IV. — TOPIQUES PULVÉRULENTS
Il en est d’inertes qui absorbent simplement les humeurs, et forment avec elles une couche solide qui isole et protége la plaie : telles la poudre de
lycopode, la farine ordinaire ou de pomme de terre. On en saupoudre
OPÉRATIONS EN GÉNÉRAL. — LINGES. 131 les brälures, les érysipèles avec phlyctènes ; on s’en sert aussi pour les excoriations du sein chez les femmes. Il est d’autres poudres dans la composition desquelles entrent des substances plus où moins actives. Parmi elles se trouvent des poudres astringentes, comme la colophane et l’alun. Onen fait usage contre les hémorrhagies : alors on les répand sur les surfaces qui fournissent le sang, ou bien on en pénètre des masses de charpie pour exercer le tamponnement. Les poudres de charbon, de quintquina, sont considérées comme des topiques antiseptiques ; on en couvre les plaies de mauvais caractère, certaines ulcérations blafardes, saignantes, à aspect scorbutique ; on s'en sert aussi quelquefois pour le pansement de la pourriture d'hôpital.
IL y a des poudres excitantes qu’on place dans une carte roulée où dans un tuyau de plume ; on les insuffle légèrement entre les paupières pour certaines ophthalmies. Il est des poudres excitantes aromatiques qu’on renferme dans des linges ou dans des sachets pour les placer autour des articulations malades, sur les parties paralysées, sur les membres dont on a pratiqué la ligature de l'artère principale. Je ne parlerai pas des poudres escharotiques, parce qu'il en sera question quand je traiterai des caustiques. .
$ 3. — Linges.
de viens d'indiquer les moyens les plus immédiats du pansement, Je vais Maintenant faire connaître les objets qui forment la seconde couche, ceux qui servent d'intermédiaires entre les topiques, les bandes et les bandages : cessont les compresses que l’on emprunte à la toile de chanvre, dont on se sert le plus ordinairement dans les maisons. Cette toile doit être rendue souple par l'usage ; il faut qu’elle soit, comme on le dit, blanche de lessive, car la toile lavée à l’eau simple est plus rude et moins poreuse. Les sels alcalins qui entrent dans l'eau lessivée doivent nécessairement dépouiller le linge de mille corps réfractaires à l’eau simple. On ne doit se servir d’un autre linge que quand il y à impossibilité de faire autrement. C’est ainsi que, à la rigueur, On peut employer le calicot, la percale, enfin les étoffes de coton. Il ne faut pas voir dans ces dernières les qualités vénéneuses que leur attribuent les gens du monde, mais on reconnaîtra que des compresses de ce üssu ont un duvet fin, pénétrant, qui fait adhérer très rapidement ce linge ia plaie, et en irrite beaucoup plus les bords que les pièces de linge de fil. Penvisage ici le linge comme partie immédiate du pansement. Mais si on le considère comme intermédiaire entre la charpie, par exemple, et la bande, et comme remplissage, les reproches adressés aux étoffes de coton tombent : or, comme il y à une véritable économie à se servir de ces étoffes, dans beau- Coup de circonstances on devra les préférer.
La laine n’est employée que pour l'application de certains topiques huileux, mucilagineux, émollients, et pour faire des embrocations, des fomen-
32 PROLÉGOMEÈNES.
tations ; on bien-elle est utilisée pour envelopper certaines parties autour desquelles il convient d'entretenir une assez forte chaleur. Voici les diverses compresses ; je ne les décrirai pas, je n’ai qu'à les représenter : ;
Fig.. 37.
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Compresse longuette,
ue L AU) qu
Fig." 38.
Compresse en fichu : c'est la compresse en triangle repliée deux ou trois fois du sommet à la base.
Fig. 40.
Compresse {riangulaire : c’est la compresse carrée pliée de manière à réunir deux angles,
ne —
Fronde : c'est une compresse très longue, qui est fendue en deux chefs dans toute son étendue, excepté quelques centimètres au milieu, où la compresse reste pleine : c'est sur ce plein qu on pratique quelquefois une fenêtre,
Fig. 45. Fig. 46.
Compresse graduée : elle représente un prisme. La figure 45 représente la compresse vue per son sommet ; la figure 46 est la même compresse vue par une face latérale : on reconnaît là les degrés Pour composer ce petit appareil, on choisit une compresse longuelte, mais bien large ; on la replie un grand nombre de fois, de manière que le second pli soit moins large que le troisième, et ainsi de suite ; le dernier pli représente donc le sommet de la pyramide. On peut aussi commencer par ce pli et faire lé second plus large, le troisième plus large encore, de manière à terminer par le plus large, qui formerait la base de Ja pyramide.
S h. — Bandes.
Les bandes sont des liens plats de linge destinés à maintenir d’autres pièces d'appareil ou à former des bandages avec ou sans autres linges.
La bande a deux extrémités, ou chefs ; la partie intermédiaire est appelée plein. Les bandes, comme les linges, doivent être de toile rendue souple par l’usage; les bandes de linge neuf seraient trop dures, trop glissantes; le bandage serait difficile à appliquer et n'aurait pas une solidité convenable, On retranchera les ourlets du linge. Les bandes doivent être taillées en droit filet surfilées autant que possible. Pour composer un bandage, on joint plusieurs bandes ; alors la couture devra être faite de manière à ne pas offrir de saillie.
Trop de longueur dans la bande rend l'application fatigante pour lé malade. ILest reconnu de plus que les bandages ainsi construits sont beaucoup plus difficiles à serrer convenablement. La largeur de la bande est un grand obstacle à l'application exacte et élégante; aussi verra-t-on toujours le chirurgien qui tient à montrer son bandage choisir des bandes étroites. La largeur la plus ordinaire est de trois travers de doigt; mais elle doit varier selon l'application. Ainsi un travers de doigt suffit pour les lèvres, les doigts, la verge ; on peut lui en donner quatre quand on lapplique sur le tronc. Le maximum de la longueur ne doit pas dépasser 15 mètres, et 1l est extrêmement rare qu'on en vienne là.
… Les bandes sont roulées à un ou à deux globes (fig. 47 et A8). Dans le pre- Mer cas, un des chefs se trouve libre; l’autre est au centre du rouleau. Dans l’autre, les deux chefs sont au centre des deux rouleaux, lesquels sont réunis par la partie moyenne de la bande qui est le plein. Pour rouler une bande, on plie plusieurs fois sur 7 Jui-même un des chefs, de manière à former un petit cylindre qui va servir d’axe ; cet axe est saisi à chacune de ses extrémités par le pouce et l'index de la main droite ; le plein de la bande est à cheval sur le bord externe du doigt indicateur de la main gauche où lé
134 PROLÉGOMÈNES. be.
pouce le fixe. L'annulaire et le petit doigt de la même main maintiennent la bande solidement dans la paume de la main gauche (fig. 49). C’est alors qque les deux doigts de la main droite mettent le cylindre en mouvement: il roule sur son axe de droite à gauche, de telle sorte que le plein de la bande s’enroule sur le pivot initial comme la corde sur un treuil, jusqu’à ce que bande soit épuisée. Pour rouler la bande à deux globes, chacun des chefs servira de pivot initial à un cylindre. Quand un globe a épuisé la moitié de la bande, on larrête pour commencer à former l’autre globe, Mais comme, ordinairement, les globes ont ‘des diamètres inégaux, le premier empiétera plus ou moins sur la portion de bande destinée au second. Voilà l'art de rouler les bandes. L'art de les dérouler, c’est ce qu'il y a de plus utile dans l'application des bandages.
On applique les bandes sèches, ou bien on les mouille, soit avec de l’eau simple ou aiguisée avec certains principes médicamenteux. Les bandes mouillées sont d’une applis cation plus facile et plus exacte que les bandes sèches. On imbibe sou vent les bandes d’une colle faite avec l'amidon ou la dextrine., On fait adhé rer ensemble les différents tours de bande, ce qui constitue un bandage d’une seule pièce. I sera surtout question -des bandes ainsi préparées au chapitre des fractures.
A la rigueur, on peut ici remplacer la toile par le coton, la percale ; mais alors la bande n’a pas une résistance suffisante. Les bandes de laine sont trop épaisses, trop extensibles, et échauffent trop inégalement la peau ; cependant elles s'appliquent mieux sur les parties. L'élévation du prix de ces bandes est une des causes du peu d'emploi qu'on en fait en France. fl faut ajouter aussi qu'elles se salissent promptement, et absorbent très facilement les miasmes putrides. Les bandes de caoutchouc s'appliquent aussi très facilement ; maïs leur prix est très élevé, et elles se distendent par la chaleur, se resserrent par le froid, ce qui fait qu’on ne peut guère compter sur le degré et l'égalité de compression exercée par elles. | |
M, Gariel à présenté à la Société de chirurgie un caoutchouc vulca nisé, €’est-à-dire ayant subi une préparation qui enlève à la bande formée avec cette substance les inconvénients qu’on lui reprochait. Selon M. Gariel, ces bandes sont souples, fraîches. On ne fait pas de plis qui blessent la peau; elles n’obligent pas le chirurgien à pratiquer des renversés. Elles sont imperméables à la transpiration, au sang, au pus, aux liquides usités
Le
OPÉRATIONS EN GÉNÉRAL. — BANDAGES. 135 dans les pansements. On peut les laver extemporanément en les frottant dans un vase d’eau. Elles conservent indéfiniment leur élasticité ; l'homme le plus fort aurait de la peine à rompre une simple bande. Elles ne se relàchent pas par Pextensibilité la plus extrême et la plus souvent répétée. Cette propriété devait faire supposer un inconvénient, celui d’une compression continue. Si l'on veut avoir une idée de l’action .de ces bandes, on n’a qu’à énappliquer une petite sur son doigt. On sent d'abord une espèce de constriction qui se transforme bientôt en douleur. Ainsi, voyez ici le cercle vicieux : si une bande cède, elle manque son but ; si, au lieu de céder, elle comprime, elle dépasse son but, elle est douloureuse !
On à aussi employé les rubans de fil et de coton. Mais ces espèces de bandes, qu'on trouve toutes faites dans le commerce, glissent facilement ; elles ont surtout l'inconvénient de blesser par leurs bords tranchants inextensibles.
Il est bon que le jeune praticien connaisse l’action et la durée d’action de la bande sèche comparée à la bande mouillée. A, Bérard à fait à ce sujet des expériences avec le dynamomètre : 4° Une bande mouillée appliquée sur un membre exerce une pression plus forte qu’une bande sèche. 2° Que la bande soit mouillée ou sèche, elle se relâche graduellement : c’est la bande mouillée qui se relâche le plus promptement. 3° Si l’on mouille une bande qui à été appliquée pendant qu'elle était sèche, elle se resserre d’abord, mais en se desséchant elle se: relâche d’une manière très marquée. 4° Que la bande soit appliquée sèche ou mouillée, la pression du bandage qu’elle sert à former est en raison directe du nombre de tours de
la bande.
$ 5. — Bandages.
M. le professeur Gerdy, auteur de l'ouvrage le plus important sur cette partie de la pratique chirurgicale (1), définit ainsi le bandage : c’est l’arrangement qui résulte de l'application raisonnée à une partie du corps, soit d’une ou de plusieurs bandes, soit d’une ou de plusieurs pièces de linge séparées.
M. Gerdy divise les bandages en deux ordres : 1° bandages simples, ceux qui ne consistent qu’en une seule pièce, une bande, un mouchoir ; 2° bandages composés : ce sont des assemblages de plusieurs bandes ou de plusieurs autres pièces de linge qu'on ajuste avec des coutures, ou bien diverses parties tenant à une seule pièce, comme serait une serviette dans laquelle on taillerat plusieurs chefs de la circonférence au centre où ils se réuniraient à un plein commun. On à appelé aussi bandages, des réunions de pièces, puis des machines qui ont une action spéciale, soit contentive, soit orthopédique. Ces
n (1) Traité des bandages, des pansements el de leurs appareils, Paris, 1837-1839, 2 vol. iu-8 et atlas.
136 PROLÉGOMÈNES. * machines agissent par leur élasticité, leur grande résistance, ou à la manière des leviers. Ge ne sont plus là des bandages ; pour les appeler ainsi, il a fallu forcer l’étymologie. Le mot appareil conviendrait mieux aux bandages com= posés et aux machines, à celles dont l’orthopédie fait usage. Mais Pélève devra bien noter les différences que voici entre ce que j'appellerai l'appareil chirurgical et l'appareil orthopédique : l'action du premier est décroissante, et finit par être nulle ; l’action de l’autre est continue, progressive, croissante. Je sais bien qu’à la rigueur on peut faire disparaître ces diffé= rences. Ainsi, l'appareil dextriné, qui est un appareil chirurgical, a une action plus soutenue, plus constante que certains appareils orthopédiques, dont la puissance tient à des ressorts qui sont plus promptement fatigués que la bande dextrinée.
Je vais mettre sous les veux de l'élève deux tableaux représentant les deux ordres de bandages. Ces tableaux ont été dressés par M. Jamain, d’après le livre de M. Gerdy. Je ne puis décrire ici les espèces contenues dans ce tableau. Les plus importantes seront exposées quand il sera question des pan= sements importants dans le corps de l'ouvrage, Je me contenterai, après avoir tracé un tableau de chaque ordre, de faire connaître en détail les deux procédés d'application du bandage simple qu’on peut le plus généraliser.
Ils forment autour de nos parties des circulaires horizontaux qui se recouvrent plus ou moins strass
Bandages ( circulaires. (
Bandages je
obliques. s entourent obliquement les partiés.
Dans ces bandages, la bande décrit des tours
Bandages de spire qui sont appelés doloires. Is se recouroulés vrent quelquefois à moitié; d’autres fois ils ne (spiraux de Pas que juxtaposés ; il arrive d'autres fois que
: M, Gerdy). les doloires sont à une certaine distance les uns des autres.
On donne ce nom aux bandages formés par des tours de bande “pulement appelés doloires, qui se croisent de manière à présenter plus ou moins
complétement le huit de chiffre.
Bandages
croisés ou en
40 BANDAGES huit de chiffre.
SIMPLES. Bandages
noués.
Ce sont ceux qui forment un nœud.
Bandages Ce sont ceux dont les tours de bande vont et
récurrents. reviennent alternativement sur leurs pas.
Bandages Ceux qui sont faits avec une large pièce enpleins. tière de linge.
Formés par une bande perforée dans une partié
Bandages quelconque de son plein, et qui reçoit dans ses
invaginés où < ouvertures, soit un de ses chefs taillé en autant
unissants. de lanières qu'il y à d'ouvertures, soit le chef
d'une autre bande taillée de la même manière. . Dans ce dernier genre, nous rangerons tous les bandages simples qui ne peuvent être placés dans les genres que nous venons de nommer : ce sont les bandages pour contenir les sondes ou autres 6bjets de pansement à fixer solidement,
Liens.
« Bandages : ; êrs F Ce sont ceux qui ont la forme de la lettre T. Bandages À | 7e Ne Quand ils ont la forme d’une croix.
Quand ils sont formés par une large pièce de linge dont les deux extrémités sont taillées longitudinalement, de manière à présenter un nombre égal de chefs. Ce bandage ressemble assez à
PBandages en fronde.
| 90 BANDAGES la fronde dont se servaient les anciens. COMPOSÉS. Bandages ( On donne ce nom aux bandages qui ont la en bourse ou € forme d’un petit sac dans lequel on place l'organe suspensoir. ae l'on veut soutenir.
Bandages en gaines ou Quand ils ont la forme d'une gäîne, vaginiformes.
Bandages \ lacés Quandils sont garnis de cordons, de boucles, etc.
\ en boucle.
/ 4. Baudage à plaque, composé d’une plaque et d'un cordon.
2 — contentif élastique des sondes.