‹ Traité de pathologie externe et de médecine opératoire (volume 3)Chapitre 99 sur 302 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

DE l'inflammation EN GÉNÉRAL.

Dans l'impuissance de doimer une définition logique de l'inflammation (1), les pathologistes disent qu'elle existe quand apparaissent sur un point de l'organisme les phénomènes suivants : douleur, tuméfaction , avec rougeur et chaleur insolites, avec modification dans l'acte nutritif et le plus souvent sécrétion anormale. La coexistence de ces phénomènes étant le fait le plus général de la pathologie, il n'est pas surprenant qu'il ait occupé le génie de J. Hunter pendant plus de trente ans et dominé tout un système médical. En efi"et, l'infiammation se manifeste après presque toutes les blessures; elle figure dans la majorité des maladies locales, soit comme circonstance concomitante, soit comme cause, comme symptôme, comme conséquence, soit cnlin comme moyen curatif.

(0 On a tant abusé du mot inflammation , qu'il se trouve, pour ainsi dire, dcmonélisé. M. Andral préfère comprendre sous la dénomination cc'>crale tVliypérémie les diverses congestions saneuincs. Ce professeur a fait ensuite :^ 1» une hypérémic active o\i sthéniqtte ; 2 ' une passive ou asthénique ; 3° une par obstacle à la circulation veineuse ou mécanique; 4" cnlin une liypérémie qui ne «'eriectue qu'après la mort et qu'il appelle cadavérique.

DE L INt'LAMMATlON EN GENEIUL. 325

Causes. — L'étude des causes de l'inflammation est importante en chirurgie comme en médecine. Il est évident que Vétiologie (ixe souvent le diagnostic et quelquefois le traitement de la maladie chirurgicale : en effet, rien n'est plus différent, à ce point de vue, que l'angine simple et celle qui est sous l'influence du vice vénérien.

Les causes de l'inflammation sont prédisposantes ou occasionnelles. Les premières, qui sont très peu connues quand on considère l'inflammation en général, sont, au contraire, faciles à apprécier quand on n'a égard qu'à certaines classes de phlegmasies. Ainsi, ce qu'on a dit de la prédisposition produite par la pléthore , le tempérament sanguin, est fort douteux; mais on sait, à n'en pouvoir douter, que la constitution scrofuleuse, même celle qui est très lymphatique, prédispose à certaines hiflammations des yeux; on sait que l'existence antérieure de certaines phlegmasies , de celle du poumon par exemple, prédispose à de nouvelles phlegmasies analogues. Il est des conditions atmosphériques mal connues qui ont aussi une influence évidente sur le développement de quelques inflammations, en particulier des érysipèles qui compliquent les opérations. Certains tissus sont beaucoup plus disposés que d'autres à l'inflammation , et ce ne sont pas toujours, malgré ce qu'on en a dit, les plus riches en vaisseaux sanguins; c'est ainsi que les inflammations du l'oie sont beaucoup plus rares que celles de l'utérus ou du cerveau. Enfin, il faut bien l'avouer, de toutes les causes prédisposantes, les plus nombreuses sont encore celles qu'il ne nous est pas donné d'apprécier : la raison qui fait que telle opération est suivie d'une phlegmasie mortelle, tandis qu'une autre, plus graved' abord, n'est suivie d'aucun accident, cette raison nous échappe presque toujours.

Les causes occasionnelles ont été divisées en externes et en internes , ou bien encore en directes et indirectes, ce qui n'est cependant pas toujours la mémo chose. Les causes externes ou directes les plus fréquentes en chirurgie sont celles qui agissent sur les points mêmes où l'inflammation se développe. Ce sont les lésions de toute espèce produites par des instruments tranchants , piquants ou contondants, par des agents physiques on chimiques, tels que la chaleur et divers caustiques, ou enfin certaines substances dont la manière d'agir est encore mal déterminée , telles que les cantharides, legarou. J'ai démontré que les corps étrangers, soit qu'ils viennent de l'extérieur, comme dos projectiles, des aiguilles, etc., soii qu'ils se forment au sein de l'organisme, comme les calculs, occasionnent souvent l'inflammation des tissus qui sont en rapport avec eux. On verra que les dégénérescences, par exemple les cancers, sont aussi causes de certaines mflammations. J'ai dit que les causes inlernos ou indirectes n'étaient pas toujours sçmhiabics ; en ellet, entre un froid au pied ([ui déler-

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mine uri coryza , e}; la cause inconnue qui produit un furoncle ou phlegmon , la différence est évidente. Dans le premier cas , c'est , en quelque sorte, une cause externe qui agit raédiatement sur la piluitfiire ; daus le second , c'est , à ce que l'on croit du moins , une cause qui a son origine dans l'organisme même, et qui se fixe sur la peau qu le tissu cellulaire ; pet^e dernière cause restant toujours inappré- Qi^lile, on a dpjpié aux ipflammf^tions qui en sont le résultat le nom de spontanées , dénorpination très impropre puisqu'elle semble indiquer que la pialadie est un effet sans cause. C'est dans la catégorie des causes indirectes que l'on doit placer les inflammations produites par l'absorption de différents agents nuisibles, tels que les virus, certaines substances alimentaires copime les moules; certains fruits, et quelques médicaments , comme Iç mercure ; ces inflammations apparaissent plus ou moins loin du lieu où ces agents ont été appliqués. La question de savoir s'ils agissent réellement d'une manière in4ii'ecte, ou bien s'ils agissent directement sur la partie affectée après avoir traversé le système absorbant, serait du plus grand intérêt à débattre en pathologie générale; je dois me borner à la poser et à dire mon opinion à ce sujet. Je pense, par exemple, que c'est à la suite de son absorption et par son action directe sur la muqueuse buccale que Ip paerçure prodilit la stomatite. Or, par analogie, je suis pprté à croire que la plupart des causes dites indirectes ont la même manière d'agir.

Symptômes et pUénomènes. — Les phénomènes pathologiques qui constituent l'inflammation appartiennent à deux ordres différents ; les uns sont bornés à la partie même qui est enflammée, ce sont les phénomènes locaux; les autres troublent les fonctions des organes plus ou moins éloignés du siège du mal, ce sont les phénomènes généraux ou sympathiques.

1° Sijmpt.ômes et phénomènes locaux. — Douleur. — La douleur , symptôme le plus constant dans les maladies en général , manque rarement dans l'inflammation ; elle varie depuis l'accroissement le plus léger de la sensibilité jusqu'aux plus violentes souffrances; elle est, en général, d'autant plus intense, que la plilegmasie est plus grave. Mais U y a de nombreuses exceptions à cette règle. La douleur varie beaucoup, suivant les difl'érents organes, sans suivre exactement, en cela, la loi qu'avait indiquée Pichat: ainsi elle est pongilive et violente dans les inflammations des séreuses, gravative et obtuse dans celles des parenchymes, etc. La douleur varie au moins autant suivant la nature i'inflammation : c'est ainsi qu'elle estàpeu près nulle dans certaines pustules d'acné, tandis qu'elle est brûlante dans la pustule maligne. Les douleurs de l'inflammation sont ordinairement continues; mais elles éprouvent des exacerbations qui n'ont rien de réguhev dans leur

un 1. llNl-LAfllMAllUlM (JENEUAU 327

apparition; dans certaines espèces d'inflammations, la douleur est fraiichement intermittente. On a cherché à expliquer la douleur par la distension , la compression des nerfs, par le gonflement des parties. Tout en reconnaissant que cette explication est en partie fondée, je çloisdire qu'elle est insuffisante, et que la douleur dépend surtout d'un état particulier encore ignoré, et survenu dans les organes sensitifs : ainsi dans un furoncle, c'est surtout au moment où la tuméfaction commence que la douleur est moindre, et c'est probablement pour celte raison que Vicq d'Azyr, Pinel considèrent l'inflammation comme une affection nerveuse. . Les battements ou douleurs pulsatives que les malades éprouvent dans les inflammations tiennent moins encore à l'augmentation de l'énergie des pulsations du cœur ou de la réaction du tissu artériel, qu'à l'exaltation de sensibilité de l'organe malade.

Rougeur. - La rougeur qui, ainsi que je le démontrerai plus tard, dépend de l'afflux plus ou moins considérable du sang dans la partie affectée, est un des phénomènes les plus caractéristiques de l'inflamnmation, et, même pour la plupart des auteurs, il n'y a pas d'inflammation là où il n'y a pas de rougeur. Cette coloration varie depuis le rose tendre jusqu'au rouge-brun obscur, et se trouve habituellement en rapport avec l'intensité de la maladie , au moins lorsqu'on la considère dans le même organe; car, à intensité égale, la rougeur diffère toujours plus ou moins dans des organes différents; elle varie peut-être plus encore suivant la nature des causes productrices : c'est ainsi que, dans les expériences sur les animaux, l'application de l'alcool produit une couleur rose, et celle du sublimé une couleur brune, et, qu'en clinique, on observe une couleur l'ouge vif dans l'érysipèle, rouge sombre dans l'anthrax. L'état d'acuité ou de chronicité de la maladie influe aussi sur la nuance de la coloration, qui est toujours , toutes choses égales d'ailleurs, plus foncée dans le dernier état que dans le premier. La rougeur est presque toujours plus foncée au centre du foyer inflammatoire , et diminue insensiblement vers la circonférence ; ce n'est que dans des cas très rares qu'elle offre une teinte uniforme 'et brusquement interrompue, comme cela s'observe, le plus souvent, dans les hyperémies passives. La rougeur peut disparaître après la mort , amsi qu'on l'a observé dans certaines angines et certains érysipèles ; mais cette disparition s'effectue très difOcilement dans les organes qui se trouvent principalement sous l'influence du système nerveux gan^ ghonnaire, où l'on n'en a , même pas d'exemple bien constaté , et où , dans tous les cas, elle ne pourrait avoir lieu que dans des inflammations très légères. Quelquefois la rougeur diminue après la mort. Ce qu'on pourrait appeler la forme de la rougeur est variable : c'est tantôt une large pla(|uc, tantôt un pointillé plus ou moins fin , tantôt une disposition ramilbrmc plus ou moins multipliée. C'est le plus souvent

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la nature des organes, et plus rarement celle des causes qui détermine la forme de l'injection.

CAa/et(?*. — L'augmentation du calorique, extrêmement marquée pour le malade , l'est beaucoup moins pour la main du médecin , et moins encore pour le thermomètre , qui n'a jamais accusé une température supérieure à celle du sang , ainsi que l'ont établi les expériences de J. Hunter, confirmées par plusieurs autres expérimentateurs, et tout récemment par MM. Andral et Gavarret. Du reste, on n'a pas assez remarqué que cette sensation de chaleur était loin d'être un phénomène général , même pour le malade : ainsi , dans la plupart des inflammations des organes qui appartiennent aux cavités splanchniques, il n'y a aucune sensation semblable. Ce qui, dans l'inflammation , est encore beaucoup plus remarquable que l'augmentation de la température sensible, c'est la calorification , ou la résistance au refroidissement. Tout le monde sait avec quelle rapidité et quelle opiniâtreté les parties enflammées échauffent les corps solides ou liquides dont on les environne. Du reste, l'augmentation delà température, de même que la puissance de calorification, n'existe guère que dans les inflammations aiguës; dans la plupart des inflammations chroniques, ces deux phénomènes manquent complètement. Comme la douleur et la rougeur, l'augmentation de chaleur est en rapport avec l'intensité de la phlegmasie, et, ainsi que ces premiers phénomènes, elle varie avec la nature des causes d'inflammation : tandis que la chaleur est douce dans le phlegmon , elle est acre et mordicante dans l'érysipèle , etc. On a attribué à l'augmentation de la quantité du sang qui traverse une partie inflammée l'accroissement de chaleur qui s'y manifeste ; mais cette théorie est tout aussi peu satisfaisante que celles qui ont été proposées pour expliquer la production de la chaleur physiologique : on voit souvent la chaleur cesser au moment où le pouls a acquis son maximum de force et de fréquence sans que la partie enflammée diminue de volume, sans que, par conséquent, la quantité de sang qui la traverse soit moindre. D'ailleurs, les expériences microscopiques tendent à prouver que toute circulation est uiterrompue , ou à peu près, dans les points phlogosés, bien avant que la chaleur soit revenue à son degré normal, et, de plus, l'abaissement de la chaleur ne s'arrête pas quand la circulation reprend son cours.

Tuméfaction. — Ce phénomène trouve une raison suffisante dans l'afflux des liquides, et spécialement du sang, dans les parties enflammées ; plus tard , l'accumulation de certains produits de 1 inflammation, tels que la lymphe plastique, les pseudo-membranes etc., contribue à sa production , et plus lard encore, une vcnlable hypertrophie du tissu de l'organe dans une ccrtiiinc proportion. Ut\s

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quatre phénomènes qui constituent l'inflammation, le gonflement est celui qui se trouve le moins en rapport avec sa gravité : cependant , dans la plupart des cas , le gonflement est d'autant plus prononcé, toutes choses égales d'ailleurs, que la maladie est plus grave. C'est surtout la nature des tissus qui influe sur le degré du gonflement : très considérable dans les organes où le tissu cellulaire est lâche et abondant , comme dans les bourses , il est à peine marqué dans ceux où il est rare et serré, comme le cerveau , les tissus fibreux et tendineux, etc. Selon beaucoup d'auteurs, les membranes séreuses n'éprouvent aucun épaississement pendant leur inflammation; mais cette opinion est aujourd'hui contestée par la majorité des micrographes. La tuméfaction affecte, dans certaines phlegmasies, une forme spéciale qu'il est important de connaître, mais qui ne se prêterait ici à aucune considération générale.

Dans tous les organes où il a été possible de s'en assurer, on a vu que le premier effet de l'inflammation était de suspendre les sécrétions naturelles. Mais ce premier effet n'est pas de longue durée ; bientôt ces sécrétions sont augmentées, altérées ensuite par des sécrétions anormales, puis remplacées d'une manière plus ou moins complète par ces dernières , qui sont constituées , ou par des éléments du sang encore reconnaissables, ou par des productions nouvelles tout à fait diff"érentes des fluides physiologiques. Ces productions sont la lymphe plastique et le pus. Il a été question de la lymphe plastique en parlant de la réparation des plaies, et je traiterai à part de la suppuration après avoir fait connaître la vraie phlogose , c'est-à-dire la brûlure , et un état analogue, la gelure.

L'inflammation active l'absorption de certains éléments organiques, et particulièrement de la graisse : des organes entiers ont pu disparaître presque entièrement sous l'influence de cette action morbide. D'autres fois on observe un accroissement de la force formatrice qui, nous l'avons déjà fait observer, produit l'hypertrophie des organes. ^ 2° Symptômes etphénomèim généraux. — Il n'y a pas d'autre altération générale physique bien constatée que l'altération du sang. Elle se traduit par la formation d'une couenne jaunâtre plus ou moins épaisse k la surface du cruor ; ce dernier est plus résistant et moins dense que dans l'état physiologique, nage à la surface du sérum , et se rétracte de manière à former une face inférieure convexe et une face supérieure concave. La nature de la couenne a été diH"éremmcnt appréciée par les observateurs; les analyses les plus exactes démontrent qu'elle est formée en grande partie do fibrine et d'une petite quantité d'albumine. Une foule de circonstances, telles que la forme et la température du vase dans lerpiel le sang était reçu, les dimensions do rouverturcdela saignée, l'état de repos ou d'agitation du sang après son

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extraction, ont une si grande influence sur la production delà couenne, que plusieurs auteurs l'avaient attribuée plutôt h ces circonstances qu'à la maladie; mais dans les nombreuses recherches auxquelles M. Gendrin s'est livré, il a trouvé un rapport si constant entre cette couche fibrineuse et l'intensité de la phlegmasie, qu'il a cru devoir admettre une couenne inflammatoire , une couenne très inflammatoire et une couenne subinflammatoire. Il ne l'a jamais rencontrée que dans le cours d'une phlegmasie, ou bien chez des individus pléthoriques avec disposition prochaine à une affection de ce genre. MM. Andral et Gavarret, au contraire , n'ont pas trouvé la couenne dans l'état pléthorique , mais l'ont rencontrée plusieurs fois dans l'anémie et la chlorose, ce qu'ils attribuent dans ces cas à la diminution des globules pendant que la fibrine se conserve dans son état normal. Selon ces professeurs, en effet, la couenne dépend toujours d'une augmentation absolue ou relative de la fibrine par rapport aux autres éléments solides du sang. Or, toujours d'après lés mêmes observateurs , l'augmentation de la fibrine du sang est précisément le caractère propre aux inflammations. Ils ont d'ailleurs trouvé de grandes différences , sous le rapport de l'élévation du chiffre de la fibrine , entre les diverses espèces de phlegmasies; mais l'augmentation a été constante. La couenne, que plusieurs auteurs ont rencontrée chez les femmes enceintes, est aussi rapportée par M. Andral à une augmentation de fibrine.

Examinons maintenant les phénomènes généraux fonctionnels. L'inflammation ne se borne pas à altérer les fonctions des organes qui en sont le siège; pour peu qu'elle soit intense, elle réagit sur le système général et porte le désordre dans toute l'économie; des organes éloignés sont sympathiquement afl"ectés ; un mouvement de fièvre se manifeste. Cette fièvre varie ordinairement d'intensité avec l'intensité de la phlegmasie; mais outre les variations dans sa force, elle varie aussi dans sa physionomie; en sorte que, suivant la très judicieuse remarque de Thomson, elle ne présente pas seulement des diff'érerices en plus ou en moins. Les rapports de la phlegmasie et de la fièvre se prêteraient à des considérations du premier ordre; mais en m'y livrant, j'entrerais trop flans le domaine de la pathologie! médicale; j'en ai dit assez pour avertir le chirurgien de ne pas s'en tenir à l'examen de l'état local et de sonder profoiidénuînt l'état général avant de porter un pronostic, de commencer un traitement, d'exécuter une opération.

Altérations «les ti.ssus. — Pendant que s accomplissent les quatre phénomènes que je viens de décrire, des changements plus ou moins prononcés ont lieu dans les tissus qui en sont le siège. Dans l'inflammation aiguë, les tissus deviennent plus friables, soit que la consistance soit augmentée , comme dans le poumon , soit qu elle soi^

diminuée, comme clans les muqueuses, les ganglions lymphatiques, etc. Dans les inflammations chroniques, il y a tantôt augmentation, tantôt, et plus souvent, diminution de friabilité; il y a de plus, dans cette dernière forme, quand elle persiste longtemps, accroissement des éléments anatomiques ou hypertrophie de l'organe. On t) avancé, et je crois sans preuves suffisantes, que la densité ou pesanteur spécifique des parties augmentait dans l'inflammation : il est vrai que cette densité augmente dans les poumons par une raison que tout le monde devine ; mais en est-il de même pour les reins , le foie , les iimscles, etc.? c'est ce qui reste à démontrer par des recherches positives. I)ans les tissus transparents , comme la cornée et les mUieux de l'œil , l'inflainipation détruit ou diminue la transparence qui leur est naturelle.

Pliéuoiiièiies intimes.— Jusqu'à présent je n'ai étudié que les phénomènes faciles à constater à la première inspection et à l'œil nu ; mais là ne se soiit pas bornées les recherches des pathologistps ; quelques uns ont tenté de pénétrer plus avant dans l'intimité de ces phénomènes. Des recherches microscopiques ont été entreprises par Wilson, Phdips, Thomson (1), Hastings, Kaltenbrunner , Koch , M. Gendrin, et tout récemment par M. Dubois, d'Amiens (2). Les résultats auxquels ont été conduits ces divers observateurs sont d'autant plus remarquables qu'ils sont à peu de chose près identiques; nous allons en donner le résumé. Lorsqu'on place sous le microscope la membrane interdigitale ou le mésentère d'une grenouille, et qu'on ' vient à l'irriter, on voit les vaisseaux se resserrer, et les globules san- ^guins accélérer leur marche et pénétrer dans des parties où ils n'arrivaient pas dans l'état physiologique; si l'inflammation augmente d'intensité, les vaisseaux se dilatent, les mouvements du sang se ralentissent et bientôt cessent complètement. Cependant raccéîération du cours du sang n'a pas toujours lieu ; il y a des cas dans lesquels le ralentissement ou même la stase complète commence de prime abord • c est toujours , ou presque toujours , l'agent irritant qu i détermine les variations que ces phénomènes éprouvent : bien plus, le sang arrêté dans les capillaires par un stimulus , est souvent remis en mouvement par un stimulus diflérent; on comprend de (juclle importance thérapeutique serait ce fait , si des expériences aussi éloignées du lit du malade pouvaient fournir des inductions immédiatement applicables à la pratique. Les globules sanguins conservent leurs caractères artériels et n éprouvent pas de notables altérations : seulement ils s'accolent facilement les uns aux autres et forment des caillots qui peuvent être, lisposesde distance en distance dans les vaisseaux, et laisser entre

(1) Traité médico-chirurfjical de l'in/lammation. Paris, 1827.

(2) Préleçons de patholo<jie expérimentale. Paris, 1841, in-8, avcc%.

332 DE l'inflammation en uenekal.

eux des espaces vides, le liquide séreux transsudant h travers les parois vasculaires. Les globules ne se bornent pas à distendre les vaisseaux que l'on voit dans l'état physiologique; ils font irruption à leur extérieur, prennent bientôt des directions déterminées , et circulent enfin dans de véritables canaux, soit que ces canaux se forment sous l'influence de l'impulsion sanguine, et comme je l'ai expliqué quand il a été question de la réparation des plaies , soit qu'ils préexistent et deviennent seulement visibles sous cette influence. Ces nouveaux vaisseaux se forment assez promptement et revêtent les caractères des capillaires artériels ou veineux, selon qu'ils sont continus à l'un ou à l'autre de ces deux ordres de vaisseaux : ils se développent ordinairement par plusieurs points à la fois , et par leurs rapides anastomoses finissent par former un nouveau réseau sanguin , le plus souvent très riche. Tous ces phénomènes microscopiques ont été observés sur des grenouilles, et prouvent par conséquent que M. Robert-Latour s'est trompé en avançant que les animaux à sang froid ne pouvaient subir l'inflammation. Il est possible que ce mouvement du sang observe sur les grenouilles ne soit pas l'inflammation elle-même. Selon M. Lebert, deux ordres de vaisseaux apparaissent par le fait de l'inflammation : 1° des vaisseaux très ténus et dont le calibre était auparavant très inférieur aux diamètres des globules de sang, qu'ils ne pouvaient donc pas admettre • 2° des vaisseaux tout à fait nouveaux dont la formation est nécessitée' par la perte de ceux que l'inflammation oblitère. Ces vaisseaux pousseraient à côté de ceux qui existent comme des éperons, des bourgeons, puis des branches, par des points les t^lus faibles des vaisseaux existant, étiraient s'enfoncer dans des vaisseaux voisins en poussant encore par les points les plus faibles. La force viendrait des obstacles créés par l'inflammation comme les vaisseaux nouveaux se développent à la suite d'une ligature d'artère , par l'obstacle apporte par cette ligature qui fait qu'au-dessus la pression sur les parois est

Ll!°expériences que je viens de rapporter permettent de considérer comme inexactes les opinions qui placent le siège des phénomènes mllammatoires , tantôt et exclusivement dans le tissu celluhure, tantôt et exclusivement dans les radicules lymphatiques, tantôt encore, et touiours exclusivement, dans le système capillaire veineux (Cruvedlner). ^ Lrche et termlHai«o..«. - Comme toutes les ma ad.es, l'inflammation a des périodes d'accroissement, d'état et <le ^'^-^ '» ' mai c™ périodes sont extrêmement variables , suivant les i.id.v.duarirSes, et ne' se prêtent guère a des considérions ge.n-a^. voilà pourquoi les auteurs qui ont lait un chap.trc sur la maichc

(1) Lcbcrl, Physiologie pathologique. Taris, 1845.

DE L'iNKLAMMATiON EN GÉNÉRAL. 333

rinflammalion ont parlé de tout autre chose que de leur sujet. C'est sur la marche qu'est fondée la distinction des intlammalions en aiguës et chroniques, distinction que tout le monde comprendra sans qu'il soit nécessaire de la définir. On a aussi admis des inflammations intermittentes; mais les observations sur lesquelles cette espèce est fondée ne nous semblent rien moins que concluantes. Ce que l'on peut dire de plus général sur la marche de l'inllammation , c'est qu'elle a peu de tendance à envahir les parties voisines quand elles sont formées de tissus quidilfèrent de ceux sur lequels elle se développe primitivement, et vice versa. Cette connaissance fournit des inductions pratiques d'une assez grande utilité.

On a admis une foule de terminaisons de l'inflammation, et il n'y en a véritablement qu'une, qui est la résolution. On désigne par ce mot la dimiimtion successive des symptômes généraux et le retour graduel de la partie malade à son type physiologique, sans qu'aucune évacuation ait lieu. Lorsque celte résolution, au lieu d'être lente, s'opère brusquement, elle prend le nom de délitescence; si l'inflammation disparaît brusquement d'un organe pour reparaître sur un autre, on dit qu'il y a métastase. Cette dernière terminaison devrait plutôt s'appeler un déplacement qu'une résolution ; car dans ces cas les troubles généraux persistent, et souvent deviennent beaucoup plus graves. Quant aux terminaisons par adhérences, par induration, par suppuration, par gangrène, etc., il est évident que ce ne sont nullement des terminaisons, mais bien des continuations, des 7^ésultats, des produits de l'inflammation, résultats et produits dont les plus importants demandent des descriptions spéciales qui seront faites plus tard.

On voit, par ce qui précède, que la résolution et la délitescence sont les deux seules terminaisons à désirer, et il est évident qu'on ne peut espérer la dernière que dans les premiers jours de la maladie; il serait absurde, en effet, de croire que des tissus ramollis ou même fortement engorgés puissent revenir instantanément à un état physiologique.

Diasaosfie. ~ Rien n'est plus facile, habituellement, que d'établir le diagnostic d'une inflammation externe. Cependant quelques phénomènes pathologiques ou physiologiques peuvent, jusqu'à un certain point, simuler les caractères de l'inflammation : ce sont des congestions, des fluxions de diverse nature. Mais ces fluxions, ces congestions, outre qu'elles offrent presque toujours quelques différences physiques avec les lésions locales de l'inflammation, s'accompagnent rarement, comme celle-ci, de phénomènes fébriles, et dans aucun cas (différence essentielle), ne sont suivies des sécrétions anormales que produit l'inflammation. Le diagnostic des phlegmasies internes n'est pas à beaucoup près aussi facile. Il doit le plus souvent être

2>2)h DE l'inflammation bn génèual.

fondé sur l'observation des phénomènes généraux, ou bien sur des signes locaux donfl'étude appartient presque exclusivement à la pathologie médicale. L'augmentation constante de la fibrine du sang, signalée par M. Andral, fournirait un signe précieux dans les cas où le doute ne pourrait être levé par les autres moyens d'exploration.

Proiaostie. — Il est tellement variable, suivant l'intensité, l'étendue et la nature de la maladie, suivant l'organe affecté, suivant l'âge, les conditions dans lesquelles les malades se trouvent, etc. , qu'il est impossible de rien dire de général à ce sujet. Je suis donc dans la nécessité de renvoyer le lecteur à chaque inflammation en particulier.

Kspèces et variétés. — Diverses considérations, qui sont loin d'avoir toutes la même importance, ont servi à fonder de nombreuses divisions dans le groupe des phénomènes pathologiques qui constituent l'inflammation.

1" Comme je l'ai déjà dit, sous le rapport de ]k marche, on a distingué l'inflammation en aiguë et chronique. C'est à la première de ces deux formes, qui elle-même a été subdivisée en suraiguë, aiguë, subaiguë, mots qui entraînent avec eux leur définition, qu'il faut surtout rapporter ce que j'ai dit et ce qu'on trouve dans les auteurs sur l'inflammation. En effet, outre que les phénomènes généraux manquent le plus souvent dans l'état chronique, ou au moins sont peu marqués, les caractères locaux sont quelquefois très différents de ceux que nous avons décrits, et souvent très difficiles à bien déterminer : c'est ainsi que la coloration des tissus peut être grise, brune, ou même noire ; que les lésions fonctionnelles sont peu caractérisées, irrégulières dans leur apparition ; que le sang est souvent exempt de toute altération appréciable, etc. De toutes ces circonstances, il résulte que le diagnostic des inflammations chroniques est beaucoup plus incertain que celui des inflammations aiguës ; cela est d'autant plus fâcheux pour le chirurgien, que, sous l'influence de causes même peu puissantes, l'inflammation chronique passe facilement à l'état aigu, et que cette circonstance doit rendre très circonspect lorsqu'il s'agit de pratiquer certaines opérations sur des organes chroniquement phlogosés.

2" Sous le rapport de la nature de la cause qui produit la phlegmasie, celle-ci a été distinguée en simple, en franche et en spécifique. L'inflamrïiation est simple, dit Thomson (1), lorsqu'elle se développe dans une constitution saine, et qu'il n'y a rien de particulier dans le mode d'action des causes qui la produisent ; elle est spécifique dans les cas contraires. C'est dans un sens presque identique que Hunier a divisé l'inflammation en saine et malsai7ie ou de mauvaise nature (2j.

(1) Traité médico-chirurgical de l'inflammation. Paris, 1827, p. US.

(2) (irâce àla déplorable confusion que certains esprits onllour à tour mlro-

DE l'inflammation EN GÉNÉRAL. 335

Remarquez (oiitefbis que Huntor, qui malgré sa profonde conception, n'a pas toujours le mérite de la clarté, a confondu ici le but que la nature semble se proposer par le moyen de l'innaramation avec la cause de cette maladie. En effet, l'inflammation saine est pour lui une action réparatrice plutôt que morbide; c'est elle qui se développe, par exemple, avant et pendant la réunion des plaies, tandis que l'inflammation malsaine est celle qui n'a aucun but utile Cette division est en apparence très fondée et d'une application facile mais elle n'en repose pas moins sur une hypothèse ; car telle inflammation qui ne nous paraît pas avoir de but utile pourrait être appréciée tout différemment, si notre ignorance était moins grande sur sa nature intime. La dénomination d'inflammation simple a été emplovée également par Hunter dans un sens différent de celui que je viens de lui assigner; lia appelé ainsi la phlegmasie qui ne présentait dans sa marche qu'un même ordre dé phénomènes, les phénomènes qu on pourrait appeler congestionnels, et il a donné le nom d'inflam niation composée à celle qui, outre ces phénomènes, produit d'autres ettets, tels que 1 adhésion, la suppuration, etc.

3° Enfin, sous le rapport de ses effets consécutifs, l'inflammation a ete divisée en adhésive, tdcérative, suppurative, gangreneuse, etc. Ces divisions n ont pas besoin d'autres explications. A l'article />/«f. et quand je traiterai de la suppicration, de la gangrène et de Vulcération on trouvera des développements sur ces formes de la phlogose

Xraite.„e„t. - L'inflammation n'est pas un acte essentielleament destructeur, comme semblent le penser ceux qui veulPnt tou- -lours la combattre à outrance. Le chirurgien, surtout, doit songer au • )arti qu 1 peut en tirer, quand elle est contenue dans de certaines nmi es ; il est forcé de la faire naître dans quelques circonstance 3U de 1 ammer, quand elle n'est pas assez vive. Une conviction l^en ntime pour moi et que je voudrais faire passer dans l'esprit d tous es chirurgiens, c'est que, plus souvent qu'on ne pense les ôpôr.t ons )e réussissent pas parce que l'inflammation conLudve ne s' " .eveloppee assez vite, ou qu'elle ne s'est pas manifestée du tout L'f^s oire bien interprétée de la taille vient à l'appui de ce quej'avan • uelquefois c est parce que la phlogose ne s'empare pas assez tôt du

«ite et inlroduiscnt de pla.s en plus dam la médecine, le jeune adepte doit déi', .re une lo,.g„e élude avant de co.nprendr. le lan.a^e scien.ifi ^ A » i t,

lie u. est produite par une cause générale, dont i'etïet est d'allércr pravé

mx que par elat gênerai; la dénoininalion opposée est celle d'in/l m,,....' ■^anche, dans laquelle la gravité des phénomènes généraux es dan peu près exact avec les altéralions locales.

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tissu cellulaire qui entoure la vessie querinfillration urineuse a lieu. Mais il ne faudrait pas tomber dans un excès contraire à celui que je signale , car le praticien se trouve, le plus souvent, placé dans la nécessité de combattre l'inflammation et il doit plus d'une fois la prévenir.

Si la nature de l'inflammation était bien connue, si j'avais pu, dans l'étude de ses causes prochaines, établir des principes certains, nous nous en servirions pour base d'une thérapeutique rationnelle; mais je retrouve ici les mêmes incertitudes qui m'obligent à des tâtonnements : cependant l'expérience s'est prononcée sur certains moyens, et ce sont ceux que je signalerai de préférence.

Il est inutile d'insister sur la nécessité d'une bonne hygiène pendant l'existence d'une inflammation. Le repos de la partie malade, quand il est possible, sa position favorable au retour du sang veineux, si cette partie peut le permettre ; la proscription des spiritueux, une diète modérée, si l'inflammation est profonde et intense , une température qui ne soit pas très élevée , des boissons émollientes, fraîches en été, tièdes en hiver : voilà des moyens qui quelquefois peuvent amener une guérison entière , et qui toujours favorisent l'action des agents thérapeutiques.

La première indication consiste à soustraire le malade aux causes qui ont produit l'inflammation, ce qui est souvent possible si ces causes sont connues, et si elles viennent du dehors. Mais l'ignorance dans laquelle nous sommes souvent sur leur nature et leur siège nous oblige d'abandonner cette indication. Nous sortons alors du rationa^ lisme , et nous combattons des eff"ets qui se reproduisent souvent parce que les causes existent toujours. Néanmoins on peut encore, même dans cette ignorance des causes, remplir une grande indication , qui trouve sa raison et son fondement dans les lois de l'organisme. On placera celui-ci dans les meilleures conditions possibles pour qu'il neutralise ou élimine lui-même l'agent morbifique. On doit interroger alors la circulation et l'innervation, ces deux foyers de réaction, les modérer ou les stimuler selon l'occurrence.

La saignée est d'une utilité qui ne peut être contestée. Mais dans quelle mesure faut-il la faire? et comment faut-il l'appliquer? Voilà des questions très difficiles à résoudre, agitées de temps en temps, et dont la solution se fait encore attendre. Je répète ici que la résolution est un acte qui demande un certain développement de forces, et j'ajoute que l'abus des émissions sanguines peut faciliter la stase des liquides dans les tissus malades et favoriser ainsi l'établissement d'une, inflammation chronique. Mais il est des cas où il faut saigner hardiment et coup sur coup, comme le dit M. BouiUaud (t), surtout dans (i) Yo-^cz Nosographie médicale. Paris, 1846, t. I.

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les innammalions internes, dans celles qui frappent un organe important, par exemple, dans les inflammations profondes de l'œil, dans les plaies du cerveau, du cœur, des poumons, dans les indammations suraiguës des reins, de la vessie. Boyer préférait de larges saignées à desdistances assez grandes aux saignées souvent répétées et peu abondantes. L'état du pouls est un guide quelquefois peu sûr. La douleur, quand elle existe et qu'elle est intense, peut mieux faire apprécier les effets des émissions sanguines : si elle se modère à mesure que le sang coule ou apj'ès la saignée, on peut revenir au même moyen ; quand, au contraire , elle n'est nullement calmée et que les forces seules baissent, on doit y renoncer. Faut-il ajouter que l'âge du sujet, son tempérament, les maladies antécédentes, devront être pris en grande considération ?

Les saignées locales peuvent être faites avec les ventouses ou les sangsues ; celles-ci sont d'un usage plus fréquent en France. Si une inflammation intense sévit sur un organe important ou sur une large surface, si elle affecte un sujet jeune et sanguin, il convient de faire précéder la saignée locale d'une saignée générale ; car il est à craindre que les sangsues ne versent pas au dehors tout le sang qu'elles attirent sur la partie et augmentent ainsi la congestion. On devra, pour éviter cet inconvénient, les appliquer en grand nombre ; seules, elles peuvent alors opérer la résolution de certaines inflammations membraneuses et de quelques engorgements des ganglions ou des glandes peu éloignées de la peau. Ainsi, en couvrant une articulation de sangsues, on a quelquefois arrêté les progrès d'une inflammation commençante qui paraissait avoir son siège dans la synoviale , et une abondante saignée locale a quelquefois fait disparaître très rapidement des amygdalites. Mais cette saignée a peu d'influence sur les inflammations profondes, sur celles qui attaquent les viscères parenchymateux. Les sangsues sont surtout préférables quand la maladie prend une forme chronique et qu'elle nécessite des émissions sanguines fréquentes : alors on en diminue le nombre et l'on dégorge peu <à peu l'organe. Par exemple, dans certaines inflammations de la vessie ou de la prostate, on ruinerait la constitution de l'individu si l'on insistait trop sur les saignées générales, tandis qu'en répétant souvent l'application de quelques sangsues, tantôt au périnée, tantôt à l'anus, on finit par vaincre quelques inflammations très opiniâtres, et cela sans trop affaiblir le sujet.

Ce sont sans doute les hémorrhagies salutaires qui ont fourni la première indication de la saignée. Mais ce n'est pas toujours par ce procédé que la nature termine heureusement les inflannnations : les sueurs , les selles et d'autres évacuations ont souvent amené de pareils résultats ; de là donc de nouvelles indications qui peuvent être remplies

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par les purgatil's, les tliaplioréliques, les éiiiétiques. Je connais tout l'éloignenient qu'ont pour ces moyens les médecins qui sont encore sous l'inlluence de certaines hypothèses; mais il faut se rendre à l'évidence , et se servir de ces modiiicateurs avec ménagement et en temps opportun. Les purgatifs, dont on a peut-être trop abusé en Angleterre, ont surtout de très bons effets sur le déclin d'une inflammation. J'ai vu des péritonites dont la résolution complète se faisait attendre, contre lesquelles les émissions sanguines ne produisaient plus de bons résultats , et qui étaient définitivement jugées par un purgatif huileux. Los faits d'inflammations externes qui se sont terminées heureusement sous l'influence des purgatifs sont trop nombreux pour que j'insiste sur leur utilité dans ces maladies; ici les sels neutres sont avantageusejuent employés.

On sait le cas que faisait Desault de l'émétique dans les plaies de tête. Dans d'autres circonstances, il produit encore de très bons effets. Qu'on les explique parle rejet des matières qui, contenues dans les premières voies, entretenaient l'inflammation , par les sueurs qui éliminent le principe morbifique , par les nausées qui causent l'affaiblissement du pouls, détendent les tissus, etc., peu importe. Ici encore il faut ajouter que l'émétique a surtout un efl"et marqué dans les inflammations graves quand il est précédé d'une saignée copieuse ; dans l'ophthalmie très intense, par exemple, on ne saurait croire les bons résultats qu'on peut obtenir de ce moyen administré immédiatement après la saignée du pied. M. Gimelle emploie avec avantage le tartre stibié à haute dose contre les arthrites avec épanchement dans les articulations (1).

11 est des praticiens qui proscrivent l'opium du traitement des inflammations, il a cependant été appelé le grand antiphlogistique. Il faut qu'il ait eu quelques succès pour mériter ce titre. Ce qui est exact, c'est que, chez certains individus, il produit une excitation qui aggrave les symptômes au lieu de les faire disparaître. Cet eff"et se manifeste surtout quand la réaction est trop forte. Chez d'autres sujets , au conlraire, il provoque une sueur promptement salutaire. C'est ici surtout que l'idiosyncrasie doit être prise en considération. Quelquefois le praticien a en vue de combattre un symptôme dont l'exagération peut compromettre l'existence ; par exemple, la douleur qui se manifeste dans les cas d'inflammation avec étranglement, ou dans les cas de brûlures très étendues: alors l'opumi, administré d'abord par doses fractionnées, peut produire les meilleurs oflets.

La cojnpression, qui a été remise en honneur dans ces derniers • temps, a fourni d'assez bons résultats. Je dois prévenir que ce moyen

(1) BtiUclin de l'Académie de médecine. Pari.s, 1840, t. V, p. 3i^.

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est difficile à manier. Quel est d'ailleurs le moyeu héroïque qui ne présente pas cet inconvénient? Il faut donc l'étudier, le voir appliquer par ceux qui en ont riial)itude, et les imiter. Les accidents qui surviennent quand les tissus enflammés sont bridés, par des aponévroses étaient de nature à faire naître des préventions contre la compression. Mais ses partisans répondent que, dans ces cas d'étranglement, la compression est irrégulière, car les plans aponévrotiques n'enveloppent pas également un membre; ils ont une résistance sur .un point qu'ils n'offrent pas sur l'autre, tandis qu'un bandage méthodiquement appliqué agit également sur tous les points. Les faits invoqués par M. Velpeau valent mieux que cette explication, et ce n'est pas la première fois que la théorie reste ainsi impuissante. Où trouver, par exemple, une explication satisfaisante des bons effets du vésicatoire et de la cautérisation appliqués immédiatement sur la partie enflammée? On brûle un tissu enflammé et l'inflannnation disparaît! Si l'on avance que la cautérisation agit comme antiphlogistique, on renonce à la logique la plus vulgaire 5 en disant que la cautérisation change le mode d'inflammation, on se paie d'un mot, voilà tout ; en prétendant que le modificateur détruit la cause, on émet une assertion très soutenable qui contient peut-être une partie de la vérité, mais le complément de la vérité nous échappe. Restent encore les faits : eh bien, tous les jours on peut constater que le nitrate d'argent solide ou affaibh à différents degrés, appliqué immédiatement sur la conjonctive envahie par une certaine forme d'inflannnation, opère une résolution des plus promptes : les mêmes résultats ont été obtenus sur les amygdales. Je parlerai plus tard de la compression des artères principales des membres comme moyen d'éteindre les inflammations de ces parties. Quelquefois, au lieu de comprimer, il faut débrider les tissus : ainsi dans certaines inflannnations de la main, du pied et des testicules (1).

L'eau à une température basse, seule, ou mêlée à des acides l'alcali volatU, la neige, la glace, font partie de la série des topiques'appelés relrigerants qui ont obtenu des succès incontestables. Comment concdier les faits qui attestent ces succès avec les faits qui militent en faveur des topiques chauds, comme les cataplasmes et les fomentations-?

: Ici le lecteur devra consulter la partie des Prolégomènes où il est question dcsirrigations continues et da calorique comme moyens de pansement.

I La glace, appliquée avec persév(h'ance sur des tumeurs qu'on ne veut pas laisser ahcéder, peut singulièrement hâter la résolution, si elle a été précédée d'une forte application de sangsues ; le résultat est bien plus

(1 ) Voyez mon mémoire sur la cure radicale du varicocèle, avec une noie sur le debridemenl du testicule. Paris, 1844, iii-8.

3;iO liuuLUUE.

sûr, si l'on ajoute la compression. Les fomentations aident singulièremerit l'action des cataplasmes; si l'on place ceux-ci entre deux linges, il faut choisir une toile . très line. Dans les hôpitaux, où le linge est si "imsicr, ou devrait appliquer les cataplasmes sans intermédiaire : le pansement, je le sais, serait alors plus long, mais au moins éviterait-on d'employer un moyen souvent inutile et quelquefois nuisible. Je préfère de beaucoup la mie de pain cuite dans une décoction de feuilles de mauve aux cataplasmes faits avec la farine de gTaine de lin. L'eau de Goulard est souvent employée avec avantage dans les inflammations superficielles et douloureuses ; elle possède, selon les uns , une vertu sédative que lui donne le sel de plomb ; d'autres croient qu'elle n'agit que comme l'eau fraîche. Un antiphlogistique bien efficace dans certaines inflammations, est l'onguent mercuriel : les arthrites, même aiguës et très douloureuses, sont quelquefois très favorablement modifiées par des onctions mercurielles, mais avec une très grande quantité de pommade. On laisse sur l'articulation une couche très épaissf! d'onguent qu'on renouvelle deux fois par jour. Ce moyen réussit surtout chez les enfants qui n'ont pas de salivation. (Voyez aux Prolégomènes ce qui a trait aux pansements.)

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