‹ Traité de pathologie externe et de médecine opératoire (volume 3)Chapitre 198 sur 302 · LÉSIONS ORGANIQUES DES VAISSEAUX ET GANGLIONS LYMPHATIQUES · texte numérisé non relu

LÉSIONS ORGANIQUES DES VAISSEAUX ET GANGLIONS LYMPHATIQUES

Les mêmes causes qui produisent l'angioleucite et l'adénite peuvent favoriser le développement des dégénérescences des vaisseaux et ganglions lymphatiques, soit en agissant plus lentement, soit en fixant sur ces tissus la cause diathésique de ces lésions profondes. D'ailleurs , les lymphatiques peuvent puiser dans certains foyers la maladie pour ainsi dire toute faite : ainsi la matière tuberculeuse et l'humeur cancéreuse peuvent passer dans les lymphatiques et les ganglions, et se les assimiler.

Il est quelquefois difficile de distinguer l'inflammation chronique de ce système de son hypertrophie et même du squirrhe : aussi ces états sont-ils souvent confondus par les praticiens sous le nom d'engorgements chroniques. La science sous ce rapport laisse à désirer; c'est ce qui m'oblige à réduire à un seul article ce qui plus tard devra être divisé en plusieurs. Il sera surtout question ici des engorgements ganglionnaires.

Les dégénérescences des vaisseaux lymphatiques se remarquent surtout dans des cas de cancer. M. Andral a disséqué une femme qui mourut d'un cancer utérin , et qui, outre des ganglions nombreux ayant subi cette dégénérescence, offrait dans les vaisseaux lymphatiques une matière qui avait bien l'apparence du tubercule, car elle était d'un blanc mat, d'une consistance médiocre, s'écrasant facilement sous le doigt , et ne présentant d'ailleurs aucune trace d'organisation. Il est beaucoup plus rare de voir la matière tuberculeuse combinée avec les parois elles-mêmes des vaisseaux lymphatiques. Lauth ïivait consigné dans sa thèse un cas de carie des os des îles dans lequel on trouva les lymphatiques du bassin remplis de matière osseuse, bœmmerring a fait des observations analogues. L'introduction ou la formation de ces matières dans les lymphatiques peuvent les oblitérer.

Dr-ux éléments principaux composent les ganglions : 1° des vais-, seaux lymphatiques ; 2" du tissu cellulaire. Il paraît que c'est surtout celui-ci qui est affecté ; car, d'après les expériences du docteur Baker, une injection de mercure dans des ganglions diversement altères traverse librement les vaisseaux. Ceci est en opposition avec cequou a constaté en France relativement aux ganglions enflammes.

Il serait bon de bien caractériser ici l'hypertrophie des ganglions, pour ne pas la confondre avec d'autres lésions. Mais aura-t-on réussi quand on aura noté « qu'ils sont alors plus volumineux tantôt d une c!ouleur rouge, grise ou brune, et tantôt avec une décoloration complète de leur tissu ? « (Andral.)

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L'iiulunition blanche des ganglions constitue, selon M. Andral, ce qu'on a appelé l'état squirrheux. Le tissu est alors homogène, dur ; il crie sous le scalpel ; il est d'un blanc mat et resplendissant comme de la nacre.

C'est surtout la matière tuberculeuse qu'on rencontre très souvent dans les ganglions lymphatiques. Ceux qui ont beaucoup ouvert de cadavres d'enfants, ceux qui ont souvent assisté aux extirpations qu'on pratique de nos jours, verront qu'il n'y a rien d'exagéré dans ce que j'avance ici. La matière tuberculeuse est déposée dans les ganglions, sous forme d'infdtration ou par petits noyaux qui se rapprochent de plus en plus; alors tout un ganglion est tuberculeux, ou bien une portion plus ou moins considérable est envahie, l'autre n'étant qu'endurcie. Les points des ganglions où il n'existe pas de matière tuberculeuse ne sont pas toujours malades. Il ne faudrait donc pas admettre que toujours il y a eu adénite quand on trouve de la matière tuberculeuse. Cette adénite est quelquefois marquée ; le tissu des ganglions est alors développé et frès rouge.

Pour expliquer la formation des tubercules dans les ganglions, diverses hypothèses ont été émises. On s'est demande si réellement la matière était formée dans les ganglions, ou si elle y avait été portée ; si elle est ou non une altération de la lymphe : le sérum, a-t-on dit, peut contenir accidentellement de la fibrine qui pourrait se coaguler et subir la transformation tuberculeuse, etc.

Je ne parlerai pas de la raélanose des ganglions lymphatiques, qui est plutôt une altération de couleur qu'une dégénérescence de ces organes.

C'est avec les tubercules qu'on observe dans ces ganglions des dépôts de phosphate calcaire. Quelquefois la matière tuberculeuse est sablée de petits grains de ce sel ; il arrive aussi qu'il s'en forme des amas au point que tout un ganglion est transformé en un corps pierreux, lequel ne fournit à l'analyse que quelques traces de matière animale. Cet état calcaire peut même être un mode de guérison naturel. La vieillesse offre le plus d'exemples de ces dépôts calcaires; ils se formeiit ordinairement dans les ganglions des grandes cavités. M. Andral en a vu cependant chez déjeunes sujets et chez l'adulte, entre autres un cas sur un sujet de seize ans, un second sur une femme de trente-trois ans. Ce qu'il y a de remarquable, c'est que les dépôts calcaires dans les ganglions coïncidaient avec des déperditions considérables de la substance osseuse : ainsi, dans le premier cas, c'était l'os des iles qui offrait cette altération, et chez la femme qui le portait on trouva une destruction complète de six vertèbres. Ces dépôts calcaires dans les ganglions à un âge ou on ne les rencontre pas, l'absence de ce sel sur certains points du squelette, ouvrent le champ aux hypothèses

OU du moins compromettent beaucoup celle qui veut que les transformations des organes soient le résultat d'un travail purement local.

Quand des engorgements ganglionnaires existent plus ou moins loin de certaines dégénérescences cancéreuses, on a voulu distinguer ceux qui n'étaient qu'irrités sympathiquement de ceux qui participaient à la dégénérescence. Cette distinction, difficile en théorie, est presque impossible au lit du malade ; ceux qui ont tenté de l'établir avaient pour but de modifier l'opération selon la nature de l'affection ganglionnaire. Selon eux, on devrait épargner les ganglions quand ils ne sont qu'irrités sympathiquement, tandis que leur ablation devient nécessaire, s'ils participent à la dégénérescence ; le pronostic eût aussi été modifié selon ces deux circonstances ; dans le premier cas, il serait moins grave que dans le dernier. Lisfranc, qui parlait beaucoup de cette distinction et qui se flattait de l'appliquer cliniquement, échouait presque toujours. J'ai pu constater ses erreurs pratiques.

Quelle que soit la nature des engorgements ganglionnaires, adénite chronique, hypertrophie, dégénérescences de ces organes, on a dirigé contre eux une foule de moyens dont voici les principaux : 1° onguent mercuriel, pommades iodurées concurremment avec des sachets aromatiques très chauds, iode; 2" ce dernier moyen administré aussi à l'intérieur; aujourd'hui l'iodure de potassium est employé d'une manière vraiment abusive; 3" hydrochlorate de baryte à l'intérieur : l'estomac le tolère peu, et ses effets ne sont pas plus satisfaisants que pour les tumeurs blanches ; ii" le vésicatoire aide la résolution des tissus qui environnent le ganglion, mais il ne résout jamais complètement celui-ci. Il en est de môme des moyens de la première catégorie.

Opérations qu'on pratique pour détruire ou enlever les ganglions malades.

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