‹ Traité de pathologie externe et de médecine opératoireChapitre 102 sur 266 · IT. — DIFFICULTÉS DE LA SAIGNÉE · texte numérisé non relu

IT. — DIFFICULTÉS DE LA SAIGNÉE

La saignée est généralement une opération très simple et très facile ; elle peut présenter aussi de grandes difficultés. La première de ces difficultés, c'est. l'absence de toute ligne bleuâtre, de toute saillie formée par les veines. C'est ce qui arrive surtout aux femmes qui ont beaucoup d’embonpoint et qui ne se sont pas livrées à des travaux manuels, à celles qui, comme on le dit, ont le bras rond. Quelquefois c’est l'étroitesse du calibre des veines qui cause à elle seule la difficulté. On conseille alors l’immersion du bras dans l'eau chaude: mais la peau rougit, le tissu cellulaire se gonfle, et les recherches deviennent plus difficiles. 11 vaut mieux serrer davantage la ligature et la laisser une demi-heure ou plus. Après, on explore le pli du bras avec l'index. El est rare qu'à la suite de pressions un peu fortes, ce doigt ne sente pas, au milieu des graisses, un cordon plus ou moins épais. Mais est-ce bien là une veine ? Pour s'en assurer, on commande à un aide de desserrer peu à peu la ligature. Si l'opérateur, dont l'index n’a pas quitté le pli du bras, sent qu'à mesure qu'on diminue la compression, le cordon cède et disparaît ; si, pendant qu’on resserre la ligature, il constate que ce cordon se reproduit, plus de doute, c’est une veine; alors, avec l’ongle de l'index explorateur, on fait une marque à la peau, et c’est là que l'on pique. |

Quand, après une compression longtemps continuée du bras, il ne paraît aucune veine, il est rare qu'on n’en aperçoive pas à l'avant-bras et sur la Main, où l’on pourrait pratiquer la saignée, Si déjà la personne a 6té saignée, les cicatrices peuvent servir de guide. Mais comme déjà aussi des saignées blanches (1) ont pu être faites, on peut être trompé. Quelquefois le malade fous éclairera sur ce point et vous indiquera les cicatrices appartenant à la dignée qui a réussi. Boyer a dit, sans trop de preuves, et on l'a répété dans es éditions de la Hédecine opératoire de Sabatier, que le point de la veine jui correspondait à la cicatrice était rétréci, et qu'il fallait saigner au-dessous lecette cicatrice. Je crois qu'il vaut mieux saigner immédiatement sur elle, urtout si l’on n’a que ce guide pour parvenir à la veine.

(1) On appelle saignée blanche, eclie dans laquelle la lancette ne piquant pas une Ciné, mais passant à côté du vaisseau, fa plaie ne dofine licu à aucun écoulement

anguin, où à quelques gouttes de sang seulement. (FAN)

La mobilité des veines chez certains sujets maigres peut rendre difficile leur ouverture; elles semblent glisser sous la lancette, Il est des praticiens qui conseillent alors de les ouvrir en long. Il vaut mieux, je crois, piquer le vaisseau très près du pouce de l'opérateur, qui le fixe solidement. Quelquefois, la veine étant bien ouverte, la sortie du sang est cependant empêchée, Cela peut tenir, comme je le disais tout à l'heure, soit à une trop grande constriction exercée par la ligature qui empêche l’abord du sang artériel, soit à une contre-ligature exercée par les vêtements. D'autres fois, enfin, da ligature est trop lâchement appliquée. Il faut la resserrer aussitôt, mais avec précaution, sans tirailler la peau, de manière à ne point détruire le parallélisme entre l'ouverture de la veine et celle des téguments.

Souvent viennent se placer à l'ouverture de petits flocons graisseux qui gônent la sortie du sang; on les repoussera avec la tête d’un stylet, ou mieux on les excisera avec des ciseaux courbes. Il est bon de noter que la position des veines rend compte de ce petit accident. En eflet, les veines du pli du bras ne sont pas précisément sous-cutanées ; elles sont séparées de la peau par le fascia superficialis, dans lequel elles rampent, et par la couche graisseuse immédiatement sous-cutanée. La veine médiane basilique seule est plus superficielle que les autres; elle est très souvent inmédiatement accolée à la peau; aussi voit-on rarement, lors de la piqûre de cette veine, un flocon graisseux venir en intercepter l'ouverture.

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