II, — TOPIQUES GAZEUX
De tous les topiques à l’état gazeux, c’est l'air atmosphérique qui est le plus simple. On fera des topiques gazeux composés avec le camphre, le benjoin, les poudres sèches de belladone, de jusquiame, de tabac, que l’on projette sur des charbons ardents. On à employé les vapeurs du vinaigre, de l’eau simple ou chargée de quelque principe médicamenteux, pour agir sur une plus ou moins grande étendue de la surface du corps. Les topiques gazeux sont administrés, tantôt en bains de vapeur ou en fumigations, tantôt en douches sèches ou humides. L'appareil des bains de vapeur, soit généraux, soit locaux, soit simples, soit médicamenteux, n’est autre qu’une boîte exactement fermée dans laquelle plonge la partie malade. Elle recoit la vapeur par un tuyau de conduite. Elle doit être pourvue d’un thermomètre.
AIR CHAUD, — M. J. Guyot appelle incubañion l'emploi de l'air chaud administré comme nous allons le dire. Ge médecin à publié sur ce sujet, en 1840, un travail important (1) : ils’est proposé d'entretenir autour d’une partie opérée ou blessée une température élevée, uniforme, à l’aide de l'air atmosphérique suffisamment échauffé par la combustion constante d’une lampe à l'huile, ou mieux à l'alcool. La partie blessée est disposée dans un appareil spécial. Elle doit v être renfermée tout entière; elle aura une position favorable au relâchement des muscles, et, autant que possible,
‘ (1) De l'emploi de la chaleur. Paris, 1842, in-8.
à l'écoulement des liquides. S'il n'y à pas d'indications spéciales, on ne fait aucun pansement proprement dit. Quelquelois des bandelettes sont
utiles pour rapprocher les lèvres d’une plaie, ou des compresses graduées
et une bande roulée pour affronter des parties profondes, etc. La température doit être de, 36 degrés centigrades ; le maximum ne dépassera pas h0 degrés, et l’on ne descendra pas au-dessous de 32. La durée de l’incu= bation, subordonnée d’ailleurs à la gravité de la blessure, varie entre dix et vingt jours.
Voici les effets de ce moyen, d’après l'inventeur, La douleur (si elle existe), la rougeur, le gonflement, ne tardent pas à disparaître, et le tégument revêt ses caractères naturels, La plaie prend une couleur vermeille, quel qu’en ait été l’état antérieur. Une quantité abondante de sérosité sanguinolente, de matière purulente où de pus, s'écoule de la plaie pendant les premiers jours: Ce dégorgement, variable en quantité, en nature et en durée, suivant l’orga nisation individuelle, cesse plus où moins rapidement, et, en général, elle fait place à un pus très épais et très coagulable, qui se concrète en croûtes, qu'on détachera tous les deux ou trois jours, le pus qui est au-dessous pou= vant nuire à la cicatrice. Selon M. Guyot, dès qu’une plaie en pleine suppu= ration, est soumise à l'influence de la chaleur normale, cette suppuration fût-elle de mauvaise nature et hors de proportion avec l'étendue de la plaie, est promptement ramenée à de bonnes conditions. Si la plaie est vaste, si, par exemple, elle occupe la totalité de la circonférence du membre, on la suspendra dans une sorte de hamac fixé dans l’appareil, afin que l'air atmosphérique échauffé l'entoure de toute part.
Dans les cas de très abondante suppuration, on devra renouveler deux fois par jour les pièces d'appareil destinées à recevoir le pus, et exercer une grande surveillance pour que les surfaces soient d’une grande propreté.
Les derniers faits n'ont pas entièrement répondu aux espérances que les premières tentatives de M. Guyot avaient fait naître. Il est possible que, dans
quelques cas, lapplication ait été irrégulièrement conduite. Ainsi peut-être la
température n’a-t-elle pas été maintenue au degré convenable ; ou bien on à
céssé trop tôt l’emploi de la chaleur ; ou bien, enfin, quelques-uns des moyenis«
accessoires à la guérison des plaies ont-ils été négligés. Il faut surtout rémarquer que, dans plusieurs circonstances, les cas étaient on ne peut plus défavorables, quelques-uns tout à fait désespérés. Ce que le lecteur devra bien retenir ici, c’est que M. Guyot conseille de placer la plaie foujours dans la méme température.