‹ Traité de pathologie externe et de médecine opératoireChapitre 236 sur 266 · II. — PROCÉDÉS DE MM. VELPEAU, FRICKE ET A. THIERRY · texte numérisé non relu

II. — PROCÉDÉS DE MM. VELPEAU, FRICKE ET A. THIERRY

Les procédés de M. Velpeau et de M. Fricke ont beaucoup d’analogie. Saisir l'artère avec une pince ordinaire, la faire saillir de cinq à six lignes ; remettre à la main gauche cette première pince; dégager le vaisseau avec une autre pince tenue de la main droite, appuyer sur l’origine du vaisseau avec l’index et le pouce de la main restée libre, enfin faire exécuter les tours à la pince pour déterminer la torsion : voilà une variante plus simple, mais moins sûre.

Alex. Thierrv (1) prenait une seule pince ou le valet à Patin, et faisait cinq ou six tours. Quand il tordait les artères sans division préalable ou dans la continuité, il se servait de l'aiguille de Deschamps, la passait sous l'artère, agissait comme avec un tourniquet, et proportionnait les tours au calibre de l'artère,

J'ajourne mes réflexions sur la torsion quand il S’agira de comparer entre eux les moyens hémostatiques,

S 7, — Ligature. :

La ligature étant le meilleur et le plus sûr de tous les hémostatiques, il y a un vrai intérêt et utilité à connaître les points les plus importants de son histoire.

Tout ce qu'on peut dire et tout ce qu'on peut exécuter en fait de ligature

(1) De la torsion des artères, Paris, 1829, in-8, fig.

646 HÉMOSTATIQUES. % se résume en deux méthodes : 4° la ligature directe, celle qui va porter le fil où est le mal, là où s'opère l’hémorrhagie; 2° la ligature indirecte, celle, au contraire, qui s'éloigne du mal. Si l’on voulait adopter les dénominations que je propose ici, on ferait disparaître celles de méthode ancienne et de méthode nouvelle, qui n’ont aucune signification scientifique, et qui pour= raient devenir au moins singulières, si un jour on venait à prouver complétément que la méthode qu'on appelle nouvelle est précisément la plus ancienne, En effet, on trouve dans Aétius (lib. IV, serm. 3, cap. 10), que pour traiter l'anévrysme, il faut d’abord découvrir l'artère au-dessus du mal,

jeter sur e!le des ligatures, et couper entre les deux fils. À la vérité, il est dit d’en faire autant à l’anévrysme ; mais ce dernier temps n’empêche pas quelques chirurgiens de considérer cette pratique comme un commencement de la méthode dite nouvelle dont Porigine aurait ainsi précédé la méthode dite ancienne! Paul d'Égine est réellement le premier à décrire une ma nœuvre qui se rapporte à cette dernière méthode que j'appelle directe. On traverserait la base de la tumeur anévrysmale (peau et tout) avec une aiguille armée d’un double fil, comme quand on veut faire tomber une tumeur en mortification ; un fil est ramené au-dessus, un autre au dessous de la tumeur où ils sont liés (1). Guillemeau vida la tumeur et lia le bout supérieur. Keylère lia le bout supérieur et comprima l’autre (2). Enfin Molinelïi et Guattani lièrent les deux bouts et établirent réellement la méthode directe à peu près comme je la décrirai bientôt.

Il est des modernes, Lisfranc est de ce nombre, qui prennent le point de départ de la méthode indirecte dans Paré et Guillemeau. Le passage de Paré est obscur (3); mais ce qui commence à être clair, ce sont les paroles de Guillemeau (page 66) : « Si, en quelque autre partie extérieure, il se présente au chirurgien un pareil anévrysme, il peut sûrement découvrir le corps de l'artère vers sa racine et partie supérieure, et le lier de même façon sans autre cérémonte. » Je dois faire remarquer que Guillemeau s'exprime ainsi après avoir conseillé d'ouvrir la tumeur (4). Anel vint, et en 1710, en présence de Lancisi, lia l'artère brachiale au pli du bras, immédiatement au-dessus de la tumeur, sans toucher à celle-ci : le succès fut complet (5). Au mois de juin 1785, Desault lia l'artère crurale au-dessus de la tumeur, derrière la cuisse : c'était la ligature de l'artère poplitée pour un anévrysme de la région de ce nom; il n’ouvrit pas l’anévrysme (6). Enfin, dans la même année, J. Hunter lia, pour un anévrysme poplité aussi, l'artère de

(1) Paul d'Égine, liv. VI, p. 271 et suiv.

(2) Lettre à Cotugno. Pelletan, Clin. chir., t. 1.

(3) Œuvres complètes, nouvelle édition. Paris, 1840, t. {, p. 440.

(4) Voyez, pour les développements de ce point d'histoire, la thèse de Lisfrane, concours de 1834.

(5) Auel, Observation sur la fistule lacrymale, A714

(6) Œuvres chirurgicales de Desauit, t. IL, p. 568,

LIGATURE. 647 la cuisse, non dans la région poplitée, mais bien à la région antérieure de la cuisse, s’éloignant ainsi le plus possible de la tumeur anévrysmale. Alor seulement la méthode indirecte fut définitivement éta lie. Je vais décrire les deux principales méthodes, directe et indirecte.

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