II. — RÈGLES GÉNÉRALES POUR L’APPLICATION DES SUTURES
4° Laver la plaie, enlever le sang et les corps étrangers.
9% Après chaque point, faire rapprocher les lèvres de la plaie.
3° Ne pas traverser trop obliquement les téguments, car on en embrasserait une trop grande étendue et une portion trop mince. |
h° Faire pénétrer le fil assez profondément dans la plaie pour qu'il né laisse pas au-dessous de lui un espace où le pus s'amasserait.
5° Éviter les nerfs, les tendons et les vaisseaux principaux.
6° Quand on fait marcher l'aiguille de dehors en dedans, on doit saisir le lambeau entre le pouce et l'indicateur de la main gauche; si l'aiguille va de dedans en dehors, on presse avec ces deux doigts sur la peau, de chaque côté du point où l'aiguille doit sortir.
7° Les points seront assez rapprochés pour que la plaie ne bâille pas dans les intervalles. Même distance entre les points et les extrémités de la division.
8° La distance entre les bords de la plaie et les points par où sortent les aiguilles ne dépassera pas 8 millimètres, et elle ne sera pas au-dessous de 3 millimètres.
9° Le premier fil doit être placé à la partie moyenne de la division, excepté s’il existe des angles libres, comme pour le bec-de-lièvre ; alors c’est près de ces angles qu’on fait le premier point.
10° En général, les fils ne sont serrés que quand ils sont tous placés. Le premier placé est le premier serré. Pendant tout le temps que la suture est pratiquée, un aide doit maintenir les lèvres de la plaie en contact. |
11° On fera les nœuds sur le côté, le plus loin possible de la plaie et sur le bord le moins déclive.
12° Ne pas trop serrer les fils, car l’inflammation augmentera la constriction, et les chairs seront alors facilement étranglées et coupées. Il faut seulement que les lèvres de la plaie soient dans un léger contact.
13° La question de: savoir à quelle époque la suture doit être enlevée est difficile à résoudre ; ceux qui commencent à peine leur pratique chirurgicale reconnaîtront toute son importance. Il faut donc que je donne quelques développements à ce précepte. Dans cette question, il faut se rappeler que le but de la suture est de réunir, et que celui de la ligature est de couper. Mais la suture peut couper si elle est mal faite, et si on la laisse trop longtemps. Selon Dupuytren, voici le temps de séjour des aiguilles : quatre ou cinq jours pour les enfants, sept ou huit pour les adultes, neuf ou dix pour les vieillards (4). L'épaisseur des fils ou des aiguilles, celle des parties embrassées, feront aussi différer l’époque à laquelle on devra extraire ces moyens d'union. Ordinairement la réunion d’une partie nettement divisée et par-
* (1) Plaies d'armes de guerre, t.1, p. 470.
168 | PROLÉGOMÈNES. 4 faitement affrontée a lieu en quatre jours; mais la cicatrice n’est pas encore assez solide pour résister aux causes de désunion. Il.est des chirurgiens qui ont pris le parti d’enlever les fils,ou les aiguilles dix ou douze jours après toutes les sutures et pour tous les âges; cela peut se faire après la suture du périnée, quand on à embrassé une grande épaisseur de tissu et chez l'adulte. Mais quel inconvénient n'aurait pas ce retard à la suite de l'opération du bec-de-lièvre, pratiquée surtout sur un enfant chez lequel les tissus sont très promptement coupés ? Quand du tissu cellulaire seul est compris dans l’anse, la section est plus prompte, car il est très sécable ; mais si l'on embrasse en même temps d’autres tissus, la section par les fils ou les aiguilles se fait plus longtemps attendre, On ne saurait croire combien le tissu fibreux résiste à l’action des fils, des aiguilles même; on le voit quand, en faisant des ligatures, on embrasse avec les vaisseaux quelques fibres aponévrotiques : la chute des fils peut alors se faire attendre des mois entiers.
44° On ne doit enlever qu’un fil à la fois, et d’abord le moins important. Un aide tient les lèvres de la plaie rapprochées : on tire le fil ou l'aiguille de gauche à droite, en pressant avec l'index de la main gauche sur le point d’issue. Après avoir enlevé un fil, on juge si l’on doit en faire autant pour un second, un troisième, etc.
Des différentes sutures en particulier,
On a singulièrement varié les manières de pratiquer les sutures. 1] faut les grouper pour la facilité de l’étude. Selon Dupuytren, toutes se rangent sous les trois chefs suivants : 1° les bords de la plaie sont exactement affrontés : exemple, la suture à points séparés que je vais décrire : 2° les bords de la plaie sont éloignés l’un de l’autre et placés sur un plan horizontal, comme la suture à points passés; 3° les bords de la plaie sont renversés en dedans et adossés : c’est à cette catégorie qu’appartiennent les sutures de MM. Jobert et Lembert, pour réunir les plaies longitudinales de l’estomac. Il en sera question quand je traiterai des maladies de l'abdomen. |