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ANOMALIES

sentée quand il à été question de l'influence de l'imagination de la femme : je crois, puisque je l’ai déjà admis, que les violences exercées sur la femme, et Surtout sur son ventre, peuvent produire des anomalies; j'ajouterai même que, selon l’époque de ! grossesse et connaissant l’ordre de développement des parties, on pourrait, à la rigueur, indiquer dans quelles régions se produira l'anomalie; mais aller jusqu'à déterminer l'espèce d’anomalie, € ’est, selon moi, une prétention que les faits justificraient rarement.

La plupart des anatomistes et des médecins modernes, tout en reconnaissant l’influence des maladies du fœtus dans la production de certaines anomalies (et je crois que cette influence est énorme), préfèrent cependant soumettre leurs théories aux lois de M. Serres : ainsi, comme je l’ai dit, on admet aujourd’hui le système de l’épigénèse, c'est-à-dire le système qui veut que les parties se forment, se développent à mesure que l’embryon avance en âge. Eh bien, dans ce système il y a encore les théories que voici :

1° Zhéorie du développement centrifuge (Haller). Le cœur est le premier formé (prémuim vivens) ; puis viennent les troncs artériels, les branches, les rameaux, etc. Les centres nerveux précèdent les troncs nerveux : viénnent ensuite les branches, les rameaux ; enfin le développement des parties marcherait dans le sens du cours du sang artériel. Cette théorie est presque complétement délaissée,

Théorie du développement excentrique ou centripète (Serres). Les vaisseaux sont plus tôt formés que le cœur, et les nerfs apparaissent avant l'axe cérébro-spinal. Ici le développement suit le cours du sang’ veineux: ainsi l'absence de celui-ci conduit à l'absence du cœur.

À la lo de développement centripète M. Serres à ajouté la loi de symétrie, qui veut que tous les organes impairs ou simples soient d’abord come posés de deux moitiés analogues, ce qui veut dire qu’ils ont été d'abord pairs. Enfin vient la /oi de conjugaison et d' affinité, par laquelle des parties analogues marchent de dehors en dedans pour arriver au point de contact, s'engrener, se souder, afin que deux parties n’en forment qu’une.

Ge système de M. Serres à séduit par sa simplicité et par sa haute portée. Ainsi, selon qu’une artère manquera ou sera affaiblie dans son calibre, là partie à laquelle elle était destinée sera absente ou insuffisante dans son développement ; si au contraire le vaisseau qui régit la formation est double; l'organe sera double, et si le vaisseau a un ample développement, l'organe correspondra par son volume à cette espèce d’hypertrophie vasculaire. L'a* trophie et l'absence des parties, l'hypertrophie et la pluralité des parties étant expliquées par l’atrophie et l’hypertrophie des artères, on peut se rendre compte des anomalies dans la direction, dans la position des organes par des dispositions analogues des artèr es, et 1l n’est pas nécessaire d’ex= poser longuement comment les infractions à la loi de symétrie et à R loi de conjugaison peuvent faire que des parties normalement sans fissure peuvent être divisées en deux : ainsi, quand la lèvre supérieure restera divis

ET DIFFORMITÉS. 20 sée, c’est que ces lois n’auront pas été observées. D'ailleurs je reviendrai souvent sur ces lois pour en montrer de nombreuses applications.

Dans ce système donc, quand il ÿ à anomalie, c'est qu'il y a, comme le diraïent les Anglais, malformation. Mais, je l’ai déjà exprimé, il ne convient pas de rejeter complétement les anomalies par accidents, par maladies; il faut donc admettre aussi, pour parler le même langage, des déformations. En effet, il est évident qu'il est des parties qui, d’abord régulièrement formées, ont été déformées dans le sein de la mère, comme elles le sont après là naissance. On verra la vérité de ce que j’avance dans mes généralités sur les déviations. D'ailleurs, pour trouver l’origine des anomalies, il ne faut pas avoir égard seulement au fœtus, mais encore à la mère. Ainsi, dans la matrice, autour de la matrice même, peuvent exister des états anormaux qui deviennent des causes de difformités pour le fœtus. Otto cite une femme qui avait une exostose dans-le bassin, et qui donna naissance à quatre enfants ayant tous une petite portion de crâne non ossifiée et déprimée. Ici la force formatrice avait trouvé une résistance qui s'était opposée à la réunion des deux portions de l'os. L'’obstacle au développement complet ne venait donc pas de l'œuf, mais du milieu dans lequel il s'était développé (1).

D'ailleurs les lois de M. Serres n’expliqueraient, à la rigueur, que les effets d’un arrêt de développement. Elles pourraient donc dire, en partie, le comment ; mais le pourquoi reste toujours voilé. Ainsi j'admets qu’une partie ne se développe pas, parce que son artère manque ; mais je me demande : Pourquoi ce vaisseau manque-t-il? Une partie est double parce qu’il s’est développé deux artères là où il n’en fallait qu’une; mais pourquoi cette duplicité de l'artère? Un 6rgane, la lèvre, par exemple, est restée divisée, parce que les deux moitiés qui la composent ne sont pas arrivées au contact ; mais pourquoi ne sont-elles pas arrivées au conctact ? Voilà des questions difficiles à résoudre. Il est des Allemands qui ne seraient pas très embarrassés pour répondre. Is commenceraient par placer dans l'œuf une force formatrice (nisus formativus), et diraient : 1° Si cette force est affaiblie sur un point, l'organe

correspondant sera plus faible; les parties qui le composent ne pourront assez se développer pour marcher l’une vers l’autre et se réunir ; 2° si la force est exagérée, l'organe aura un excès de volume, ou, au lieu d’être unique, sera multiple ; 3° si la force est pervertie, il y aura une irrégularité telle dans le développement, que vous pourrez voir à gauche ce qui devrait être à droite, en avant ce qui devrait être en arrière : des extrémités osseuses qui sont ordinairement recues dans des cavités qui leur sont destinées iront se loger ailleurs; la colonne vertébrale, au lieu d’avoir ses inflexions ordinaires, sera dirigée dans le sens contraire ou dans le même sens avec des exagérations, etc. On le voit, dans les derniers termes des explications, le système

(1) Voyez Otto, Lehrbuch der path. Anat., t.T, p.123. — Isid. Geoffroy Saint- Hilaire, t. 1, p. 941. — Cruveilhier, Traité d'anat. pathol. génér. Paris, 1849, t. E,

des forces apparaît toujours ; on le critique sans cesse, et malgré soi on l’utilise, du moins dans le langage, et souvent sans s'en douter.

Aujourd’hui, quand on veut généraliser en tératologie, on emploie la formule suivante, qui est souvent adoptée même par les auteurs qui ont rejeté le principe sur lequel elle se fonde :

1° par arrét de développement, Anomalies À 2° par excès de développement, 9° par perversion de développement.

Mon projet étant d'étudier, et les anomalies dépendantes de la vie intrautérine, et les difformités ou anomalies dites accidentelles, il m’est impossible de me soumettre complétement à cette division. Il est plus convenable que je m'en tienne à des dénominations qui indiquent plus catégoriquement les états que j'ai à décrire, sans préoccupation trop grande des théories qui s’y “rattachent : ainsi je traiterai d’abord des divisions, des réunions, des atrophies, puis des kypertrophies, des prolongements anormaux de la pluralité des organes ; je terminerai par les déviations et les déplacements.

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