‹ Traité de pathologie externe et de médecine opératoireChapitre 120 sur 266 · ANOMALIES · texte numérisé non relu

ANOMALIES

sieurs faits de ce genre. Le plus remarquable, celui que je dois surtout rap peler ici, est relatif à la sœur du professeur Baer, un des auteurs de la physiologie citée. Voici la js telle qu’elle a été insérée par Baer : « Une femme enceinte fut très effrayée à la vue d’une flamme éloignée qu’elle apercevait dans la direction de son endroit natal. L'événement apprit qu’elle avait aison. Comme la distance était de quelques lieues, il se passa quelque temps avant qu’on sût rien de positif, et cette longue incertitude agit probablement: avec force sur l’imagination de cette femme, qui assura ensuite avoir toujours! la flamme devant les yeux. Deux ou trois mois après l'incendie, elle accoucha d’une fille qui avait sur le front une tache rouge terminée en pointe, comme. une flamme ondoyante ; cette tache ne s’effaçca qu’à l’âge de sept ans. Je rapporte (ajoute Baer) ce fait parce que j'en connais très bien les détails, attendu qu'il concerne ma propre sœur, que j'ai entendue se plaindre avant l'accouchement de la flamme qu'elle avait sans cesse devant les veux, de sorte qu'ici on ne fut pas obligé, comme à l'ordinaire, de remonter vers le passé pour y trouver la cause de l’anomalie (1). »

Comme on le pense bien, les Allemands n’ont pas laissé passer cette octasion d'établir des théories sur ces singulières coïncidences. Mais ce n’est pas le lieu de les discuter ni même de les rapporter. Pour en terminer avec ce qu’on pourrait appeler une digression dans ce livre, je dirai qu’il ne me reste aucun doute sur l'influence de l'imagination de la mère dans la production de certaines anomalies, mais je suis loin de lui attribuer des résultats semblables à celui dont la sœur de Baer aurait offert un exemple. J'ajoute de plus que l'influence même indéterminée de l'imagination, je ne l’admets pas toujours. C’est ainsi qu'une fièvre, que l’hydrophobie, peuvent, jusqu'à un certain point, être dues à un trouble-de l'esprit, et cependant je suis loin de faire intervenir l'imagination dans tous les cas de fièvre, d’hydrophobie; c’est ainsi que je ne fais pas toujours intervenir le chagrin dans Pétiologie du cancer, quoique j'aie la conviction de son influence dans certains Cas.

h° Maladies du fœtus. — Le fœtus, dans le milieu où il se trouve avant la naissance, contracte des maladies analogues à celles qui pourront survenir dans le monde qu'il habitera plus tard. Ce qu'il convient de remarquer iti, c’est que les maladies intra-utérines pourront donner lieu à des difformités analogues, quelquefois identiques avec celles que produiront les maladies extra-utérines ; de là un nouvel argument favorable au principe qui m'a fait réunir dans une même section, et les difformités congénitales, et les difformités qui surviennent après la naissance. Ces dernières sont appelées accidentelles, pour indiquer qu'elles sont la suite de maladies, d’accidentss comme si les maladies, les accidents ne pouvaient pas atteindre l’homme, même dans le sein maternel! L'observation prouve, en effet, que non-seule-

(1) Burdach, Physiologie. Paris, 1838, t. II, p. 404. Addition de Baer.

ET DIFFORMITÉS. 912 ment l'œuf peut être affecté de maladies qui sont du ressort de la pathelogie interne, mais qu'il subit des lésions chirurgicales, les mêmes qui font surtout l'objet de cet ouvrage : ainsi des commotions, des contusions, des luxations, des fractures, des plaies de toute espèce, etc. Le fœtus peut être directement ou indirectement blessé : ainsi une chute de la mère ou une forte secousse imprimée à son corps produira une commotion générale qui se communiquera à l'œuf, dont une ou plusieurs parties peuvent être ainsi désunies. Le même eflet sera, à plus forte raison, produit par un coup porté sur Fabdomen de la mère. Ici il pourra y avoir non-seulement commotion, mais encore contusion de l'œuf. Des pressions fortement et longtemps exercées sur le ventre de la femme par des corsets peuvent étendre leur action jusque surl'œuf et occasionner des états pathologiques qui nuisent à la régularité de’son développement. Enfin, par un accident ou par une main coupable et armée dans des vues d’avortement, le fœtus peut être directement blessé. I suécombe à cette blessure, ou il survit au prix d’une difformité plus ou moins marquée, absolument comme cela peut avoir lieu pendant la vie extrautérine.

Les états pathologiques du fœtus doivent donc avoir ici une grande importance. IL est même des auteurs qui ont puisé dans la pathologie seulement les éléments de leur théorie sur la formation de la plupart des difformités. Ainsi, selon eux, quand un organe manque au fœtus, c’est qu'il a été détruit par une maladie ; quand il est divisé, comme on le voit sur la lèvre affectée debec-de-lièvre, il y a une déchirure. On ajoutait quelquefois l'énoncé de la cause de cette solution de continuité : ainsi cette déchirure de la lèvre aurait été produite par les poings mêmes du fœtus ; l’extroversion de la vessie serait l'effet d’une rupture de cet organe survenue après l’écartement tout à fait Mécanique des muscles abdominaux et des os du pubis. Cette doctrine a toujours compté d’illustres et habiles interprètes : ainsi, après Haller et Morgagni, viennent Meckel, Béclard, A. Dugès et M. Velpeau. Cest surtout l'hydrocéphalie due à l'embarras ou à l'interruption du cours du sang de la mère au fœtus, c’est principalement cette hydropisie, produite ainsi ou autrement, qui serait la cause d’une grande partie des anomalies de la partie supérieure de l'être (4). Geoffroy Saint-Hilaire a cru, de son côté, que certaines anomalies étaient constamment liées à une cause tout à fait extérieure, à une violence exercée sur l'abdomen. Ces anomalies appartiendraient aux genres nosencéphalie et thlipsencéphalie (2). Ici je ferai la remarque que j'ai pré-

(1) Voyez Hailer, Opera minora de monstris, t, I, chap. Partes destruclæ. Voyez Surtout Béclard, Bulletin de la Faculté de médecine, 1817, n°* IX et X. — Dugès, Éphém. médic. de Montpellier, t. IL. — Velpeau, Traité d'accouchement, t. l'Eggeer Dvologie ou embryologie humaine. Paris, 1833, in-fol., fig. ;

(2) Pour les développements de cette idée, consultez les Mémoires de la Société médicale d'émulation. Paris, 1826, t. IX, p. 65.

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