‹ Traité de pathologie externe et de médecine opératoireChapitre 118 sur 266 · SECTION PREMIÈRE · texte numérisé non relu

SECTION PREMIÈRE

L'existence et la forme des parties qui composent le corps humain sont soumises à certaines conditions d'organogénésie que je n'ai pas à apprécier ici. Quand il a été satisfait à ces conditions, l’être apparaît avec la forme

la plus convenable à sa viabilité et à l’exercice complet de ses fonctions. Cest ce qui arrive le plus souvent. Aussi considère-t-on cet état comme la

(1) On pourrait objecter que la première partie de ce titre était suffisante, car le mot anomalie indique tous les états qui s’écartent de la règle, et par conséquent les difformités. Mais on ne s’en sert généralement que pour désigner les déviations organiques produites pendant la vie intra-utérine. J’ai donc ajouté le mot difformité pour indiquer tout d’abord que je m'occuperai aussi des accidents, des vices de configuration permanents, survenus après la naissance. D'ailleurs il est des anomalies qui ne sont nullement exprimées au dehors et qui n’altèrent en rien les formes extérieures : ce sont quelquefois de simples variétés. C’est ainsi qu’une artère carotide, au lieu de longer le larynx, passera derrière lui. Il n’y aura aucune difformité pour cela. Après cette explication, je dirai qu’il m'’arrivera de me servir indistinctement des deux parties de ce titre.

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règle : c’est alors l’homme de l'anatomie normale. Si ces mêmes conditions n'ont pas été remplies, ou si elles l’ont été d’une manière insuffisante, l'être n'est plus selon la règle; il est à l’état exceptionnel, anormal ; il offre donc des anomalies, quelquefois des défformités qui sont incompatibles avec la vie où ne la permettent qu'avec certaines difficultés, certaines restrictions. Pour prévenir un reproche d’exagération, je dirai, dès à présent, et je prouverai, plus tard, qu'il est des difformités compatibles avec l'exercice libre de toutes les fonctions, et des anomalies qui n’altèrent en rien l'harmonie des formes extérieures. |

Comme on le pense bien, je n’entreprends pas ici un traité de tératologie (1). D'abord, je n'ai guère à m'occuper des anomalies les plus graves, de celles qui, connues sous le nom de monstruosités, sont au-dessus des ressources chirurgicales ; je me propose seulement de résumer quelques notions générales sur certains accidents dans la configuration humaine ; accidents éprouvés pendant la vie intra-utérine et aussi après la naissance, qui donnent lieu à des anomalies, à des difformités, que la chirurgie a la prétention d’effacer ou de redresser, et qui peuvent jeter de l'obscurité dans le diagnostic.

Causes. — Je suis loin de vouloir rechercher le comment, et encore moins le pourquoi des anomalies ; on sait, par expérience, les nombreuses déceptions d’une pareille entreprise. Il est bon cependant de rappeler ici que le principe étiologique des difformités congénitales se rapporte surtout à deux systèmes physiologiques, que je dois faire connaître en peu de lignes, et avec des applications à ces difformités.

1° Système de l'évolution. — Ce système admet que le germe renferme, comme le disait Th. Bonet, dans un raccourci inexprimable, toutes les parties d’un être, qui reçoivent de l'acte de la fécondation le signal et la faculté de s'étendre, de se développer. Ainsi, dans le germe, les parties ont leur dessin arrêté, mais en très petite miniature : si ce dessin est correct, l'être aura la forme régulière, normale; si, dans le dessin, des détails, des parties, ont été omis ou mal arrêtés, si les lignes sont brisées où il ne faut pas, si enfin elles s’écartent du type, l'être se développera avec ces imperfections déja existantes en germe; il naîtra donc avec des anomalies qui auront précédé la fécondation. Winslow écrivit cing mémoires, et eut le courage de passer onze années de sa vie à défendre avec passion ce système contre Lemery, qui produisit neuf mémoires, et se dévoua pendant seize années à la défense du système suivant :

2° Système de l'épigéneèse. — Ce système admet la formation et le développement des parties de l'être après la fécondation; elles poussent, appa-

(4) Voyez Histoire générale et particulière des anoma'ies de l'organisation chez l’homme et chez les animaux, ou Tératologie, par Isid. Geoffroy Saint-Hilaire. Paris, 1832-1836, 3 vol. in-8, fig. Ce livre sera toujours plus estimé des chirurgiens à mesure qu'ils comprendront mieux les avantages des hautes études anatomiques.

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