‹ Traité de pathologie externe et de médecine opératoireChapitre 138 sur 266 · V. — POURRITURE D’'HOPITAL · texte numérisé non relu

V. — POURRITURE D’'HOPITAL

[La pourriture d'hôpital est une affection à la fois ulcéreuse et gangréneuse qui sévit souvent d'une manière épidémique et qui envahit les plaies récentes ou anciennes.

Causes. — Cette complication des plaies se développe surtout dans certaines conditions générales dont il est important de tenir compte pour la prophylaxie. Elle se montre chez des blessés qui sont accumulés en grand nombre dans un petit espace, qui séjournent dans des salles mal aérées, humides, qui sont affaiblis par des privations physiques antérieures, qui sont pansés avec de la charpie et du linge grossier. Delpech attribue une grande influence au voisinage d’une salle de fiévreux. La maladie se montre du reste dans toutes les saisons et dans toutes les contrées.

La pourriture d'hôpital est-elle contagieuse ? On a cité des faits nombreux à l’appui de cette opinion, dont quelques chirurgiens, et notamment Percy, se sont déclarés les adversaires. I! nous semble qu’il existe assez de preuves en faveur des propriétés contagieuses de la pourriture d’hôpital, pour qu’on doive les reconnaître dans la pratique et prendre toutes les précautions qui en sont la conséquence.

(1) Archives générales de médecine, 1852,

11 y a plusieurs modes de transmission de la pourriture d'hôpital : 4° par inoculation directe; 2° par la déposition de la matière putride sur une solution de continuité; 3° par l'intermédiaire des instruments qui, ayant servi à un blessé atteint de la pourriture d'hôpital, n’ont pas été suffisamment nettoyés ; 4° par l'application à la surface d’un plaie saine de charpie ou de linge ayant séjourné dans une salle de blessés atteints de pourriture; 5° par des émapations de l’atmosphère de ces mêmes blessés, se propageant directement dans un endroit voisin, ou transmises par les vêtements du chirurgien et des élèves attachés à l'hôpital.

Symptômes. — La pourriture d'hôpital se présente sous deux formes : la forme ulcéreuse et la forme pulpeuse.

1° Forme ulcéreuse. La maladie débute par une douleur aiguë que les malades ressentent dans la plaie. Celle-ci présente quelquefois une rougeur insolite, et bientôt elle offre une série de petites excavations circulaires, environnées de bords relevés, de couleur plus foncée que le reste. La surface de la solution de continuité fournit un ichor brunâtre, tenace, au-dessous duquel se trouvent les tissus ulcérés. Les ulcérations s’agrandissent en surface et en profondeur, et se réunissent. Pendant ce temps le travail de la cicatrisation s'est continué à la circonférence de la plaie; mais dès que lulcération est arrivée dans ce point, la maladie fait de nouveaux progrès et détruit rapidement les parties environnantes. Le travail d’ulcération marche alors en profondeur et en surface.

2° Forme pulpeuse. Elle débute, comme la forme précédente, par une douleur très vive dans toute la plaie, ou bornée à quelques points circonscrits. Les bourgeons charnus prennent une teinte violette ; il se forme à leur surface une couche blanche ou grise qui ressemble à du pus concret, et qui augmente d'épaisseur. Quelques jours plus tard, la douleur présente une nouvelle exacerbation ; les téguments voisins prennent une couleur livide et brunâtre, le tissu cellulaire sous-cutané s’infiltre de sérosité. L’exsudation membraniforme qui recouvre la plaie se ramollit et se convertit en putrilage; la destruction fait des progrès par l'extension en profondeur de la couche membraniforme.

3° La maladie présente encore quelques autres formes ; nous nous contenterons d’en signaler une. Ainsi quelquefois la couche pseudo-membraneuse est pénétrée, dès le principe, d’une quantité de sang assez grande pour prendre une coloration brunâtre; les bourgeons charnus saignent facilement. On peut appeler cette forme de la maladie, forme pulpeuse hémorrhagique.

Quelle que soit la forme sous laquelle se présente la pourriture d'hôpital, on constate l’extension et l'augmentation en profondeur de la plaie. Gelle-ci se présente sous la forme d’un uleère plus où moins large et profond, irrégulier, tantôt recouvert d’une masse pulpeuse, fongueuse, putrilagineuse; tantôt fournissant en abondance une matière putriforme, sanieuse et sanguinolente, fétide et fort tenace. La circonférence de lulcère est environnée d’un

cercle œdémateux, les parties voisines sont infiltrées. L'ulcération fait des progrès en tous sens et détruit tous les tissus qu’elle rencontre sur son passage : peau, muscles, nerfs, vaisseaux ; l’ulcération de ces derniers donne liet à des hémorrbagies plus où moins graves et quelquefois mortelles. Les vais= seaux Ivmphatiques qui partent de l’ulcère s’enflamment, les ganglions Iymphatiques suppurent où sont eux-mêmes envahis par l'ulcération. Les plans aponévrotiques, les ligaments articulaires, les os eux-mêmes sont compris dans ce travail de destruction.

On observe quelquefois que la pourriture d'hôpital se propage à travers les couches du tissu cellulaire sous-cutané et intermusculaire; en respectant la peau elle-même; cette membrane, privée alors de ses éléments de nutritioit se gangrène. D'autres fois, la pourriture d'hôpital envahissant les parties molles de toute la circonférence d’un membre, et détruisant sur son passage les vais: seaux et les nerfs, prive de nourriture les parties qui sont situées au-dessous, d’où résulte un sphacèle. ù

A ces phénomènes locaux se joignent des phénomènes généraux : l'appétit est diminué, la langue pâle, refroidie; l'épigastre douloureux ; les évacuations sont rares où supprimées ; le corps $’amaigrit et bientôt il survient de la fièvre, de la céphalalgie, de la soif ; le ventre est déprimé ; les malades tombent dans la prostration ; ils ont une diarrhée colliquative, une transpira: tion fétide, une incontinence de matières fécales ; des eschares se forment sur la région sacrée ; la mort est la conséquence de ce cortége de symptômes. Si, au contraire, la maladie doit avoir une terminaison heureuse, les phénomènes précédemment décrits ne présentent jamais une intensité aussi grande, et il survient promptement un amendement dans les symptômes locaux et généraux.

Diagnostie, —On ne Confondra pas avec la pourriture d'hôpital l’aspéct que prend une plaie sous l'influence d'un écart de régime : il y à, dans ce dernier cas, une rougeur de la plaie, accompagnée d’une tuméfaction douloureuse : la surface de la Solution de continuité se recouvre parfois d’une couche albus mineuse; mais on n’observe jamais cette douleur cuisante propre à la pourri= ture. Nous ferons la même observation pour ces eschares blanches qui se for ment à la surface d’une plaie sous l'influence d’un embarras gastrique ou dans le cours d’une fièvre continue. |

Pronostic. — Il est grave ; cela découle du tableau des symptômes, et nous croyons inutile d’y insister.

Traitement. — Nous le diviserons en prophylactique et en curatif.

1° Pour prévenir la pourriture d'hôpital, on placera les blessés dans lés meilleures conditions hygiéniques possibles. On isolera ceux chez lesquels l'affection s’est déjà développée, et, si les conditions locales s’y opposent, On assainira les salles par une ventilation convenable ; par des fumigations avec parties égales d'acide sulfurique concentré et de nitrate de potasse purifé. Des soins de propreté minutieux seront pris pour les pansements; on réser= vera pour les malades affectés des instruments spéciaux; le linge et la charpie

né serviront pas en commun aux blessés chez lesquels la pourriture s’est développée, et à ceux qui ne présentent pas cette grave complication. Le chirurgien lui-même, les élèves, auront soin de s'abstenir des pansements, s'ils portent des excoriations aux doigts ; ils séjourneront le moins longtemps possible dans les salles infectées, et changeront de vêtements, s’ils se transportent auprès d’autres blessés.

90 On a conseillé différents topiques dans le traitement de la pourriture d'hôpital : la poudre de charbon, la poudre de quinquina seule, ou mélangée avec de l’essence de térébenthine ; la pâte de froment ; le vinaigre simple et le vinaigre camphré, de minces rondelles de citron, conviennent dans les cas Où la pourriture est superficielle, Lorsque celle-ci est profonde, ce traitement est insuffisant pour modifier les surfaces malades. Il convient alors d’avoir recours à la cautérisation de la plaie, et, de tous les caustiques, le cautere actuel est celui qui donne les meilleurs résultats. On commence par enlever là couché visqueuse qui récouvre la plaie, en lhumectant avec une solution de sous-carbonate de potasse, puis on porte sur la plaie un ou plusieurs cautères chaulfés à blanc. Ces cautérisations doivent être renouvelées plus ou moins souvent, d’après la profondeur ou les désordres occasionnés par la pourriture. En cas de fusées purulentes, on pratique de larges débridements ; on rétranche la portion de peau dénudée et on procède ensuite à la cautérisation des parois du foyer. Enfin, il est parfois nécessaire de pratiquer l'amputation du membre, quand on ne peut réprimer une hémorrhagie grave ou lorsque le désordre des parties est très étendu.

3° Le traitement général consiste à soutenir les forces du malade par une nourriture convenable ; à fui administrer de la limonade minérale; à lui donher des préparations de quinquina, lorsque la suppuration est très abondante et à combattre les phénomènes nerveux par des antispasmodiques. ]

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