DES ULCÈRES SIMPLES
Causes, — [Ces ulcères se montrent presque toujours sur les membres pelviens, notamment à la jambe dans sa moitié inférieure, de A le nom d’ulcères des jambes qu'on leur a donné. Le côté gauche est bien plus fréquemment atteint que le droit. Il est rare d'observer cette maladie chez des femmes; ce sont presque toujours des sujets adonnés à une profession exigeant la station prolongée où debout qui en sont atteints : les cochers, les cuisiniers, les boulangers, les imprimeurs, les menuisiers, les forts de la halle ; ou bien encore ceux qui ont les jambes habituellement plongées dans l'eau ou dans un milieu humide et froid : les balayeurs, les blanchisseuses, les débardeurs, les pêcheurs. Ceux qui sont âgés, qui ont une constitution délabrée par la misère, par des excès de travail, par une mauvaise nourriture y sont le plus exposés. La plupart des individus qui se trouvent dans les conditions précédentes ont habituellement un œædème des membres inférieurs qui augmente plus tard par la production de varices.
Cette tuméfaction œdémateuse à pour conséquence d'amoindrir la vitalité des téguments; et si, sous l'influence d’une cause quelconque, redoublement de travail, longue route à pied, coup, contusion, plaie, il se développe une phlegmasie, celle ci, au lieu de se terminer par une résolution franche, peut donner lieu à un travail w/cératif plus ou moins étendu. Nul doute que l'état de débilité du sujet ne favorise ce mode de terminaison. Pour mieux préciser notre pensée, nous croyons devoir rapprocher le mode de formation des ulcères des jambes de la gangrène spontanée ; si pour les ulcères les ravages de la mortification sont bornés, c’est que le point de départ est dans les vaisseaux capillaires et nullement dans les troncs artériels.
Symptômes, — Le mode de formation des ulcères varie suivant qu'ils succèdent à une plaie ou qu’ils se développent spontanément.
Dans le premier cas, tantôt les bords de la solution de continuité se gONflent, les bourgeons charnus se ramollissent et disparaissent, la suppuration diminue et prend une odeur fétide, en même temps que le malade ressent dans la plaie des élancements et une cuisson très vive; tantôt les symptômes inflammatoires précédents font défaut, le travail de réparation de la solution de continuité est seulement suspendu et les progrès de la cicatrisation arrêtés ; la plaie s'agrandit au lieu de se rétrécir.
Dans le second cas, on observe encore divers modes d’invasion :
a. Le membre est atteint d’une inflammation érysipélateuse accompagnée
ULCÈRES. h07 d'un prurit qui force les malades à se gratter; l’épiderme se détache et le derme mis à nu suppure et s'ulcère.
b. L'épiderme est soulevé par un liquide séreux, trouble ou brunâtre ; l’ampoule se rompt, etau-dessous le derme est escharifié ou bien encore présente une excavation remplie de matière purulente rougeûtre et visqueuse.
ce. I se forme sur un point du membre une induration qui se ramollit, se convertit en abcès renfermant un bourbillon qui, une fois éliminé, laisse subsister une cavité ulcéreuse qui s'agrandit.
d. Une inflammation de nature gangréneuse se développe sur la jambe; il se forme plusieurs petites eschares auxquelles succèdent de petits ulcères qui se réunissent pour donner lieu à une perte de substance plus ou moins étendue.
Quel que soit le mode de formation d’un ulcère, celui-ci s'agrandit bientôt
tant en largeur qu'en profondeur. Mais, à partir de ce moment, il offre des caractères physiques qui ne sont pas les mêmes dans tous les cas et qui lui donnent une physionomie spéciale; de là un certain nombre de variétés d’ulcères simples.
- 4° Ulcères inflammatoires. — Leur surface est d'un rouge vif, brun ou violacé ; les bords en sont tuméfiés ; le fond, dépourvu de bourgeons charnus, est parsemé de petites cavités remplies d’une substance spongieuse où demiliquide, visqueuse et très adhérente ; un pus séreux, ichoreux, sanguinolent et fétide s’en écoule. La peau environnante offre une rougeur érysipélateuse. Au bout de quelques jours, l'inflammation diminue d'intensité et lulcère revêt bientôt une des formes qui nous restent à décrire. Dans quelques cas linflammation prend, au contraire, un accroissement rapide et intense ; elle se termine par une véritable mortification des tissus en se propageant plus ou moins loin.
2 Ulcères calleux. — Lorsque les ulcères datent de loin, les bords, la surface de la solution de continuité, le tissu cellulaire sous-jacent et périphérique, s’indurent; la peau environnante s’épaissit. Ces indurations et ces épaississements appelés ca/losités sont dus à linfiltration de Iymphe plastique au milieu des tissus, sous l'influence des fluxions inflammatoires dont l'ulcère et les environs sont le siége.
Les ulcères calleux se présentent sous une forme régulière, ovale où arrondie; les bords sont épais, proéminents, unis, blanchâtres ou gris ; le fond est d’un rouge sale, dur, lisse, comme vernissé et privé de bourgeons charnus. Une matière purulente, ténue, séreuse, peu colorée s’en échappe ; la peau voisine est d’un rouge pâle ; le tissu cellulaire sous-cutané est induré dans une étendue plus ou moins considérable ; le membre tout entier est engorgé. Quelquelois, lorsque l’ulcère occupe une région où les os ne sont recouverts que par le tissu cellulaire et la peau, le périoste subjacent s’enflamme, la diaphyse de Pos augmente même de volume , en subissant une raréfaction plutôt qu'une véritable hypertrophie de tissu.
3°. Ülcères variqueux. — Ces ulcères sont ainsi nommés parce qu’ils sont compliqués de la présence de varices sur le membre correspondant. Ils sont remarquables par un engorgement pâteux considérable des bords, la forme excavée du fond, la suppuration abondante, ichoreuse et fétide ; la couleur violacée de la surface et des bords, la présence de végétations fongueuses saignantes. ‘Tout le membre est œdématié et les veines sous-cutanées offrent une dilatation plus où moins considérable.
h° Ulcères fongueux. — Ainsi que le nom l'indique, ces ulcères se distinguent par l’exubérance des bourgeons charnus. Ceux-ci sont pâles, mous, larges, plats, confondus par leur base; ou bien ils forment des champignons œdémateux et demi-transparents , tantôt flétris et semblables à des chairs baveuses, tantôt brunâtres et indolents, tantôt rouges et saignants.
5° Ulcères atoniques. — Ges ulcères offrent une surface livide et pâle qui fournit un pus séreux et sans consistance; les bords en sont décollés. La peau voisine est sèche, brune, ridée, flasque ou couverte de petites écailles épidermiques.
Les ulcères simples n’exercent, en général, aucune conséquence fâcheuse sur les diverses fonctions de l’économie. Ils peuvent être compliqués d’angioleucite, d’adénite, d'érysipèle, de la présence de vers à la surface de l’ulcère, circonstance insignifiante au fond, mais qui avait tellement frappé quelques chirurgiens qu'ils avaient créé une catégorie spéciale d’ulcères DEFMINEUL. |
Marche terminaison et diagnostie, — Abandonnés à eux-mêmes, les ulcères simples guérissent rarement par les seules forces de la nature: ils tendent incessamment à faire des progrès, et envahissent parfois toute la circonférence du membre et une grande portion de sa longueur. Arrivés à ce degré, il est rare qu'ils puissent guérir, parce que les parties environnantes ne prêtent plus à la formation d’une cicatrice. Ceux qui sont moins vastes et qui guérissent, récidivent avec la plus grande facilité sous l'influence des mêmes causes qui en ont favorisé le développement. Le diagnostic en est facile; leur siége de prédilection, leur mode de développement, l'absence d’une lésion locale ou d’une diathèse permettent de les distinguer des autres espèces d'ulcères. On en reconnaîtra les diverses variétés d’après les caractères que nous avons précédemment exposés.
Pronostic et traitement. — Ils sont d'autant plus difficiles à guérir que l’'aflection est plus ancienne, qu’elle occupe une surface plus étendue, que le sujet est avancé en âge ou d’une constitution détériorée.
On à longuement discuté la question de l'opportunité de la guérison des ulcères anciens. On à prétendu que leur suppression peut occasionner de graves accidents, et par ce motif, on a conseillé de les respecter. Les chirurgiens modernes sont moins absolus ; ils guérissent les ulcères de tous les âges, en surveillant l’état général de la santé et en rétablissant l’ulcère par un vésicatoire appliqué sur la cicatrice, dès qu’il se manifeste des symptômes
ULCERES,. h09 fächeux ; pour prévenir ces symptômes, on a conseillé d'établir un cautère à la cuisse et plus tard au bras, afin de remplacer pendant quelque temps un foyer de suppuration par un autre. Il convient, au contraire, d'abandonner à eux-mêmes les ulcères anciens chez les vieillards et chez les individus atteints d’une affection organique.
La première condition pour guérir un ulcère simple est que le membre du côté affecté soit tenu dans une situation horizontale. Le reste du traitement varie d’après l'espèce d’ulcère.
1° Les ulcères inflammatoires comportent un traitement antiphlogistique dont l’activité est proportionnée à l'intensité de l’inflammation. Si celle-ci est modérée, on couvre l’ulcère d'un cataplasme émollient, et plus tard on fait un pansement simple, pour terminer par l'application de bandelettes agglutinatives. Si l’inflammation est intense, on la combat par des cataplasmes à la fois émollients et narcotiques, par l'application de sangsues sur le membre malade. Si le sujet éprouve de vives douleurs, on administre l'opium ; une émission sanguine générale peut être réclamée par l’état de pléthore, un purgatif où un vomitif par l'embarras gastrique concomitant. bès que les phénomènes phlegmasiques ont cessé, ce qui est annoncé par lexubérance et l’état mollasse des bourgeons charnus, on à recours à la compression avec les bandelettes de diachylon.
2 Les ulcères calleux ne guérissent qu'après la disparition des callosités. Pour obtenir ce résultat, on les recouvre de cataplasmes émollients, on les lave avec une solution d’azotate d'argent ou de mercure ; on a conseillé de les inciser et même d'en faire l’excision. La compression est beaucoup plus efficace que les moyens précédents; c’est ce que les observations d'Underwood et de Baynton ont très bien démontré.
3° Les ulcères variqueux guérissent encore merveilleusement par ce dernier moyen. Toutefois, quand les varices sont très volumineuses, il faut au préalable chercher à obtenir loblitération des veines par les moyens que nous indiquerons plus tard. (Vos. Varices.)
4° Dans les ulcères fongueux, si les fongosités sont peu développées, on obtient de bons résultats de la compression. On peut la pratiquer avec des bandelettes de diachylon soit seules, soit avec interposition d’une feuille de plomb. Les fongosités sont-elles au contraire très saillantes et mollasses, on les cautérise avec de la poudre d’alun calciné ou avec une solution de nitrate d'argent. On peut également employer des lotions avec de l’eau de chaux, une décoction d’écorce de chêne, ou du chlorure de chaux, etc. La compression achèvera le traitement.
5° Les ulcères atoniques doivent être modifiés par des applications stmulantes ; M. Nélaton préfère la solution étendue de chlorure de chaux. On à conseillé, pour obtenir le même résultat, d'employer les caustiques et même le cautère actuel.