‹ Traité de pathologie externe et de médecine opératoire (volume 3)Chapitre 39 sur 302 · III. — Topiques gazeux · texte numérisé non relu

III. — Topiques gazeux

De tous les topiques à l'état gazeux, c'est l'air atmosphérique qui est le plus simple. On fera des topiques gazeux composés avec le camphre , le benjoin , les poudres sèches de belladone , de jusquiame, de tabac , que l'on projettera alors sur des charbons ardents. On a employé les vapeurs du vinaigre, de l'eau simple ou chargée de quelque principe médicamenteux , pour agir sur une plus ou moins grande étendue de la surface du corps. Les topiques gazeux sont administrés, tantôt en bains de vapeur ou en fumigations, tantôt en douches sèches ou humides. L'appareil des bains de vapeur, soit généraux, soit locaux , soit simples , soit médicamenteux, n'est autre qu'une boite exactement fermée dans laquelle plonge la partie malade. Elle reçoit la vapeur par un tuyau de conduite. Elle doit être pourvue d'un thermomètre.

A. Air chaud. — M. J. Guyot appelle incubation l'emploi de l'air chaud administré comme nous allons le dire. Ce médecin a publié sur ce sujet, en 1840, un travail important (1) : il s'est proposé d'entretenir autour d'une partie opérée ou blessée une température élevée , uniforme , à l'aide de l'air atmosphérique , dont la température a été élevée. On obtient cette température par la combustion constante d'une lampe à l'huile , ou mieux à l'alcool. La partie blessée est disposée dans un appareil spécial. Elle doit y être renfermée tout entière ; elle aura une position favorable au relâchement des muscles et, autant que possible, à l'écoulement des liquides. S'il n'y a pas d'indications spéciales, on ne fait aucun pansement proprement dit. Quelquefois des bandelettes seront utiles pour rapprocher les lèvres d'une plaie, ou des compresses graduées et une bande roulée pour affronter des parties profondes , etc. La température doit être de 36 degrés centigrades ; le maximum ne dépassera pas UO degrés , et l'on ne descendra pas au-dessous de 32 degrés. La durée de l'incubation, subordonnée d'ailleurs à la gravité de la blessure, varie entre dix et

vingt jours.

Voici les effets de ce moyen : la douleur ( si elle existe) , la rougeur,

(1) De l'emploi de la chaleur, l'aris, 1842, in-8.

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le gonflement, ces caractères de l'indammation , ne tardent pas k disparaître, et le tégument revêt ses caractères naturels. La plaie prend une couleur vermeille, quel qu'ait été son état antérieur. Une quantité abondante de sérosité sanguinolente , de matière purulente ou de pus, s'écoule de la plaie pendant les premiers jours. Ce dégor gemeut , variable en quantité, en nature et en durée, suivant l'organisation individuelle, cesse plus ou moins rapidement, et, en général, elle fait place à un pus très épais et très coagulable , lequel se concrète en croûtes , qu'on détachera tous les deux ou trois jours, le pus qui est au-dessous pouvant nuire à la cicatrice. Selon M. Gnyot, dès qu'une plaie en pleine suppuration est soumise à l'influence de la chaleur normale , cette suppuration, fùt-elle de mauvaise nature et hors de proportion avec l'étendue de la plaie, est promptement ramenée à de bonnes conditions. Si la plaie est vaste, si , pai' exemple , elle occupe la totalité de la circonférence du membre , on la suspendra dans une sorte de hamac fixé dans l'appareil , afin que l'air atmosphérique échauffé l'entoure de toutes parts.

Dans les cas de très abondante suppuration , on devra renouveler deux fois par jour les pièces d'appareil destinées à reccA'oir le pus, et exercer une grande surveillance pour que les surfaces soient d'une grande propreté.

Les derniers faits n'ont pas entièrement répondu aux espérances que les premières tentatives do M. Guyot avaient fait naître. Il est possible que , dans quelques cas , l'application ait été irrégulièrement conduite: ainsi peut-être la température n'a-t-elle pas été maintenue au degré convenable; ou bien on a cessé trop tôt l'emploi de la chaleur; ou bien, enfin, quelques uns des moyens accessoires à la guérison des plaies ont-ils été négligés. Tl faut surtout remarquer que, dans plusieurs circonstances , les cas étaient on ne peut plus défavorables, quelques uns tout à fait désespérés. Ce que le lecteur devra bien retenir ici, c'est que M. Guyot conseille de placer la plaie toujours dans la même température . J'aurai l'occasion de rappeler plus d'une fois ce principe qui a , selon moi , une grande importance.

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