirai des animaux parasites sera très court, tandis que je traiterai plus particulièrement du cancer et du tubercule, produits morbides dont la connaissance est de la plus grande importance dans les grandes déterminations chirurgicales.
Les diverses lésions organiques forment des tumeurs qu'on a divisées en deux catégories : 1" malignes, 2° bénignes. Les. bénignes ne sont pas toujours complètement locales, et surtout, même étant locales, elles se reproduisent assez souvent après l'extirpation, mais alors sur place et parce que toutes leurs racines, toutes leurs graines, leurs cel-
TISSU ADIPEUX ANORMAL. Zjill
Iules n'ont pas été enlevées. Les tumeurs malignes se reproduisent sur place et ailleurs, parce qu'elles sont partout, c'est-à-dire qu'elles ont leur semence, leur germe dans le sang.
Quant aux noms à donner aux espèces de lésions organiques, après mes explications, qui sont plus que suffisantes pour que l'élève les rapporte aux catégories établies dans les livres d'anatomie pathologique, je choisirai les plus usités dans les livres de chirurgie.
Les maladies qui vont être décrites, étant réfractaires à la médication indirecte, je ne ferai pas beaucoup de thérapeutique proprement dite. C'est surtout la médecine opératoire qui sera invoquée ici, et comme les moyens ne varient pas beaucoup selon la nature de 'ja tumeur, comme il faut presque toujours l'enlever, la détruire, j'ai remis à la fin de cette section les considérations de médecine opératoire et l'exposition des méthodes, des procédés.