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SECTION PREMIÈRE

Anatomie.

. La disposition de la peau, sa structure, ses fonctions, ont toujours vivement préoccupé les physiologistes et les médecins. Les chirurgiens ont fini par reconnaître Île parti qu’ils pourraient tirer de l’étude de cette membrane, Enveloppe de tout le corps el'accusant ses formes, placée entre lui et le monde extérieur, la peau joue un grand rôle en chirurgie et en médecine opératoire.

Les éléments qui composent la peau, son mode d'adhérence, l’âge, certains mou- Yéments organiques, la nécessité dans laquelle elle se trouve de se prêter aux développements physiologiques ou pathologiques des organes qu’elle recouvre, des tumeurs qui naissent sous elle, et d’autres circonstances encore, impriment à sa surface des particularités qu'il faut connaître.

Ce sont des inégalités, des plis, des rides.

Les inégalités sont surtout produites par la terreur, par le froid. La peau prend alors un aspect granulé (chair de poule), qu'on attribue aux follicules, plus prononcés chez l'homme que chez la femme.

Les sillons et rides ont plusieurs variétés : il en est de superficiels et qui semblent ne pas aller au delà des deux couches les plus externes de la peau; on les attribue au jeu des organes sous-jacents, comme les muscles, au développement, à la turgescence, à l’affaissement alternatifs des autres tissus sous-cutanés. Ces rides peuvent être remarquées sur tout le corps ; elles n'existent pas chez les enfants, les jeunes filles ; elles ne sont d'aucune importance en médecine opératoire.

Il est des rides plus profondes, plus réelles, qu'on observe surtout chez les vieillards, surtout chez les vieilles femmes, et à tous les âges, à l’âge adulte surtout, quand la peau a dû se prêter à une distension qui s’est prolongée et qui est allée au delà des limites naturelles par le développement d’une tumeur volumineuse, d’une hydropisie ou de plusieurs grossesses. Comme avec ces rides il y a une grande flaccidité de la peau, les ecchymoses, les autres infiltrations seront ici plus faciles. La gangrène pourra plus facilement frapper les téguments quand ils s’enflammeront. La suture, les serres-fines, seront ici préférables aux autres moyens de réunion des plaies,

car la peau aura une tendance à se rouler sur elle-même, surtout si elle est en CXCÈS. si pendant une opération on n'a pas su en sacrifier la portion nécessaire.

Il est d’autres rides profondes, de vrais sillons qu’on peut constater là où s’opèren! de grands ou de fréquents mouvements : ainsi à la face, à la paume des mains, Su: les articulations diarthrodiales. On les observe aussi au cou, au ventre des sujets ; fort embonpoint, Ces sillons peuvent servir de guide au couteau du chirurgien, ca ils ont des rapports assez constants avec les interlignes articulaires : au poignet, sur les faces dorsales et palmaires des doigts, sont des lignes déprimées qui conduisent directement dans l'articulation ou à une distance qui permet de la trouver sans peine. Mais ici encore il faut que la région qui porte ces indications soit saine, et, pourles doigts, il est certains cas de rétractions fibreuses qui changent singulièrement les rapports des plis cutanés avec la cavité articulaire.

Indépendamment des plis et sillons que je viens de faire connaître, la surface extérieure de la peau offre des lignes saillantes plus ou moins ondulées, séparées par d’autres lignes ayant la même direction, remarquables surtout à la paume de la main, à la plante des pieds: elles sont formées par des séries de papilles. Puis sont des pointillés qui sont dus à des ouvertures très petites pour les follicules sébacés, pour les poils, pour les canaux sudorifères.

On à entrepris de nombreuses et savantes recherches pour démêler les éléments qui composent la peau, connaître sa structure. On st loin de s'entendre cependant sur ce point d’histologie assez peu clair dans les auteurs. Si l’on veut que la mémoire relienne quelques détails sur la structure de la peau, voici comment elle doit être présentée. Les anciens n'admettaient que deux couches à la peau : le derme, qui est blanc, et l’épiderme, qui est cendré. Je vais donner une idée du derme, je parlerai ensuite de l'épiderme, et je montrerai qu'entre ces deux éléments il y a autre chose.

Le derme ou chorion, c (1), forme presque toute l'épaisseur de la peau et sa partie solide ; il est composé de fibres feutrées, entrecroisées, laissant entre clles des yacuolcs et disposées en réseau à la couche la plus profonde de la peau. Si, comme M. Flourens, on laisse macérer longtemps le derme, on peut le diviser artificiellement en plusieurs lames. La lame la plus extérieure est d’un tissu très dense et a des trous très petits pour le passage des poils ; il s’élève sur sa face épidermique de petits cônes qui sont les papilles de la peau, d. Les lames qui viennent après ont une texture moins dense et des ouvertures d'autant plus grandes qu'on se rapproche plus de la face adhérente de la peau. Ces ouvertures des diverses lames réunies forment les loges, les vacuoles qui renferment du tissu graisseux, et constituent les cavités lymphières d'Eichhorn. Le derme est très extensible, rétractile, et a une force tonique très prononcée.

L’épiderme est une excrétion desséchée, grisâtre, un vernis sec, défensif. Si, avec M. Flourens, on examine une lame d'épiderme d'adulte et détachée du derme par la macération, on voit la face qui était en rapport avec le derme hérissée de petits prolongements qui ne sont autres que les gaines fournies aux poils par l’épiderme. La même lame d’épiderme, prise sur un fœtus très jeune, n'a ni trous ni prolongements. Le même feuillet épidermique appartenant à un fœtus moins jeune offre du côté du

(1) La figure 131 représente une coupe perpendiculaire de la peau, d’après M, Mandi, Grossissement, 30 fois. (Anatomie microscopique, t, 1, in-fol.)

ANATOMIE, 509 derme de petits prolongements et du côté de l'atmosphère de petites éminences dont aucuve n'est percée. Ce sont là des gaines destinées aux poils.

Yoilà done les deux couches de la peau qui ont toujours été admises : le derme et l'épiderme. Mais entre elles existe réellement une autre couche, sur la composition de laquelle il y a eu divergence parmi les anatomistes : c'est pour les uns le corps muqueux, €, OÙ le corps réticulaire ; pour d’autres, c'est la couche granulce, le feuillet albide, etc. En réalité, il y a là un second épiderme, mais non desséché, il est étendu sur le derme comme une couche sale ou d’un jaune gris; il est plus mince que l’épiderme extérieur, et a les mêmes prolongements à sa face interne pour se fixer au derme et former des étuis Fig. 131. aux poils.

Une macération habilement conduite a donné à M. Flourens (1) des idées très justes sur les éléments de la peau, elles sont exposées dans un beau travail. Pour ce savant, dans la race blanche, il y a trois couches : 1° le derine, 2° l’épiderme interne, 3° l’épiderme externe. Mais chez l’Indien Charruas, le nègre et le mulâtre, il faut ajouter deux autres éléments qui constituent l'appareil pigmental. Selon M. Flourens, cetappareil serait constitué par une modification de la couche la plus superficielle du derme ; là le chorion se transformerait en une membrane ana-— logue à l’épiderme interne dont je viens de parler, laquelle membrane, blanche comme l’autre, sécréterait la matière qui teint en brun ou en noir la peau des races colorées. Ainsi, chez le nègre, par exemple, voici les couches de la peau, en procédant de la plus profonde à la plus superficielle : 1° le derme, 2° la membrane du pigmentum (transformation de la couche la plus superficielle du derme), 3° le pigmentum, 4° l’épiderme interne, 5° enfin l’épiderme externe.

On conçoit alors qu'un vésicatoire appliqué sur un individu d'une racc colorée, et n’enlevant que les deux épidermes, on concoit que la couleur persiste; on s'explique aussi sa reproduction, même quand le pigment est enlevé par une brûlure; mais il faut, pour cela, que la membrane qui produit ce pigment reste intacte. La connaissance de la texture de la peau du nègre explique encore comment une brülure qui atteint cette membrane pigmentale et une couche du derme laisse une cicatrice blanche, ce qui fait nécessairement tache.

La race blanche porte des vestiges de cet appareil pigmental, soit accidentellement, soit naturellement. Ainsi certaines taches de la peau, appelées lentilles, et qui sont très brunes, sont formées par un point des téguments, qui ailleurs n’a que trois Couches, et qui ici en a cinq, c’est-à-dire, en plus, l'appareil pigmental. Cette disposition est surtout remarquable sur le mamelon de la femme, même de la femme blanche. |

D'autres éléments anatomiques entrent encore dans la composition de la peau, ce qui est facile à prévoir quand on à une idée de ses fonctions. Ainsi des nerfs et des vaisseaux sanguins, surtout les capillaires artériels, y sont très abondants; il y a des veines, des lymphatiques qui la traversent, s'y répandent après des divisions extrêmes

(1) Voy. Anatomie génér.. de la peau el des membranes muqueuses, Paris, 1843, in-4.

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et très nombreuses, ce qui donne à la peau une sensibilité, une vitalité très grandes Les follicules sébacés sont partout dans la peau, excepté à la paume de la main et à la plante des pieds. Ces organes sont comme de petits grains de millet sous fôrme d'ampoules, le plus souvent disséminés, quelquefois très serrés les uns contre les autres. La couche de la peau qui leur correspond est amincie, réfléchie sur elle-même et pourvue d’un grand nombre de très petits vaisseaux sanguins. La cavité de ces petites ampoules est remplie d’une humeur grasse qui peut se concréter et acquérir ainsi une certaine consistance.

Il y a longtemps qu’on parle de appareil sudorifère contenu dans l'épaisseur de [a peau. Selon G. Breschet et M. Roussel de Vauzène, cet appareil serait Composé : 40 de petites glandes dans la profondeur du derme, 2° de canaux flexueux et spiroïdes qui en partiraient, 3° qui s'ouvriraient précisément entre deux papilles. L'existence de cet appareil a été contestée par Ollivier (d'Angers), êt par M. Giraldès: ce dernier, par des dissections aidées du microscope, croit avoir prouvé que les prétendus canaux spiroïdes ne sont que des filets nerveux; les granulations graisseuses enveloppant ces nerfs auraient été prises pour de petits corps glanduleux.

D'un autre-côté, on voit dans l’atlas de M. Mandi une gravure représentant l’'appareil sudoripare parfaitement représenté et d'après nature. Je le reproduis fig, 131 : a, glande sudoripare; b, extrémité du conduit de cette glande, lequel parcourt toute l'épaisseur de la peau : on le voit ici à travers les vacuoles du derme, puis en rapport avec l’épiderme et prenant une forme spiroïde.

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