XII ÉLOUE DE VIDAL (DE CASSIS
lui donna une vigoureuse constitution, que le travail devait bientôt altérer.
Son éducation fut confiée au curé de la localité, qui lui apprit ce qu’il savait de français et de latin. Ce prêtre, ancien dominicain, qui avait été recueilli par le père de Vidal à l’épodue où une robe de moine n’était pas un passeport pour celui qui la portait, eût voulu acquitter sa dette de reconnaissance en allégeant pour son élève les enhuis de l'étude; mais son ministère de prêtre lui laissait trop peu de temps pour qu'il dirigeât avec fruit l'éducation d’un enfant vif èt turbulent, qui préférait le sable des grèves et les champs d’oliviers à la chambre du curé transformée en salle d'étude. Vidal et son jeune frère travaillaient ensemble, s’aidant l’un l’autre, en l'absence du père Dücros, moins poui bien faire leurs devoirs que pour s’en débarrasser le plus promptement possible. Aussi l'éducation . première de notre collègue eût-elle été insuffisante, si Vidal père ne s'était décidé à donner un précepteur à ses enfants. La vie au grand air est tellement active, que l'intelligence en reçoit souvent une heureuse influence. Presque sans effort, Vidal apprit assez de latin pour qu'il crût bientôt pouvoir se dispenser d'étudier. Il continua à vivre près de son père et de sa mère dans une douce oisiveté jusqu’en 1822, époque à laquelle, s'étant décidé à étudier la médecine, il se rendit à Marseille, où il devint tout de suite élève externe de l'Hôtel-Dieu. Après six mois d'étude, il fut chargé des fonctions d’interne, qu'il remplit pendant quatre ans. Durant son internat, il s'était lié d'une étroite atnitié avec un jeune homme qui devait plus tard, lui aussi, honorer l’école qui l'avait accueilli. Ce lien qui s'établit entre Vidal et M. Goyrahd ne devait se rompre que par la mort de l'un des deux amis.
Tous les deux, ils vinrent ensemble à Paris pour compléter les études qu'ils avaient commencées à Marseille. Quand ils arrivèrent au quartier latin, Vidal, qui n'avait que 100 francs par mois, dut plus d’une fois se rappeler le bonheur dont il avait joui à Cassis : bien-être de la maison paternelle, tendresse de la famille, vent de la mer qu’on ne peut oublier, adieu ! Vidal est entré sur la terre classique de la faim, du travail et de l'ambition. Il souffrira peutêtre de sa pauvteté et il ne voudra plus retourner à Cassis, où pourtant il eût si heureux !
Son histoire est et sera encore celle de bien d’autres; il atait trop de pénétration dans l'esprit pour ne pas comprendre de bonne heure que l’on peut être le premier dans son village et le second ailleurs; mais tout en reconnaissant que le monde dans léquel il était appelé à vivre désormais était d’un ordre supérieur à celui dans lequel il avait passé sa première
jeunesse, il sentait en lui une vigueur qui lui disait sans cesse qu'il était det
taille à se mesurer avec les plus forts. $ Pour arriver aux premiers rangs, il faut se résigner à une vie de luttes à laquelle il se prépara par des publications périodiques. L Il venait de subir sa thèse de docteur en 1828, lorsque Fabre, son compatriote, fonda la Gazette des hôpitaux et ui R sa collaboration, Ce