III, — PAR LE VÉSICATOIRE
On applique sur la peau dénudée par le vésicatoire un pois qu'on fixe avec du diachylon, et il se creuse lui-même le trou qui doit le loger. Ce procédé est le moins expéditif et le plus douloureux.
S 4. — Séton.
On peut l'appliquer partout où il y a possibilité de soulever assez la peau pour former un pli. On à conseillé de le placer aux tempes, au périnée, autour des articulations, sur les parois du thorax et de l’abdomen. C’est surtout à la nuque qu'on l’applique : aussi est-ce Rà le véritable lieu d'élection. On forme le pli en pinçant la peau; une extrémité est confiée à un aide; l’opérateur tient l’autre avec la main gauche, et traverse la base de ce pli avec un bistouri droit introduit à plat jusqu’au talon ; en le retirant, il agrandit la plaie du côté de la pointe, de manière à lui donner la même grandeur des deux côtés. On à proposé de donner au trajet parcouru par le bistouri une direction oblique pour favoriser l'écoulement du pus que doit fournir cette plaie. Un stylet boutonné portant une mèche enduite de cérat suit le trajet qu'a parcouru le bistouri en entrant; il ne retourne pas comme lui; on le retire du côté opposé à son entrée ; il entraîne la mèche, dont on le débarrasse; une portion de cette mèche reste dans la plaie. On peut encore plus facilement introduire la bandelette de la pointe du bistouri vers son talon. Pour cela, le chirurgien, après avoir agrandi l'ouverture de sortie du bistouri en élevant le manche, confie à un aide le pli inférieur de la peau; puis de la main gauche, libre alors, il glisse le stylet armé de la mèche sur la lame du bistouri, de la pointe vers le talon ; cela fait, la main droite retire le bistouri, le stylet et la bandelette, Quelques chirurgiens ont proposé un
PETITE CHIRURGIE. — SÉTON. 201 bistouri percé vers la pointe d’une ouverture; l’incision étant faite, on passe la mèche dans cet œil; elle est attirée dans la plaie lorsqu'on retire l'instrument tranchant. Alors on abandonne la peau, et le pli s’efface. Un plumasseau est appliqué sur les plaies; on les recouvre d’une compresse; dans les plis de celle-ci on amasse ce qui reste de la mèche, et le tout est fixé avec un bandage simplement circulaire.
Ce n’est que le quatrième jour, au plus tôt, que l’appareil sera enlevé. On fait le pansement en attirant à gauche la portion de mèche en rapport avec la plaie ; on la coupe, et elle se trouve remplacée par la portion de mèche qui était à droite. Cette portion sera enduite de cérat avant d’être entraînée dans la plaie : on y mêle de la pommade épispastique quand la suppuration ne donne pas suffisamment. Quand la mèche est épuisée, on en lie une nouvelle au bout qui reste, et l’on peut se dispenser d’une nouvelle introduction du stylet; mais il faut que cette union. de l’ancienne avec la nouvelle mèche se fasse sans nœud.
Boyer avait renouvelé l'aiguille à séton aplatie, large d’un centimètre, à double tranchant, que l’on trouve très bien représentée dans Dalech:mp. Elle traversait la base du pli de la plaie et entraïnait la mèche; l'opération se faisait en un seul temps, et l’on se dispensait du stylet. Mais c'était un nouvel instrument dans la trousse : aussi s’en passe-t-on le plus souvent.
Dans le commencement, on se sert habituellement d’une mèche de coton ; plus tard, quand l’inflammation a diminué et que la suppuration est moindre, on peut lui substituer une bandelette de linge, qui est plus irritante.
Le séton à quelques inconvénients, et parfois même il est suivi de quelques accidents. Ainsi des chairs fongueuses s’élèvent sur les ouvertures; il faut les cautériser ou même les exciser si elles sont trop considérables. Le trajet peut, contre le gré du chirurgien, tendre promptement à s’oblitérer. M. Sédillot décrit dans sa Médecine opératoire une aiguille qu’il a imaginée pour dilater ce trajet rétréci.
Quelquefois l’inflammation s'empare du pont cutané intermédiaire aux ouvertures, ce qui arrive surtout quand on n’a point laissé ce pont suffisamment large. Gette inflammation amène souvent des érysipèles phlegmoneux, des abcès au voisinage, et quelquefois la gangrène du pont cutané lui: même. Il faut, dans ces cas, retirer la mèche et calmer l’inflammation par les émollents; on la réintroduira dès que celle-ci sera éteinte.
Samuel Cooper propose une modification du séton qui n’a pas été adoptée en France : il veut qu'on place, au lieu de mèche, un ruban de gomme élastique de 2 décimètres de longueur sur 2 centimètres de largeur. Ce ruban, n'étant pas imbibé ni altéré par le pus, n’a pas besoin d’être changé. L'aiguille qui sert à passer ce ruban le saisit par une de ses extrémités, qui se termine comme les mors d’une pince.
PROCÉDÉ DE M. BOUVIER. — Au lieu du bistouri ou de la large lame à double tranchant assez improprement nommée aiguille à séton, M. Bouvier
202 PROLÉGOMEÈNES. hs
se sert d’une aiguille véritable, très étroite, terminée en fer de lance pour mieux pénétrer dans les tissus, droite où courbe, suivant que le séton doit avoir une direction transversale ou longitudinale, Au lieu de la mèche de coton ou de la bandelette de linge effilée sur les bords qui reste à demeure dans la plaie, il emploie un fil, un mince cordonnet couvert d’un enduit im perméable qui le rend peu altérable au contact du pus. La matière des fines bougies uréthrales est très propre à cet usage. Afin de rendre l’introduction du cordonnet plus facile, l'aiguille porte du côté opposé à la pointe, aù lieu dé chas, une fente ou pince faisant ressort, dans laquelle se trouve fixée l'extrémité du fil, que l’on évite ainsi de replier en deux comme dans les aiguilles ordinaires. Veut-on passer un fil double, le milieu de l’anse qui le représente est arrêté de la même manière dans la pince de l'aiguille, et l’anse reste entière quand on a enlevé l'instrument.
Voici les avantages que M. Bouvier attribue à cette modification dans l'usage du séton. Le premier est de produire peu de douleur; le deuxième est la perpétuité du séton. S'il y a de la tendance de la part des ouvertures à se rapprocher, on prévient l’ulcération en détachant le fil et en faisant un ou plusieurs nœuds à ses extrémités, ce qui l'empêche d'échapper. Un troi sième avantage consiste dans la simplicité du pansemient. Si l'irritation est insuffisante avec un fil, on en met plusieurs, deux, trois, etc. On peut doser ainsi en quelque sorte le remède, et le proportionner au mal. Enfin, la facilité avec laquelle on peut dissimuler la difformité de la cicatrice est encore uñ des bénéfices de ce procédé (1).
S 5. — Moxa.
Le but, en appliquant le moxa, est de produire une eschare superficielle par la combustion d’une substance facilement inflammable. On a donc tour à tour employé la mèche des canonniers, du lin, du chanvre, de la moelle de tournesol, le duvet de l’armoise, le phosphore, le camphre, les huiles essentielles et la poudre à canon. Je me sers souvent dé l’amadou.
Voicile moyen le plus généralement employé : on fait un cylindre de coton cardé, qu'on enveloppe avec une bande de toile arrêtée par une couture: ce cylindre à de 1 jusqu’à 3 centimètres de diamètre, et est divisé en plus sieurs Cylindres de 2 à 3 centimètres de hauteur.
On tient le moxa avec une pince à pansement ou avec l'instrument imaginé par D.-J. Larrey. On allume une de ses extrémités, et l’autre est applis quée sur la peau un peu humectée. On souffle sur l'extrémité allumée, et l'on dirige la combustion de manière qu’elle ait toujours la même rapidité. Pour rendre cette combustion très rapide, on mêle quelquefois du chloraté de potasse au coton; alôrs le moxa brûle tout seul sans qu'on soit obligé dé
(1) Bulletin de l’Académie de médecine. Paris, 1855, t. XXI, p. 52 et suiy,