‹ Traité de pathologie générale (volume 2)Chapitre 12 sur 232 · DU DÉLIRE · texte numérisé non relu

DU DÉLIRE

Le délire est caractérisé par le développement et Ja Délire, manifestation d'idées qui ne sont pas en rapport avec leurs causes réelles. Ces idées mal coordonnées ou entachées d'erreur, ont leur source dans un faux jugement ou dans une sensation qui n'a rien de réel.

Si le délire affectait toujours la forme aiguë , il serait Dénmtion. facile d'en donner une bonne définition ; mais les nuances infinies qu'il présente échappent souvent aux termes généraux qu'on veut lui assigner.

Nous avons présenté dans une autre partie de ce livre l'histoire générale du délire (t. I, p. 507). Il ne nous reste plus qu'à l'étudier dans ses rapports avec le diagnostic.

On doit immédiatement, quand on est en présence d'un Division

délirant, rechercher : 1" si le trouble mental est accompagné ou non de fièvre ; 2° s'il est aigu ou chronique ; 3» continu, intermittent ou rémittent; li" s'il est général ou partiel; 5° surtout remonter jusqu'à sa cause et déterminer s'il est symptomatique, sympathique ouidiopathique. On peut dire que dans ces diverses conditions morbides se trouve comprise la séméiologie complète du délire.

Division du délire G'cst surtout à la division du délire en symptomatique , yjmpiomaiiquc Sympathique et idiopatique que nous devons subordonsympaihique,' ncr toutc uotrc descriptiou. Nous suivrons donc l'ordre id.opaiiiique. ^^^^g ^^^^^g adopté également pour l'étude des sensations morbides et des troubles de la motilité. Nous ferons connaître les caractères de ces trois espèces de délire Kiie doit primer dout la causc cst si différente. Insistons encore sur ce louies point et faisons remarquer que, quand il s'agit d'affec-

Ics aulre?. ^

tiens aussi difficiles à reconnaître que les troubles de l'intelligence , de la sensibilité et de la motilité, on ne saurait faire trop d'efforts pour arriver à fixer leur véritable origine. Cette recherche constitue la partie essentielle de la pathologie des névroses. Ceux qui s'occupent de l'étude de la folie savent mieux que personne tout l'intérêt qu'offrent au praticien les distinctions fondamentales que nous venons d'établir (1).

I. Délire T. DÉLIRE SYMPTOMATIQUE. Lorsque ce phénomène psysjmpiomatique. (.i^jq^e se manifeste dans le cours d'une maladie du système nerveux cérébral et de ses enveloppes, il est regardé comme symptomatique. Cette expression n'implique pas toujours l'idée que la maladie dépend d'une

(1) L'importance de cette division que nous suivons dans nos cours depuis quinze ans a frappé M. Morel qui , dans son excellent Traité des malaiies mentales, Paris, 1860, en a lait la base de son travail.

lésion matérielle du cerveau , c'est-à-dire de l'organe de la pensée, car il peut se faire que la maladie ne produise aucun désordre appréciable : ainsi des névroses telles que l'hystérie, l'épilepsie, les altérations du sang par un agent toxique appréciable (plomb, alcool, opium, belladone), occasionnent un délire que nous appelons syroptomatique parce que l'action nocive a son point de départ dans le système nerveux lui-même (cerveau, cervelet, moelle). Le délire de la folie, lorsqu'elle est accompagnée d'une lésion du cerveau, rentre aussi dans cette division. Nous allons donc former autant de groupes distincts qu'il y a de formes de délire, car ils ne se présentent pas avec des caractères communs.'Nous nous bornerons à les retracer, sans entrer dans l'étude de chaque délire spécial qui appartient à la pathologie interne. Il est inutile aujourd'hui de chercher à démontrer que, quelle que soit la cause du délire, qu'il soit idiopathique, sympathique ou symptomatique, son siège unique est le cerveau. Cette vérité était déjà établie du temps de Galien, et les études physiologiques et pathologiques modernes n'ont fait que la corroborer, sans toutefois dévoiler le siège restreint où s'effectue la pensée. Que l'on remarque bien que ces divisions du délire sont loin encore d'être comprises de la même manière par tous les auteurs. Quelques-uns, faisant un usage impropre du mot idiopathique, appellent ainsi le délire qui se déclare dans le cours de l'encéphaUte, de la méningite, du ramollissement cérébral, c'est-à-dire d'une maladie du cerveau.

1° Délire symptomatique d'une lésion aiguë du cerveau et Délire de ses enveloppes. Toutes les maladies du cerveau, depuis 'J.uJJe°maiadr l'hyperémie jusqu'au ramollissement le plus complet, du cerveau, peuvent causer le délire. Il est subit, intense, passager.

I» doThyperô- félDi'ile clans la congestion encéi)ha]ique même modérée, qui est alors accompagnée de tout son cortège habituel de symptômes ; c'est la promptitude avec laquelle il débute, s'en va et revient sans laisser, après lui, de troubles de la sensibilité, de la motilité et de l'intelligence, qui caractérise ce phénomène morbide. Il n'appartient à aucune des phases del'hémorrhagie cérébrale, à moins qu'elle ne se complique de congestion ou de cérébrite ambiante. Le subdélire annonce alors le travail morbide inflammatoire.

-2"derencéphaiiie Les phlegmasics aiguës de la substance cérébrale péri- ""o^diffuser P^iérique ou centrale qui donnent lieu au ramollissement pulpeux, rouge ou blanchâtre, ont pour symptôme constant le trouble de la raison. Dans la forme aiguë le délire est général avec vociférations, gestes, mouvements désordonnés, fièvre, etc.; et cependant à côté de ces cas s'en trouvent d'autres où il est faible, tranquille, sans agitation , quelquefois même nul. Lorsque le ramolissement est superficiel, diffus, le trouble psychique présente toujours une violence plus grande que quand le travail pathologique s'est localisé ; il ressemble au délire de la méningite.

3» des lésions Les blessures et les fractures du crâne, les coups poriraumaiiqucs; ^.^^^ chutes et la commotiou cérébrale, en

produisant l'encéphalite, sont suivis d'un délire ordinairement intense, avec cris, menaces, injures et mouvements désordonnés.

4° de Méningite. Il n'est pas une maladie qui produise plus

la méningite. , x ^ i • i i ,i. ,.. t

constamment et plus vue le déhre que Inidammation aiguë et chronique des méninges dans toutes ses formes et à toutes ses périodes, depuis le début jusqu'à la fin (méningite simple, cérébro-spinale, sporadique ou épidémique). Aigu, intense et fébrile, le délire delà ménin-

gîte est tantôt continu ou rémittent, tantôt léger avec état somnolent, tantôt violent et accompagné de ses symptômes caractéristiques, d'une excitation des sens, de trouble des mouvements, de gestes, d'eftbrts pour sortir du lit, de loquacité, de paroles incohérentes. Le malade retrouve sa raison, en partie où complètement, pendant quelques minutes ou quelques heures, puis la perd de nouveau, et finit par rester sans connaissance et dans le coma, sans qu'on puisse, à l'aide de ces formes si variables, non-seulement dire si la phlogose occupe le sommet ou la base, le cervelet ou la protubérance, mais encore si elle est simple ou compliquée d'encéphalite, ou s'il est survenu un épanchement purulent, séreux ou sanguinolent , enfin si elle est générale ou circonscrite à un petit espace. On voit souvent à une hyperémie légère de quelques centimètres d'étendue correspondre un délire très-intense. On conçoit d'ailleurs qu'il en doit être ainsi, puisque la lésion de la membrane n'est que la cause du trouble des fonctions cérébrales.

Quelques tubercules développés dans la pie-mère ou De la méningite

„ . ce j. tuberculeuse;

une tumeur intracranienne sulnsent pour provoquer un iiydrocéphaiie. délire qui est tantôt tranquille et avec somnolence, tantôt bruyant, agité. C'est dans la seconde période de la méningite tuberculeuse, du cinquième au vingtième jour, qu'on le voit ordinairement se manifester. Mêmes variations dans le trouble mental lorsqu'une hémorrhagie a lieu dans les méninges. Le délire est ordinairement tranquille et fugace, remplacé bientôt par le coma et la somnolence.

Les maladies du cerveau, telles que les produits mor- ^J'/j^j^^'eg bides avec ou sans analogue, comme les tubercules, le des enveloppes ", cancer, le fongus de la dure-mère, toutes les maladies "J^^osl^uses'"

44 SYMPTOMES CÉllÉBRAUX.

de l'oreille ou des os du crâne qui se transmettent jusqu'aux membranes ou au cerveau lui-même, produisent le délire d'une manière constante, mais à différents degrés et à des époques assez variables de leur développement.

En résumé, nous dirons que le délire est un trouble presque constant dans les maladies du cerveau, quels que soient leur siège et leur nature. Il varie beaucoup par son intensité, sa forme, sa durée, ses symptômes, et il serait impossible de faire servir ces variations au diagnostic de la maladie. Du reste, ce que nous disons là du trouble mental, nous le répéterons souvent pour d'autres symptômes cérébraux.

Délire de la folie 2° Délire symptomalique des Unions chroniques du cer-

symplomatique. ^^^^^^ SBS enveloppes ; délire de la folie, Nous plaçons dans cette même classe le délire, qui constitue le signe univoque, essentiel, de la folie. Abordant cette étude à titre de clinicien qui doit chercher le symptôme dans toutes les conditions morbides où il peut se développer, nous commencerons d'abord par bien déterminer le sens que nous attachons aux mots. Or, à ce point de vue,

Idée générale quelles que soient les doctrines médicales que profes-

^"dc'ia fouè'^^^ sent les médecins aliénistes, il est aujourd'hui parfaitement démontré : 1° que la folie est liée, dans un nombre assez considérable de cas, à une lésion évidente et généralement acceptée du cerveau et des méninges -, 2" que dans d'autres, la folie s'établit par consensus, à l'occasion Folie d'une maladie développée ailleurs -, 3° enfin que la folie stmpaihique' Gst idiopathique dans d'autres cas. Comment confondre

symplomatique. daus Une description commune des faits d'ordre si différents ? Tandis que la folie symptomatique se caractérise par une altération matérielle, les deux autres n'en laissent

DÉLIRE SYMPTOMA.T[0TJE. 45

découvrir aucune. Il nous a toujours paru contraire aux affinités pathologiques les plus élémentaires de réunir sous le titre de folie des maladies si difterentes par leur nature et leur siège, et qui n'ont qu'une condition morbide commune, le symptôme le délire. La folie idiopathîque ou sympathique est la névrose du cerveau portant sur l'organe des facultés intellectuelles ; la folie symptomatique est le résultat de plusieurs lésions différentes les unes des autres, mais ayant une même résidence, le cerveau. Ces propositions fondamentales une fois étal^lies, exposons rapidement les formes du délire symptoniatique.

iNous sommes arrêté par une difficulté sérieuse. Les auteurs des ouvrages les plus récents sur l'aliénation mentale sont loin d'être d'accord sur les altérations du cerveau ou de ses membranes qui produisent la folie, de telle sorte que les uns considèrent comme symptomatiques la monomanie, la manie, la démence, la folie paralytique auxquelles d'autres refusent cette dénomination. Dans l'impossibilité où nous nous trouvons de lever cette difficulté, nous suivrons les doctrines le plus généralement admises.

A. Folie paralytique ou paraly aie progressive des aliénés. Folie paralytique. Nous croyons qu'on a tout à gagner, pour le traitement comme pour les recherches étiologiques, à considérer la plupart des folies comme symptomatiques et sympathiques, et à diminuer le nombre des idiopathiques. La lésion de la couche corticale du cerveau et des méninges étant reconnue à peu près par tout le monde (J), nous considérons ce délire comme symptomatique. Il est

(!) Voyez sur ce sujet l'ouvrage si consciencieux de M. Calmeil, Traité des inflammalions du cerveau, 2 vol. in«8, Paris, 1851).

46 SYMPTOMES CÉlŒBilAUX.

marqué par des idées de grandeur, des projets de toute espèce, et surtout par des prétentions à posséder toutes sortes de qualités pliysiques et morales. Les sujets sont loquaces, sans cesse en mou\ement, gais et mélancoliques-, la parole est embarrassée ; ils s'agitent beaucoup jusqu'à ce que la paralysie se déclare, etc., etc. Folies partielles B. Les dèlires parliels ont été observés chez les fous indéou monoiiianies. pendamuient de toute espèce de lésion qui puisse rendre compte des phénomènes observés^ nous en parlerons plus loin (délire idiopathique) , On a trouvé les mêmes délires (monomanies) avec des lésions bien évidentes de la substance cérébrale. Ce fait n'arien qui puisse surprendre, puisqu'il se reproduit dans un grand nombre de maladies dans lesquelles le même acte pathologique essentiel peut exister avec ou sans lésion de l'organe affecté. Délires généraux; C. Les déUres généraux sont marqués par des troubles plus ou moins intenses de toutes les facultés de l'intelligence, et surtout par de fausses sensations et des hallucinations de tous genres ; souvent, mais non constamment, par des phénomènes d'excitation et de fureur (manie) . Cette dernière forme de délire, dont on a fait pendant longtemps une entité spéciale , se retrouve dans un très-grand nombre d'aliénations mentales; elle indique seulement la période d'excitation (1).

Délire D. Délire symplomaliqiie des névroses. Vhiistêrie est

symplomalique j t

des névroses; uue des uévroses que le déhre accompagne le plus fréquemment. Tantôt il se manifeste après l'attaque d'hystérie ; il est surtout marqué par des pleurs, des rires , des chants , des paroles incohérentes ou qui roulent sur une émotion morale récente de peine ou de

(1) M.Morel a insisté sur ces points fondamentaux de l'histoire de la folie (Traî/e des maladies mentales, p. in-S", Paris 18gO).

de riivslérie.

plaisir ; tantôt il constitue et remplace entièrement l'attaque qui commence : c'est alors un véritable accès de folie. Ordinairement le délire a pour objet une idée 'dominante, et celle-ci pour cause une hallucination. Tout le monde connaît les scènes étranges de folie re- roiie hysiérique. ligieuse dont les hystériques de Saint- Médard donnèrent la représentation , celles beaucoup plus tragiques de Loudun, et les démononianies du moyen âge. Ces exemples trop célèbres d'épidémies de délire hystérique peuvent encore se renouveler sous nos yeux.

Un certain nombre d'épileptiquessont pris, après leurs néiire attaques ou dans l'intervalle, d'un accès aigu de ma- épiieptiques. nie accompagnée de fureur, de tentative de suicide ou d'homicide. Ils finissent presque toujours par la folie, la démence ou l'idiotie.

E. Délire symptomatique des altéralions du sanq. Il est ^^^"^

, ^ , symplomalique

bien rare que l'appauvrissement du sang qui appartient à d'une altération la chloro-anémie puisse, à lui seul, provoquer le délire, à moins qu'il ne s'y joigne de l'hystérie et de la catalepsie.

Le délire est le signe constant de l'intoxication par Délire alcoolique, l'alcool, le plomb, l'opium, le haschich, l'ergot de seigle, etc. Le délire des ivrognes est reconnaissable surtout à des hallucinations qui font voir au malade des objets ou des êtres fantastiques eflrayants et terribles; ils croient entendre des voix qui les injurient; ils parlent sans cesse ; s'agitent beaucoup, veulent quitter leur lit et aller à leurs affaires ; ils entrent en fureur ; ils cherchent à s'échapper, à briser leurs liens ; en môme temps la face est rouge, l'œil injecté, animé, la parole brève, saccadée, haute; le délire est loquace, gai, souvent accompagné de vocifération; la peau se couvre de sueur; les mains, la langue et la mâchoire inférieure sont affectés

de l'opium ;

saturnin.

Délire

de tremblement, etc. Ce délire, qu'il n'est pas toujours facile de reconnaître, n'est lié à aucune lésion manifeste du cerveau. , Dans le délire causé par l'opium, les hallucinations sont gaies, voluptueuses; quelquefois le malade est triste et plongé dans la stupeur ; les mains sont vacillantes.

Le délire saturnin donne lieu aune grande agitation, à des cris, des vociférations, des mouvements violents et désordonnés, du tremblement des membres. Les autres signes de la cachexie saturnine peuvent conduire au diagnostic de ce trouble mental.

Nous rappellerons en terminant que le haschich, l'ergot de seigle, le sulfure de carbone, causent un délire qui n'a aucun caractère propre.

II. Délire sympathique. Le domaine déjàbien vaste que sympaihique; ^^^^^ ^ offert le. déUro symptomatique s'agrandit encore lorsqu'il est question d'y placer le même trouble psychique engendré par des maladies très-différentes par leur siège et leur nature, des maladies Commençons d'abord par les maladies de la moelle, et de la moelle, rappelons quo, si cet agent de transmission des sympathies est malade lui-même, il réagira plus facilement que tout autre sur le cerveau, pour y exciter le délire. On cite un assez grand nombre de cas de myélites et de ramollissements chroniques atteignant les parties supérieures du cordon médullaire, dans le cours desquels il se déclare du délire.

Tous les praticiens savent combien il est fréquent d'observer le délire :

1° D'abord comme phénomène initial dans un trèsgrand nombre de fièvres, comme la typhoïde, le typhus, le choléra, les exanthèmes;

Délire initial des fièvres.

DÉIJRR SYMPATHIQUE.

2° Dans le cours de la fièvre intermittente à forme

Les maladies locales.

Les maladies générales.

convulsive, délirante et comateuse, des maladies locales, telles que la pneumonie, la pleurésie, la pbthisie, les tubercules des méninges, l'érysipèle, les affections du cœur, notamment l'hypertrophie ;

3° Nous signalerons surtout parmi les délires par con- "«"«ci'o"» sensus celui qui se rattache à 1 établissement de la menstruation, à la grossesse (folie puerpérale) et surtout aux lésions de l'utérus. On a cité des exemples de délires dus uniquement à des ulcérations simples du col, à des engorgements, à des polypes, à des tumeurs fibreuses, etc.

h° Le délire peut éclater chez des sujets qui sont en proie à un rhumatisme articulaire ; on l'a décrit, avec soin, dans ces derniers temps, sous le mm àe rhumatisme cérébral ; il ne laisse aucune lésion à sa suite. Les dartres, la cachexie syphilitique, la goutteuse, peuvent aussi s'accompagner de troubles intellectuels. On a vu le délire apparaître chez les enfants par le seul fait de la dentition et des vers intestinaux. La même observation a été faite chez des adultes qui ont guéri après l'expulsion d'un ténia.

Le délire sympathique qui se déclare si facilement chez les ivrognes, chez les individus nerveux ou surexcités par des travaux de l'esprit ou des excès vénériens, à l'occasion d'une blessure, d'une fracture, d'une pneumonie, ne peut être expliqué que par l'irritabilité plus grande du cerveau et de la moelle et la mise en jeu plus facile du pouvoir réflexe. On comprend que l'opium puisse calmer et guérir ce trouble psychique.

Le délire érotique et la nymphomanie se montrent comme phénomène sympathique chez un certain nombre de femmes atteintes de prurigo, d'un eczéma du pudendum, de maladies de matrice, ou liés ;i la présence III. ^1

m SYMPTOMES CEniîBPuVUX.

d'oxyure vermiculaire. Le satyriasis, chez riiomme, se rattache parfois à une maladie de la prostate, de la vessie, des vésicules séminales.

caraci.vps On ne peut tracer les caractères généraux du délire «éntiaux svmpathique parce qu'il ne se ressemble pas à lui-môme

du délire ^ ^ ^ ^ n • t ^ -i ^

sympaiiiiquc. dans Ics nombrcuses conditions morbides ou il peut se manifester. Quoi de plus différent que le délire d'une rougeole, d'une fièvre d'accès, d'une pneumonie, des

Très-variable femuies OU couclie, OU d'uue lièvre typhoïde ! Tantôt il est

par sa forme pyrétique, général, violent, avec cris et gestes dés-

dans Ics maladies, o ' 1 J 1 ' o o

ordonnés; ou tranquille, accompagné de marmottements, de mouvements automatiques ; dans la fièvre typhoïde, où cette dernière forme est très-commune, la main s'agite dans l'air, comme pour saisir des objets légers qui y sont suspendus (carphologie, de xapcfoc, flocon, et Xéyetv, rassembler) ou pour arracher les corps déposés sur la couverture (crocidisme). Les maladies graves ataxo-adynamiques sont souvent marquées par ce délire. Tantôt il est chronique, sans fièvre et par accès; dans quelques cas il a tous les caractères de la manie ; dans d'autres ceux de la mélancolie : telle est, par exemple, la forme du déhre qu'on observe chez les femmes grosses ou en proie à une lésion de l'utérus, chez les sujets atteints d'aflection du souveni cœur. La même maladie se traduit par des formes diverses danT i?m6me ^^^^^^'^^ ^^"^1 le nosomaue, qui se plaint sans cesse d'un maladie. très-graud nombre de maladies dont il ressent et décrit les symptômes, peut être atteint d'une maladie du cœur, (lu foie ou de l'estomac. La malade qui s'agite avec une grande violence, qui présente tous les signes de la manie réelle, et attente à ses jours, celle qui menace la vie de ceux qui l'enlourent, peuvent avoir la même affection de l'utérus. Sans doute il faut une forte prédisposition pour

DÉLIRE SYMPATHIQUE. l\\

qu'une maladie interne fasse éclater un semblable délire. Une étude approfondie des conditions étiologiques antérieures permet souvent d'en découvrir la véritable cause.

Il faut aussi s'en prendre à la violence de la maladie qui a néiiro fortement ébranlé le système nerveux , comme on le voit à la '^^yphoiîi! suite de la fièvre typhoïde grave, du choléra asiatique ou des métrorrhagies répétées qui ont jeté les sujets dans une anémie profonde. Il n'est pas rare de rencontrer alors des troubles de l'esprit qui consistent, soit dans un délire maniaque, soit dans un aflaiblissement des facultés et même dans un état d'idiotisme plus ou moins complet.

Ainsi, sans entrer dans l'analyse des faits particuliers qui ont trait au délire sympathique, nous devons établir : 1° que des affections très-différentes par leur nature et par leur siège donnent lieu à toutes les formes possibles de délire ; 2° que celles-ci peuvent également se retrouver dans la môme maladie. Il ne saurait en être autrement dans un trouble dynamique tel que le délire. Ce n'est ni la nature de la maladie ni son siège qui donnent au phénomène réactionnel ou par consensus la forme, l'intensité qu'il présente ; c'est l'état dynamique fonctionnel dans lequel se trouvent le cerveau et le système nerveux au moment où il ressentent l'induence pathogénique. Il faut donc, outre l'intervention de la maladie, une forte prédisposition antérieure ou créée par l'état du système nerveux.

On a souvent considéré comme sympathiques les délires chroniques, maniaque, mélancolique, monomaniaque, etc. que nous avons toutes sortes de raisons d'attribuer à de simples coïncidences ou à une complication, souvent préparée de longue main, et dont la maladie actuelle n'a été que l'occasion.

52 SYMPTOMES CÉnÉBUAUX.

Les délires par consensus se terminent toujours par la guérison quand ils sont à l'état aigu etpyrétique, plus difficilement quand ils passent àl'état chronique et qu'ils revêtent la forme de l'aliénation mentale. Délire m. Délire idtopathique. Nous ne devons accorder ' DùS^hionr qu'une place très-restreinte à ce délire, et tracer seulement les caractères à l'aide desquels on peut le reconnaître, car son étude est du domaine de la pathologie spéciale. Nous avons dit, et nous répétons à dessein, que ce délire est le signe non pas des lésions matérielles du cerveau et de ses membranes, mais d'une névrose cérébrale uniquement marquée par les troubles des facultés intellectuelles, et indépendante des maladies qui peuvent siéger dans le cerveau ou dans d'autres organes.

Il s'agit pour le pathologiste, une forme quelconque de délire étant donnée, de reconnaître s'il appartient à une entité morbide à part, distincte des délires symptomatiques et sympathiques dont nous avons décrit les caractères.

r-éiire nerveux. A . «élire nerveux. Le trouble psychique qui seul mérite cette dénomination appartient à ces états névropathiques dans lesquels le système nerveux cérébral est fortement surexcité. Gomme type de ce délire, nous citerons celui qui accompagne parfois la menstruation, qui survient après une vive émotion morale (plaisir, chagrin frayeur subite), une surexcitation cérébrale passagère provoquée par les veilles, les travaux de cabinet, ou les excès vénériens, etc., enfin la névrostliénie qu'on remarque chez beaucoup de sujets des deux sexes, surtout chez les femmes h l'époque critique, et chez celles qui, sans être hystériques ont fréquemment des névroses, enfin, chez quelques sujets pusillanimes et préoccupés sans cesse de leur santé.

DÉLinE IDIOPATIIIQUE.

B. Délire partiel. Il faut que le médecin s' exerce à caj'ac- Délires panieis, tériser les dillerentes espèces de trouble mental qu'il est souvent appelé à reconnaître avant le médecin aliéniste. Des études longues et approfondies sur la folie sont sans doute indispensables, dans les cas difficiles, mais il en est d'autres où l'avis d'un médecin non spécialiste doit être pris en considération (1).

On doit s'attacher d'abord à constater si le délire est Mononinntc du genre de ceux qui laissent la raison, le jugement s'exercer librement, et qui portent plus exclusivement sur les sentiments et les instincts. Le phénomène psychique qui prédomine est tantôt la perversion de l'instinct de conservation , quels que soient d'ailleurs les motifs qui poussent le malade à se donner la mort (monomanie suicide) . Ce trouble mental se montre suicide, dans des conditions morbides très-diverses. Il forme le signe pathognomonique de la calenture , maladie singulière des navigateurs qui porte ceux qui en sont saisis à se précipiter dans la mer. Nous voyons aussi les malheureux atteints de pellagre, arrivés à une période avancée de leur affection, chercher à attenter à leurs jours, et surtout à se noyer. Un délire furieux s'empare quelquefois de ceux qui sont soumis à l'insolation et détermine le suicide.

La monomanie homicide, qui est le symptôme de plu- iiomicido. sieurs espèces de folie et de l'épilepsie, n'est souvent accompagnée d'aucun désordre de l'intelligence ni des sentiments affectifs. C'est, comme l'a très-bien dit Esquirol, un instinct aveugle, quelque chose d'indéfinissable qui

(I) M. Morel a fait sous ce rapport, un livre éminemment utile en y rassemblant toutes les notions nécessaires au pathologiste : Traité des maladies mentales, m-S", Paris, 18G0.

5i SYMPTOMES CÉtlEBRAUX.

pousse le fou à tuer quelqu'un ^ souvent c'est une hallucination.

Moiiomanie Nous ucferons qucnommei" la pyromanie, (de nOp feu, et

incendiaire ; ^^^^^'^^ ^ uionomanie incendiaire marquée par le besoin du vol. de détruireparle feu; la cïep/omanî'e (y.} ÉTiTco, je vole) ou la monomanie du vol.

Délire de Tinslincl génésique. Ce délire très-restreint, qui laisse souvent les autres facultés mentales dans toute leur intégrité, entraîne malgré eux les sujets qui en sont atteints à commettre des actes honteux. Nous regardons comme des espèces de dépravations de cet

Onanisme, iustinct : A. La ful'eur onanistique arrivée à un degré extrême chez quelques sujets; parfois elle se déclare par accès irrésistibles, à la manière des accès de folie; B. La Nymphomanie, nymphomanie (de vufxcpr; nymphe, fjtavj'a); les femmes qui en sont atteintes se livrent à des gestes licencieux, à des manœuvres lubriques et profèrent des paroles obscènes qui annoncent la violente excitation, en même temps que la perversion des instincts génésiques. Chez l'homme, le

baij nabis, g^tyriasis (de aaOrj membre viril, ou aa-upoa satyre) se reconnaît à la salacité des individus et à la répétition incessante du coït. On remarque ce trouble chez un certain nombre de paralytiques, d'aliénés, d'épileptiques, etc. On doit rapprocher de ces tristes désordres de l'instinct reproducteur les goûts dépravés qui poussent quelques individus à profaner les cadavres de femme et môme d'homme, et à exercer sur eux leur ignoble passion (nécrophilie, Guislain).

Incubes. On a placé à tort, dans cette classe d'aliénation, sous le Succubes. j^Qj^j d'incubes et de succubes ceux qui, en proie à une singulière hallucination, supposent qu'ils sont hommes ou femmes, et qu'à ce titre ils ont commerce avec d'au-

DÉLIRE IDIOPATHIQUE. ri5

très individus ou avec le démon, et éprouvent avec eu\ les plaisirs qui résultent de l'union des sexes.

On ne saurait confondre avec le délire des instincts dont liiotomauie. nous venons de parler le désordre intellectuel dont est frappé le fou par amour, l'érotomane qui oftre son amour platonique à des êtres réels ou chimériques (érotomanie, de spwç amour et ay.vîa, folie par amour.)

On rencontre des individus qui n'ont jamais abusé des liqueurs fortes, et chez lesquels la première apparition du délire est marquée par un désir immodéré de boire (dipsomanie, de ^tUa soif et p.œAv..)

Nosomanie (hypocondrie). Il faut réserver le nom de Nosomanie. nosomanie à ce trouble partiel de l'esprit qui n'exclut ni le raisonnement ni de grandes facultés de l'intelligence, mais qui inspire aux malades des préoccupations continuelles au sujet de leur santé. Ils sont pris de véritables hallucinations qui leur font croire que le cerveau, le cœur, le poumon ou tout autre organe est malade. Les craintes chimériques qu'ils témoignent, les précautions ridicules dont ils s'entourent, les paroles étranges, les actes extravagants qu'on observe chez eux, font aisément reconnaître cette forme de folie à laquelle on a donné le nom impropre d' hijpocondrie. Sous cette dénomination vague et mauvaise, on a fini par ranger les dyspepsies, les gastralgies et une grande portion des névroses.

On retrouve cette nosomanie chez les femmes, à leur retour d'âge, chez les sujets en proie h une névropathie générale, et après de grandes préoccupations ou des travaux excessifs de l'esprit.

Bclire gciicral. Si l'insanité mentale ne se manifestait toujours et à toutes les époques que par des troubles psychiques circonscrits à une faculté intellectuelle, à un

56 SYMPTOMES CÈr.ÉBRAUX.

sentiment, à un instinct, on pourrait reconnaître aisément les diverses espèces de folie ; mais, cà chaque instant, le délire porte à la fois sur les sentiments moraux, sur l'intelligence ou sur plusieurs facultés de l'esprit. Eu outre, il est rare que l'altération d'un sentiment ou d'un instinct n'entraîne pas à sa suite le désordre de plusieurs facultés ; nous en avons pour preuve la fréquence de la manie et de la mélancolie qui finissent par s'ajouter à la plupart des espèces de folie ou par provoquer des monomanies, c'est-à-dire des manifestations plus spéciales du côté des instincts ou des sentiments. On peut affirmer que l'aliéniste le plus habile a souvent besoin d'observer longtemps et de bien refléchir avant de se prononcer sur la forme, la nature et le caractère de certaines espèces de folie. Nous ne croyons pas aux transformations pathologiques; les types, dans l'ordre physiologique comme dans l'ordre pathologique, restent à peu près inaltérables, mais les diverses formes de folie ne peuvent être considérées comme des entités morbides à part. Les troubles des facultés cérébrales ne sont d'ailleurs séparés les uns des autres que par de faibles nuances, et se confondent ensemble.

La mélancolie (de f/éÀaç, noir, et de yoK, bile) ou lypémanie (de Aut:-/?, tristesse, et iic/.v'v) est une forme de délire caractérisée plus particulièrement par une série d'idées tristes, tantôt religieuses, tantôt inspirées par des craintes imaginaires ou bien par des persécutions de tout genre auxquelles les sujets se croient exposés, etc. La mélancolie est un ensemble de symptômes psychiques qui peuvent se montrer dans toutes les formes de l'aliénation mentale, et qui, suivant quelques auteurs, en représentent la période de dépression. La tristesse, l'in-

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