‹ Traité de pathologie externe et de médecine opératoireChapitre 116 sur 266 · PETITE CHIRURGIE. — VACCINATION · texte numérisé non relu

PETITE CHIRURGIE. — VACCINATION

soufller. Un très bon moxa, d’un emploi facile et commode, est le suivant dans l’un dés anneaux des ciseaux de la trousse ou de la pince à pansement appliqué sur la partie, on met des fragments de camphre qu'on allume; la combustion se fait lentement et donne lieu à une eschare assez profonde. On pourrait hâter cette combustion en ajoutant au camphre un peu de nitrate de potasse.

Mayor (de Lausanne) cautérisait la partie avec un marteau de fer, supporté par un manche de bois, et dont la partie métallique à été maintenue pendant une heure dans un vase contenant de l’eau en ébullition. Si l’eschare produite n’est que blanchâtre et peu profonde, on place aussitôt sur elle un autre marteau également chauffé. Mayor, en employant le fer chaud, à pensé qu'il ne devait désorganiser les tissus que lentement, ce qui est vrai : son moyen atteint donc le but principal du moxa, la désorganisation lente des parties ; inais il n’est pas d’une application facile, et il est très douloureux.

Le moxa est dit fempéré quand il n’est pas appliqué immédiatement sur là peau, et qu'on place sur elle une pièce de drap épais comme intermédiaire.

Le moxa est aujourd’hui presque toujours remplacé par la pâte de Vienne, dont la cautérisation est bien moins douloureuse.

S 6. — Vaccination.

Il ya beaucoup de procédés ; voici le plus simple. On se sert d’une lancette dont la pointe est chargée du vaccin liquide ; si l’on vaccine de bras à bras, on porte la lancette dans le bouton qui est ouvert chaque fois qu'on veut faire une piqûre. Si l’on n’a que du vaccin desséché, on le délaye d’abord avec une goutte d’eau, jamais avec de la salive. La lancette est tenue à plat et presque horizontalement à la peau. On l’enfonce sous l’épiderme à un millimètre environ de profondeur ; il sort souvent une strie de sang, ce qui n’a aucune importance. La lancette doit rester dans la petite plaie trois ou quatre secondes dans la même position ; on la retourne ensuite, sans la retirer, de manière à la placer de champ d’abord d’un côté, puis de l’autre; de cette manière, le vaccin est bien introduit; on essuie ensuite chaque face de là lancette sur la petite plaie. Chaque piqûre exige sept secondes. On en pratique ordinairement trois à la partie externe et supérieure de chaque bras; elles doivent être à 3 centimètres de distance, rangées sur une ligne qui suit l’axe du bras ou formant un triangle, On laissera sécher la plaie avant de recouvrir le bras. Au moment de l'opération, les piqûres s’entourent d’une aréole large de quelques millimètres et d’une couleur légèrement rosée, puis d'un peu de tuméfaction, qui se dissipent au bout d’un quart d'heure ou d’une demi-heure.

Les plaies de la vaccine ne sont d’abord le siége d’aucun travail, et restent à l'état de simple piqûre ou de papule de prurigo, jusqu’à la fin du troisième jour, Ce laps de temps est connu sous le nom de période d'incu-

bation. Au quatrième jour, la petite plaie semble reposer sur une base dure, et son Sommet prend d'une manière évidente l'aspect d’une piqûre d’insecte. Le cinquième jour, le tout représente une petite tumeur ou une papule conique, dont le sommet commence à se déprimer, Une démangeaison quelquefois assez vive accompagne ce premier travail. Le sixième jour, la base de la papule s’élargit et son sommet se déprime; mais ce n’est qu'au septième qu'on voit se former autour un léger bourrelet ayant lui-même, à sa circonférence, une étroite aréole inflammatoire. Le septième jour, le bouton de vaccine, plus déprimé encore, d’une couleur fauve, est entouré d'un bourrelet argenté, évidemment distendu par un liquide. Ce bourrelet augmente sensiblement le huitième jour, et s’entoure d’une ceinture rosée, d’une tuméfaction qui, le neuvième jour, s'étend d’une piqûre à l’autre lorsqu'on ne les à pas séparées par un intervalle de plus de 3 centimètres. C’est le neuvième jour que la pustule est le plus développée, et que son sommet commence à revêtir la forme d’une petite croûte noirâtre. Au dixième jour, le bourrelet du vaccin, plus aplati, moins brillant, manifestement plus large, repose Sur une tuméfaction très prononcée. Toute la face externe du bras est gonflée comme s’il s'agissait de furoncles rapprochés. On y trouve de la chaleur, et les malades se plaignent d’une vive démangeäison. Alors aussi l'enfant devient quelquefois maussade, difficile à gouverner : il éprouve du malaise, un léger mouvement fébrile, des frissonnements accompagnés de pâleur de la face, d’engorgements aux ganglions axillaires. Le onzième jour, le bouton est dur, aplati, dépourvu de liquide; il prend une couleur gris de perle ou jaune sale, et se couvre d’une eschare noirâtre.

La période d’inflammation se termine ainsi. Arrive la période de dessiCCation.

Le douzième jour, on remarque une croûte qui gagne l’'épiderme, un reste de liquide trouble, une aréole plus pâle, plus dure et moins étendue que la veille. Le lendemain et les jours suivants, l'engorgement qui entoure chaque bouton s’affaisse de plus en plus, et le liquide de la pustule devient puriforme. A partir du quinzième jour, la croûte vaccinale, passant de la couleur fauve au rouge sombre, parvient au brun plus ou moins foncé et proémine de plus en plus à la surface de la peau. Gette croûte, quelquefois soulevée par le pus, accompagnée de la desquamation de l'épiderme voisin, tombe du vingt-cinquième au trentième jour, en laissant une cicatrice pointillée, facile à reconnaître, et qui ne disparaît jamais.

La vaccine ne marche pas toujours avec autant de régularité : on cite des exemples où la période inflammatoire s’est établie au bout de vingt-quatre où de quarante-huit heures, tandis que, dans d’autres cas, elle ne se serait manifestée qu'au bout d'un mois, et par suite d’une seconde vaccination. Il paraît aussi que cette période peut durer jusqu'à trois semaines ou un mois, au lieu de se renfermer entre le troisième et le douzième jour. L’hisloire fait en outre mention de sujets tellement réfractaires à la vaccine, qu'il

PETITE CHIRURGIE. — VACCINATION, ACUPUNCTURE. 205 a fallu huit et dix opérations successives pour obtenir l'apparition des boutons. On ajoute même que, dans certains cas, la vaccine n’a produit que quelques symptômes généraux, tout en mettant à l'abri de la variole (1). FAUSSE VACCINE. — Au lieu d’une vaccine complète, la seule qui soit préservatrice, “on n'obtient quelquefois qu’une fausse vaccine. Celle-ci survient ordinairement chez les individus qui ont eu la variole ou qui avaient déjà été vaccinés. Dans les autres cas, elle tient à ce qu’on s’est servi d’une lancette trop mousse, ou dont la pointe était oxydée; à ce que le vaccin était de mauvaise nature, trop ancien ou décomposé; en un mot, à ce que le virus était mauvais, ou bien à ce que l'opération a été mal faite. Alors il n’y a généralement point de période d’incubation, et la suppuration s'établit dans le bouton dès le troisième ou le quatrième jour. La période de desquamation est, au contraire, plus longue, et la cicatrice ne présente aucun pointillé qui permette de la distinguer de toute autre tache de la peau. Quelquefois aussi la croûte tombe dès le cinquième jour, pour se reproduire et se détacher de nouveau comme celle des ulcères en général.

$ 7. — Acupuncture.

L'acupuncture consiste à faire pénétrer au travers des téguments et à des profondeurs variables, des aiguilles si fines et si acérées, qu'elles écartent, sans les diviser, les fibres de nos tissus. Il est démontré que ces piqûres ne sont ordinairement suivies d'aucun accident, et qu'elles sont peu douloureuses.

L'acupuncture, très usitée en Chine et dans l'Inde, a eu chez nous une certaine vogue il y a une vingtaine d'années. Elle est aujourd’hui délaissée. Cependant elle a donné quelques résultats avantageux dans des cas de paralysie, de rhumatisme chronique, de tumeurs indolentes, de ganglions indurés. Les aiguilles ont 8 à 10 centimètres de longueur, très fines et bien trempées, lorsqu'on veut les introduire sous les téguments et dans le tissu cellulaire. On doit les choisir flexibles quand on veut les introduire dans les muscles, dont les contractions pourraient les briser et amener des accidents dépendants de la présence d’un corps étranger. La tête des aiguilles est formée par un renflement à pans où par un anneau, pour qu'elles ne se perdent pas dans les chairs. Il y a trois procédés d'introduction des aiguilles : 1° pression continue avec la main, il est peu employé ; 2° pression combimée avec un mouvement de rotation, c’est la pratique la plus usitée; 3° percussion : avec un petit maillet on frappe doucement l'extrémité libre de l'aiguille.

On a osé porter les aiguilles au travers de tous-nos organes, tels que le

(1) Voyez l’ouvrage de M. Bousquet, Nouveau traité de la vaccine et des éruptions varioleuses. Paris, 1848, in-8.

cœur, les poumons, les viscères abdominaux, les nerfs, les vaisseaux, ete., sans qu'il en résultât d'accidents. Cependant quelques exemples moins pe

reux prouvent qu'il vaut mieux se borner à les introduire au travers de la peau, et des tissus cellulaire, fibreux et musculaire (1).

$ 8. — Llectropuncture.

On se sert d’aiguilles comme celles de l’acupuncture, et qui sont termi= nées du côté de la tête par un anneau. Ce sont des moyens de transmission soit pour électriser le malade, soit pour lui soutirer l'électricité dont on l'a chargé par un courant continu ou une série d’étincelles.

On peut soumettre un membre ou toute autre partie du corps à l’action d’une pile voltaïque, en les mettant en communication au moyen de deux aiguilles placées à leurs extrémités avec les pôles de la pile. On éprouve alors des douleurs assez vives, comme de violentes dilacérations ; on a des irradia> tions brülantes, la peau se couvre de gouttelettes de sueur; quelquefois même il s’est produit des phlyctènes.

Au chapitre des maladies des artères, il sera question de l'électropuncture dans le traitement des anévrysmes.

(1) Voyez Dantu, Traité de l’acupuncture, d'après les observations de M. Jules Cloquet. Paris, 1826,

Page 1