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CHAPITRE IL

Phlegmon,

C'est l'inflammation du tissu cellulaire : il est simple et franc, où bien il êst diffus.

S 1... — Phlegmon simple.

C'est là l’état inflammatoire dans tout ce qu'il a de plus franc, de plus exquis, comme on le disait autrefois. |

Causes. — Type de toute phlegmasie, le phlegmon simple reconnaît pour causes la grande majorité de celles que j'ai indiquées en traitant dé linflammation en général. Cependant il convient de noter que la tumeur franchement inflammatoire dont il est ici question affecte plus spécialement les sujets jeunes, robustes, ceux qui présentent les attributs de ce qu'on ap= pelle tempérament sanguin. Cette phlegmasie, essentiellement aiguë, peut apparaître sur presque tous les points de l'économie, puisque le tissu cellulaire y est presque partout représenté ; mais on la remarque principalement avec tous ses caractères [à où cet élément organique a été jeté avec une espèce de profusion : ainsi à l’aisselle, au cou, aux mame‘les des femmes, aux environs de l'anus, aux aines, aux membres. Il est des causes qui fout nécessairement éclater linflammation du tissu cellulaire et donnent lieu à un phlegmon plus où moins considérable : ainsi les Corps étrangers irritent toujours assez le tissu cellulaire pour produire cet effet : il y à cependant des exemples de corps étrangers qui n'ont pas donné lieu à une suppuration. Les plaies, et surtout les plaies d'armes à feu, les piqûres, les fractures avec es= quilles, la compression d’un nerf et d’un vaisseau importants, une brûlure profonde, voilà les causes les plus actives du phlegmon.

Il est aussi des phlegmons dits spontanés, de cause interne ou qui se développent sous l'influence d’une cause occasionnelle, en apparence insignifiante. Gette inflammation offre des caractères particuliers, et, en général, elle est précédée de phénomènes fébriles : tandis que le vrai phlegmon, c'est-à-dire linflammation exquise des anciens , reconnaît une cause directe, ordinairement en rapport avec létendue de la phlegmasie, laquelle est quelquefois suivie de phénomènes généraux; c'est alors la réaction locale qui se généralise, parce que la constitution est irritable, ou parce que la cause est très active. |

Symptômes. — La tumeur franchement inflammatoire est plus ou moins y

LÉSIONS VITALES. . 559 Volumineuse,. circonscrite, dure, rénitente, d’un rouge foncé, surtout au centre, et cette rougeur ne disparaît pas par la pression. La douleur est aiguë, avec élancements où sentiment de pulsaton. La partie malade paraît plus lourde, La chaleur, qui est vive, n’a cependant pas le caractère mordicant de celle de l’érysipèle; elle augmente et prend ce dernier caractère quand Pinflammation marche vers la peau : quelquefois la chaleur est simplement halitueuse comme celle qui est répandue sur tout le corps, c'est quand le phlegmon est profond et que les symptômes généraux débutent à peine.

Ces circonstances de forme, de couleur, de chaleur, doivent varier selon les points du tissu cellulaire envahi, et leur manifestation doit avoir lieu à des époques différentes. On a vu les caractères qu'ont présentés les furoncles qui ne sont que l'inflammation des cônes celluleux de la peau ; l’inflammation du tissu sous-cutané offre des caractères totalement différents : car là cet élément anatomique s'étend en lamelles plus ou moins lâches ; rien ne bride linflammation; elle est pour ainsi dire à son aise, et son développement s'opère avec facilité : alors la base de la tumeur s'étend et son sommet est moins acuminé. Dans les gaînes des tendons et des. muscles, l’inflammation fuse avec une grande rapidité, selon la direction de l'axe de ces organes ; mais elle est bridée dans le sens contraire : sous les grandes aponévroses des membres, son incarcération est aussi manifeste ; mais elle fuse encore dans ün sens, et produit ainsi de grands dégâts. Voyez ce qui arrive à la cuisse quand un foyer inflammatoire a été allumé entre la grande aponévrose et les os.

Cependant il ne faudrait pas exagérer l'influence que peut avoir le siége de l'inflammation. Il est certain qu’une inflammation du tissu cellulaire profond, toutes choses égales d’ailleurs, est toujours plus grave qu'un phlegmon superficiel; mais si la cause est directe, externe, et la constitution en bon état, quelle que soit la profondeur du phlegmon, deux tendances se manifesteront : 1° limitation du foyer; 2° progression du pus vers la surface cutanée ; tandis que l'inflammation la plus superficielle, celle du tissu cellulaire qui double la peau, a une tendance contraire, si elle se développe sous l'influence de causes indirectes, internes ou délétères. Prenez pour exemple le phlegmon diffus : il peut se borner à la doublure de la peau et produire cependant des dégâts qui entraînent là mort, tandis qu’un phlegmon profond de cause externe se limitera et se. terminera plus souvent d'une manière favorable. Je redis donc qu'il est des inflammations essentiellement diffuses et qui offrent plus ou moins ce caractère partout où elles apparaissent ; il en est d’essentiellement circonscrites, en dépit des circonstances organiques les plus favorables à la diffusion; ces dernières sont avec production de lymphe plastique, les autres en sont privées.

Marche. — La marche du phlegmon est quelquefois rapide, puisqu'elle peut arriver à la suppuration, terminaison la plus ordinaire, en cinq jours et euelois moins, surtout quand l’inflammation est très vive et qu'elle en-

vahit une région où le tissu cellulaire se combine avec un tissu adipeux abondant; le sixième, le huitième jour, sont les époques les plus ordinaires de la suppuration. Mais si des circonstances opposées à celles que je viens dé signaler existent, ce n'est qu'au quinzième ou vingtième jour que la suppu= ration a lieu; le phlegmon, comme on le pense bien, à une marche encore plus lente quand il doit y avoir induration.

Terminaisons, — La Suppuration est le résultat le plus fréquent d’une inflammation dite phlegmoneuse. On comprend que la délitescence doit rares ment avoir licu, surtout quand la cause est externe, mais elle pourra s’eflec= tuer dans le cas de phlegmon spontané : on devra alors ne pas perdre de vuë l'étät des viscères, car il faut une cause puissante pour qu’une inflammation phlegmoneuse soit promptement éteinte. On s’efforcera de lutter contre cette terminaison ; 1} est même des praticiens qui cherchent à rappeler l’inflams mation sur le point où elle avait d’abord apparu, et cela par des vésicatoires.

La gangrène est toujours à craindre quand l'expansion inflammatoire est génée par des plans fibreux, quand l'inflammation est voisine de certains: canaux excréteurs, quand les tissus sont en contact avec des humeurs EXCrÉ= mentitielles. Üne constitution, certaines circonstances hygiéniques malheu= reuses, favorisent singulièrement l’action de ces causes.

Une gangrène limitée n’est pas un accident à redouter : elle hâte souvent la terminaison, puisqu'elle détruit les tissus qui doivent livrer passage au pus. On aurait raison de rédouter une gangrène à tendance extensive comme celle qui se manifeste à la suite d’un phlegmon reconnaissant pour cause une fracture comminutive, car une pareille gangrène est un accident des plus Graves.

La résolution est la terminaison la plus favorable: elle arrive quand le. phlegmon h’a pas été très intense et qu'il siége dans une région où le tissu graisseux est peu abondant, Le retour de la partie à son état normal est in= diqué par la diminution des caractères qui expriment Îe mieux cette phleg= masie. La chaleur s'éteint, la coloration plus diffuse finit par disparaître, les" üssus se détendent, l’exaltation de la sensibilité est moindre, puis tout retourne à l’état normal, organe et fonctions. Si le tissu cellulaire sous-cutané à été envahi, il y a desquaination de l'épiderme. Je douterai toujours de cette terminaison quand le tissu cellulaire aura été rée/lement et complétement enflammé.

Biagnostie. — Le diagnostic du phlegmon sera complet, si l’on $e rappelle ce que j'ai dit de l’érysipèle. La nature de la chaleur, la rougeur qui ne disparaît pas sous la pression, une rénitence marquée, puis cette base tou" jours plus où moins profonde qu'offre le phiegmen, le féront distinguer de linflainmation de la peau. Mais on notera, pour ne pas accorder trop de con= fiance à ces caractères pris isolément, que lérysipèle peut exister avec une inflammation plus ou moins Ctendue du tissu cellulaire, et lon n'oubliera pas que souvent le phlegmon à son tour marche avec une inflammation des à

LÉSIONS VITALES,. 561 téguments ; il est rare même qu'à sa dernière période là peau ne soit pas enflammée.

Pronostie, — [| n'est pas grave, si l’inflammation est superficielle, bornée et de cause externe; mais il en est autrement si le tissu cellulaire profond est envahi, si l'inflammation est sous l'influence d’une cause interne ou générale, si sa position compromet un organe dont les fonctions sont d’un ordre élevé.

Anatomie pathologique. — Le tissu cellulaire enflammé est baigné par une plus grande quantité de sang ; il semble même combiné avec ce liquide et avec ceux qui en émanent, lesquels sont solidifiés à demi. Les mailles sont alors plus serrées, et le tissu est facile à déchirer, il est plus sécable ; il se rapproche donc, sous ce rapport, de l'état embryonnaire. Une coupe faite sur un phlegmon à son apogée offre une surface rouge et un tissu avant quelque analogie avec la rate. Il ne faut pas attendre longtemps pour voir le sang qui ruisselle de cette surface se mêler à des gouttelettes de pus, qui bientôt se rassemblent pour former labcès.

Traitement, — Une inflammation aussi franche doit surtout être victorieusement combattue par les saignées. Cependant il faut encore le reconnaître ici, le phlegmon le plus franc, celui qui à été causé par un COrps étranger, dont l'extraction à été faite à l'instant de son introduction, ne sera pas toujours nécessairement enrayé par le traitement antiphlogistique le plus complet, le mieux suivi.

On doit ouvrir la veine toutes les fois que le sujet est fort, jeune, et que linflammation à envahi une grande étendue de tissu. Les émissions sanguines locales, quelque nombreuses qu'elles soient, ne procurent que très rarement la résolution. Selon moi, elles hâtent, au contraire, la formation du pus : seulement elles feront que l’abcès sera plus borné et plus superficiel, ce qui est un grand avantage.

Les fomentations longtemps continuées, les cataplasmes émollients bien larges, bien épais, appliqués sans aucun intermédiaire, calment les douleurs, favorisent évidemment la résolution qui est toujours à souhaiter, ou produisent l'effet le moins à craindre, la suppuration. Ce que nous avons dit à l’article /nflammation, des autres moyens locaux et du traitement antiphlogistique indirect, nous dispense d’y revenir.

$2. — Phlegmon diffus. Érysipèle phlegmoneurr.

[Le phlegmon diffus, ou érysipèle phlegmoneux, est l'inflammation aiguë, non circonscrite, du tissu cellulaire.

Causes, — Le plus souvent cette maladie occupe le tissu cellulaire souscutané, soit des membres, soit du tronc, soit de la tête; quelquefois le tissu cellulaire profond de ces mêmes régions. Ce sont surtout les hommes adultes, et notamment ceux qui exercent des professions pénibles, qui en sont affectés. Le phlegmon diffas se montre à la suite de blessures légères où graves : la

saignée, des piqüres faites par des instruments malpropres, où en disséquant des cadavres récents; des excoriations aux extrémités des membres qui ont été négligées par les malades; des brûlures, des plaies contuses avec décollement de la peau. L’infiltration de substances irritantes (urine, matières fécales) dans le tissu cellulaire donne lieu à une inflammation diffuse qui

présente dans beaucoup de cas les caractères du phlegmon diffus. Getté affection peut aussi se développer après de grandes fatigues, où même sans cause appréciable. Quelques auteurs ont cru reconnaître qu’elle est quelquefois épidémique ; d’autres ont pensé qu'elle est contagieuse, opinions qui demandent à être soumises à un examen sérieux avant d’être définitivement adoptées.

Anatomie pathologique, — At début, c'est-à-dire dans la première période, les aréoles du tissu cellulaire sont infiltrées d’une sérosité fluide, transparente ou rougeûtre; les vaisseaux capillaires remplis de sang noir, Plus tard, ces mêmes aréoles sont Infiltrées d’une matière blanche, demi-fluide, adhérente au tissu cellulaire; plus tard encore la matière infiltrée redevient fluide et se présente sous la forme de pus de nature variable ; tantôt c’est un pus bien lié, tantôt c’est un pus séreux, ichoreux et fétide. Ce qui constitue du reste le caractère essentiel du phlegmon diffus, c’est que le pus n’est rassemblé en foyer nulle part, Enfin, dans la dernière période, le tissu cellulaire se mortifie et est converti en lambeaux semblables à des écheveaux de fil ou à des paquets d’étoupes qui flottent au milieu de la matière purulente. La peau, privée de matériaux nutritifs, décollée dans une étendue plus ou moins considérable, se mortifie elle-même, et se présente ‘sous la forme d’eschares plus ou moins vastes.

Lorsque le phlegmon diffus occupe le tissu cellulaire profond ou intermusculaire, les muscles eux-mêmes sont séparés les uns des autres, ainsi. que de laponévrose d’enveloppe, par le pus qui est infiltré dans leurs inter= stices ; ils sont jaunes ou noirs, ramollis ; les désordres s'étendent quelquefois jusqu'aux tendons et même jusqu'aux o$ qui sont dénudés et mortifiés. L'inflammation peut aussi se propager aux articulations, aux veinés ét aux vaisseaux lymphatiques.

Symptômes. — Nous prendrons pour type de notre description le phlegmon diffus sous-cutané des membres. 11 ést caractérisé par un gonflement considérable accompagné d’une rougeur plus ou moins prononcée; ni le gonflement ni la rougeur ne présentent de limites distinctes. La surface de la peau présente parfois des phlyetènes remplies d’une sérosité limpide ou sanguinolente. En exerçant une'pression sur les parties malades, on réconnait une sensation spéciale qui, d'après Béclard, tient le milieu entre la mollesse de l’œdème, la dureté du phlegmon et l’élasticité de l’emphysème. Les malades accusent de vives douleurs dans la partie qui est le siége du gonflement; ils se plaignent d’une sensation d'étranglement.. On constate presque toujours une inflammation coucomitante des vaisseaux lymphatiques et parfois un engorgement des ganglions dans lesquels ces vaisseaux sé

rendent. À ces phénomènes locaux s'ajoutent des phénomènes généraux plus Ou moins graves: fièvre, agitation, insomnie, faiblesse musculaire, inappé- ténce, soif vive, langue rouge et luisante, parfois nausées, vomissements bilieux et diarrhée,

Marche et terminaisons. — Dans quelques cas rares le phlegmon diffus se termine par la résolution ou par la formation d'abcès circonscrits. Le plus souvent l'affection fait des progrès et la peau se trouve décollée dans une grande étendue par l’infiltration purulente qui occupe le tissu cellulaire souscutané. La peau, privée de ses moyens de nutrition, sé convertit en eschares plus ou moins nombreuses auxquelles succèdent des ouvertures par lesquellés s'écoule un pus séreux et visqueux, et qui donnent passage à des portions dé üssu cellulaire et d’aponévroses mortifiées ; des hémorrhagies parfois abondantes accoïipagnent ce travail de destruction. Lorsque le malade échappe aux accidents généraux, où bien encore qu’il ne meurt pas de l'épuisement o6casionné par une abondante suppuration, il se peut que les plaies résultant de la perte de substance de la peau se cicatrisent, que la peau se recolle aux parties subjacentes ; le blessé conserve pendant longtemps une gêne dans lés fonctions du membre atteint par la phlegmasie. La mort est une terminaison assez fréquente des phlegmons diflus qui occupent une grande étendue: elle survient dans la première période, soit par le fait d’un empoisonnement général, quand il existe une blessure avec matière virulente, soit par l'in ténsité des phénomènes réactionnels : plus tard elle est la conséquence soit de l’abondance de la suppuration, soit d’une inflammation viscérale qui vient

compliquer la maladie elle-même.

… Diagnostie, — Le phlegmon diffus diffère du phlegmon circonscrit par l'étendue de l’inflammation ; de l’érysipèle simple, par l'existence d'un gonlement considérable; de l’érysipèle œdémateux, en ce que dans ce dernier la Tougeur est plus transparente, la douleur moindre, l'impression laissée par les doigts plus marquée; de la phlébite et de l’angioleucite, par la présence dans ces dernières d’un cordon dur ou de lignes rougeâtres et sinueuses sur le trajet des vaisseaux enflammés. Si le diagnostic du phlegmon diffus sous= cutané est facile, il n’en est pas de même du phlegmon profond; celui-ci Produit souvent de grands ravages avant qu'on en reconnaisse l'existence. Gest ainsi que de vastes suppurations du bassin et du tissu cellulaire souspéritonéal de l’abdomen , consécutives à des infiltrations d'urine ou de matières fécales, ne sont souvent reconnues qu'à l'examen cadavérique.

Pronostic et traitement. — Le phlegmon diffus est toujours grave: il lest d'autant plus qu’il est situé plus profondément et qu’il occupe une plis vaste étendue.

Il faut donc dès le début de la maladie la combattre énergiquement par des émissions sanguines locales, et quelquefois par une saignée générale; doer aü membre une position élevée et le recouvrir dé c:taplasmes émollients. Lé

Malade est mis à la diète ; état de la langue peut réclamer l'administration

56/ MALADIES DU TISSU CELLULAIRE. # d’un vomitif ou d’un éméto-cathartique. Bretonneau et M. Velpeau ont pro posé d’enrayer la marche du phlegmon diffus, en exerçant sur toute l'étendue du membre envahi une compression méthodique au moyen d’une bande roulée; Dupuvytren employait dans le même but les vésicatoires appliqués sur l'endroit enflammé, et M. Velpeau, adoptant le même mode de traitement, Pa modifié en se servant de vésicatoires d’une très grande dimension.

Lorsque l'affection est arrivée à une période plus avancée, c'est-à-dire lorsque du pus est déjà infiltré dans le tissu cellulaire, il convient de pratiquer sur toute l'étendue de la partie malade des incisions qui comprennent toute épaisseur du derme et qui ont un double résultat, de faire cesser l’étranglement du tissu cellulaire, ce qui en prévient la mortification, et de donner un passage aux liquides infiltrés. Il faut prolonger ces incisions jusqu’au delà de l’aponévrose d’enveloppe du membre dans les phlegmons diffus profonds. L'hémorrhagie qui est la conséquence de ces incisions doit être attentivement surveillée et réprimée au besoin par une compression méthodique, lorsqu'elle est très abondante. Le nombre d’incisions à pratiquer est subordonné à l'étendue même du phlegmon diffus ; la longueur de chaque incision sera dé quelques centimètres. À une période peu avancée de la maladie, ces incisions ne donnent passage qu'à la matière purulente dont on peut du reste favoriser l'écoulement par une douce pression; plus tard elles donnent issue aux lam®= beaux de tissu cellulaire et d’aponévrose gangrenés ; ces lambeaux seront retranchés àmesure qu’ils se présentent entre les lèvres de la plaie, sans exercer sur eux un tiraillement qui serait très douloureux; la même remarque 6st applicable aux eschares de là peau. Les parties gangrenées une fois élimi= nées, on favorisera la cicatrisation des plaies et des fistules cutanées quiren sont la conséquence par les moyens précédemment exposés (voy. Plaïes qu suppurent et Fistules cutanées). Dans quelques cas, les désordres occæ sionnés par le phlegmon diffus sont tels, que le sacrifice du membre offrelà seule chance de salut pour le malade. Foutefois, avant d'en venir à ce parti, on cherchera à diminuer l'abondance de la suppuration, à empêcher le crou= pissement du pus; on soutiendra les forces du sujet par une nourriture analeptique. |

ARTICLE Œdème.

On appelle œdème une tumeur mal circonscrite formée par l’infiltration d'une quantité plus ou moins considérable de sérosité dans les mailles du tissu Cellulaire. Quand linfiltration s'étend à presque toute l'habitude extérieure du corps, on l'appelle anasarque.

Causes. — C'est dans le tissu cellulaire sous-cutané qu'on rencontre lle plus fréquemment Pinfiltration séreuse; mais on lobserve aussi dans le même tissu qui double les muqueuses et les séreuses. Le tissu cellulaire qui

entre dans la trame des parenchymes n’en est pas exempt. Les régions où le tissu cellulaire est dépourvu de graisse sont celles où l’œdème s'offre le plus fréquemment et avec les caractères les plus tranchés : ainsi aux paupières, au SCrotum.

L'œdème essentiel est très rare. Celui qui doit nous occuper, celui qui est symptomatique de lésions physiques vitales où organiques, est beaucoup plus fréquent. Les lésions physiques qui se compliquent le plus souvent d'ædème sont les contusions , les luxations et les fractures graves. Les lésions vitales avec lesquelles on l’observe surtout sont l’angioleucite, le phlegmon, l'érvsipèle.

En général, quand l'œdème tient à une cause physique, locale, la tumeur ne prend pas le développement qu’on remarque dans d’autres circonstances.

Les lésions organiques qui sont le plus fréquemment compliquées d’œdème sont celles qui portent sur les organes qui agissent directement dans la circulation, ou ceux qui sont pour ainsi dire accessoires. On rangera dans la première ligne les maladies du cœur et des vaisseaux, puis viendront les maladies du foie et de la rate.

Il est des lésions organiques qui, d’abord indépendantes des organes de la circulation, finissent par gêner celle-ci et produisent indirectement l’œdème : ainsi les tumeurs qui, en se développant, compriment des vaisseaux importants et empêchent le retour du sang. On voit, en effet, des tumeurs de la fosse iliaque, des cancers de l'utérus, comprimer les principales veines du bassin, et produire l’œdème des membres inférieurs. La grossesse peut en faire autant. L'œdème s’observe aussi aux extrémités infériéures chez des individus que leur profession oblige à rester longtemps debout les jambes dans l’eau, etc.

La suppression ou la diminution, soit de la transpiration, soit de la sécrétion de l'urine, peut donner lieu à l'œdème; l'économie reste alors chargée d'un excès de sérosité qui, ne trouvant pas de voie d’excrétion suffisante, Saccumule dans le tissu cellulaire. Les infiltrations observées dans le cours de la néphrite albumineuse (maladie de Bright), à la suite de la rougeole et de la scarlatine quand les sujets ont été exposés au froid, ont lieu de cette manière. Il en est de même de la suppression brusque de la transpiration ou de quelque flux habituel, ainsi que de la répercussion de certains exanthèmes chez les individus pléthoriques.

L'altération, l’appauvrissement du sang, disposent à l’ædème, parce que les proportions de la sérosité sont alors augmentées. Les lésions organiques viscérales, les suppurations abondantes et prolongées, les fièvres de mauvais Caractère, les hémorrhagies, la chlorose, le cancer, sont dans le même cas. Cest la même variété d'œdème qui accompagne la convalescence des maladies graves. Les vieillards ou les individus dont la constitution est affaiblie | par suite d’une alimentation insuffisante, de veilles prolongées , de fatigues Excessives, de privations de toute sorte, offrent souvent cette infiltration.

Symptômes. — La tumeur formée par l'œdème est pâle, d'un blanc mat, pâteuse, douce au toucher; sa température est ordinairement moins élevée que celle des parties environnantes. Les rides de la peau disparaissent; le gonflement produit une difformité d’autant plus grande qu’il n’est pas égal, et se prononce davantage dans les points où les téguments sont unis aux parties sous-jacentes par un tissu cellulaire lâche et lamelleux. Le doigt qui comprime une partie œdématiée laisse une trace, qui ne disparaît qu'au bout de quelque temps. On peut facilement chasser le liquide du lieu qu’il oecupe et le faire changer de place par une compression méthodique. La po= sition des parties a une très grande influence sur le liquide infiltré ; la séro= sité tend sans cesse à gagner les parties les plus déclives. C’est la raison qui fait que les membres inférieurs sont si fréquemment ædématiés.

Il est des cas où l’œdème revêt des formes aiguës, ce qui lui a fait donner le nom d’ædème chaud ou actif. Dans cette variété, la sérosité infiltrée est mêlée de sang ou de pus. La peau présente une teinte rosée et une légère chaleur ; la pression est alors douloureuse, des picotements se font sentir dans la partie engorgée ; enfin il existe quelquefois de l’agitation, de la fièvre, et une réaction générale. On voit ici que l’inflammation n'est pas étrangère à la produetion de cette variété d’œdème qui est une véritable hydro: phlegmasie.

Dans le plus grand nombre de cas, l’œdème local, qui tient à une difficulté passagère dans la circulation veineuse, disparaît après un temps assez court. L’œdème des membres inférieurs, chez les convalescents, disparaît la nuit,

our se reproduire dans le jour, quand le malade s’est tenu longtemps de= J I

bout, Ces alternatives sont observées jusqu’à ce que les parties aient repris leur tonicité. Après une fracture comminutive ou un phlegmon diffus des membres inférieurs, l'œdème met plus de temps à guérir ; il faut pour cela que la fracture et l’inflammation soient en voie de guérison,

Quand la cause de l’æœdème se rapporte à quelque lésion profonde et pers sistante, elle produit à la longue l’amincissement de la peau, et des solutions de continuité par lesquelles s'écoule une quantité plus ou moins considérable de sérosité. Ces ouvertures se ferment ensuite, et le gonflement reparaît. Dans quelques cas, on a observé plusieurs évacuations successives accomplies de cette manière, Il arrive aussi que des accidents graves, tels que des érysipèles ou la gangrène, envahissent les parties œdématiées. Ces accidents sont ordinairement déterminés par ‘une simple écorchure, par une piqûre, par la pression prolongée de quelque corps dur. On a même vu la seule application de la partie malade sur le lit donner lieu à ces fâcheuses complications.

« Quand on fend les tissus œædématiés, on voit s'écouler de la surface de la coupe une sérosité abondante qui semble exprimée d’une éponge. Le tissu cellulaire est pâle, décomposé en lames et en fibres, qui limitent des cavités incomplètes toutes ouvertes les unes dans les autres et pleines de liquide C'est par suite de cette communication des aréoles qu’une très grande quan=

LÉSIONS VITALES. 567 tité de sérosité peut s’écouler par une seule plaie. Dans quelques cas, c'est une sorte de gelée transparente qui remplit les cellules. Des vaisseaux et des nerfs qui traversent le tissu cellulaire œdématié sont faciles à suivre et paraissent isolés au milieu du liquide. On y retrouve aussi les utricules graisseuses intactes et exemptes d'infiltration. Quand celle-ci est ancienne et con: sidérable, la peau humectée par la sérosité semble elle-même décomposée et réduite en tissu cellulaire ; en plusieurs points se forment des fentes, des espèces de crevasses, au niveau desquelles l'épiderme n’est point interrompu, mais seulement étendu et aminci, de sorte qu'il devient comme transparent. Tant que la distension des téguments n'est pas très considérable, la peau présente une couleur de plus en plus blanche et mate; elle devient au contraire luisante quand elle est très amincie, et présente par places des gerqures ou éraillures. La sérosité est, en général, transparente, limpide comme de l’eau ou légèrement jaunâtre (1). »

Diagnostic. — Le diagnostic n’est pas difficile, car aucune tumeur ne présente cette mollesse pâteuse et l’ensemble des caractères que j'ai assignés à l'æœdème. Ce qui est difficile, c’est de déterminer si cette altération est essentielle ou secondaire, et alors de décider à quelle lésion primitive il faut la rapporter, C'est en étudiant les diverses lésions que cette partie du diagnostic sera complétée.

Pronostie, — Par lui-même, l'œdème, surtout celui qui est sous-cutané, n'a rien de grave. Il ne le devient qu’en raison des altérations auxquelles il se rattache et quelquefois en raison de son siége : ainsi l'œdème de la glotte, quelle qu’en soit la cause, est toujours grave.

Quand l'œdème est récent, il est moins grave que quand il est déjà ancien. Développé chez un sujet jeune ou d’un âge moyen, il est plus facile à

guérir que chez un vieillard. S'il survient au déclin des maladies, il est peu à redouter, et beaucoup de personnes le regardent même comme une crise heureuse. Mais dans les maladies chroniques comme la phthisie, le cancer utérin, l’œdème est d’un très mauvais augure.

Traitement. — Ici se présentent deux indications : 4° combattre la ma-

ladie sous l'influence de laquelle s’est développé l'œdème ; 2° favoriser la ré- Sorption ou l'évacuation du liquide épanché. Quelquefois il suffit que la première indication soit remplie pour que la résolution complète et définitive de l'ædème s'opère. L'ouverture d'un abcès | profond, l'ablation d'une tumeur qui comprime les veines, la guérison de la | phlébite, l'évacuation du liquide de l'empyème, ete., peuvent suflire. L'infiltration persiste après que la santé générale est rétablie, quand elle est la suite de la faiblesse locale des parties.

Il arrive quelquefois qte la maladie qui joue le rôle de cause ne peut être | combattue d’une manière efficace : c’est ce qui a lieu, par exemple, lorsque

(1) Compendium de chirurgie. Paris, 1845, t, I, p. 46,

l'œdème dépend de l’oblitération du tronc veineux principal d'un membre. Il ne reste au chirurgien qu'à provoquer la transpiration et à favoriser l'éta blissement d’une circulation collatérale en employant tous les moyens pro-

pres à exciter les capillaires de la peau et à attirer le sang dans les vaisseaux

superficiels.

Pour remplir la seconde indication, il faut d’abord donner à la partie malade une position élevée et favorable au cours du sang veineux et de la lymphe. Les avantages de cette position sont connus et compris de tout le monde.

La compression à aussi des avantages; elle est même quelquefois supérieure à la position, parce qu’elle n’exige pas que le malade garde une attitude incommode et souvent incompatible avec sa profession. La compression s'exerce avec des bandes méthodiquement appliquées ou avec des appareils spéciaux : ainsi des guêtres ou des bas de coutil, de peau de chien, de caoutchouc vulcanisé de M. Gariel. 11 faut que les appareils soient bien appliqués, qu’ils compriment avec une certaine douceur et uniforméments s'ils sont repliés, s'ils forment des cordes ou des plis, ils déterminent de l'irritation, enflamment, divisent même les tissus, donnent lieu à des eschares et à des ulcérations. Méthodiquement, habilement appliquée, la compression peut rendre les plus grands services, surtout quand l’œdème est idiopathique, quand il tient à la débilité de l’âge, ou qu'il succède aux fractures des membres inférieurs, à des entorses qui ont duré longtemps.

A la position, à la compression, on joint ordinairement des moyens acces= soires qui les secondent beaucoup. Ainsi on fait des frictions avec une fla= uelle, soit sèche, soit imprégnée de vapeur de benjoin ou trempée dans un liniment résolutif, On enveloppe la partie avec des linges imbibés de. décoc= tion de quinquina ou dé vin rouge qu'on fait bouillir avec des pétales de roses de. Provins. Les infusions aromatiques, l’eau-de-vie camphrée, les douches sulfureuses, les bains de sang de bœuf, de marc de raisin, l’inso= lation surtout ont des avantages incontestables dans certains cas ; mais ils ne peuvent être employés dans les cas où la peau est extrêmement amincie.

Quelques remèdes généraux, tels que les boissons apéritives, les doux laxatifs, peuvent être administrés pendant qu'on s'occupe du traitement local. On donne avec avantage les préparations ferrugineuses, le quinquina et divers autres médicaments toniques quand la constitution est affaiblie.

Si l'ædème est rebelle aux môyens que je viens d’indiquer ; si son étendue et son développement sont tels qu'il en résulte une gêne extrême, des dou= leurs, de l’oppression, on doit se mettre en mesure de donner une issue prompte et facile aux liquides infiltrés. On a proposé, pour remplir cette indication, de détruire l’épiderme avec des caustiques on des vésicatoires : c'est là un mauvais moyen, justement abandonné, ainsi que les incisions avec le bistouri, qui exposent, comme le cautère et le vésicatoire, aux érysipèles et à la gangrène, Il vaut mieux pratiquer de simples monchetures cà et là;

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