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I. — 'TOPIQUES MOUS

A. CÉRATS. — Les cérats ont la consistance du miel. El entre dans leur composition de la cire, de l’huile, de l’eau. Quand on n’ajoute aucune autre substance, ils sont simples. Ils sont blancs ou jaunes, selon qu'ils sont préparés avec de la cire blanche ou jaune. Les cérats composés sont avec addition de divers médicaments. Ainsi le cérat de Goulard contient de l'extrait de Saturne ; il y a un cérat opiacé auquel on a ajouté de l’opium, du laudanum; un cérat soufré, un cérat mercuriel, qui contiennent de la fleur de soufre, de l’onguent napolitain. On fait, avec de l'extrait de belladone, de l'eau distillée et du cérat, une pommade appelée cérat belladoné ou pommade de belladone.

Les cérats sont les topiques dont on fait le plus d'usage dans les pansements ; le cérat simple est le plus souvent employé dans le pansement des plaies ; les cérats composés sont plus usités en frictions.

La couche de cérat que l’on étend soit sur le linge troué, soit sur la bandelette découpée, doit être très mince.

Le plumasseau de charpie qu’on applique sur le linge cératé ne doit pas être enduit de cérat, car il empêcherait le pus qui traverse les petits trous du linge criblé d’être absorbé par la charpie.

Le pansement au cérat seulement, c’est lé pansement simple. Un linge criblé, de grandeur convenable, est couvert d’une couche mince de cérat: il est appliqué sur la plaie. On superpose une couche de charpie proportionnée à l'abondance de la suppuration ; une ou plusieurs compresses sont posées par-dessus la charpie, et tout l'appareil est maintenu au moyen d’un des bandages que je décrirai plus tard. S'il y a lieu d’exciter légèrement la plaie, 6n applique la charpie à nu, et la plaie n’est couverte que par les bords d’une bandelette découpée et préalablement enduite de cérat. Cette bandelette

ne dépassera pas les bords de la plaie de plus de 3 à 4 millimètres. La ban= delette empêche la charpie d’adhérer aux bords de la plaie ; le pus, qui est interposé entre la surface de la plaie et de la charpie, empêche celle-ci d’adhérer.

On étale quelquefois le cérat sur des linges, soit pour recouvrir des sur= faces excoriées, soit pour prévenir l’excoriation des parties soumises à une pression permanente et forte : par exemple, au siége, lorsque les malades doivent rester longtemps couchés ; autour des articulations qui vont supporter des liens extensifs destinés à la réduction d’une luxation ; enfin, on met du cérat sur des parties couvertes de croûtes que l’on veut ramollir, et souvent dans les hôpitaux on l’étend sur des parties qu’on va raser. On applique les cérats composés d’après les mêmes règles. Ils sont étalés sur des plumasseaux ; c’est en frictions qu'on s’en sert le plus souvent.

PB. POMMADES. — Les pommades qui servent aux pansements ont pour base des corps gras, et principalement l’axonge. On peut prendre encore pour base le beurre, l’huile et même le cérat simple. Mais il entre toujours dans la composition des pommades un agent médicamenteux qui varie beaucoup : c'est cet agent qui constitue l'espèce de pommade. Je vais passer en revue les espèces de pommades les plus usitées, avec quelques détails sur leur emploi. |

Il entre dans la composition des pommades dites antiophthalmiques un agent actif : c’est un sel de plomb, de mercure et même d'argent ; elles sont directement appliquées sur les paupières ou sur le globe oculaire. On prend gros comme une lentille de la pommade qu’on a choisie, et on l’applique sur la partie malade. Suivant l'indication, on choisit la pommade au précipité rouge, au nitrate d'argent, au calomel. Ces pommades sont en contact avec les parties malades. Dans d’autres cas, la pommade agit à distance ; on en fait alors des frictions sur les paupières, ou sur une région temporale, ou sur la région frontale. Les pommades mercurielles, opiacées, à la belladone, sont ordinairement employées d’après ce procédé. On comprend qu'ici on peut élever à de plus hautes doses l’agent actif. |

La pommade dite d’Autenrieth, composée d’axonge et d’un huitième de tartre stibié, est employée en frictions sur la peau. Elle produit une éruption pustuleuse analogue à celle de la variole. Les frictions doivent être répétées plusieurs fois par jour, jusqu’à ce que l’éruption soit assez confluente.

La pommade mercurielle double, ou onguent napolitain, est étendue sur du linge, sur des plumasseaux, pour les pansements ordinaires, mais le plus souvent en frictions, en onctions. Si l’on se propose d'agir sur tout l’organisme, la pommade est à la dose de 2 à 8 grammes en frictions ; deux fois par jour quand la dose est faible, tous les jours pour une dose moyenne, tous les deux jours pour les fortes doses. Quand on veut agir d’une manière promptement énergique, par exemple, dans les cas de péritonite, pour certaines entérites, pour les phlegmons, il en faut de 8 à 12 grammes pour une onction

toutes les deux heures. Dans tous les cas, il convient de surveiller attentivement l'emploi de cette pommade, parce qu’elle détermine quelquefois très rapidement la salivation. I faut aussi des précautions dans l'emploi de la pommade à l'iodure de plomb, qui expose aux accidents des préparations saturnines, coliques, paralysies, etc.

La pommade épispastique, ayant surtout pour principe actif les cantharides, doit être employée avec mesure; car l'action des cantharides sur les voies urinaires peut déterminer des accidents : aussi est-il toujours prudent d'ajouter un peu de camphre à cette pommade. M. Morel a établi cependant qu’on se faisait des illusions sur la vertu préservative du camphre. IL a publié des faits qui prouvent que des vésicatoires camphrés avaient donné lieu à des cystites que l’autopsie a pu confirmer. Les caractères anatomiques de cette espèce de cystite sont tout particuliers (1). Il faudrait donc remplacer ce moyen par le garou, également épispastique, à la vérité moins actif, mais qui n’agit pas sur la vessie.

C. ONGUENTS. — Les onguents sont de consistance molle ; mais ils peuvent se liquéfier à la température du corps. Ils ont des résines ou des huiles essentielles pour principe. On les distingue des pommades, en ce que celles-ci ne renferment pas de résine. Les emplâtres renferment, de plus que les onguents, des agents métalliques.

Les onguents ont, en général pour agents, des corps qui leur donnent des propriétés irritantes. Ils sont beaucoup moins employés qu'autrefois ; cependant on v revient. graduellement, et il n’est pas rare de les voir appliqués sur des plaies dont la suppuration semble languir. Ces onguents sont le styrax, l’onguent digestif, le baume d’Arcéus, l’onguent basilicum. On fera bien de combiner d’abord ces onguents avec le cérat avant de les employer seuls.

D. EMPLATRES. — J'ai déjà dit que les emplâtres diffèrent des onguents en ce qu'ils contiennent des. agents métalliques. Ils sont plus consistants qu'eux et se ramollissent plus difficilement.

Leur composition, leur solidité, les rendent irritants. Ils ramollissent la péau en empêchant l’évaporation de la sueur. Ils peuvent ainsi causer des érysipèles. C’est la litharge qui est le corps le plus souvent employé dans la composition des emplâtres; c’est lui qui se combine le mieux avec la graisse.

Les emplâtres adhèrent beaucoup plus que les onguents : aussi restent-ils plus longtemps appliqués. On peut ne les renouveler que tous les huit à douze jours.

La poix de Bourgogne, l’onguent d'André de la Croix, celui de blanc de baleine, présentent une consistance aussi grande que celle des emplâtres. On leur a donné le nom d’onguents emplastiques. ls ne diffèrent de ceux-ci que

(1) Voy. Vésicatoire dans la vessie, par M. Morel-Lavalléc (Expérience, juillet 1844).

parce qu'il n'entre pas d'oxyde métallique dans leur composition : ils sont employés de la même manière.

On se sert souvent de l’emplâtre de poix de Bourgogne simple ; on le saupou: dre quelquefois avec du tartre stibié. Il agit alors de la même manière que là pommade d’Autenrieth. L’emplâtre narcotique est un emplâtre simple auquel on ajoute de l'extrait de ciguë. Les emplâtres les plus usités sont surtout l’'emplâtre de Vigo cum mercurio et l'emplâtre de diachylon. L’emplâtre de Vigo s'applique sur les engorgements ganglionnaires scrofuleux ou syphili tiques. Je m'en sers souvent pour recouvrir les pustules vénériennes très développées sur des ulcérations de même nature. Le même emplâtre a été employé avec succès par M. Serres pour provoquer l'avortement de la variolé; surtout à la face, et AURAS ces cicatrices qui peuvent défigurer les malades.

Æ. AGGLUTINATIFS. — Les agglutinatifs sont des emplâtres étendus sur un tissu de filou de coton. On leur a donné alors le nom de sparadraps.

On emploie les sparadraps en morceaux de diverses formes ou taillés en bandelettes. Les premières formes sont plus usitées pour les pansements des cautères et de toutes les plaies ou ulcérations peu étendues. On en recouvre aussi la peau qui correspond au sacrum, quand des lésions graves retiennent les malades longtemps au lit. Pour que l'emplâtre s'applique d’une manière plus exacte, on le taillera en croix de Malte.

C’est sous la forme de bandelettes agglutinatives que les sparadraps sont le plus souvent employés. Ce sont des lanières de 2 centimètres de largé environ et d’une longueur proportionnée au volume de la partie que l’on doit couvrir. Si elles sont destinées au pansement d’une plaie ou d'un ulcère, elles doivent être assez longues pour faire une fois et demie le tour du membre.

La pression avec les ciseaux suffit pour diviser le sparadrap. Si l’on voulait couper les bandelettes, elles ne présenteraient pas toujours toute la régularité désirable ; si on les déchirait de leur extrémité libre vers leur extrémité adhé= rente, l’'emplâtre, n'étant pas coupé, s’écaillerait et laisserait les bords des bandelettes dégarnis.

Il suffit, le plus souvent, d'appliquer ces bandelettes sur la peau sans aucune préparation ; mais 1] est quelquefois nécessaire de les chauffer. IT faut alors ne pas les exposer trop longtemps à la chaleur, pour que le linge n’absorbe pas l’'emplâtre, ce qui empêcherait celui-ci d’adhérer aux parties. Je dirai, quand viendra le moment, la direction à donner aux bandelettes.

Pour tailler les bandelettes on prend un rouleau de sparadrap, on le déroule dans une longueur égale à celle que l’on doit donner aux bandelettes. On le débarrasse des lisières, formées par des couches d’emplâtre plus épaisses ét inégalement étendues. On saisit de la main gauche l'extrémité libre de la bande, pendant qu’un aide tient convenablement tendue toute la lame de sparadrap qui a été déroulée, en tirant légèrement sur le rouleau lui-même,

OPÉRATIONS EN GÉNÉRAL. — TOPIQUES. 123 Lamain droite du chirurgien tient des ciseaux qu'elle dirige rapidement et à droit fil vers l’aide. Les ciseaux ne doivent pas être conduits en coupant, mais en pressant.

À CATAPLASMES. — Ce sont des pâtes, des pulpes ou des bouillies. Le Cataplasme émollient est fait avec de la mie de pain, ou de la fécule, ou des feuilles dé plantes mucilagineuses cuites dans de l’eau simple, dans du lait ou del'eau de guimauve. Le cataplasme astringent a dans sa composition là poudre ou la décoction de quelque écorce, comme celle de chêne, de quinquina, la noix de galle, les racines de bistorte, de tormentille. Le cataplasme excitant contient de l'ammoniaque, de l'alcool, un acide. Le cataplasime maturatif est plus particulièrement composé de feuilles d'oseille, d'oignons cuits, d’onguent basilicum, de miel. On compose le cataplasme fondant en faisant cuire du savon blanc et de la farine d'orge dans de l’eau. Dans le cataplasme réfrigérant et fondant tout à la fois, il entre de la carotte crue râpée. La pulpe de pomme de terre, mise à froid, est un cataplasme calmant et résolutif. Le cataplasme narcotique nécessite l'addition de la décoction de pavot, de morelle, de ciguë, de jusquiame, de belladone où quelque autre préparation de ces plantes aux cataplasmes ordinaires. On peut employer ces plantes elles-mêmes après les avoir imbibées et ramollies par l’eau bouillante, et en les plaçant ensuite entre deux linges sur la partie malade.

Le cataplasme s'applique à nu ou entre deux linges. Ce dernier esf ainsi préparé : le cataplasme est d’abord disposé sur une compresse, on le recouvre ensuite avec un carré de linge ou de tulle, de gaze ou de mousseline claire. Ces tissus représentent un réseau à larges mailles suffisant pour empêcher la bouillie de s'échapper, sans en gêner en rien l’action sur les surfaces malades.

Nous érnpruntons à M. Velpeau les remarques suivantes sur l'emploi des Cataplasmes.

Température. — Les Cataplasmes doivent être appliqués chauds, c’est-àdire à une température de 25° à 30° Réaumur ; au-dessous de ce degré, ils sont frais ou froids, et sé transforment en répercussifs ou en résolutifs; audessus, ils deviennent excitants ou rubéfiants.

Renouvellement. — Les Cataplasmes simples doivent être renouvelés toutes les douze heures au moins, et mis en couches assez épaisses pour rester humides pendant ce laps de temps. Renouvelés plus rarement, ils pourraient se dessécher et irriter les parties à la manière des corps durs et irréguliers. Quand on applique un cataplasme, il est bon de savoir que, par son poids, il tend à fuser ou à glisser vers les points déclives. Il vaut mieux, en conséquence, le poser sur les parties saillantes vers les parties profondes, ou de la région antérieure vers la région postérieure du point malade, que dans le sens opposé.

Enlévement. — Pour les enlever, il suffit généralement de les prendre par leur bord le plus long, puis de les renverser mollement et rapidement, en les faisant tourner, comme sur un axe, sur le bord opposé. Si les replis du

linge ou la pâte s'étaient collés quelque part, on les humecterait d’eau tiède avant de les détacher. Lorsque le cataplasme est trop mou, ou qu'il adhère plutôt à la peau qu’à la compresse, on en débarrasse la peau en traïnant sur elle avec douceur le premier bord détaché de l’emplâtre, ou bien à l’aide d'une spatule. Lorsqu'on ne craint pas de trop humecter, de trop ramollir les parties, lorsqu'on a un intérêt quelconque à les nettoyer soigneusement, on ne réapplique le cataplasme qu'après les avoir baignées ou fait macérer quelques minutes dans l’eau chaude.

Action irritante. — Les cataplasmes émollients occasionnent fréquemment un boursouflement grisâtre des surfaces ulcérées ; mais cela n’empêche pas en général la cicatrisation de se faire. Il est même remarquable qu’une iufinité de plaies et d’ulcèresse cicatrisent mieux et plus vite par l'emploi des cataplasmes de graine de lin que par tout autre traitement.

Lorsque ces cataplasmes ont vieilli ou fermenté, qu'ils sont devenus rances, ils irritent la peau et les plaies, font naître aisément l’érysipèle, occasionnent, du moins très fréquemment, une sorte d’éruption vésiculeuse dont 1l ne faudrait pas s’effrayer, mais qui oblige à suspendre l'emploi du topique.

Les cataplasmes de plantes doivent généralement être placés entre deux linges ; ceux de pomme de terre, de carotte, delis, d'oignons, de pommes, etc., exigent au contraire qu’on les applique à nu. Les cataplasmes qu’on fait avec Je miel, les jaunes d’æœufs et le vin, s'appliquent de la même manière que les cataplasmes de farine de lin. Du reste, presque tous les cataplasmes spéciaux doivent être renouvelés plus souvent que les cataplasmes émol= lients. C’est ainsi qu’on doit changer trois, quatre ou cinq fois le jour, les cataplasmes opiacés, les cataplasmes de pulpe de fruits ou de racines, les cataplasmes herbacés, et presque tous les cataplasmes médicamenteux (1).

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