‹ Traité de pathologie généraleChapitre 25 sur 112 · CHAPITRE P · texte numérisé non relu

CHAPITRE P

Définition. La maladie est un état anormal du corps vivant caractérisé par une altération de structure ou par un trouble de fonction (i).

Par lésion de structure, on désigne toute modification que la matière organisée et inorganisée peut éprouver dans sa contexture et dans ses propriétés physicochimiques, telles que l'étendue, la forme, la densité, les rapports, la composition immédiate ou médiate.

La lésion de fonction consiste dans le trouble d'un ou de plusieurs des actes physiques, chimiques, vitaux, qui s'accomplissent au sein de l'organisme. Cette lésion d'acte est tantôt indépendante de toute lésion de struc-

Définition de la maladie.

Lésion de slruclure.

Lésion de fonclioii.

(I) Telle est la définition de Galien , qui est encore aujourd'hui la meilleure : « His in duobus sanitas qucerenda est, aut in functionibus secundiini naturam prodcunlibus, aut in oiganorum quibus functioncs edimus, structura; proindèque morbus vel functionis vol structura; la>sio est. » De morbonm dilfercniiis. cap. Il, p. ^'^1, édition de Kùhn.

lure appréciable , tantôt étroitement liée à cette dernière qui est en quelque sorte toute la maladie.

Les actes qui accusent le plus promptement et le plus sûrement l'existence d'un état morbide sont ceux qui dépendent de la mise en jeu des propriétés vitales, telles que Texcitabilité, la contractilité , la motilité, la sensibilité, l'intelligence.

Ainsi, tout changement dans les conditions normales de la matière ou des forces qui la régissent entraîne et Fausses Complète l'idée de maladie. Cependant, on a prétendu doctrines au q.,^^ |^ lésiou de structuro et de fonction ne la représente

sujet

de la maladie, pas tout entière , pas plus que la structure des organes et les fondions ne peuvent nous faire comprendre la vie. Des esprits subtils, croyant interpréter les faits, ont placé à côté du principe vital un autre principe antagoniste entrant en lutte avec lui, et donnant lieu à l'ensemble des phénomènes qui caractérisent la maladie. Quelques-uns ont considéré celle-ci comme un ellort de la nature destiné à expulser une cause , un principe morbilique ; les autres, comme une réaction de la vie, soit locale, soit générale, contre une lésion , un obstacle , un trouble ; celui-ci, une réaction accidentelle de l'organisme contre une cause de troubles (Keil); mieux vaut s'abstenir que de proposer de pareilles définitions. Bien loin de nous éclairer sur la valeur des choses, elles nous éloignent de la vérité, et nous font perdre de vue l'observation pure et simple des phénomènes morbides.

Manière

La vie est le résultat de la triple action du principe le l'envisager, y^j.^]^ (jg l' organisation, et des diverses inlluences cosmiques qui agissent sans cesse sur le corps de l'homme. La maladie doit également résulter : i° d'un nombre plus ou moins grand d'actes ou de fonctions qui continuent à

DE LA MALADIE EN GÉiNÉRAL

s'effectuer normalement ; a"^ du trouble d'une ou de plusieurs fonctions ; 3° de l'intervention d'un agent morbifique qui a usurpé la place des agents naturels ou perturbé leur action. Sans nous embarrasser de l'étude mystérieuse d'entités que nous ne pouvons saisir, nous devons faire consister la maladie dans la lésion d'un ou de plusieurs organes; dans la perturbation d'une ou de plusieurs fonctions; dans l'intervention toujours salutaire, mais souvent aussi insuffisante du principe de vie. La réaction , à dilférents degrés , et suivant des modes presque infinis, de ces trois éléments l'un sur l'autre, détermine la scène variée, changeante, à dénoûments divers, qui exerce la sagacité et l'intelligence du médecin pendant sa longue et pénible carrière. Initié à l'étude des sciences naturelles, il saura faire la part de chacune de ces influences ; il les opposera quelquefois l'une à l'autre, et parviendra par une longue et patiente observation à discerner les cas dans lesquels il doit intervenir, de ceux dans lesquels il doit rester spectateur des opérations habiles auxquelles se livre la nature.

Ainsi comprise, l'entité maladie est aussi utile à conserver que l'entité vie ; mais quand on veut remonter jusqu'à la connaissance des causes finales on se perd dans de vaines conjectures : on imagine alors des abstractions, des forces conservatrices, réparatrices, régénératrices, qui s'opposent à la destruction de l'homme, comme s'il n'était pas conforme aux lois naturelles de l'univers de voir l'homme mourir ; comme si la maladie n'était pas une nécessité et un moyen de ramener le nombre des êtres à certaines proportions commandées par leur distribution même à la surface du globe, suivant des lois fatales indiquées par l'économie politique et la philosophie.

Déûnition De LA SANTÉ. Pour que la notion de la maladie soit de la santé, complète, disons ce que l'on doit entendre par santé.

Elle existe lorsque toutes les parties constituantes du corps ont la structure normale que leur assigne l'anatomie, et lorsque les fonctions s'accomplissent suivant certaines lois que la physiologie a pris soin de nous faire connaître. Cependant, comme un type aussi idéal se montre rarement dans la nature, il est préférable de s'en tenir à la définition suivante : La santé est l'état normal de toutes les parties constituantes du corps qui permet Vexercice libre, facile et régulier des actes et des fonctions, et qui laisse à la vie toute V intensité nécessaire à la conservation de Vindividu et à la propagation de l'espèce. Des infirmité?. Quoiquc très- Variable suivant les individus , les races , les climats et l'âge, l'activité des organes doit atteindre et ne pas dépasser certaines limites qui sont tracées par l'observation (i). Souvent une lésion bien tranchée ne nuit en rien à l'exercice des principales fonctions. La hernie, l'ectopie du cœur, le bec-de-lièvre, un doigt surnuméraire, la courbure du rachis, le strabisme sont des maladies, parce que tout changement dans la structure capable de gêner ou d'empêcher l'accomplissement d'un acte, quelque limité et quelque minime qu'il soit, doit être réputé maladie. Il a paru étrange à quelques auteurs de considérer sous ce point de vue la santé. Pour eux, vivre d'une manière quelconque, c'est être en santé; or ces deux termes sont loin d'être équivalents, surtout lorsqu'on songe que pour faire cesser ce qui n'est qu'une tn^rmi/é aux yeux de quelques personnes, on est souvent obligé de recourir à un traitement douloureux et

(1) Fernel dit avec juste raison delà santé : « Amplo illam spatio contineri. » Pathniogia universaMs ; JJe morbi naturâ, rap. V.

même environné de danger. L'infirmité est donc ime maladie qui est seulement limitée, et occupe une partie non essentielle à la conservation de la vie.

Galien , qui a mieux compris que personne les véri- caractères tables conditions de la santé , veut avec juste raison que '^'^ les organes aient leur forme , leur grandeur, leurs proportions, leur situation, leurs rapports naturels, et en outre qu'ils fonctionnent bien et soient doués d'une certaine résistance aux causes morbifîques. Telles sont , en effet, les vraies conditions de la bonne santé.

Cette juste pondération des organes et des fonctions est précisément rompue dans Vélat valéludinaire (valetudo , imbecillitas corporis). On y observe des troubles fonctionnels qui se montrent sous l'influence de causes nulles ou si faibles qu'elles ne pourraient provoquer aucun effet appréciable sur un homme sain (i). Chez l'un, la sensibilité générale s'exalte à la moindre occasion ; un autre accuse des douleurs, des troubles de la digestion, une insomnie , de la constipation , de la dyspnée habituelle. La convalescence nous offre un exemple de cet état qu'on dit faussement intermédiaire à la santé et à la maladie. (Voyez Convalescence.)

La faiblesse d'un tissu ou d'un organe crée chez un grand nombre d'hommes un état valétudinaire dont il faut rapporter la première origine aux parents, mais qui peut aussi se développer sous l'empire de causes hygiéniques. Souvent les prétendus valétudinaires sont des malades dont l'affection est latente, légère ou même déjà parfaitement caractérisée par ses symptômes propres.

(1) Galien a traité admirablement ce sujet clans les livres suivants : De optimâ corporis constilulione ; De hono corporis habitu, et dans d'autres livres.

CONSTITUTION DE LA MALADIE

De quelques états QueJques troubles passagers et intenses d'une fonction

physiologiques ^ , . , , u to ^ j.

qu'on peut produits par r action exagérée d un modificateur se trouconfondre ^eut sur Ics coiifins dc l'état physiologique et morbide.

avec la santé. , i,. • i i i i ,

Une vive émotion morale , 1 mgestion des alcools , la réplétion, la course, l'elTort, une forte insolation, un froid soutenu, etc., déterminent des phénomènes qu'on a quelque peine à classer soit dans l'ordre normal, soit dans l'ordre pathologique. Toute hésitation cessera si l'on tient compte de la durée, de l'intensité, du mode de terminaison des phénomènes et du degré d'action de la cause.

Quant aux états physiologiques , tels que le sommeil, la puberté, la menstruation, la grossesse, l'accouchement naturel, l'allaitement, l'âge critique, ils appartiennent à l'ordre physiologique , à moins qu'ils ne s'accompagnent de troubles qui altèrent évidemment la santé.

Ainsi, en résumé, la maladie est ou une lésion appréciable de la matière organisée et vivante, de ses propriétés physiques et vitales , ou un trouble de ses fonctions. Elle diffère essentiellement de la santé , de l'état valétudinaire et des actes physiologiques , soit continus , soit intermittents qui marquent l'évolution des organes et des fonctions de relation, de nutrition et de reproduction.

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