BRUITS RESPIRATOIRES
offre le timbre jécoral de la pneumonie, et à plus forte raison des épanchements.
Donnons, en terminant, le conseil de chercher toujours dans la paroi postérieure de la poitrine les signes fournis par la percussion. C'est là que toutes les lésions se manifestent en premier lieu et avec leur plus grande intensité. La percussion y est plus difficile, il est vrai, les altérations du son normal moins distinctes à cause de l'épaisseur plus considérable des parois^ mais avec un peu d'expérience on surmonte aisément ces obstacles, et l'on reconnaît que les phénomènes fournis par la percussion ne le cèdent en rien à ceux que donne l'auscultation.
3° Symptômes tirés de rétnclc «les Tibrations Bruits sonores qne Tair détermine pendant l'inspira- l'^^P'^'^^'^i' tionct l'expiration; lirnits respiratoires. Laennec a eu l'insigne gloire de découvrir l'auscultation (1819) , et celle aussi grande encore d'écrire, sur les affections de poitrine, un livre immortel où l'on trouve une étude entièrement nouvelle de ces maladies. Ce livre, véritable modèle de style scientifique, renferme tout ce que nous savons de plus précis en auscultation et sur les maladies de poitrine; et depuis sa publication on n'y a rien ajouté d'essentiel. Si, dans ces derniers temps, quelques mauvais esprits ont eu la prétention de créer une auscultation différente de celle que nous pratiquons tous en France , ces tentatives doivent rester dans l'oubli. Quant à nous, nous serons heureux si nous parvenons à être l'interprète fidèle des doctrines que nous avons puisées dans la lecture si attachante du traité de l'auscultation médiale.
L'étude des bruits respiratoires doit comprendre : 1° la cause de leur production dans l'état normal; 2" dans l'état pathologique.
SYM PTÔMES RESl'I R ATOIRES.
respiratoire.
De la respiration Bruils respiratoires normaux. Lorsqu'un adulte bien scs"clnctè/es. Conformé respire, et qu'on ausculte sa poitrine au niveau des régions sterno-mammaire ou latérales, on entend pendant l'inspiration et l'expiration un murmure léger, qu'on peut comparer a à celui d'un soufflet dont la soupape ne ferait aucun bruit, ou mieux encore à celui que fait entendre à l'oreille nue un homme qui, pendant un sommeil profond, mais paisible, fait de temps en temps une grande inspiration (1) . »
Intensité et durée Ce bruit qui a reçu le nom de bruit ou de murmure " vèsiculaire, se décompose en deux bruits. Le premier, iso-
chrone à l'inspiration, est plus rude et sec; il dure plus longtemps que le second, qui est plus doux, plus sourd et moins prolongé. On a représenté par 3 ou par 5, la durée de l'inspiration, par 1 ou 3, celle de l'expiration. Ce dernier rapport est exagéré ; l'inspiration n'est pas tout à fait deux fois plus longue que l'expiration , qui se fait, en grande partie par le retrait des côtes et l'élasticité du poumon, et en même temps par la contraction active des petites bronches. C'est ce qui ex^^lique pourquoi l'expiration offre souvent quelque chose de saccadé. Les deux bruits sont continus et à peine séparés par un très-court intervalle de repos.
L'intensité et la durée des bruits respiratoires ne sont pas les mêmes des deux côtés de la poitrine. Nos études cliniques nous ont péremptoirement démontré que l'inspiration est plus rude et l'inspiration plus bruyante, plus longue, dans la fosse sus-épineuse droite et sous la clavicule du même côté. La position plus superficielle, le
A droite et à gauche.
(l) Laenne, Traité de l'auscullation médiate, etc., \' cdif, aiigmenlé.' par M. Andral, p, 60, in-8, Paris, 1837.
BRUITS NOHMAUX. 45«j
diamètre plus grand, et la bifurcation de la bronche supérieure droite, rendent compte de ces différences d'intensité et de timbre des bruits respiratoires.
Le murmure respiratoire prend un timbre et une inten- suivant les sité difl'érents selon les parties du thorax qu'on ausculte, "^^pourine. Douce et moelleuse au niveau du sein, sous la clavicule, l'aisselle et les parties inférieures, la respiration devient sèche, rude et bronchique à mesure qu'on s'approche de la racine des bronches, du larynx et de la trachée.
Chez l'enfant la respiration est plus bruyante, plus suivant les âges, rapide et plus intense que chez l'adulte^ les parois pectorals sont aussi plus minces. Ces causes réunies expliquent chez les entants, pourquoi la respiration offre ce timbre qui lui a fait prendre le nom de respiration puérile. Elle donne lieu à un bruit intense rapproché de l'oreille et assez rude qui ressemble au bruit qu'on entend dans le voisinage des grosses bronches. Chez l'adulte elle prend le nom de respiration suppléjnenlaire, et annonce qu'une partie du poumon reçoit plus d'air, et concourt activement à l'hématose, par suite de quelque lésion située dans le voisinage et qui a restreint le champ respiratoire.
Le murmure vésiculaire acquiert plus de force lorsque chez la poitrine est maigre, et cependant il s'affaiblit chez les ''^^ vieillards, vieillards parce que leurs poumons sont altérés dans leur contexture par les progrès de l'âge, infiltrés de matières calcaires, emphysémateux et privés de leur élasticité normale. 11 arrive aussi très souvent que la respiration devient chez eux rude et soufflante. En résumé, variable suivant rien de si variable que le timbre, l'intensité et la durée '^^ du bruit respiratoire chez l'homme aux différents âges. On rencontre souvent des malades chez lesquels ce bruit est nul , très-faible, parce qu'ils ne savent pas respirer.
460 SYMPTOMES RESPIUATOIKES.
Ces variations, en rapport avec l'intensité fonctionnelle, existent dans l'appareil respiratoire comme dans tous les autres.
Cause du bruii Laenuec attribuait le bruit respiratoire au frôlement respiraioire. p^jj. contre Ics parois des cellules pulmonaires et les petites divisions bronchiques. M. Spittal lui assigne pour cause principale les vibrations que l'air éprouve en passant par l'ouverture de la glotte (1) . Cette théorie rend un compte très-exact des phénomènes physiologiques de la respiration; et, pour notre part, nous l'avons acceptée et enseignée dans nos cours publics , après l'avoir soumise à l'expérimentation et à l'étude clinique. Voici le résultat de nos propres observations à ce sujet. Le bruit On sait que, pendant l'inspiration, les cordes vocales imTrui*i"^à^^a étant relachécs , flaccides, l'air pénètre dans l'ouverture fois soiidicn cl (J^ larynx ainsi agrandie. Il fait alors vibrer les cordes
aérien, glolilque
et bronciio- vocalcs et entre lui-même en vibration ; en sorte que pulmonaire, ^^^^g coloune d'air contenue dans les bronches et les vésicules, transmet ce bruit à travers la paroi pectorale jusqu'à l'oreille ; mais il est très-faible, comme tout son qui passe de l'air dans un corps solide.
On explique très-bien ainsi pourquoi le bruit inspiratoire est plus intense, plus bas , plus doux , plus long que l'expiratoire.
Les bruits normaux et anormaux de la respiration , comme ceux de la toux et de la voix pathologiques, sont des bruits d'anche membraneuse et laryngienne qui viennent résonner dans l'enceinte broncho-pulmonaire. Tout ce qui change les qualités de l'anche, la capacité, la
(1) On thc causes of the sounds of respiration (Edinb, médical and surg. journ., l. XLI, p. 99, 1839).
configuration, la conductibilité, l'élasticité des pavois pectorales et surtout broncho-pulmonaires, altère également le ton, le timbre, l'intensité des bruits. Toute la séméiotique des phénomènes acoustiques de la respiration est contenue dans ces principes généraux.
Dans l'expiration , les lèvres de la glotte sont un peu tendues, moins, flaccides ; le son est plus fort, plus rude, plus sec.
Ainsi le murmure respiratoire est pour nous un bruit de l'anche glottique, avec covibration de de la colonne d'air intrapulmonaire, comme la voix , avec cette différence que celle-ci a son libre écoulement au dehors par la bouche, tandis que le bruit respiratoire, plus faible, ne se fait entendre que sur le trajet même de la colonne d'air intra-thoracique.
Une condition physique qu'il importe d'étudier, parce conduciibiiiié qu'elle sert à rendre compte d'un certain nombre de phénomènes morbides, consiste dans la faculté plus ou moins conductrice du son que possèdent les poumons et les parois thoraciques. Elles peuvent être accrues ou diminuées. En effet, supposons que les tissus jouissent de toute leur intégrité, le bruit respiratoire aura le timbre et l'intensité qu'on lui connaît ; au contraire que le tissu pulmonaire s'indure, comme dans la pneumonie ou la tubercuhsation pulmonaire, et aussitôt les parties molles devenues solides, par conséquent meilleurs conducteurs du son, transmettent mieux, et avec plus d'intensité, le son glottique ; ainsi se développera le souffle bronchique ou tubaire. Le même phénomène aura lieu avec un épanchement de liquide ; on serait bien embarrassé pour expliquer le bruit anormal autrement que par la transmission du son glottique par des tissus bons conducteurs du son,
/i02 SYMPTOMES IlESPIRATOIRES.
Faits en faveur Gitoiis, Gii iavGiir de cettc théorie, un lait péremptoire et de cette ihéorie ^^^^^ ^ ^^j^. gubversif des autres. Quand le poumon est
acoustique. . ^ ,
réduit à ne plus former que trois languettes de la grosseur du doigt, comprimées qu'elles sont par un vaste épancliement, ainsi que nous en avons vu plusieurs cas, comment peut se produire le souffle lubaire qui est si distinct dans tous les points de la poitrine? Peut-il être autre chose que le bruit glottique transmis par la trachée et le liquide pleural jusqu'à la paroi thoracique, et delà à l'oreille de l'observateur ?
C'est donc évidemment le corps qui conduit le son glottique, qui en augmente l'intensité et le timbre Tout ce qui peut altérer la contexture du poumon, c'està-dire en accroître ou en affaiblir la conductibilité , modifiera sûrement le bruit respiratoire. Nous reviendrons sur ces faits généraux en parlant des bruits en particulier. Disons en terminant qu'on n'a pas assez tenu compte, jusqu'à présent, du rôle des corps qui conduisent le bruit respiratoire, et cependant ce sont eux qui altèrent, à un haut degré , son intensité et son timbre.
Nous appelons l'attention sur une autre condition physique, qui change aussi le caractère du bruit : nous voulons parler de l'agrandissement accidentel de l'enceinte broncho-pulmonaire. Qu'on imagine par exemple une cavité anormale, comme l'est une caverne tuberculeuse ou mi pneumo-thorax, on comprendra sur-lechamp que le bruit glottique peut devenir caverneux, amphorique, en venant résonner dans cette cavité anormale.
Enfin nous admettons que l'air, en vibrant à l'entrée d'une cavité accidentelle, peut produire aussi un brtiit nruiis morbide.
respiratoires
morbides. Des bruUs reRpiraloires dans Vèlal pathologique. Quelles
BnUfTS ANOI\MAU\. .^03
c|iie soient les variétés des bruits morbides que fournit l'auscultation de la poitrine, on peut aisément les classer suivant les modifications que le son présente dans son intensité, son timbre, sa durée et sa cause.
1" On voit d'abord que les bruits respiratoires sont Divisions dan altérés : 1° dans leur rhythme (fréquence, continuité, durée); 2° dans leur intensité (respiration faible, forte, puérile ) ; 3° dans leur timbre, h" Ils sont remplacés par des bruits qui se passent au sein d'une cavité anormale (souffle caverneux, amphorique). 5° Une dernière classe de bruits comprend la vibration sonore d'un liquide contenu, A, dans les vésicules; B, les bronches ; C, une cavité anormale (râles crépitants, muqueux, caverneux, tintement métallique).
Nous rappellerons ici une division des bruits que nous avons présentée ailleurs. (Voyez Bruits du cœur.)hes bruits en général peuvent dépendre : 1° de la vibration sonore d'un corps solide (vibration solidienne) : les bruits de percussion sont de ce genre ; 2° de la vibration d'un gaz ou de l'air (vibration aérienne) : tels sont les bruits respiratoires et la voix ; 3° de la vibration des liquides (vibration hydraulique) : les râles, le gargouillement en sont des exemples. Il en est de même dans les phénomènes de la respiration : il y a des bruits solidiens, aériens et hydrauliques.
i" AUèraiion du rhythme des bruits respiratoires. A. 1° Altérat'on La lenteur extrême des respirations s'accompagne d'une ""^^^1^1^^^' faiblesse marquée des bruits que parfois on ne peut respiratoires, même plus entendre (catalepsie, mort apparente, syncope, fréquenr..-. affections cérébrales). Ils sont au contraire très-intenses et bruyants quand la respiration est accélérée.
B. Conlinuilé. Chaque bruit est continu dans la respi- continuité.
ration naturelle. Quand celle-ci est saccadée, entrecoupée, le bruit offre des altérations de durée et de timbre. 11 est plus rude, plus lent dans l'inspiration, le sanglot, le hoquet, etc. Il constitue le signe fréquent des affections nerveuse, hystérique, hypocondriaque, delà pleurodynie , de la pleurésie. S'il conservait longtemps ce caractère, on pourrait croire à l'existence de tubercules pulmonaires.
Durée. G. Durée. La durée du bruit respiratoire a été le sujet d'études importantes de la part des observateurs qui ont suivi Laennec. La durée plus longue de l'inspiration, relativement à l'expiration, se retrouve dans les mêmes conditions morbides que V expiration prolongée. Expiration Cclle-ci, Ordinairement limitée au sommet d'un ou des prolongée, ^jg^^ poumous (tuberculc, pneumonie, indurations) , peut occuper d'autres régions de la poitrine, ses parties antérieure (emphysème) ou inférieure et postérieure (épanchement commençant, pneumonie centrale). Chacun de ces sièges indique assez bien la nature des lésions et conduit au diagnostic.
Le bruit sec, prolongé et rapproché de l'oreille, qui caractérise le symptôme que nous étudions, se rencontre toujours à l'état physiologique dans la fosse sus-épineuse et sous la clavicule du côté droit. Il perd par conséquent une partie de sa valeur quand on le rencontre dans ce lieu et qu'il n'a pas acquis une grande intensité. A mesure que la maladie fait des progrès et que la rudesse et la durée du bruit s'accroissent, le diagnostic devient alors plus sûr.
On a eu tort de dire que l'expiration prolongée n'indique que les tubercules crus et l'emphysème, car elle est le signe de toutes les altérations qui rendent le tissu
IJNTENSIÏÉ DU BRUIT. 465
pulmonaire meilleur conducteur du son, comme la pneumonie et les tubercules ou en d'autres termes, qui accroissent sa densité, ou qui jettent entre lui et la paroi thoracique un corps capable de transmettre aisément le bruit respiratoire. Les plus minimes quantités de liquide épanché dans la plèvre ou les fausses membranes adhérentes à cette membrane , produisent le symptôme en question.
Dans la dyspnée la respiration est prolongée aux deux temps. Elle l'est aussi lorsqu'elle est lente et rare.
2° Lcsion (Vinlensilê du bruit. Lorsque le bruit de la imensité. respiration est plus fort, plus superficiel, et qu'il est guppiémc[,7â'in' limité à un lobe ou à un côté de la poitrine, on dit que la respiration est puérile^ exagérée^ supplémentaire. Nous avons dit, en parlant de celle des enfants, que tel est son type normal. Elle indique que, dans une autre partie de l'organe, ou dans la totalité du poumon opposé, il existe une altération qui restreint l'hématose et force la partie saine à développer une activité fonctionnelle plus grande (tubercules, pneumonie, épanchement pleural, œdème pulmonaire) .
L'affaiblissement du bruit porte sur les deux temps, raibiessedubruii et surtout sur le second. Quelquefois l'expiration seule '"'^^p'"^"""^continue à se faire entendre. La faiblesse des bruits est si grande, chez quelques sujets, qu'on entend à peine un bruit sourd et lointain. C'est ce qui a lieu lorsqu'on ausculte un sujet chargé de graisse, ou un malade qui fait des efforts violents et maladroits pour respirer.
La faible intensité du bruit peut être partielle ou générale. A. Parlielle. Laennec a donné comme un signe pré- a. partielle : cieux de phthisie commençante cette diminution extrême ^"^"^ l'hiiusie. de la respiration lorsqu'elle existe dans les fosses sus-épi- III. 5o
SYMPTOMES llESf'iRA'J'OlRES.
neuses et sous la clavicule ; ce symplôine trop négligé a en effet une grande valeur. Quelquefois le bruit manque tout à fait. L'emphysème localisé au sommet ou le long du sternum détermine un affaiblissement partiel du son. Il pourrait se faire aussi qu'une bronche fût oblitérée par un caillot sanguin, un ganglion hypertrophié et tuberculeux, ou que le tissu pulmonaire fût refoulé par un sac anévrismal, une tumeur cancéreuse, une acéphalocyste ou même une jDleurésie enkystée. Un épanchement séreux formé à la base d'un ou des deux poumons donne Heu au même symptôme ou au silence complet de la respiration.
uniiaiéraie. La faiblcssc du bruit trouvée dans tout un poumon tient le plus communément à l'emphysème intra-vésiculaire, plus sûrement encore à l' épanchement d'une grande quantité de sérosité dans la cavité pleurale, à une oblitération ancienne de celle-ci par des fausses membranes épaisses ou des ostéophytes, enfin à ime bronchite aiguë, spasmodique et généralisée.
Vabsence complète de respiration se montre dans le pneumo-thorax traumatique ou survenu dans le cours de la phthisie, à la suite d'une gangrène ou d'un abcès du poumon. La respiration naturelle est remplacée presque toujours, en pareil cas, par la respiration amphorique et le tintement métallique.
, Faiblesse On ne conçoit guère la possibilité d'un affaiblissement général que dans certaines déformations congénitales et rachitiques de la poitrine, dans l'emphysème généralisé, dans un double épanchement et enfin dans les affections spasmodiques du larynx, dans le croup, pendant les convulsions hystérique et épileptique, et enfin dans la catalepsie.
Nous mentionnerons à part, comme une cause très-fré-
BRUITS D'EXPIRATIOW.
quente de la faiblesse respiratoire, les maladies chroniques et les ulcères du larynx, l'œdème de la glotte et même les ulcérations de la trachée.
Les causes non pathologiques qui peuvent diminuer l'intensité du bruit respiratoire sont î l'infdtration graisseuse des parois pectorales , une couche épaisse de tissu musculaire, le spasme ou la crainte causée par la présence du médecin.
Tlltéralioudu timbre des hvulis. Nous conipre- lésion du timbre
des bruits.
nous SOUS ce titre les modifications qui portent seulement sur le timbre des bruits, comme dans la respiration rude, râpeuse et tubaire. Nous rappellerons encore que la cause de l'altération du son doit être cherchée dans la densité accrue du corps conducteur du son, qui se trouve placé entre le tube laryngo-bronchique et Toreille de l'observateur. C'est en raison de la conductibilité meilleure des corps que le bruit glottique est transmis alors avec plus de force et de netteté. Que le tissu pulmonaire s' indure, devienne plus compacte, plus solide par compression, par infiltration ou de toute autre manière ; qu'un liquidç s'interpose entre les bronches et la paroi costale, le bruit laryngien sera transmis avec une grande intensité et un timbre rude et sec jusqu'à l'oreille. Il est facile dès lors de comprendre du môme coup, toutes les modifications du son, depuis le bruit d'expiration rude et prolongée, la respiration râpeuse, puis sèche, jusqu'au souffle doux et tubaire. La densification du tissu pulmonaire est produite soit par des tubercules disséminés ou agglomérés, soit par une induration phlegmasique, apoplectique, œdémateuse, soit enfin par une couche plus ou moins épaisse de liquide épanché dans la plèvre. Toutes les fois donc que l'observateur rencontrera ces modilications
468 SYMPTOMES UESPIKATOIRES.
dans les phénomènes acoustiques, il en conclura à l'existence d'une de ces lésions, et réciproquement il pourra annonce]- le symptôme quand il trouvera la condition physique indiquée précédemment, nespii aiioii Respiraliourâpeuse. Larespiration sèche, rude, râpeuse, râpeuse. même temps inégale et saccadée pendant l'inspi-
ration et l'expiration. Ce signe des tubercules a été étudié avec soin par M. Hirtz (1). M. Jackson l'avait parfaitement décrit, avant tout autre observateur et en avait déterminé la signilîcation dès l'année 1823 (2). Nous ne trouvons aucune différence entre ce bruit anormal et celui qu'on a étudié plus tard sous le nom de bruil d'expiration rude el prolun'^é. On a mieux analysé les deux bruits d'inspiration et d'expiration, mais voilà tout. Le bruit spécial, qu'on a désigné sous le titre de froissement pulmonaire (premier degré de la phthisie) est identique au précédent, à moins qu'on ne le confonde avec le râle sous-crépitant sec et lointain. Toutes les autres nuances de respiration rude se confondent avec le souffle tubaire et tiennent aux mêmes causes.
Respiraiioii Souffle bronchique ou tubaire. Il est difficile de donner ou bronchique. ^^^^ définition générale de ce bruit, tant les variétés de timbre et d'intensité sont grandes. Elles commencent à l'expiration prolongée et vont jusqu'au souffle caverneux le plus intense, tel qu'on le rencontre, par exemple, dans la phthisie.
Dnsciipiion. D'abord à un faible degré larespiration est exagérée, l'ude, claire, superficielle, comme puérile, puis elle devient plus sourde, plus profonde, semblable au bruit que fait la bouche en soufflant dans l'air libre (bruit
(1) Dissert, inouff., Strasbourg, 17 août 1837.
(2) Mémoire de la Société médicale d'observation.
Ses vai iélés.
SOUFFLE BRONCHIQUE. 469
de souffle) . Plus intense encore , ce bruit identique à celui qu'on détermine, en soufflant dans la main à demi fermée ou à travers un tube cylindrique de 10 centim. Dans ce cas, le bruit a un timbre très-rude, métallique (souffle tubaire); dans d'autres cas, il est plus sourd, plus bas, et se passe évidemment dans un espace plus grand que le précédent. On ne peut mieux le comparer qu'au bruit qu'on obtient en soufflant à travers les deux mains rapprochées; il ressemble déjà à la respiration caverneuse. Il peut enfin, par son intensité, son timbre, sa durée et sa persistance dans le même point, simuler à s'y méprendre la respiration caverneuse ou même amphorique, sans que la lésion, qui produit ordinairement cette dernière, existe.
Il a lieu dans l'expiration surtout. Ce n'est pas indif- ii a lion féremment aux deux temps de la respiration que se fait "^^"^^'r^io^,',"^' entendre le bruit morbide. L'expiration d'abord acquieit plus de rudesse , se prolonge et bientôt devient soufflante. L'inspiration, à son tour, prend ce caractère ; mais en général le souffle d'expiration reste toujours plus marqué, plus distinct, et persiste plus longtemps. Souvent même on n'entend, d'une manière évidente, le souffle qu'à l'expiration ; il est nul ou peu marqué pendant l'inspiration.
Nous signalerons encore les particularités suivantes si(^ge. utiles au diagnostic. Le souffle est superficAel ou profond et éloigné ^ il peut occuper indifféremment toutes les régions de la poitrine. Quand il est peu distinct et rapproché de la racine des grosses bronches, il faut s'en défier, parce qu'il existe, en ce point, une bronchophonie naturelle. Partout ailleurs, un souffle persistant indique une lésion soit aiguë, soit chronique du tissu pulmonaire. Situé en bas, disparaissant ou diminuant par le change-
ment de position , étendu à plusieurs régions , il caractérise les épanchements peu abondants de la plèire.
Le souflle tubaire est partiel, circonscrit, ou, au contraire, il occupe tout un côté de la poitrine. Dans le premier cas, il fait reconnaître une pneumonie ou une induration tuberculeuse ; dans le second cas, un hydrothorax. En général ce symptôme ne subit pas de variations notables d'intensité de jour à autre, à moins qu'un changement corrélatif n'ait lieu dans la lésion matérielle du poumon ou de la plèvre.
Au souffle s'ajoutent souvent d'autres bruits, tels que des râles secs, du gargouillement. Ils procèdent de causes très-différentes, et par conséquent sont signes de maladies concomitantes sur lesquelles nous insisterons plus loin.
causes qui Dgs causes eucorc mal connues interviennent souvent empêchent la pQ^j. empêchcr le souffle de se manifester. Ainsi, chez le
production du ^
?oume, vieillard, chez les nouveau-nés, et même les enfants, on observe fréquemment des pneumonies sans le moindre souffle. Nous avons déjà eu plusieurs fois l'occasion de faire remarquer que les changements de texture que l'âge apporte dans l'appareil respiratoire s'opposent presque toujours à la manifestation facile des phénomènes acoustiques, ou les rendent moins évidents, moins significatifs. Chez le vieillard, la diminution de l'élasticité des parties vibrantes du larynx, des bronches et la conductibilité moindre du poumon, sont probablement la cause de cette modification des phénomènes sonores, valeur Valcuv sèmt'ioliqiie du souffle. Trois maladies sont
du sourne. spécialement caractérisées par le souffle : la pneumonie, la pleurésie et la phthisie. Dans la pneumonie qui s'avance jusqu'à la surface du poumon , quelque limitée qu'elle
SOUFFLE TUBAIRE. 47 1
soit, on entend chez l'adulte le soiifUe avec les caractères que nous lui avons précédemment assignés. Dans ce cas, le tissu pulmonaire induré conduit l'écho laryngien de la Pneumonie, respiration, à la manière des corps solides, puisque l'espace broncho-vésiculaire est comblé par les liquides sanguins ou plastiques que l'inflammation y appelle, en grande proportion.
Les tubercules en masse ou infdtrés, crus ou en voie piuhisie. de ramollissement , donnent lieu au souffle tubaire. La fosse sus-épineuse et la région sous-claviculaire en sont le siège d'élection , parce que les tubercules y prennent d'abord naissance, et se réunissent en plus grande quantité dans le sommet des poumons. Cependant on peut également observer le même symptôme dans les parties postérieures, latérales et inférieures de la poitrine.
Il serait superflu de prouver que l'épanchement pieu- pleurésie ral, chez l'adulte et l'enfant, a pour symptôme, sinon "i-"quée par le
' ' r J 1 ' soiifno lubaire et
constant , du moins très-ordinaire, toutes les variétés de môme caverneux. soufl^Ie tubaire, Ce fait que nous avons contribué à mettre hors de doute , est accepté aujourd'hui par tout le monde (1). Un souflle léger, diffus, lointain, ou localisé en arrière et en bas, tellement semblable à celui de la pneumonie, qu'il est impossible de l'en distinguer, un bruit enfin qui a tout à fait le timbre de la respiration caverneuse, telles sont les variétés principales qu'ofl're le souflle dans la pleurésie (2).
(1) Note sur le bniit d'expiration et sur le souffle hronchique dans les ('panchements de la plèvre, in Galette medic, p. 849, 1S42.
(2) On trouve dans les faits rapporlcs par plusieurs auteurs une indication très-détaillée de pleurésie avec bruit caverneux et même souflle ainphorique. Nous citerons ehlre autres le mémoire de MM. Barthez et Rilliet : Sur quelques phénomènes ste'lhoscopiques rarement observés dans la pleurésie chronique, Archir. génér. de médec., mars IShi
/t72 SYMPTOMES RESPIRATOIRES.
En pareil cas, la vibration thoracique peut seule faire distinguer la pleurésie d'avec la pneumonie. Mode de Le mode suivant lequel se produit le souille tubaire ^^"^brur ^^"s la pleurésie est facile à comprendre. Gomme dans pathologique, le cas d'iuduratiou pulmonaire, le bruit glottique retentit dans les grosses bronches de la racine du poumon et même dans la trachée, et de là est transmis par le liquide épanché jusqu'à la paroi pectorale. Nous avons observé plusieurs pleurésies chroniques terminées par la morl, et dans lesquelles nous n'avons trouvé que le moignon , le rudiment du poumon collé contre la colonne vertébrale. Le liquide seul pouvait donc conduire le bruit laryngien et trachéal qu'on avait entendu pendant plusieurs semaines, et jusqu'à lamort des sujets. Quand l'épanchement disparaît, si le poumon reste comprimé et atrophié, on continue à entendre le souffle tubaire, et même amphorique qui , dans ce cas, comme dans tous les autres, est dû au retentissement du bruit glottique dans la trachée, et à sa transmission par la partie solide du thorax jusqu'à l'oreille. Nous avons pu nous en assurer sur plusieurs malades guéris de pleurésie et morts d'une autre affection. C'est ordinairement sous la clavicule, dans la fosse susépineuse et dans des points peu éloignés du corps sonore (larynx) qu'on perçoit le souffle , lorsqu'il n'y a plus de liquide.
Du soume dans Sigualous encoro comme cause de ce souffle; 1° l'indu- ''"Sadier'^*^' ration du tissu pulmonaire par du sang infiltré dans une étendue un peu notable ; 2° l'œdème pulmonaire ; 3" la gangrène, à sa première période; A" la présence d'une masse cancéreuse ou mélanique ; 5" la dilatation des bronches, dans le cas où ces conduits sont agrandis en ampoule ; 6° une tismeur intra-thoracique ; en un mot, tout