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IV. — TÉTANOS TRAUMATIQUE

[Le tétanos est une maladie caractérisée par la contraction douloureuse, permanente avec des redoublements convulsifs, des muscles de la vie de relation,

Causes. — Le tétanos est plus fréquent dans les pays très chauds que dans les climats tempérés ou froids. Les grandes variations de température de jour et de nuit y prédisposent les blessés, d’aprèsles observations faites par Larrey (1). Tous les âges peuvent en être affectés, mais sous la latitude que nous habitons, on ne l'observe guère que chez des adultes. On à remarqué que certaines plaies sont favorables au développement de ce terrible accident: les blessures des articulations, des doigts, des orteils, accompagnées de lésions des tendons et des nerfs ; les plaies étroites produites par des clous sales où rouillés ; la ligature accidentelle des nerfs après une amputation ; les plaies par animaux venimeux.

Symptômes. — L'époque du développement de * maladie varie : généralement c'est dans les dix à quinze premiers jours. Les blessés se plaignent d’éprouver use roideur à la nuque ; la masticatiôn et la déglutition s’accoms plissent avec difficulté; souvent il existe une douleur derrière le sternum. Bientôt les muscles élévateurs de la mâchoire se contractent d’une manière permanente et douloureuse, et il devient extrêmement difficile, parfois tout à fait impossible, d’écarter les mâchoires l’une de l’autre. En même temps les muscles des membres et ceux du tronc se contractent à leur tour d’une manière permanente, et si l'affection contiaue à faire des progrès, tout le SYSème musculaire de la vie de relation participe à cet état de rigidité. Le corps du malade semble formé d’une seule pièce, le ventre est déprimé, la face a une expression singulière désignée sous le nom de rire sardonique. Quelquefois la contraction n'envahit que certains muscles ; si elle est bornée aux extenseurs, le corps est -courbé en arc dont la concavité est tournée en ar> rière, et cette forme est désignée sous le nom d’ogusthotonos; si elle n’atteint que les fléchisseurs, le corps est courbé en arc à concavité tournée en avant, c’est l'emprosthotonos; si ce sont les muscles latéraux, l'affection prend le nom de pleurothotonos. Si la maladie est bornée aux muscles de la mâchoire, c’est le frismus.

Quelle que soit la forme sous laquelle le tétanos se présente, la contraction des muscles est continue et redouble d'énergie de temps en temps; ilse manifeste donc des exacerbations pendant lesquelles les malades ressentent de plus vives douleurs, pendant lesquelles la respiration etla circulation sont accélérées.

(1) Larrey, Campagnes et Mémoires, t, I, p. 287.

Au début, il n’y a pas de fièvre; plus tard, le pouls devient fréquent, la peau est chaude et se couvre parfois d’une sueur abondante. Il existe toujours de la difficulté pour avaler; le plus souvent aussi de la Constipation ; l'intelligence est intacte, parfois il survient du délire. Vers la dernière période, la peau pâlit, se couvre d’une sueur froide, et les extrémités se refroidissent elles-mêmes sensiblement.

Marche et terminaison. — Le tétanos présente en général une marche aiguë ; quelques malades succombent dans l’espace de vingt-quatre heures, au bout de quelques jours. On cite quelques exemples de tétanos chronique. La mort en est la terminaison la plus fréquente. Elle est due le plus souvent à une asphyxie qui survient lentement ou pendant le cours d’un de ces accès dont nous avons précédemment parlé ; l’asphyxie est la conséquence de la contraction convulsive des muscles respirateurs, du diaphragme, et peut-être aussi des muscles de la glotte. Lorsque la guérison survient, les contractions musculaires diminuent peu à peu d'intensité. La maladie est quelquefois jugée par des sueurs plus ou moins copieuses.

Diagnostic. — Il est difficile de méconnaître le tétanos, lorsque tous les

muscles ou la plupart d’entre eux sont contractés. Ce n'est qu'au début, alors

qu'il n'existe qu'une roideur à la nuque ou une dysphagie, que l’on peut croire à l'existence d’un torticolis ou d’une angine. Un examen attentif du malade suffira toujours pour éviter une erreur de diagnostic.

Anatomie pathologique. — Les lésions sont nulles chez les individus qui succombent promptement. Chez les autres, on a observé les caractères d’une inflammation plus ou moins intense de la moelle épinière et de ses enveloppes; quelquefois une inflammation des nerfs, des épanchements san-

guins dans les muscles des gouttières vertébrales; parfois une rupture des

muscles grands droits de l'abdomen, une rougeur de la muqueuse pharvngienne ou gastrique.

Fraitement. — En présence d’une affection aussi grave que le tétanos, le chirurgien ne possède cependant que des ressources bornées. Il est donc

- important de chercher à prévenir le développement de cette cruelle maladie

en prenant certaines précautions. On garantira les blessés de l'impression du froid humide ; on enlèvera les corps étrangers qui se trouvent dans la plaie ; Larrey (1) a conseillé de pratiquer Pamputation du membre dès le début de la maladie; ce mode de traitement lui a réussi sur quelques blessés. C'est une détermination qu'il sera difficile de prendre à un chirurgien dans la pratique civile. Il est préférable d’avoir recours à la cautérisation des nerfs de la plaie, ou à l'application sur celle-ci de larges vésicatoires volants.

Si le tétanos continue à faire des progrès, il faut, dans le but de permettre au malade de se nourrir ou d’avaler les médicaments, maintenir les mâchoires écartées au moyen d’un coin de bois interposé aux arcades dentaires,

(4) Larrey, Campagnes et Mémoires, t, 1; Campagne d'Egypte.

260 COMPLICATIONS On à conseillé de faire passer les boissons et les matières alimentaires dans l'estomac par une sonde œsophagienne,

Les médications préconisées pour guérir le tétanos sont nombreuses :

4° On à conseillé et employé quelquefois avec succès les sudorifiques : bains de vapeur administrés au lit du malade, boissons chaudes et diaphorétiques ; ammoniaque à la dose de dix à douze gouttes dans un verre d’eau sucrée:

2° Les émissions sanguines générales et locales (sangsues sur le trajet de la colonne vertébrale) ont eu de nombreux partisans; nous croyons peu à leur efficacité, excepté chez les sujets extrêmement robustes, lorsqu'il existe des phénomènes réactionnels très marqués.

3° On a préconisé l’opium à haute dose; on à porté celui-ci jusqu'à 2 grammes par jour ; quelques praticiens ont associé à l’opium des antispasmodiques, du camphre, du musc.

L° Stutz a guéri des tétaniques en leur faisant prendre des baïns alcalins et en leur donnant à l'intérieur 3 grammes de carbonate de potasse par jour.

5° On a obtenu quelques bons effets des préparations mercurielles données de façon à provoquer une salivation abondante.

G° Les bains d’eau tiède, les affusions d’eau froide ont aussi rendu quelques services.

7° Les inhalations de chloroforme, continuées pendant plusieurs jours à des intervalles plus où moins éloignés, ont donné uñ succès complet à Banks (4); quelques praticiens de Paris en ont retiré de bons effets, sans obtenir cependant une guérison radicale. ]

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