‹ Traité de pathologie externe et de médecine opératoireChapitre 93 sur 266 · UN · texte numérisé non relu

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bande n'étant pas épuisé, il est confié à un aide. Le chirurgien saisit une autre bande pour fixer la compresse supérieure, c’est-à-dire celle qui porte les lanières : il le fait comme pour l'inférieure; les compresses graduées étant appliquées, le globe de la seconde bande est remis à l’aide. Le chirurgien, passant alors les lanières dans les boutonnières, tire les deux compresses en sens opposé (la figure 68 représente ce moment de l'opération) ; et quand il Juge que la plaie est exactement réunie, il fixe les extrémités des compresses avec les bandes que l’aide lui présente ; il épuise ces bandes en doloires régulièrement appliquées, et qui doivent comprimer convenablement toute la cuisse.

Le bandage unissant est inutile si la peau et le tissu cellulaire sous-jacent sont seuls divisés. Si au contraire les muscles le sont, il est insuffisant; car,

| “(1) Richerand, Nosographie chirurgicale, t. F, p. 272. |

cr

quelque soin qu'on mette à le construire et à appliquer les compresses gra= duées, quelle que soit l’habileté du chirurgien, celles-ci ne pourront jamais agir suffisamment sur les muscles pour les empêcher de se rétracter. D'ail leurs cette action ne serait que momentanée, car le bandage se relâche nécessairement. Si, pour éviter cet inconvénient, on le serre trop, là circulation est entravée et des accidents peuvent en être la suite; aussi ce bandage n'est-il plus usité. Cependant, il est bon que l'élève le connaisse, parce que d’autres bandages plus importants sont construits sur le principe de celui-ci.

Agslutinatifs.

S 1. — Bandelettes agglutinatives.

Elles sont beaucoup plus usitées que les bandages. La largeur et le nombre sont subordonnés à l'étendue de la plaie; il faut leur donner beaucoup de longueur, parce que leur force est en raison directe de l'étendue de la peau sur laquelle elles adhèrent. Quand on veut opérer une réunion immédiate, elles doivent s'imbriquer. On doit non-seulement savoir les appliquer, mais encore les enlever avec méthode. Application : Le chirurgien colle une ban delette dans une moitié de sa longueur sur un des côtés de la plaie; l’aide rapproche les lèvres de celle-ci; l’autre moitié de la bandelette est appliquée sur le côté opposé de la division. On commence toujours par appliquer là première bandelette sur le centre de la plaie, sur le point le plus difficile à rapprocher; les autres sont successivement placées d’après les mêmes prins cipes. Pour les enlever, on procède de la manière suivante. On décolle une extrémité Jusqu'au voisinage de la plaie; on en fait de même pour l’autre extrémité; reste le plein de la bandelette, qui est encore adhérent; on le détache dans le sens de la longueur de la plaie. Si, au lieu de procéder ainsi, on ürait l'emplâtre d’un bout à l’autre suivant-la même direction, on pour: rait déchirer la cicatrice. Les bandelettes n’agissent que superficiellement et ne peuvent réellement réunir que les plaies cutanées, et comme elles portent sur une grande étendue, elles ne sauraient concentrer leur action sur les lèvres de la plaie pour les affronter exactement. De plus, l'emplâtre dont les bandelettes sont composées peut irriter les peaux délicates, donner lieu à des érysipèles : ajoutez qu’elles se décollent souvent en totalité ou sur un point, et, si c'est au voisinage de la plaie, on peut obtenir par les bandelettes un résultat contraire à celui qu’on attendait.

$ 2. — Collodion.

Un agglutinatif par excellence, c’est le collodion. On l'obtient par une solution dans l'éther du coton-poudre préparé avec 600 grammes d'acide

OPÉRATIONS ÉLÉMENTAIRES. — SUTURES. 163 sulfurique et 400 grammes de potasse pour 20 grammes de coton. Il ya possibilité d’en dissoudre jusqu'à 8 grammes dans 125 grammes d’éther sulfurique rectifié. On doit ajouter 8 grammes d'alcool, et l’on agite pendant quelques minutes. La propriété adhésive du coiledion est on ne peut plus prononcée ; il est sec en quelques secondes par l’évaporation de l'éther. Il pourrait être ‘employé seul sur de petites solutions de continuité en tenant les lèvres rapprochées jusqu’à ce que la couche de collodion soit desséchée, ou bien on tremperait dass le liquide une ou plusieurs bandelettes de linge qu'on appliquerait sur les téguments comme des bandelettes de diachylon : mais il faudrait se hâter, car la dessiccation pourrait s’opérer avant l’applica. tion, ce qui est un inconvénient qui nuira beaucoup au collodion. M. Malgaigne s'en est servi pour confectionner des appareils propres à fixer les doigts, la main, le pied, dans une position stable. Il suffit de coller des ban-delettes imbibées de collodion, soutenues au besoin d’une pièce de carton, sur une des faces du membre, en laissant l’autre face entièrement à nu. Ces appareils peuvent résister ainsi de quinze à vingt jours et plus; ils sont imperméables au pus, à tous les liquides, hors l’éther; et conséquemment on peut appliquer des cataplasmes, et même donner des bains au malade sans ramollir et décoller les pièces.

Suturcs en général.

- Elles étaient employées par les anciens dans une infinité de cas, et l’on peut dire qu’ils en abusaient. L'Académie de chirurgie, voulant réprimer cet abus, a fait comme on fait trop souvent, elle est tombée dans un abus contraire. Aujourd'hui on en appelle du jugement trop sévère de Pibrac et de Louis ; il est même des praticiens qui tendraient à donner tout à fait raison aux anciens (1). Mais la majorité considère ce moyen comme excellent : 1 quand'il faut de toute nécessité affronter les lèvres de la plaie de manière à obtenir le plus tôt possible une réunion immédiate; presque tous les procédés d’autoplastie l’exigent; 2° quand il est indiqué de réunir une plaie d'une cavité qui contient des liquides et dans les divisions de certains conduits; 3° la suture est surtout nécessaire quand on veut affronter les lèvres d'une plaie qui sont minces et obtenir un affrontement très exact, sans difformité ou avec le moins de difformité possible : ainsi, quand le voile du Palais est divisé, quand une paupière est blessée ou qu'on veut la refaire, rien ne remplace la suture. Pour la beauté des résultats il faut que les points soient petits et nombreux. Dans le mémoire de Pibrac (2) est un exemple,

) Consultez le livre de M. Serres: Traité de la réunion immédiate. Paris, 18° in-8. } Mémoires de l’Académie de chirurgie, t. WE, p. 414.

* " LT COR À à re 2e

166 PROLÉGOMÈNES. ds

rapporté par Louis, d’une suture des parois abdominales pour une plaie de l'abdomen faite par la corne d’un taureau qui avait ouvert presque tout le ventre transversalement. Dix-sept points de suture furent pratiqués avec succès. C'était réellement un cas où la suture était nécessaire. Pibrac, qui

a écrit ce mémoire pour perdre la suture, se contente de dire qu’on aurait

pu se dispenser d'en multiplier les points ! D'ailleurs la lecture du mémoire

de Pibrac m'a prouvé qu'il avait une grande prévention contre la suture:

voilà tout. Certainement beaucoup de plaies réunies par la suture auraient

guéri sans ce moyen; mais il faut considérer la cicatrice : or, elle peut être

plus ou moins large, plus ou moins difforme. Par exemple, après les plaies de l’abdomen, si l’on ne pratique pas la suture, la cicatrice se laisse distendre par les viscères qui font hernie; donc plus la cicatrice sera étendue, plus tôt la hernie aura lieu : or, la suture, en affrontant parfaitement les lèvres d’une plaie, peut donner ane réunion complétement immédiate ; on peut dire alors qu'iln’y à pas de cicatrice, ou bien elle est si étroite, qu’elle ne se laisse pas distendre.

L — AIGUILLES. — ÉPINGLES. — FiILs.

Pour toutes les sutures, on se sert d’aiguilles droites, a; demi-courbes, b, b; courbes c. Le plus souvent elles ne sont employées que comme conduc= teurs des fils ; quelquefois elles deviennent elles-mêmes les principaux moyens d'union, ainsi dans la suture entortillée comme celle de a, mais sans œil.

Dans ce cas, on peut leur substituer des Fig. 69. épingles ordinaires ou des épingles à insectes : Dieffenbach faisait un très fréquent usage de ces dernières, sur= tout pour les restaurations de la face.

Quant à moi, je crois que dans tous les cas, on peut se servir d’une aiguille droite, lancéolée, taraudée à l’extrémité opposée de la lance et dans le sens de l’axe. On visse sur cette éx= trémité un fil d'argent qui remplace l'aiguille et peut servir de tige pour la suture entorüllée, ou bien l'aiguille entraine un fil beaucoup plus fin qui peut être noué comme les fils non métalliques. Depuis mes nombreuses opérations de varicocèle avec les fils d'argent, j'ai la plus grande confiance en ces liens métalliques. J'ai la conviction. qu'ils ne déterminent qu’une inflammation très limitée, ce qui n'arrive pas avec les fils végétaux. Je ferai représenter mes aiguilles quand je traiterai de la cure du varicocèle.

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