‹ Traité de pathologie générale (volume 2)Chapitre 129 sur 232 · DIVISIONS. S · texte numérisé non relu

DIVISIONS. S

dire de toute pièce , une nouvelle symptomatologie des organes de la digestion. Que ceux-ci qui vantent ti'op exclusivement les œuvres de l'antiquité veuillent bien établir une comparaison entre la séméiotique ancienne et celle qui représente la médecine actuelle ; s'ils sont exempts de préjugés, ils s'empresseront de reconnaître que la seconde l'emporte de beaucoup sur la première. Entachée de toutes ces erreurs que les théories iatro- chimiques avaient enfantées, la patliologie des organes de la digestion était à peine ébauchée, au commencement de ce siècle. Pinel, dont la sagacité et la s?.ge critique ont rendu des services qu'on a trop rapidement oubliés, indiqua les vrais caractères d'un certain nombre de maladies. Broussais porta toute son attention sur les maladies du tube digestif et en fit le principal fondement de sa doctrine. C'est, grâce aux discussions animées qui s'engagèrent à ce sujet, que les médecins comprirent l'importance des maladies de cet appareil. Bientôt l'étude des liquides de l'économie, et surtout les expériences innombrables qui furent instituées pour connaître les fonctions de chaque glande, de chaque partie du tube digestif et de ses annexes, amenèrent la découverte de faits entièrement nouveaux.

On peut, dans l'étude des phénomènes de la digestion, suivre deux ordres différents : dans l'un , purement physiologique, on ne se préoccupe que des actes de même nature, tels que la mastication, la déglutition, les Vomissements, la défécation, qui s'opèrent à l'aide de l'action synergique de plusieurs muscles différents et placés souvent loin les uns des autres. Les phénomènes chimiques, tels que l'insalivation, la sécrétion du suc gastrique, de la ])ile pancréatique , enfin la chymification ,

constituent les autres actes essentiels de la digestion.

L'autre ordre consiste à étudier les symptômes dans chaque section de l'appareil digestif, c'est-à-dire à chercher les altérations de structure et de fonction qui ont leur siège : 1° dans la cavité buccale ; 2" dans le pharynx et l'œsophage-, 3° dans l'estomac ; h° dans le duodénum; 5° dans les intestins ; 6° dans le rectum et l'anus. Cette méthode mixte, c'est-à-dire tout à la fois anatomique et physiologique, l'emporte sur les autres. Nous la suivrons de préférence, parce qu'elle permet de saisir et de rapprocher les symptômes qui ont même siège , même cause et même nature. Il nous sera facile d'ailleurs de rattacher chaque ordre de phénomène à des fonctions bien déterminées.

§ I. Symptômes fournis par la cavité linccalc.

Symptômes Les symptômos qui ont leur siège dans la cavité buccale ! parTciviié rapportent: !<> aux lèvres; 2° aux gencives; 3" aux; buccale : dcuts ; II" aux joucs ; 5» à la voûte palatine ; 6° à la langue ; ; 7° aux sécrétions glandulaires.

Il faut chercher, dans chacun de ces organes, lesî symptômes communs et les troubles fonctionnels : ainsi i que les altérations de forme, de volume, de couleur, dea consistance, de continuité, de sécrétion et de mouvement. .1 i» Par les lèvres ; 1° fièvres. Des signes d'une grande valeur proviennent!

de l'inspection des lèvres; nous indiquerons rapidement! les principaux, afin de montrer au praticien comment ili peut utiliser des phénomènes qui semblent, au premier-^ abord, de peu d'importance. Formées d'un tissu cellulaire abondant et riche en vaisseaux, d'une membrane muqueuse, de glandes et de muscles, les lèvres constituent

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un organe complexe , dans lequel les maladies produisent des altérations variées.

a. Leur volume est modifié.

Tantôt accrue d'une manière considérable pendant plu- ^ynp'û'nes tirés

^ ^ du volume

sieurs mois et même plusieurs années (scrofule) , sous des lèvres : l'influence de la gêne de la circulation générale (maladie du cœur , asphyxie , strangulation) ou locale (glossite , angine, tumeurs de la face) , d'une phlegmasie simple, spécifique, transmise aux lèvres, etc. (stomatite simple, mercurielle, syphilitique, phlegmon, érysipèle gengival, piqûre d'insectes).

Les lèvres sont petites, amincies dans la contracture spasmodique.

b. Couleur. Les lèvres sont plus ou moins décolorées, de leur couleur; blanchâtres dans l'anémie et la chlorose ; d'un rouge vif

et vermeil dans la scarlatine ; bleues, livides, dans les maladies du cœur, l'emphysème, le choléra et la cyanose ; elles présentent des taches, des ecchymoses bleues et de petites tumeurs dans le purpura , le scorbut , l'ictère grave ; des plaques noirâtres, gangréneuses, dans la fièvre typhoïde.

c. Conlinuitê et consistance des tissus. Elles peuvent de la lésion être altérées par des lésions de nature très-diverse : '^^ coaunuué -, 1" par des bulles d'herpès {herpès labialis), dans les

fièvres éphémères, gastriques, bilieuses et toutes les pyrexies ; 2° par de petites érosions superficielles, arrondies, qui ont leur siège dans les glandes mucipares et occupent la face interne des lèvres, de l'inférieure principalement (aphthes ulcéreux et inflammatoires) ; 3° par des fissures situées sur une des commissures ou sur toutes deux, grisâtres , à bords durs, et accompagnées d'adénites sous-maxillaires (ulcères syphilitiques secon- III. -^5

.^i4e SÏMPTOMES BUCCAUX.

daires, rarement primaires); par des ulcérations à peu près semblables, causées et entretenues par une dent cariée ; 5» par un ramollissement gangréneux d'abord superficiel, et qui finit par comprendre toute l'épaisseur de la lèvre inférieure ou supérieure (stomacace ou gangrène de la bouche chez les enfants , fièvre typhoïde, charbon, pustule maligne, stomatite mercurielle) ; 6° par des couches de muguet ou des fausses membranes diphthéritiques recouvrant une partie ou la presque totalité de la face interne des lèvres (toutes les affections chroniques à leur période ultime, scarlatine, diphthérie) ; 7° par des taches brunes ou jaunes qui proviennent des matières vénéneuses irritantes, avalées ; c'est ce qui a lieu dans l'intoxication saturnine, après l'absorption du plomb, de la lésion Lésion de sécrétioii. Le poli de la membrane mu-

(le sécrétion;

queuse labiale est presque toujours altéré dans les affections aiguës et môme chroniques, par les produits morbides que sécrètent les muqueuses. La sécheresse des lèvres qui accompagne la dessiccation des autres parties de la cavité buccale se rencontre dans tous les états morbides caractérisés par la fièvre, dans les maladies générales et lesphlegmasies (péritonite, dysentérie, en téro-coli te, etc.) . Le plus ordinairement la sécrétion est viciée, et son produit, auquel se mêlent du sang, les débris d'épithélium et des matières étrangères, forme alors ces enduits jaunes et bruns auxquels on a donné le nom de fuliginosités (pyrexies, inflammations , maladies générales marquées par l'ataxo-adynamie, affections hémorrhagiques, délire, etc.).

du mouvement g. Mouvenwits dcs Uvres. Ils sont altérés d'une manière

des lèvres

remarquable, dans les maladies. Les lèvres sont amincies

et serrées convulsivement (délire , convulsions , face grippée, émotion morale, crainte et fureur) ; relevées vers les commissures, dans le rire (folie, délire, hallucination); et ce mouvement accompagné d'une expression sinistre du visage (rire sardonique). Elles sont fortement tirées, en haut et d'un côté, dans les convulsions toniques et cloniques ; abaissées dans la paralysie de la face.

2° Gcucivcs. On retrouve sur les gencives les mêmes signes tirés symptômes que sur les lèvres. Ainsi, les colorations des gencives, blanche, noire, fuligineuse, hémorrhagique, se rattachent aux maladies que nous avons déjà signalées. Les symptômes qui ont leur siège sur les gencives et qu'on peut considérer comme des signes importants de maladie sont : 1" les différents degrés de rougeur inflammatoire^ Rougeur. ulcéralive qui précèdent et accompagnent l'éruption dentaire ; 2" le ramollissement avec tuméfaction et exhala- RamoUissemem. tion sanglante; il est commun dans les cachexies, surtout scorbutique, cancéreuse, scrofuleuse, syphilitique, etc. Les mêmes altérations se retrouvent dans les maladies des dents, du périoste dentaire et chez les vieillards, etc. 3" Une coloration noire en forme de liséré, entoure le col- colorations let de chaque dent et constitue le signe caractéristique ">orb"ies. de l'intoxication saturnine aiguë et chronique. li° Au lieu de cette coloration, on observe quelquefois une teinte bleuâtre, livide, qui dépend de la malpropreté et du ramollissement atonique des gencives : elle ne doit pas être confondue avec la couleur noire plombique. 5" De petites fausses membranes minces, pultacées, formées par une simple desquammation épithéhale, recouvrent la face antérieure des gencives inférieures, au niveau des incisives surtout, dans un grand nombre de maladies aiguës et chroniques (fièvre typhoïde , pneumonie ,

Symptômes fournis par les dent?.

phtliisie. 6" On trouve fréquemment une substance blanche, molle et pultacée, disséminée par point ou par plaque, sur les gencives et les autres parties de la membrane muqueuse, dans la période ultime des maladies chroniques (phthisie, diarrhées, métro-péritonite, etc.). 7° Notons enfin la coloration brune, fuligineuse, hémorrhagique, dans les fièvres graves, les exanthèmes et tous les états ataxo-adynamiques.

3" Dents. L'absence et le nombre des dents, leur mode d'usure, fournissent des signes précieux qui servent à caractériser l'âge des malades, l'habitude de fumer et les accidents de la dentition. Il faut rechercher si les dents sont altérées , lorsqu'il existe des névralgies faciales ; noter leur coloration brunâtre chez les sujets atteints de fièvre typhoïde , leur chute ou leur ébranlement dans les affections scorbutiques, syphilitiques, dans la stomatite mercurielle. Les lésions du mouvement des mâchoires donnent lieu au claquement et au grincement des dents pendant le frisson des fièvres, dans les maladies cérébrales (méningite simple ou tuberculeuse).

/i" Joues. Elles sont le siège des mêmes colorations pathologiques, que les lèvres et les gencives. On y remarque : 1° des aphthes simples, ulcéreux ; 2° des ulcérations grisâtres dues à la carie dentaire, à la malpropreté, à l'usage du tabac fumé ou mâché ; 3° l'ulcération syphilitique secondaire ; Zi» la gangrène de toute l'épaisseur de la joue, etc.

voûie palatine. 5° Voûte palatine. Sa Coloration est d'un rouge vif et pointillée dans la scarlatine ; elle est couverte de pustules dans la variole ; d'une teinte pâle, dans l'anémie, les cachexies ; violacée dans les maladies du cœur, l'emphysème et la gêne de la circulation générale. On y remarque aussi

Symptômes fournis par l'examen des joues.

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des perlbrations scrofuleuses ou syphilitiques et d'autres produites par la morve chronique. Elles font communiquer les fosses nasales avec la bouche et fournissent des signes certains pour reconnaître la nature de ces diverses maladies.

6" iiang;uc. Avant que la structure et les fonctions des symptômes tirés

T . ,1 de l'élude

divers organes qui servent a la mastication et à 1 insaliva- la langue, tion buccale fussent bien connues, avant surtout, que la pathologie des organes digestifs qui est de création toute récente, eût révélé l'importance des symptômes, dont la bouche est le siège, on négligeait cette étude. Tout d'un coup, sous l'empire de la doctrine exclusive de l'irritation, elle prit une importance exagérée. On est revenu depuis à une appréciation plus juste et plus vraie des symptômes. On a pu se convaincre par l'observation, et contrairement à ce qu'on avait avancé, qu'ils ne peuvent servir, que dans des cas rares , au diagnostic des maladies de l'estomac et de l'intestin. On verra plus loin qu'ils sont même plutôt en rapport avec les maladies générales qu'avec les maladies gastro-intestinales.

La langue est formée de tissus différents, à l'aide des- Divisions

, n T. T . 1 • 1 • 1 des symptômes

quels elle accomplit des actes physiologiques complexes. nnguaux. Il se passe en elle des troubles l"de circulation, 2" de sécrétion, 3" de sensibilité, h° de mouvement, qui indiquent l'existence de maladies situées dans des organes plus ou moins éloignés.

1° Trouble de circulation. Organe éminemment vascu- symptômes

" ^ fournis

laire, la langue participe, par l'intermédiaire de ses vais- par la circulation seaux, à tous les changements morbides qui peuvent se p^l^de' la passer dans la circulation générale. La pâleur de la mein- langue, brane muqueuse linguale, surtout à sa face inférieure et au niveau du frein, indique l'anémie et par conséquent

les maladies organiques qui la produiseut (cancer, tubercules, albuminurie, etc.)

A. uougeur La rougeur est le signe de l'hyperémie des capillaires, partielle. Qq^^q rougcuF cst partielle ou générale. A, partielle, elle

détermine une injection du pourtour ou delapointede la langue. Les papilles filiformes et coniques, d'une part, fongiformes de fautre, c'est-à-dire leurs vaisseaux, sont souvent le siège exclusif de la rougeur, qui se manifeste alors, sous forme de petits points élevés, saillants, coniques ou arrondis semblables aux granulations brillantes qu'on aperçoit sur la fraise. Quelquefois elles constituent de très-fines villosités qui s'érigent, se hérissent et donnent à la langue l'aspect hérissé, tomenteux, qu'elle a chez le chat, surtout quand l'épiderme se détache et laisse à nu le derme. On observe la rougeur papillaire dans des maladies très-différentes, mais surtout dans les fièvres continues les exanthèmes, la pléthore; pendant l'excitation physiologique qui accompagne la préhension des aliments et la mastication , dans les maladies aiguës et chroniques de l'estomac (ramollissement , cancer, ulcère chronique) , On voit souvent les papilles s'hypertrophier et offrir une turgescence qui persiste pendant toute la durée de la maladie, dans les affections de l'estomac.

B. Rougeur B. La rougcur généraleiieut tenir à une hyperémie aiguë, i»da^nsTe'Jf!èircs, commc daus les maladies que nous venons de citer et

ei les spécialement dans les pyrexies, la fièvre typhoïde et in animations, pjj^ijg^jj^j^a^^ÎQjj^ T)a,ns la scarlatine, la langue offre à l'extrémité un pointillé rouge qui tranche avec l'enduit blanc étendu sur son limbe. Plus tard, dans la période de desquammation, elle devient d'un rouge vif dans toute son étendue, au moment où la membrane muqueuse se dépouille de son épithélium -, c'est alors aussi que les papilles

se dessinent sous forme de villosités rouges et saillantes. La même rougeur s'observe dans les inflammations de poitrine, des organes génitaux chez la femme, ou des viscères riches en vaisseaux sanguins; chaque fois, en un mot, que la circulation générale s'accélère et que la température s'élève, la langue est disposée à se sécher, et son système vasculaire à s'hyperémier. Dans tous ces cas la membrane muqueuse est rouge, surtout sur ses bords et à sa pointe ; en même temps elle est chaude et sèche. Le malade a conscience de cette sécheresse, qui est un symptôme du même ordre que celui qui se passe à la peau.

Nous ne ferons que signaler la rougeur vive qui accompagne l'hyperémie dans la stomatite érythémateuse, simple, mercurielle et celle qui précède les exsudations pseudo-membraneuses de la diphthérie.

Une autre hyperémie qui détermine une rougeur géné- Rougeur générale raie, uniforme de la membrane muqueuse, est celle qu'on ircircuiaiion observe dans les maladies du cœur ou du poumon qui p'»'" aUéraiiou

. 1,, <lu saug.

ralentissent le cours du sang et gênent aussi 1 hématose, et dans les altérations du sang, comme chez les cholériques, les scorbutiques. La langue est alors d'un rouge livide, sans sécheresse, souvent avec des enduits variables ; sa température normale ou plus basse.

Nous rapportons aux maladies du sang les exsudations némorrhagie;

^ ^ enduits brunâtres

sanglantes qui se font à la surface de la langue, tantôt que forme en quantité assez considérable, comme dans le scorbut, les maladies du foie, la fièvre jaune, ou en très-petite quantité, comme chez les malades atteints de fièvre typhoïde, d'angines graves, de diphthérie. Il se forme alors sur la face supérieure de la langue un enduit jaune ou noirâtre plus ou moins épais, tantôt humide, tantôt solide.

Troubles de la sécrétion linguale.

Humidilé.

Sécheresse de la langue ; troubles du système nerveux.

Déperdition

générale des liquides.

qui donne naissance à des croûtes brunes plus ou moins épaisses, à la chute desquelles on aperçoit la membrane muqueuse dépouillée et lisse : telle est la cause la plus ordinaire des fuliginosités linguales dans les pyrexies.

2" Altération de la sécrétion. Les sécrétions de tout genre, qui se font dans les glandes propres de la langue et dans celles qui versent leur produit dans la cavité buccale, s'altèrent durant le cours des maladies, et il en résulte des changements dans l'humidité naturelle de la langue.

Humidité linguale. A l'état normal, la langue est toujours couverte d'une couche de liquide fournie par les glandes mucipares réparties sur toute son étendue, à sa base surtout. Les glandes qui fournissent la salive concourent, pour la plus grande part, à entretenir cette humidité. Les maladies agissent à la fois sur ces deux ordres de glandes, et modifient leur sécrétion.

Sécheresse de la langue. Les émotions morales vives, la faim, la soif, sèchent la langue; la rendent collante, visqueuse : ce dont on s'aperçoit en y passant le doigt. Toute maladie qui trouble fortement le système nerveux produit les mêmes effets : tels sont l'ataxie, l'adynamie et les états morbides dans lesquels on observe ces lésions du système nerveux.

Une seconde cause de la sécheresse linguale est le développement d'un travail phlegmasique ou de la fièvre, qui diminuent ou tarissent la sécrétion. Il en est de même lorsque l'économie fait une déperdition rapide ou lente, mais continuelle, d'une grande proportion d'eau, comme dans les hémorrhagies abondantes, dans les sueurs profuses des phthisiques ou de la fièvre intermittente, dans le diabète, la polyurie, les hydropisies, etc.

Lorsque la sécheresse de la langue est générale, elle

devient semblable à un morceau de parchemin ou de corne, et ses mouvements, ainsi que l'articulation des sons, deviennent alors très-gênés. La sécheresse n'existe souvent qu'au centre; les bords sont encore mouillés, et ne se sèchent que plus tard. Outre cet état de la membrane, on observe tantôt la rougeur, tantôt la coloration naturelle de son tissu, ou bien des enduits jaunes, bruns ou blanchâtres.

Quelques influences purement physiques peuvent des- Évaporation sécher la langue. L'habitude de respirer par la bouche, **"ingua!^*' surtout pendant le sommeil, la privation des boissons, la diète intempestive ou trop prolongée,, une température atmosphérique élevée , et surtout l'accélération des mouvements respiratoires, comme dans les maladies de la plèvre et du poumon, produisent cet effet.

La langue conserve son humidité naturelle dans les maladies apyrétiques, les lésions chroniques, l'anémie et toutes les affections qui épuisent lentement les systèmes, sans accélérer la circulation. Toutefois, dans la période ultime de toutes les maladies, la langue se sèche, et ce signe annonce l'imminence d'une fin prochaine.

Des difjérents enduits de la langue. Il faut attribuer Enduits linguaux, la formation des divers enduits qui couvrent la langue aux lésions de sécrétion du mucus et aux lamelles épithéliales ; d'autres causes y concourent. Il faut savoir d'abord que les matières déposées à la surface de la chercher

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langue proviennent de trois sources différentes : 1° de la i"dansiaiangue; membrane muqueuse linguale. La desquammation abondante de l'épithélium et le mucus forment l'enduit blanc, mince, toujours acide qu'on oberve sur la langue, surtout le matin, avant toute espèce d'alimentation. Dans l'état morbide, à ce mucus viennent s'ajouter de la matière

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colorante de la bile, sécrétée par les glandes mucipares, du sang exhalé, du pus, des produits pseudo-membraneux, et les champignons du muguet. 2" La membrane qui ta- 2» dans la cavité pissc la cavité buccalc fournit les mêmes liquides, soit buccale; normaux, soit pathologiques; la salive qui y afflue en grande quantité peut donner passagèrement une réaction 3° dans alcaline aux enduits qui tapissent l'organe. 3" La mem- ^''normaief ' ^rane liuguale reçoit et retient les molécules d'aliou morbides meuts, de boîssous, de médicaments (coloration par le

situées en dehors . -ifi- .\i •>

de celte cavité, vui, par 1 extrait de réglisse, etc.); les poussières que l'air respiré apporte avec lui, et enfin les matières liquides ou solides, de provenance morbide, rejetées par le vomissement ou expectorées (bile, sang, matières noires, urine, excréments, crachats purulents, muqueux, etc.). Si nous ajoutons les altérations de couleur déterminées par des substances que le malade place sur sa langue pour tromper le médecin, nous aurons énuméré toutes les causes qui produisent les enduits linguaux. Enduits 1° Enduits muqueux. A l'état normal, lorsqu'il n'a été muqueux. avalé aucuno substance solide ni liquide, la face supérieure de la langue offre une teinte blanchâtre, plus marquée au centre qu'à son pourtour. Si le mucus sécrété est plus épais, plus visqueux, il se forme un enduit blanc très-acide, semblable à un dépôt crémeux ou argileux que les boissons, les aliments, le raclage même ne détachent qu'avec peine. La coloration blanche de la langue est surtout prononcée vers la base, aux environs du foramen cœcum ; parfois elle constitue une large bande cen-r traie ou couvre la face supérieure et les bords de l'organe. État saburrai En môiiie tcmps quc les enduits se forment, la bouche de la langue, (^^gyig^j^ amèrc OU fade, nauséeuse, l'appétit se perd, la langue colle au palais et aux lèvres, la salive est

mousseuse; en un mot on a tous les symptômes de l'état saburral des premières voies. Ces enduits servent mieux que tous les autres signes à caractériser les états pathologiques qui ont reçu le nom d'embarras gastrique signe des nèvres et de fièvre gastrique simple. S'il existe en môme temps satiriques, une coloration jaune évidente du mucus lingual, on a le double état morbide qu'on appelle Vétat bilieux et la fièvre gastrique bilieuse.

On observe l'état saburral après l'indigestion, la trop grande réplétion de l'estomac, les excès de table, au début de la lièvre typhoïde, et de toutes les pyrexies, en général, après quelques jours de diète, pendant la constitution médicale du printemps et de l'automne, en un mot dans le cours des maladies qui se compliquent d'embarras gastrique.

En même temps que la langue se couvre de ces enduits morbides, elle peut se sécher ou conserver son humidité naturelle, rester pâle ou se colorer en rouge, sur son limbe et à sa pointe. Dans ce cas la rougeur tranche sur la couleur blanche des parties environnantes. Dans les conditions morbides diverses que nous venons de passer en revue, l'acidité du mucus est très-prononcée ; jamais elle n'est remplacée par une réaction alcaline.

2" Enduit bilieux. La matière colorante de la bile vient Enduit bilieux, quelquefois teindre les deux faces du repli membraneux qu'on appelle le frein de la langue. Quoi qu'on en ait dit, jamais l'ictère n'y est aussi manifeste que sur les sclérotiques où il faut aller le chercher de préférence. La matière colorante jaune de la bile constitue un enduit plus ou moins épais, tantôt placé au centre sous forme d'une bande jaune médiane, tantôt uniformément répandu sur toute sa surface. La bouche est mauvaise, amère, sèche

OU pleine d'une salive épaisse et mousseuse. L'enduit que nous venons de décrire caractérise nettement l'état bilieux ; il se montre dans toutes les maladies qui se compliquent d'une altération humorale de ce genre. La fièvre gastrique bilieuse, les rémittentes et les maladies locales avec complication bilieuse , telles que la pneumonie, le rhumatisme, les fièvres typhoïde, puerpérale, etc. , donnent lieu fréquemment à cet état de la langue. Il est commun au printemps et surtout en été , sous l'empire de certaines constitutions médicales.

Enduits 3° Enduits sanguins. Nous avons déjà indiqué les malasanguins; ^^^^ ^^^^ lesquellos, le sang venant à sortir de ses vaisseaux, il se forme sur la langue des sortes d'écaillés brunâtres, molles ou sèches, soulevées ou adhérentes, et dues en grande partie au sang concrété et mêlé au mucus. Il peut aussi provenir des fosses nasales ou des voies respiratoires.

de nature A" Euduits de nature diverse, A. Pseudo-membranes, diverse. roncoutre sur la langue des lambeaux fibrineux, blan-

châtres, de consistance et de dimension variables, dans la scarlatine, la rougeole, la dernière période d'un grand nombre de maladies (fièvre puerpérale, phthisie, péritonite, pneumonie et affections cancéreuses) , dans le muguet et la stomatite simple, mercurielle, etc. B. Les végétaux qui constituent, en partie, les plaques du muguet se déposent sur la langue sous forme de grains blancs, semblables à du lait caillé (affections précédentes). C. Les médicaments, les substances alimentaires, les boissons, donnent aux enduits de la langue des couleurs différentes ; il suffit d'en être prévenu pour les rapporter à leurs véritables causes (vin, café, sous-nitrate de bismuth, etc.). La langue acquiert parfois, sans cause appré-

ciable, une couleur noirâtre qui n'a d'ailleurs aucune espèce de gravité.

3° Alléralion de la sensibilité laclile et giistaiive. Nous l*"»" ne ferons que rappeler ici les principaux troubles qui a, générale; portent sur cette fonction. La sensibililé gêncràle est augmentée dans les phlegmasies de la bouche (stomatite), dans les névralgies, la gastralgie, l'hypocondrie; les malades éprouvent une sensation de chaleur, de brûlure, (le sécheresse, de picotement continuel ou intermittent sur la langue. L'hyperesthésie ou l'anesthésie existent sur Loute sa face supérieure ou d'un seul côté 5 les malades ne sentent plus le contact des substances ahmentaires, mais ils en apprécient très-bien la saveur (hystérie); d'autres, au contraire, ont la sensibilité tactile exaltée et ils ne peuvent manger sans douleur vive : nous avons observé ce symptôme chez une femme atteinte de névropathie liée à une affection utérine. La sensibilité spéciale, gustativc est fortement troublée dans un grand nombre de maladies locales et générales. Ainsi dans la gastralgie simple, hystérique ou chlorotique, le goût est altéré et perverti de plusieurs manières; un goût de poivre, de sang, une saveur métallique, amère, acide, se fait sentir sur la langue, quoiqu'il n'y ait aucune cause appréciable à ces diverses sensations (hallucination du goût). Le goût des aliments est entièrement aboli dans l'embarras gastrique et l'état bilieux, ou remplacé par une des sensations précédemment décrites.

h° Altéralion du mouvement. La langue est contractée , petite et lancéolée à sa pointe dans les maladies fébriles, les exanthèmes; tremblante dans les affections ataxoadynamiques; oubliée sur les lèvres lorsque les sujets tombent dans nn état adynauiique, comateux ou sopo-

D, spéciale ou guslalive.

Altéralion du mouvement.

Déviation de la langue.

Changemenl de température,

reux; sortie hors de la bouche et portée d'un côté, tantôt par l'effet de la convulsion des muscles, tantôt par suite de la paralysie d'un certain nombre d'entre eux. La déviation de la langue est un signe fréquent de l'hémorrhagie cérébrale : sa pointe se dirige ordinairement vers le côté paralysé de la face ou du corps, parce que la contraction des muscles linguaux restés sains et sans . antagonistes a pour effet de porter l'extrémité de la langue : du côté opposé. On trouve des cas où cette déviation est ; complète, d'autres où elle n'a pas lieu; ce qui tient à ce ^ que les muscles linguaux ne sont pas paralysés au même : degré, et à ce qu'ils peuvent jusqu'à un certain point se : suppléer. On n'oubliera pas que les mouvements linguaux ; sont souvent altérés uniquement à cause de la sécheresse î extrême de la membrane muqueuse et de la douleur que ? l'inflammation, les déchirures, les ulcérations y déterminent.

5° Altération; température. La température de la langue et de la cavité buccale représente exactement la tempéra- ■ ture du corps; on peut, dans le cours des maladies, l'y' chercher avec le thermomètre. Les fièvres, les inflamma- tions, les exanthèmes élèvent cette température ; en pareil I cas, le doigt placé sur la langue y sent une chaleur intense, tandis que, au contraire, elle est froide, glacées même dans toutes les affections qui déterminent la cya-inose (maladies du cœur, toutes les cyanoses, le choléra, , l'asphyxie, etc.).

Dans les divisions précédentes rentrent toutes les mo- • dilicatious de couleur, de volume, de température, du i goût, etc. Nous ajouterons pour terminer qu'on doit rechercher encore si la membrane qui couvre la langue n'est pas le siège d'ulcérations, de tumeurs cancéreuses, ,

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