‹ Traité de pathologie externe et de médecine opératoire (volume 3)Chapitre 38 sur 302 · I. — Topiques mous · texte numérisé non relu

I. — Topiques mous

A. Cérâts. — Les cérats ont la consistance du miel. Il entre dans leur composition de la cire , de l'huile , de l'eau ; quand on n'ajoute aucune autre substance, ils sont simples : ils sont blancs ou jaunes, selon qu'ils sont préparés avec de la cire blanche ou jaune. Les cérats composés sont avec addition de divers médicaments. Ainsi le cérat de Goulard contient de l'extrait de Saturne ; il y a un cérat opiacé auquel on a ajouté de l'opium, du laudanum; un cérat soufré, un cérat mercuriel, qui contiennent de la fleur de soufre, de l'onguent napolitain. On fait, avec de l'extrait de belladone, de l'eau distillée et du cérat, une pommade appelée cérat belladoné ou pommade de belladone.

Les cérats sont des topiques dont on fait le plus d usage dans les pansements; le cérat simple est le plus souvent employé dans le pansement îles plaies; les céials composés sont plus usités en frictions.

La couche de cérat que l'on étend, soit sur le linge troue, soit sur la bandelette découpée, doit être très mince. Le plumasseau de charpie qu'on applique sur le linge cératé ne doit

pas être enduit de cérat, car il empêcherait le pus qui traverse les petits trous du linge criblé d'être absorbé par la charpie.

Le pansement au cérat seulement, c'est le pansement simple. Un linge criblé , de grandeur convenable , est couvert d'une couche mince (le cérat; il est appliqué sur la plaie. On superpose une couche de charpie proportionnée à l'abondance de la suppuration ; une ou plusieurs compresses sont posées par-dessus la charpie , et tout l'appareil est maintenu au moyen d'un des bandages que je décrirai plus tard. S'il y a lieu d'exciter légèrement la plaie, on applique la charpie à nu , et la plaie n'est couverte que par les bords d'une bandelette découpée et préalablement enduite de cérat. Cette bandelette ne dépassera pas les bords de la plaie de plus de 3 à millimètres. La bandelette empêche la charpie d'adhérer aux bords de la plaie ; le pus , qui est interposé entre la surface de la plaie et de la charpie , empêche celle-ci d'adhérer.

On étale quelquefois le cérat sur des linges , soit pour recouvrir des surfaces excoriées , soit pour prévenir l'excoriation des parties soumises à une pression permanente et forte : par exemple , au siège , lorsque les malades doivent rester longtemps couchés ; autour des articulations qui vont supporter des liens extensifs destinés à la réduction d'une luxation ; enfin , on met du cérat sur des parties couvertes de croûtes que l'on veut ramollir , et souvent , dans les hôpitaux , on l'étend sur des parties qu'on va raser. On applique les cérats composés d'après les mêmes règles. Ils sont étalés sur des plumasseaux ; mais, comme je l'ai déjà dit, c'est en friction qu'on s'en sert le plus souvent.

B. Pommades. — Les pommades qui servent aux pansements ont ■ pour base des corps gras, et principalement l'axonge; on peut prendre encore pour base le beurre, l'huile et même le cérat simple; mais il entre toujours dans la composition des pommades un agent médicamenteux qui varie beaucoup ; c'est cet agent qui constitue l'espèce de pommade. Je vais passer en revue les espèces de pommades les plus usitées, avec quelques détails sur leur emploi.

Il entre dans la composition des pommades dites antiophthalmiques un agent actif : c'est un sel de plomb , de mercure , et même d'argent; elles sont directement appliquées sur les paupières ou sur le globe oculaire. On prend gros comme une lentille de la pommade qu'on a choisie, et on l'applique sur la partie malade. Suivant l'indication , on choisit la pommade au précipité rouge, au nitrate d'argent, ;iu calomel. Ces pommades sont en contact avec les parties malades; dans d'autres cas, la pommade agit à distance : on eu fait alors des Irictions sur les paupières, ou sur une région temporale, ou sur la région frontale. Les pomndides mercurielles, opiacées, à la belladone,

ll'i IMIOLÉGOMÈNKS.

soiil ordinairemenl employées d'après ce procédé. On comprend qu'ici on- peut élever à de plus hautes doses l'agent actif.

La pommade dite d'Autenrietli , composée d'axonge et d'un huitième de .tartre stibié, est employée en frictions sur la peau. Elle produit une é?wption pustuleuse analogue à celle de la variole. Les frictions doivent être répétées plusieurs fois par jour jusqu'à ce que l'éruption soit assez confluente. ■*

La pommade mercurielle double , ou onguent napolitain , est étend'.U! sur du linge, sur des plumasseaux pour les pansements ordinaires; mais le plus souvent en frictions, en onctions. Si l'on se propose d'agir sur tout l'organisme, la pommade est à la dose de 2 à 8 grammes en frictions ; deux fois par jour quand la dose est faible , tous les jours pour une dose moyenne, tous les deux jours pour les fortes doses. Quand on veut agir d'une manière promptement énergique, par exemple dans les cas de péritonite , pour certaines entérites, pour les l)ldegmons, il en faut de 8 à 12 grammes pour une friction toutes li'S deux heures. Dans tous les cas, il convient de surveiller attentivenu;nt l'emploi de cette pommade, parce qu'elle détermine quelquefois liés rapidement la salivation. Il faut aussi des précautions dans l'emploi de la pommade à l'iodure de plomb, qui expose aux accidents des préparations saturnines, coliques, paralysies, etc.

La pommade épispastique, ayant surtout pour principe actif les cau- Iharides, doit être employée avec mesure ; car remarquez que l'action des cantharides sur les voies urinaires peut quelquefois déterminer des accidents : aussi est-il toujours prudent d'ajouter un peu de cam[)hre à cette pommade. M. Morel a établi cependant qu'on se faisait des illusions sur la vertu préservative du camphre. Il a publié des faits qui prouvent que des vésicatoires camphrés avaient donné lieu à des cystites que l'autopsie a pu confirmer. Les caractères anatomiques de cette espèce de cystite sont tout particuliers (1). Il faudrait donc remplacer ce moyen par le garou , également épispastique , à la vérité moins actif, mais qui n'agit pas sur la vessie.

C. Onguents. — Les onguents sont de consistance molle ; mais ils peuvent se liquéfier à la température du corps. Ils ont des résines ou (les huiles essentielles pour principe, On les distingue des pommades, parce que celles-ci ne renferment pas de résine. Les emplâtres reni'crment, de plus que les onguents , des agents métalliques.

Les onguents ont en général pour agents des corps qui leur donnent (les propriétés irritantes. Ils sont beaucoup moins employés qu'autrel'ois : cependant on y revient graduellement , et il n'est pas rare de les

(I) Voyez Vésicatoires dans la vessie , par M. Morcl Lavalléc {Expérience. juillet 1844).

OPÉUATIONS EN GÉNÉRAL. 113

voir appliqués sur des plaies dont la suppuration semble languir. Ces onguents sont le styrax, l'onguent digestif, le beaume d'Arcéus , l'onguent basilicum. On fera bien de combiner d'abord ces onguents avec le cérat avant de les employer seuls.

D. Emplâtres. — J'ai déjà dit que les emplâtres diffèi^^t des onguents en ce qu'ils contiennent des agents métalliques.' Ils sont plus consistants qu'eux et se ramollissent plus difficilement.

Leur composition, leur solidité, les rendent irritants. Ils ramollissent la peau en empêchant l'évaporation de la sueur. Ils peuvent ainsi causer des érysipèles. C'est la litharge qui est le corps le plus souvent employé dans la composition des emplâtres; c'est celui qui se combine le mieux avec la graisse.

Les emplâtres adhèrent beaucoup plus que les onguents : aussi restent-ils plus longtemps appliqués. On peut ne les renouveler que tous les huit à douze jours.

La poix de Bourgogne, l'onguent d'André de la Croix, celui de blanc de baleine, présentent une consistance aussi grande que celle des emplâtres. On leur a doimé le nom d'onguents emplastiques. Ils ne diffèrent de ceux - ci que parce qu'il n'entre pas d'oxyde métallique dans leur composition : ils sont employés de la même manière.

On se sert souvent de l'emplâtre de poix de Bourgogne simple ; on le saupoudre quelquefois avec du tartre stibié. Il agit alors de la même manière que la pommade d'Autenrieth. L'emplâtre narcotique est un emplâtre simple auquel on ajoute de l'extrait de ciguë. Les emplâtres les plus usités sont surtout l'emplâtre de Vigocwn mercurio et l'emplâtre de diachylon. L'emplâtre de Vigo s'applique sur les engorgements ganglionnaires scrofuleux ou syphilitiques. Je m'en sers souvent pour recouvrir les pustules vénériennes très développées sur des ulcérations de même nature. Le môme emplâtre a été employé avec succès par M. Serres pour provoquer l'avortement de la variole , surtout à la face, et empêcher ces cicatrices qui peuvent défigurer les malades.

E. Agglutinatifs. — Les agglutinatifs sont des emplâtres étendus sur un tissu de fil ou de coton. On leur a donné alors le nom de sparadraps.

On emploie les sparadraps en morceaux, de diverses formes ou taillés en bandelettes. Les premières lormes sont plus usitées pour les pansements des cautères et de toutes les plaies ou ulcérations peu étendues. On en recouvre aussi la peau qui correspond au sacrum , quand des lésions graves retiennent les malades longtemps au lit. Pour que l'emplâtre s'applicjue d'une matnère plus exacte, on le taillera en croix de Malte.

C'est SOUS la forme de bandeleiles aggluLinatives que les sparadrap^ sont le plus souvent employés. Ce sont des lanières de 9 ligneb {i centimètres) de large environ et d'une longueur proportionnée au volume de la partie que l'on doit couvrir. Si elles sont destinées an pansement d'une plaie ou d'un ulcère d'un membre, elles doivent être assez longues pour faire une fois et demie le tour du membre.

La pression avec les ciseaux suffit pour diviser le sparadrap Si l'on voulait couper les bandelettes, elles ne présenteraient pas toujours toute la régularité désirable ; si on les déchirait de leur extrémité libre vers leur extrémité adhérente, l'emplâtre, n'étant pas coupé, s'écaillerait et laisserait les bords des bandelettes dégarnis.

Il suffit, le plus souvent, d'apphquer ces bandelettes sur la peau sans aucune préparation ; mais il est quelquefois nécessaire de les chauffer. Il faut alors ne pas les exposer trop longtemps à la chaleur, pour que le linge n'absorbe pas l'emplâtre, ce qui empêcherait celuici d'adhérer aux parties. Je dirai, quand viendra le moment, la direction à donner aux bandelettes.

Pour tailler les bandelettes on prend un rouleau de sparadrap , on le déroule dans une longueur égale à celle que l'on doit donner aux bandelettes. On le débarrasse des lisières , formées par des couches d'emplâlres plus épaisses et inégalement étendues. On saisit de la ; main gauche l'extrémité libre de la bande, pendant qu'un aide tient convenablement tendue toute la lame de sparadrap qui a été déroulée, en tirant légèrement sur le rouleau lui-même. La main droite du chirurgien tient des ciseaux qu'elle dirige rapidement et à droit fil ver.s l'aide. Les ciseaux ne doivent pas être conduits en coupant, mais en pressant.

F, Cataplasmes. — Ce sont des pâtes, des pulpes ou des bouillies. Le cataplasme émollient est fait avec de la mie de pain, ou de la fécule, ou des feuilles de plantes mucilaginenses cuites dans de l'eau simple, dans du lait ou de l'eau de guimauve. Le cataplasme astringent a dans sa composition la poudre ou la décoction de quelque écorce. comme celle de chêne, de quinquina, la noix de galle, les racines dr bistorte, de tormentille. Le cataplasme excitant contient de l'ammoniaque, de l'alcool, un acide. Le cataplasme maturatif est plus particulièrement composé de feuilles d'oseille, d'ognons cuits, d'où- i guent basilicum, de miel. On compose le cataplasme fondant en faisant cuire du savon blanc et de la farine d'orge dans de l'eau. Dans i le cataplasme réfrigérant et fondant tout à la fois, il entre de la carotte crue râpée : la pulpe de pomme de terre, mise à froid, est un cataplasme calmant et résolutif. Le cataplasme narcotique nécessite l'addition de la décoction de pavot, de morelle, de ciguë, de jus-

,|uiame, de belladone ou quelque autre préparation de ces plantes aux cataplasmes ordinaires. On peut employer ces plantes elles-mêmes après les avoir imbibées et ramollies par l'eau bouillante , et en les plaçant ensuite entre deux linges sur la partie malade.

Le cataplasme s'applique à nu ou entre deux linges. Ce dernier est ainsi préparé : le cataplasme est d'abord disposé sur une compresse , on le recouvre ensuite avec un carré de linge ou de tulle , de gaze ou de mousseline claire. Ces tissus représentent un réseau à larges maillets suffisant pour empêcher la bouillie de s'échapper, sans en gêner en rien l'action sur les surfaces malades.

Nous empruntons à M. Velpéau les remarques suivantes sur l'emploi des cataplasmes.

Teiujiératiiii'e. — Les cataplasmes doivent être appliqués chauds, c^est-à-dire à une température de 25 à 30" Réaumur ; au-dessous de ce degré, ils sont frais ou froids, et se transforment en répercussifs ou en résolutifs ; au-dessus , ds deviennent excitants ou rubéfiants.

Renouvelic^aaieiit. — Les cataplasmes simples doivent être renouvelés toutes les douze heures au moins, et mis en couches assez épaisses pour rester humides pendant ce laps de temps. Renouvelés plus rarement, ils pourraient se dessécher et irriter les parties à la manière des corps durs irréguliers. Quand on applique un cataplasme, il est bon de savoir que, par son poids, il tend à fuser ou a glisser vers les points déclives; qu'il vaut mieux, en conséquence, le poser sur des parties saillantes, vers les parties profondes, ou de la région antérieure vers la région postérieure du point malade, que dans le sens opposé.

Enlèvement. — Pour les enlever, il suffit généralement de les prendre par leur bord le plus long , puis de les renverser mollement et rapidement, en les faisant tourner, comme sur un axe, sur le bord opposé. Si les replis du linge ou la pâte s'étaient collés quelque part, on les humecterait d'eau tiède avant de les détacher. Lorsque le cataplasme est trop mou , ou qu'il adhère plutôt au tissu cutané qu'à la compresse, on eiî débarrasse la peau en traînant sur elle avec douceur le premier bord détaché de l'emplâtre , ou bien à l'aide d'une spatule. Lorsqu'on ne craint pas do trop humecter , de trop ramollir les parties, lorsqu'on a un intérêt quelconque ù les nettoyer soigneusement, on ne réapplique le cataplasme qu'a[)rès les avoir baignées ou laissées macérer quelques minutes dans l'eau chaude.

Action ifi'itan<e. — Les cataplasmes émollients occasionnent fréquemment un boursouflement grisâtre des surfaces ulcérées; mais cela n'empêche pas en général la cicatrisation de se faire. Il est même remarquable qu'une infinité de plaies et d'ulcères se cicatrisent mieux

116 PROLÉf;OMÈNES.

et plus vite par l'emploi des cataplasmes de farine de graine de lin que de tout autre traitement.

Lorsque ces cataplasmes ont vieilli ou fermenté , qu'ils sont devenus rances , ils irritent la peau et les plaies , font naître aisément l'érysipèle , occasionnent , du moins très fréquemment , une sorte d'éruption vésiculeuse , dont il ne faudrait pas s'effrayer , mais qui oblige à suspendre l'emploi du topique.

Les cataplasmes de plantes doivent généralement être placés entre deux linges ; ceux de pommes de terre , de carottes , de lis , d'oignons, de pommes, etc., exigent, au contraire , qu'on les applique à nu. Les cataplasmes qu'on fait avec le miel , les jaunes d'œufs et le vin , s'appliquent de la même manière que les cataplasmes de farine de lin. Du reste , presque tous les cataplasmes spéciaux doivent être renouvelés plus souvent que les cataplasmes émollients. C'est ainsi qu'on doit changer trois, quatre ou cinq fois le jour les cataplasmes opiacés, les cataplasmes de pulpes de fruits ou de racines, les cataplasmes herbacés, et presque tous les cataplasmes médicamenteux (1).

n. — Topiques liquides.

Ils sont préférés quand les topiques mous ou solides ne peuvent être supportés , à cause de la sensibilité des parties ; l'étendue des parties à modifier, leur état anfractueux, nécessitent aussi que les topiques soient administrés sous cette forme. On les applique donc sur la peau ou sur les membranes muqueuses. On plonge quelquefois les organes dans le topique lui-même : c'est ainsi qu'on baigne, pendant un certain temps , un doigt enflammé dans une décoction émolliente ou narcotique et tiède ; ou bien les parties soni recouvertes de charpie, de compresses ou de bandes préalablement imbibées. Le topique liquide est aussi employé en aspersions, en affusions, en irrigations, en instillations, en douches, en injections. On se sert pour cela de pinceaux , de tuyaux , de seringues. Le topique liquide peut être une huile : on se sert pour l'étaler d'un lambeau de flanelle sur lequel on répand l'huile , et on laisse la flanelle ainsi imbibée sur la région malade, après l'avoir soumise à des frictions pendant près d'une demi-heure ; c'est là ce qu'on appelle faire une embrocation.

A. Eau. Irrigations coiiiiiiiies. — L'eau a été, dès les temps antiques, un moyen très employé en chirurgie. Dernièrement Josse-, Breschet, A. Bérard et M. Ph. Bérard l'ont employée à une température basse et d'une manière continue. C'est A. Bérard qui, le premier, a appliqué d'une manière méthodique ce moyen thérapeutique. Voici le procédé d'après ce chirurgien :

(1) Vcipcaii , Hlvdficine opératoire , t. 1 , p. âU.I.

OPÉKATIONS EN GÉNÉIUL. 117

Un seau rempli d'eau froide est suspendu au-dessus de la partie à l efroidir ; à l'aide d'un ou de plusieurs siphons de verre d'un très petit diamètre , on fait tomber l'eau sur la région malade, laquelle est rerouverte d'une compresse ou de quelques tours de bande. Une simple ouche de linge dissémine l'eau sur toute la surface à refroidir , et ce liquide, qui pénètre son tissu, se vaporise, et soustrait plus facdement le calorique aux parties sous-jacentes. Enfin, un morceau de taffetas ciré, placé sous le membre , sert à préserver le lit d'une inondation complète , et à conduire dans un vase placé à côté la portion d'eau qui ne s'est pas évaporée. La quantité de liquide que le seau renferme n'est épuisée qu'au bout de cinq à six heures. Il faut avoir som d'en ajouter avant qu'elle soit entièrement écoulée; autrement l'action du siphon serait un moment interrompue, et l'on devrait faire le vide dans la longue branche de l'instrument , en aspirant avec la bouche l'air qu'il renferme pour rétablir le courant. Voici la représentation

fig. Ui) de l'appareil préféré par M. Velpeau et tel qu'il est figuré dans son livre.

Fig. 43.

On peut, selon moi , quand on manque d'un appareil comme celui que je viens de représenter, en fabriquer un très facilement : un seau est percé à son fond ; par ce trou passe une bande double qui descend, comme on voit ici, le premier conduit; celte bande est -fixée à une traverse de bois qui remplace le conduit Iiprizontal de la figure 39 ; puis , pour remplacer les six petits conduits verticaux, on meta cheval sur la traverse de bois de petits bouts de bandes qui tombent sur le membre, et qui l'arrosent parfaitement. Cet appareil peut être préparé partout , en ville comme dans la campagne la plus pauvre.

Par toutes les saisons, A. Bérard employait toujours de l'eau de pompe, dont la température, à peu près semblable à celle de l'eau de puits, ne varie que de quelques degrés dans tout le cours de l'année. Cette eau a quelquefois été aiguisée avec un peu d'alcool camphré. Je préfère l'eau simple à la température de l'appartement. M. Amussat préconise l'eau tiède. L'irrigation, selon A. Bérard, doit être continuée de six à quinze jours, selon la gravité de la blessure. Chez quelques malades, il a semblé prudent de ne pas interrompre brusquement l'action de l'eau froide, et pour cela on a fait ajouter, le dernier jour, de l'eau de plus en plus chaude à celle provenant de la pompe.

L'irrigation continue a été pour la première l'ois livrée à la publicité par M. Rognetta (1) ; mais, dès le 18 octobre 1833 , A. Bérard faisait l'irrigation continue comme je l'ai indiqué , et ce moyen alors n'avait été décrit ni conseillé par personne.

Voici quels sont les phénomènes offerts par une partie blessée, soumise pendant plusieurs jours à un courant d'eau froide continu. Il y a d'abord abaissement de température de la peau arrosée et une sensation douloureuse qui persisteparfois pendant vingt-quatre heures S'il y avait déjà de la rougeur et de la tuméfaction , elles diminuent rapidement, et finissent par disparaître. Les phénomènes que l'on observe pendant le temps que dure l'emploi de l'eau froide sont d'une grande simplicité. La température de la peau reste constamment abaissée. Aucune expérience n'a été faite pour savoir si elle était en équilibre avec celle du liquide ([ui sert à faire l'irrigation ; mais c'est très probable. D'abord décolorée , cette membrane revêt bientôt une teinte rougeâtre et terne, qu'on attribue au ralentissement de la circulation dans les vaisseaux capillaires do la partie refroidie. L'épiderme, toujours mouillé, s'imbibe peu à peu, s'épaissit, et finit par former une couche , tantôt uniforme, tantôt irrégulière, d'un blanc mat qui mas(|uc la couleur des tissus sous-jacenis. Celle couche do la peau est parfois assez épaissie pour faire croin; à une augmentation

(1) Bulletin (h IhçrapeîU 'Kiue, mars i83î5,

éuérale du volume de la partie affectée; mais il est facile de recon- -ûtre qu'il n'y a pas de tuméfaction inHammatoire , quelle que soit la l',lessure en traitement. On a vu des plaies d'armes à feu horriblement .ontuses, compliquées de la présence d'esquilles, de fragments de kiUes, quin'ont cependant été le siège d'aucune tuméfaction pendant huit ou douze jours continuels d'irrigation.

Cependant il s'accomplit un travail inflammatoire qui se décèle par la production de certains phénomènes, que l'on considère et décrit comme des effets ou des terminaisons de l'inflammation. Le premier , le plus avantageux , est celui de l'inflammation adhésive qui ne parait nullement contrariée par l'emploi de l'eau froide : loin de là , des solutions de continuité , dont la surface était irrégulière et contuse, se sont réunies par première intention. On cite un exemple de réunion primitive qui s'est opérée dans une certaine étendue d'une plaie par arme à feu. Un second phénomène est celui qui a pour effet la sécrétion du pus. 1" Il parait démontré que la formation du pus est plus tardive. 2° L'humeur versée à la surface de la plaie présente les qualités qui appartiennent au pus de bonne nature : une portion reste adhérente k la surface de la plaie ; l'autre est entraînée avec l'eau , sans qu'il soit nécessaire de recourir à aucun pansement. 3° Lés surfaces suppurantes offrent des bourgeons vasculaires, fermes, petits, vermeils, aussi beaux en un mot que ceux que l'on observe dans les plaies les plus simples.

L'accident qui semble le plus à craindre par suite de la réfrigération longtemps prolongée, la mortification des tissus, est extrêmement rare, et ne s'observe dans les parties soumises au courant d'eau froide, qu'autant que celles-ci ont été désorganisées par la violence de la contusion. Elle se produit avec plus de facilité dans les extrémités des membres, et M. Bérard l'a vue survenir deux fois au gros orteil. La gangrène a-t-el le été, dans ces cas, causée par la contusion ellemême ou par la réfrigération? Ce qu'il y a de certain , c'est que des blessures de même nature, traitées par les moyens ordinaires, ont été suivies de la gangrène d'une ou plusieurs phalanges , tandis que d'autres, soumises à l'irrigation, ont été exemptes de cet accident. Voici, du reste, les principes établis à ce sujet par A. Bérard :

« Toutes les fois c|ue la contusion compliquée de plaie qui atteint un membre laisse a.ssez de parties molles intactes pour que la circulation s'accomplisse avec facilité dans toute l'étendue du membre blessé, la gangrène n'est point à craindre ; mais s'il ne reste qu'une épaisseur peu considérable de tissus que la contusion n'ait pas désorganisée , quand même l'extrémité du membre serait parfaitement intacte , la gangrène n'en est pas moins à redouter dans cette extrémité. L'eau froide agit sans doute alors avec trop d'énergie; sous l'influenco séda^

^-0 rUOLÉCiOMÈNES.

tive, Ja circulation est ralentie, peut-être même complètement suspendue dans les tissus que la contusion a épargnés , et la vie s'éteint dans toute la partie qui a perdu ses connexions vasculaires avec le reste du corps. »

Depuis la publication du travail de A. Bérard (1), des observations nombreuses , faites dans la plupart des hôpitaux de Paris, ont prouvé la justesse des assertions qu'il renferme. Pour A. Bérard , ce mode de traitement est exceptionnel, tandis que quelques chirurgiens l'emploient comme méthode générale : c'est , par exemple , de la sorte que sont traitées à peu près toutes les plaies à l'hôpital de l'Université à Londres. On a proscrit les onguents, les cataplasmes; presque tous les pansements se font avec des substances imbibées d'eau froide , îvater dressing. Lorsque la plaie est simple, on la recouvre de charpie trempée dans une liqueur légèrement astringente, par dessus laquelle on met une toile cirée. Si la plaie est enflammée , on y apphque de la charpie imbibée d'eau tiède additionnée de quelques substances nar- , co tiques (2).

Le mode de pansement le plus général employé par moi consiste en application de simples compresses imbibées d'eau à la température de l'iippartement. On les renouvelle souvent, dès qu'elles sont un peu j i échauffées. Je préfère ce pansement aux irrigations et à l'application i de la glace, dont il sera question plus tard.

B. Chloroforme. — Je place ici cette substance, parce qu'elle peut I agir comme topique liquide et gazeux.

M. Jules Roux , professeur à Toulon , a anesthésié directement les ' surfaces traumatiques au moyen de la vapeur de chloroforme. Un appareil particulier est disposé de façon qu'un courant d'air puisse entraîner la vapeur stupéfiante vers la partie où il veut supprimer la douleur. On peut employer le chloroforme à l'état liquide pur ou mélangé à divers excipients. Si le chloroforme est pur, on en imprègne des compresses ou de la charpie qu'on applique sur les parties douloureuses, et qu'on recouvre d'un morceau de taffetas ciré pour empêcher une trop prompte évaporation. Dans tous les cas, il faut s'assurer de l'exacte pureté du chloroforme, soit pour être plus certain de son efficacité, soit pour éviter qu'il n'agisse comme vésicant sur les surfaces en contact avec lui. La finesse de la peau chez les différents individus peut influer sur l'irritation causée par ce topique; elle est très faible., ou même nulle, chez certains malades; elle est très active chez d'autres, même quand on se sert du même chloroforme. L'expérience de

(1) Ardiives générales de médecine, 1835 , 2' .série , t. VII, p. 5 cl 317. j

(2) Mortoii, Journal des connaissances médico-chirurgicales, novembre 1838, r. 201. j

UrKIlATlUiNS KN GÉNÉRAL. 121

M. i. Roux est favorable à ce topique, qui n'a pas encore été assez expérimenté par les autres praticiens. M. Bouisson a appliqué sur des orchites des compresses imbibées de chloroforme, dont il se loue. Mais comme le professeur de Montpellier ne détermine pas quelle variété (l'orchite il a eu à traiter, ses observations n'ont pas toute la valeur qu'il leur suppose. D'ailleurs je reviendrai sur ce moyen quand il s'agira de l'orchite.

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