PAR
Alphonse GUÉRIN,
Membre de la Société de chirurgie, chirurgien de l’hôpital de Lourcine,
Lorsqu'un homme meurt après avoir fait dans ses livres et dans ses publications périodiques une polémique ardente et parfois personnelle, les susceptibilités d’amour-propre, les intérêts lésés, les amitiés froissées de ses contemporains, toutes les passions grandes ou petites qu'il a excitées peuvent lui survivre, et il arrive souvent que les inimitiés les moins oublieuses ne sont pas celles qui se sont manifestées le plus hautement pendant la vie de l'écrivain. Si j'avais pu craindre que Vidal eût éveillé de pareils sentiments rétrospectifs, J'aurais dû laisser à un autre, plus habile que moi dans Part de bien dire, le soin de rappeler devant vous les qualités éminentes du collègue que nous avons perdu ; mais, quand je n’aurais pas été rassuré, sous ce rapport, par le respect dont Vidal savait honorer chez les autres l'étude, les convictions, les lumières et le dévouement à la science, ne le serais-je pas suffisamment par la bienveillance et la piété dont une tombe est toujours entourée, quand elle se ferme sur un homme de bien, qui, pour être juste, sut sacrifier ses sympathies personnelles, qui voua sa vie tout entière à l'étude, et qui, frappé sans avoir recueilli Le prix de ses travaux, trouva encore à son lit de mort un sourire et pas une plainte, malgré le lourd fardeau de peines qu’il eut à supporter ?
Vidal, messieurs, n’a point une physionomie ordinaire. Comme auteur de livres devenus classiques, comme chirurgien et comme journaliste, il à d > pris une large part au mouvement scientifique de notre époque, et à ce Le point de vue il est intéressant à étudier.
Né au village de Cassis, près de Marseille, le 3 janvier 4803, d’une famille qui eût eu de l’aisance si elle avait été un peu moins nombreuse, Auguste Vidal passa son enfance au milieu des champs. Le vent de la mer, aussi sain pour l’homme qu'il est vivifiant pour les végétaux, développa sa poitrine et