IV. — AIDES ET ASSISTANTS
Après avoir fait choix du procédé et tracé le plan de l'opération, après avoir prévu tout ce qu'il a pu prévoir, le chirurgien s’adjoint des aides qui connaissent l'opération et la manière d'opérer, qui tiennent doublement au succès de l'opération, dans l'intérêt du malade et de l'opérateur. Ils doivent connaître tellement les habitudes de celui-ci, qu'au moindre signe ils puissent exécuter ses ordres avec intelligence.
Quand il s’agit d’une opération très difficile, quand une grande responsabilité pèse sur l'opérateur, il peut se faire assister par des confrères haut placés dans son estime et qui se sont déjà montrés bienveillants pour lui. Que jamais le désir de jeter de l'éclat sur une opération ne vous porte à multiplier le nombre des assistants. Vous pourriez bien ainsi diminuer les chances d’indulgence. Un certain luxe dans le personnel assistant n’est profitable ni au malade ni au chirurgien ; un mot, un geste même, pourront compromettre votre opération. Les professeurs de clinique chirurgicale ne peuvent choisir les assistants ; les convenances et un sentiment d'humanité devraient donc obliger ceux-ci à un silence religieux en présence de la misère qui, par ses douleurs, leur dispense des lumières si nécessaires à leur instruction.
Vo APPAREIL.
L'appareil se compose de trois ordres d'objets : 4° ceux qui ont pour but de prévenir un accident pendant l'opération ; 2° ceux qui sont nécessaires aux manœuvres mêmes; 3° ceux du pansement,
Autant que possible, l'opérateur prépare lui-même l'appareil ; il en choisit
PE
OPÉRATIONS EN GÉNÉRAL. 39 toutes les pièces qu'il place sur un plateau dans l’ordre suivant lequel elles
doivent être employées. S'il confie ce soin à un aïde, il doit en faire la revue avec le plus grand soin. Un premier plateau contiendra donc les instruments ou les objets nécessaires à la suspension du cours du sang, à la répression d’une hémorrhagie : ainsi plusieurs compresseurs, le garrot, ou mieux le tourniquet, une pelote, un bandage compressif. Le second plateau doit contenir les instruments indispensables à l'espèce d'opération qui va être pratiquée, Quand c’est une opération importante, il faut doubler cette partie de l'appareil, car les premiers peuvent s’altérer, être mis hors de service. I est d’ailleurs quelquefois nécessaire d’en employer plusieurs en même temps. Ainsi Dupuytren a été obligé d'appliquer successivement quatre pinces de Museux pour extirper une tumeur fibreuse du sinus maxillaire. Ge second plateau doit aussi contenir des instruments ou objets qui peuvent être utiles dans toutes les opérations : ainsi des bistouris de diverses formes, des pinces à ligatures, des fils, des aiguilles à suture, des serres-fines, des cautères, etc.
Un troisième plateau recevra les pièces du pansement. Les voici selon l'ordre de leur application (je suppose le pansement classique d’une amputation ) : bandelettes agglutinatives, linge fenêtré enduit de cérat, charpie fme disposée en plumasseaux, compresses longuettes simples et doubles, bandes, Toutes ces pièces doivent encore être doubles, dans la prévision d’un second pansement qu'une hémorrhagie pourrait promptement nécessiter. De leau chaude et froide, des éponges, complètent ce dernier appareil. Des sels, quelques liqueurs spiritueuses, peuvent devenir nécessaires pour ranimer les sujets très faibles ou pusillanimes. Je crois, pour mon compte, que cet appareil des amputations pourrait être singulièrement simplifié, puisque je me contenterais de serres-fines et de compresses mouillées.
Le choix de la lumière est une chose importante, La lumière solaire éclaire mieux. Mais on ne peut pas la diriger à volonté, et il est des positions du malade qui nécessitent l'emploi de la lumière artificielle ; on doit alors se procurer plusieurs bougies.