ÉPIDÉMIE
épidémies ne manquent jamais d'exercer sur une partie de la population des villes. Les convalescents et les malades qui ont été guéris de l'aflection régnante éprouvent, lorsqu'elle vient à reparaître, quelques accidents légers qui rappellent, par leur nature et leur siège, les principaux symptômes de la maladie. Il faut que l'épidémie ait une action bien puissante et bien étendue pour que ni l'âge ni le sexe ne soient épargnés. Cependant lors même qu'elle possède ces funestes propriétés, elle ne frappe pas avec la môme fréquence tous les sujets. Elle n'épargne pas plus les animaux que l'homme. On trouve dans la relation des grandes épidémies du moyen âge, et de celles qui se sont manifestées dans ce siècle, des documents précis qui montrent que la nature des accidents, la forme des lésions, la mortalité, sont presque semblables, chez les animaux et chez l'homme.
L'épidémie a cela de remarquable qu'elle diminue no- Kiie fait ccsspr tablement le nombre des maladies sporadiqaes ; elle peut ^^^^^^ mliadics; même , quand elle a une grande intensité et qu'elle est à sa période d'augment ou d'état, les faire disparaître complètement. Pendant que le choléra sévissait à Paris, presque toutes les autres maladies cessèrent, et leurréap- ' parition annonça la diminution et le prochain départ de l'épidémie. En Orient , quand il se manifeste une épidémie de variole dans une ville décimée par la peste, celle-ci ne tarde pas se dissiper.
Un autre genre d'influence exercée par la maladie sur ou eiie les affections sporadiques, consiste dans le développement '^qup,™-uni"° d'un ou de plusieurs symptômes qui appartiennent àl'é- de ses caractères pidémie. A l'époque du choléra il n'était pas rare d'ob- ^i'o^«<^'i"^'«server, dans les villes où il régnait, des diarrhées séreuses et blanchâtres, des vomissements , la réfrigération avec
Elle donne l'imir.unilc.
Cocïislencc de
deux épidémies.
Dèlerrainalion des maladies cpidémiques.
OU sans cyanose, sur des sujets atteints de pneumonie, de plithisie, de fièvre typhoïde, en un mot de maladies trèsdifterentes, parleur nature et leur siège.
Enfin l'épidémie crée généralement chez les sujets qui en ont été atteints une immunité qui leur permet de résister aux nouvelles apparitions de la maladie ; elle pai-aît même les fortifier contre les attaques des autres maladies.
Deux épidémies peuvent -elles coexister ? On doit répondre négativement si l'on donne à ce mot son véritable sens, et si l'on met de côté les épidémies fixes et temporaires qui d'ailleurs, sont effacées par l'épidémie. On a vu, dans les villes assiégées, la dysenterie et le typhus exercer en même temps leurs ravages, la rougeole et le catarrhe pulmonaire se montrer simultanément; mais la contagion et finfection prennent alors la plus grande part dans la production de ces maladies. On ne peut douter que les grandes épidémies ou éventuelles ne s'excluent l'une l'autre.
Des maladies qui se manifestent sous forme d'épidémie évenluetle. A en croire quelques auteurs, toutes les maladies internes sporadiques auraient été observées, à l'état d'épidémie. Nous croyonscetteopinion exagérée. Une première difficulté qu'il faut lever d'abord consiste dans la confusion opérée entre l'épidémie et fendémie. La peste, la fièvrejaune, sont évidemment desendémies que la con tagion peut ou non transmettre au loin. Le goitre, le crétinisme, les fièvres paludéennes, la pellagre, la pustule maligne et tant d'autres appartiennent également à la catégorie des afïections endémiques. Pour qu'on puisse regarder une maladie comme épidémique, il faut qu'elle offre tous les caractères que nous avons indiqués avec
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détail. En se plaçant à ce point de vue, on trouve que les maladies, qui méritent réellement ce nom, sont peu nombreuses ; celles qui aflectent le système nerveux et l'appareil locomoteur sont : — la méningite cérébrospinale, riiyperémie cérébrale (?), l'acrodynie; — les Knuméraiiou
, . Il • , de ces maladie
organes respiratoires : croup, coqueluche, grippe, lièvre catarrhale, pneumonie, angine simple, gangréneuse, pseudo-membraneuse; — le tube diyesUf : diarrhée, dysenterie, alïection vermineuse: — syslèmc cutané et muqueiix : suette, miliaire, érysipèle, gangrène, ophtlialmie; — j/yrexics : peste noire, fièvre typhoïde, typhus, fièvre gastrique simple ou rémittente, fièvre bilieuse, fièvre puerpérale, diphthéiie, choléra; — les exanthèmes : variole, rougeole, scarlatine. Discuter les droits que possède chacune de ces maladies au titre d'èpidcmie, nous entraînerait trop loin. Nous ne prétendons pas non plus essayer une classification inipo^-^sible ; nous ferons seulement remarquer que toutes les aflections épidémiques ont pour caractère d'être des maladies générales qui peuvent bien avoir, comme le disait CuUen, une détermination morbide locale sur la peau , l'intestin , les bronches, les poumons, etc., mais qui peuvent être aussi privées complétementde cette particularité, coinmele choléra, la diphthérie, le typhus. Quant aux exanthèmes que nous avons mis au rang des épidémies, s'il est vrai que la contagion soit la principale cause de leur pro|)agation épidémique, il faut cependant reconnaître qu'un agent épidémique paraît leur donner une violence et une extension qu'elles n'auraient pas sans lui. La preuve en est dans la cessation de la maladie, malgré son caractère contagieux et une fois que l'influence épidémique ne règne plus.
950 CAUSES COSÏVJIQUES.
Différences Différences entre V épidémie, l'endémie et la contagion.
'ru'endém™'^ iNous souimes maintenant en mesure de tracer les caractères distinctifs de l'épidémie et de l'endémie. Cette dernière exerce son inOuence pathogénique d'une manière continue, permanente sur tous les sujets qui y sont soumis, et s'éiend peu hors de sa sphère d'action. Elle n' émigré pas, ne parcourt point différents pays, à moins qu'elle devienne épidémique (choléra, suette) ou contagieuse (peste, fièvre jaune); elle n'empêche pas les autres maladies de se développer. Ces caractères suffisent pour qu'on n'aille pas placer, parmi les épidémies les fièvres intermittentes, le scorbut, le pian, le radesyge, etc.
Eriirc l'épidémie On a de tout temps éprouvé une difficulté extrême à
eiiaconiagion. sôj)arer l'épidémie dcs maladies contagieuses. En effet, quand les maladies épidémiques émigrentdes lieux où elles se sont développées, pour se répandre au loin, les uns disent qu'elles se propagent en qualité d'épidémie,- les autres assurent que c'est à l'aide de la contagion. C'est pour ces motifs qu'on a soutenu que la peste, la fièvre jaune sont des maladies endémiques qui marchent à la façon des épidémies. D'autres, ont prétendu à leur tour, que le choléra, la suette, la fièvre catarrhale sont des maladies contagieuses. Nous nous trouvons donc toujours en présence de la même difficulté. Il s'agit d'isoler l'action de l'épidémie de celle qui appartient à la contagion. Nous inclinons fortement vers la doctrine qui tend à restreindre le domaine de la contagion et à étendre beaucoup celui de l'épidémie et de l'endémie. Cependant on ne peut pas s'empêcher de reconnaître qu'une maladie épidémique ou endémique peut devenir contaépidémiques gî^use et sc propager au loin, à l'aide de quelque con-
ei contagieuses, ditiou morbide nouvelle qui s'est développée consécuti-
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vement. On a fait un groupe à part de ces malaladies sous le nom d' épidémiques contagieuses.
Causes des épidémies. En plaçant cette cause dans un causes principe inconnu que contient l'air et qui le transporte à '^^^ épidémies, de grandes distances, on n'a pas beaucoup éclairé l'étiologie. Mieux vaut encore cet aveu de notre ignorance que toutes les hypothèses à l'aide desquelles on a prétendu expliquer le développement des épidémies éventuelles. Nous ne ferons que mentionner celles qui ont eu quelque retentissement. Prévenons d'abord le lecteur que nous ne prétendons parler ni des épidémies fixes ni des temporaires, encore moins des endémies qu'on voit figurer, à tort, dans l'histoire des épidémies.
Nous avons eu bien souvent occasion de faire remarquer que la confusion extrême opérée entre les maladies épidémiques, contagieuses et infectieuses rend impossible la détermination de leur cause. Comment réussir à trouv6r l'origine de maladies que les uns supposent dues à la contagion, tandis que les autres les attribuent à une influence locale endémique, d'autres enfin à l'infection produite par l'agglomération des hommes et par leurs miasmes ?
On a cherché à en expliquer le développement par les Influences altérations des propriétés physiques et chimiques de l'air; »^'"o'P''é'"iques. mais on n'est parvenu à aucune notion certaine à ce sujet. On a vu les épidémies parcourir les climats les plus opposés, sans perdre de leur force. Ni les chaleurs les plus grandes ni les froids les plus rigoureux n'ont empêché le choléra de sévir avec violence. Il est vrai que la peste, la fièvre jaune s'accroissent, au moment des grandes chaleurs; mais il s'agit de maladies endémiques et non d'épidémies. Or on sait que les foyers dus à la fermentation
putride des matières végétales et animales sont la cause vraie ou supposée de ces maladies.
Froid Les eiïets du froid et de l'humidité sont très-incertains ;
cl variations cependant on s'accorde à reconnaître que les variations
de Icmpéralure. . , .
extrêmes de température concourent à 1 invasion des épidémies, surtout lorsque celles-ci ont pour phénomène prédominant quelque trouble des fonctions respiratoires, comme la grippe, les affections catarrhales, etc. Des vents. Los vouts agissent par les variations de température qu'ils produisent ou par les miasmes, les effluves et les molécules nuisibles qu'ils entraînent avec eux, à de grandes distances. 11 semble qu'ils doivent toujours favoriser l'extension des épidémies : rien cependant n'est moins exact. On a dit que, quand le Chamsin devenait impétueux, la peste disparaissait. On a vu des épidémies redoubler de violence quoiqu'un vent rapide dût conduire au loin les miasmes qui agissaient depuis longtemps sur la population.
Éiectriciiô. On a voulu également faire intervenir l'électricité ; mais s'il est vrai que des maladies épidémiques se soient manifestées immédiatement après un orage, d'autres ont été dissipées par la foudre.
Influence
Souvent les épidémies affectent une sorte de prédilec- ''^'^^''des'^*''^'' tion fâcheuse pour les individus appartenant à certaines proressions,eic. races. Nous avons déjcà parlé de l'immunité des juifs dans des épidémies de peste, de typhus, etc. On en cite d'autres où les ouvriers qui exerçaient certaine profession étaient épargnés, ou au contraire décimés par la maladie. Les femmes résistent mieux dans quelques cas, tandis qu'elles fournissent plus de victimes dans d'autres. En un mot rien n'est si variable que l'influence des âges, des sexes et surtout des tempéraments. On peut même dire, et
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c'est là est un de ses caractères les plus constants et les plus terribles, que la grande épidémie ne respecte personne et qu'elle frappe ses coups avec une impitoyable impartialité.
Ne nous arrêtons pas sur l'influence que l'on a attribuée, tour à tour, aux phases lunaires, aux éclipses, aux tremblements de terre, aux éruptions volcaniques, aux comètes, aux débordements des rivières, aux marées, et terminons par quelques remarques puisées dans la philosophie générale des sciences et qui rendront peut-être, à celui qui voudra s'y arrêter, plus de services que ne pourrait lui faire la longue et stérile énumération de tou tes les causes supposées des maladies épidémiques.
Chaque observateur, suivant la direction de son esprit, Fausses doctrines de ses études, de ses préjugés, a voulu placer la cause jeg"épidémies. de ces maladies, tantôt dans les agents physiques, et a choisi la chaleur, le froid ou l'électricité, tantôt dans les météores, et a pris à partie les éclipses, la lune, la pluie, les effluves, la constitution géologique du globe et les a fait provenir de la nature des terrains calcaires, sablonneux, argileux, etc. Chacun de ces observateurs convaincus, dont les recherches sont d'ailleurs dignes de tout éloge, n'a pas manqué de rencontrer un certain nombre de faits entièrement favorables à son hypothèse de prédilection. Comment s'en étonner? Les épidémies s'atta- Tomes chent à l'homme, le suivent dans tous les climats, au hypoihèses
' ' ont éle épuisées
milieu des modificateurs qui l'environnent de toutes parts. sur cet Elles se développent au milieu des phénomènes naturels ^^^^^^ les plus différents. Il faut donc qu'il y aitun certain nombre de coïncidences entre l'apparition de la maladie et les mutations si variables et si fréquentes du cosmos ; mais il y a loin de ce rapport entre deux phénomènes, àla découverte de la
cause bien démontrée de la maladie. Combien ne doit-on pas hésiter quand on songe que l'homme est environné de modificateurs puissants, qui agissent, sinmllanément, sur lui, et que pour savoir, au juste, quelle est la part d'influence qui revient à chacun d'eux, il faudrait pouvoir annihiler l'action nécessaire, incessante de tous les autres! On comprend dès lors qu'on en soit arrivé à attribuer les épidémies à tous les modificateurs cosmiques successivement. Nous ne dirons rien les médecins qui font intervenir les causes surnaturelles; chaque épidémie nouvelle ramène à peu près les mêmes hypothèses, plus ou moins rajeunies et débarrassées des préjugés et de la barbarie des anciens temps; on tourne, à peu de chose près, dans un cercle qui n'est pas meilleur.
Principe inconnu Une opiuion qui est assez générale attribue ces grands aimosi.i.érique. ^^^^^ l'humanité à une altération cachée de l'atmosphère. C'est le quid divimm , l'inconnu des anciens. Il faut reconnaître que cette hypothèse est très-probable, mais elle ne jette pas grande lumière sur la question. On voit les épidémies se comporter absolument comme si un principe spécifique vénéneux traversait les airs et cheminait ainsi, sans épuiser son action puissante sur les nombreuses victimes qu'il frappe çà et là, sans être arrêté par les agents physiques et chimiques les plus divers et les plus opposés, déjouant ainsi toutes les suppositions scientifiques, et ne laissant à l'homme que la crainte d'en ressentir bientôt les coups, sans pouvoir ni les prévenir ni les arrêter.
Ce qui résulte de moins douteux de l'étude étiologique des épidémies, c'est que les causes cosmiques, telles que le froid, l'humidité, les changements de température, etc., les causes somatlques comme l'âge, le