PAR INSTRUMENTS TRANCHANTS
ala propriété de se dessécher très promptement à l'air et de former un enduit solide et inaltérable; on trempe un pinceau dans ce liquide et on l’étend sur les deux lèvres de la plaie intimement rapprochées. On peut aussi se servir de serres-fines (voy. page 172). La plaie réunie, il faut procéder au pansement ; on la couvre d’un linge troué enduit de cérat, par-dessus on place des gâteaux de charpte, des compresses de toile fine ; le tout est assujetti par une bande roulée où par un mouchoir plié en triangle. Get appareil doit être en partie renouvelé au bout de vingt-quatre heures; à part les bandelettes ou les points de suture qu'il faut respecter jusqu'au troisième jour, le reste doit être enlevé avec précaution, afin de ne pas exercer de tiraillement sur les lèvres de la plaie.
3° La plaie peut ainsi guérir dans un espace de temps très court, mais il arrive souvent que les lèvres s’en désunissent et que la plaie suppure; ou bien il peut se faire que le chirurgien ne juge pas convenable d'obtenir une réunion par première intention. Dans ce dernier cas, si la plaie est profonde, on introduit dans le fond quelques boulettes de charpie que l’on ne retire que lorsque la suppuration est bien établie et qu’elles sont imprégnées de pus, ce qui en rend l'extraction moins douloureuse ; par-dessus ces boulettes on étend un linge cératé, puis des gâteaux de charpie et des compresses, etc. À mesure que la plaie diminue de profondeur, on restreint le nombre des boulettes de charpie et l’on supprime ces dernières quand la surface de la plaie est de même niveau partout. Lorsque la membrane des bourgeons charnus est bien développée, on peut tenter la réunion de la plaie par seconde intention en affrontant les parois opposées au moyen de bandelettes de sparadrap et d’un bandage convenable. Si cette réunion échoue, la plaie continue à suppurer ; on la panse comme précédemment, en n’omettant pas d’en rapprocher les lèvres autant que possible pour favoriser le travail de la cicatrisation.
h° Dans les derniers temps, la plaie marche parfois vers la guérison avec une grande lenteur, ou bien encore le travail de la cicatrisation se trouve complétement suspendu. Get état de la plaie peut tenir à une cause générale ou locale. Le malade a-t-1il une mauvaise constitution, est-il affaibli, on lui prescrit un régime tonique et le séjour de la campagne; reconnaït-on les symptômes d’une diathèse syphilitique, on la combattra par des médicaments appropriés; existe-t-il quelque corps étranger, on en fera l'extraction; la plaie présente-t-elle une forme arrondie, on cherchera à modifier cette forme par l'application de bandelettes de sparadrap ou par des incisions; la perte de substance est-elle trop étendue, la guérison ne pourra souvent être obtenue qu’en faisant une opération anaplastique; les bourgeons charnus sont-ils exubérants, on les touche avec la pierre infernale ; ou bien ces mêmes bourgeons s’arrêtent-ils dans leur développement, on panse la plaie avec l’onguent digestif, avec une décoction de roses de Provins ; enfin les lèvres de la plaie sont-elles devenues calleuses, on fait disparaître ces callosités par l’applicationde cataplasmes émollients. ]
[IT nous reste à faire connaître deux modes de pansement des plaies qui suppurent, préconisés depuis peu de temps, à savoir : les pansements dits par occlusion et les pansements avec la glvcérine.
1° Pansements par occlusion. — Ces pansements consistent à soustraire au contact de l'air une plaie qui suppure, dans le but d’en hâter la cicatrisation. On obtient ce résultat par des artifices variés. Ainsi M. Laugier applique sur la plaie un ou plusieurs morceaux de baudruche que l'on fait adhérer à l’aide d’une solution épaisse de gomme arabique; le chirurgien à l'avantage, par ce procédé, de voir incessamment à travers l'épaisseur de la baudruche l’aspect et les phases diverses que la plaie peut présenter. M. J. Guérin emploie également un appareil en baudruche: d’autres chirurgiens prati= quent autour de la partie blessée, au moyen de bandelettes de sparadrap, de diachylon gommé, une sorte de cuirasse qu’on enveloppe d’un linge fenêtré enduit de cérat, recouvert lui-même de charpie ; la cuirasse doit rester en place pendant huit à dix jours; les pièces extérieures peuvent être renouvelées lorsqu'elles sont trop fortement souillées par le pus.
2° Pansement avec la glycérine. — La glycérine est un corps neutre, onctueux comme une solution de gomme, d’une saveur sucrée, inaltérable à l'air et soluble dans l’eau en toutes proportions; elle est produite en grande quantité dans les fabriques de bougies stéariques et dans les savonneries. On a proposé de remplacer par cette substance le cérat dont on se sert habituel lement pour le pansement des plaies qui suppurent. Le seul avantage réel de la glycérine est de maintenir les bords de la plaie, ainsi que les parties vois sines, dans un état constant de propreté, ce qui n'arrive pas avec le cérat, qui, en se desséchant, forme une espèce de croûte.
Pour employer la glycérine, on en verse une certaine quantité dans une assiette, et l’on y trempe le linge fenêtré ou la charpie, qu’on applique ensuite sur la plaie. Quand on a enlevé l’appareï’, on peut se dispenser de laver les bords de la solution de continuité, attendu qu'ils restent nets et propres. |
Complications des plaies.
[ Toute circonstance qui accompagne une plaie ou qui se montre pendant que la plaie est en voie de suppuration, et qui exige une indication spéciale, est désignée sous le nom d'accident ou de complication. Les accidents dont nous nous OCCuperons sont : l'hémorrhagie, la douleur, l’inflammation, le tétanos, la pourriture d'hôpital, l'infection purulente et l'infection putride. Il sera question des corps étrangers à l’article des plaies par armes à feu. ]
JL. — DE L'HÉMORRHAGIE.
[ Toute plaie est accompagnée de l'écoulement du sang; lorsque cette effusion dépasse certaines limites, il y a hémorrhagie. Le sang. provient de la division d’une artère, d’une veine ou des capillaires. On trouvera dans
PAR INSTRUMENTS TRANCHANTS. 251 l'histoire des plaies des artères et des veines, tout ce qui est relatif à ce genre de lésion ; nous nous occuperons donc exclusivement de l'hémorrhagie qui a sa source dans les vaisseaux capillaires.
Cette hémorrhagie reconnaît diverses causes : une gêne dans la circulation veineuse, conséquence d’une mauvaise situation donnée à la partie blessée ou d’un bandage trop serré ; lirritation de la plaïe par un pansement mal fait, la vascularité de certains tiens intéressés, comme le tissu des corps caverneux. Quelquefois on ne découvre aucune cause locale appréciable ; l’hémorrhagie doit alors être rattachée à quelque altération du sang, et c’est ainsi qu’on s'explique peut-être ces hémorrhagies graves et quelquefois mortelles survenues chez plusieurs membres de la même famille à l’occasion d’une plaie insignifiante.
Toute hémorrhagie est caractérisée par des phénomènes locaux et par des phénomènes généraux. Les premiers sont l’écoulement plus ou moins abondant d’un sang de couleur rouge ou noire ; les seconds consistent dans l’affaiblissement progressif du malade, la pâleur de la face et des muqueuses, parfois des syncopes, etc. Le diagnostic n'offre pas de difficultés quand le sang s'écoule à l'extérieur; il est difficile quand ce liquide s’accumule dans l'épaisseur des tissus.
On combat l’hémorrhagie par des topiques variés : des réfrigérants, tels que l’eau très froide ; des styptiques, tels qu'une solution de sulfate de cuivre ou d’alun ; des absorbants, tels que de la charpie, de l’amadou, de l’agaric, de la poudre de colophane ; par la compression méthodique et continue exercée sur la surface de la plaie; enfin dans les cas rebelles par la cautérisation avec un fer rouge. Si l'hémorrhagie se lie à un état particuñer du sang, on administre des préparations ferrugineuses, on conseille une nourriture analeptique. ]