CHAPITRE IL
CONSTITUTION DE LA MALADIE
L'entité maladie représente un tout composé de plusieurs parties qu'il importe d'étudier d'abord séparément, si l'on veut ensuite prendre une idée plus exacte de l'en-
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semble. Il faut considérer dans la maladie trois choses Étudier distinctes : i° les phénomènes; 2° les lésions de la malin e A îa^iésl'on-^^"^^' (solide et liquide) ; B des forces ou des propriétés vitales ; la cause. 5° la cause. Nous ne retrouvons pas ces trois éléments dans toutes les maladies.
Un médecin de bon sens auquel vous demandez s'il a su pénétrer la nature intime et la destination de la maladie vous répondra avec raison qu'il ne s'est pas élevé à une pareille hauteur; que pour lui, obligé de prendre corps à corps la réalité au lit du malade, d'apaiser la souiTi-ance, il cherche tout simplement à étudier les phénomènes morbides et les lésions , afin de les faire cesser et de guérir le malade, si cela est possible. Tâchons d'imiter la sage réserve de ce modeste praticien.
L'observation attentive des phénomènes faite en dehors de toute préoccupation systématique montre d'abord qu'il existe pour les maladies des groupes de symptômes que les empiriques appelaient un concours (aujjLcpopà) . La pneumonie, l'angine ou telle autre maladie se reconnaissent à des symptômes associés entre eux d'une manière assez constante pour que l'on puisse toujours les distinguer des autres affections.
Quand on sait le siège de la lésion , sa cause , son traitement, on a la notion la plus complète que l'on puisse prendre de la maladie. On possède ce que les empiriques appellent le théorème. Cependant la connaissance seule des symptômes peut servir à faire distinguer et traiter les maladies. La fièvre intermittente ne nous est connue que par ses symptômes , et néanmoins elle est plus sûrement guérie que beaucoup d'autres affections dont le siège et la nature sont bien déterminés. Les anciens, privés des ressources de l'anatomie , étaient passés maîtres dans l'art
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d'observer et de peindre les phénomènes morbides. Nous admirons encore les descriptions. que nous ont laissées Hippocrate, les empiriques, Celse, Galien, Arétée, etc.
Après les symptômes qui constituent les meilleurs caractères de la maladie vient la notion de son siège indiqué tantôt par la lésion , tantôt par le trouble dynamique.
Enfin, la détermination de la cause appréciable achève de caractériser la maladie. La plaie faite par un chien enragé est identique par ses symptômes locaux à celle produite par le même animal lorsqu'il est sain. Toute la différence , mais elle est capitale , consiste dans la nature du liquide déposé sur cette plaie. Les ulcères syphilitiques , charbonneux, morveux, l'entéralgie rhumatismale et saturnine, etc., ne sont bien caractérisés que par la cause.
En dernier lieu, l'action des agents curatifs est une source féconde de documents qui éclaire la nature de la maladie.
Définition g L Phénomènes de la maladie ou symptômes.
phénomène, appelle phénomène morbide toute espèce de changement survenu dans les propriétés vitales, physiques et chimiques des parties constituantes du corps, changement qui est appréciable pour le médecin ou pour le malade.
L'expression de symptômes (dérivée de sov en même temps et ttiztw, je tombe) doit être exclusivement appliquée aux phénomènes morbides. Ils impliquent l'idée de maladie dont ils sont l'ombre, les signes (i). Souvent aussi ils constituent toute la maladie.
De même que la vie se manifeste par des phénomènes sensibles que la physiologie nous apprend à connaître, de
(1) Symptomata sunt morborum signa; Sauvages, Nosologie méthodique, t. I , p. 45.
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même la maladie se révèle par des phénomènes que la pathologie a mission de décrire. Il ne saurait y avoir de maladie sans symptômes, c'est-à-dire sans un phénomène anormal, quelque minime qu'il soit. Ce fait, incontestable en théorie, n'est plus vrai en pratique; il arrive parfois qu'une lésion même grave n'est annoncée pendant la vie par aucun symptôme visible. Ce qui tient à ce que l'organe lésé est situé profondément, doué d'une sensibilité obscure, suppléé par un autre, ou à ce que les lésions et le trouble fonctionnel ont leur siège dans un organe doublé ou portent sur un acte très-secondaire dans la hiérarchie fonctionnelle.
A ces symptômes se mêlent les phénomènes normaux qui proviennent de l'accomplissement régulier d'un certain nombre d'actes ou de fonctions qui échappent à l'influence morbifique. 11 résulte de cet ensemble de phénomènes d'origine normale et morbide, des formes très-variées dans le mode d'expression symptomatique des maladies.
Si les symptômes ont leur siège dans l'organe lésé , ils Symptômes sont locaux, directs, et servent à faire reconnaître le siège . locaux
' ' ° et généraux,
et souvent la nature du mal. Ils sont généraux quand ils
sont situés à une distance plus ou moins éloignée du siège même du mal, ou quand ils occupent un ou plusieurs vastes systèmes, tels que le circulatoire, le nerveux, le musculaire. L'accélération de la circulation, la chaleur, la sueur, l'adynamie, sont des phénomènes généraux.
Les symptômes sympathiques développés plus ou moins loin du siège du mal sont locaux ou généraux ; ils peuvent tromper et faire croire que l'afl'ection principale occupe le lieu où on les observe, tandis qu'elle en est fort éloignée.
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Les symptômes Les syiuptômes sont modifiés par l'état du support ,
sont modifiés par , , , . • i • i • ' +
plusieurs causes, c est-a-dire par les conditions soit physiologiques, soit morbides, dans lesquelles se trouve le corps au moment où la maladie se développe. Au rang des conditions normales se trouvent l'âge, le sexe, le tempérament, la constitution , l'idiosyncrasie.
Par le sujet. Les conditions pathologiques, inhérentes au support, dépendent des affections héréditaires ou des maladies antécédentes (syphilis, chlorose, scrofules).
Par la maladie. Le second modificateur qui change la symptomatologie est la maladie elle-même dont l'étendue, l'intensité, les complications se diversifient de mille manières.
Par le cosmos. Le troisième modificateur non moins puissant est le monde extérieur avec ses influences, tantôt régulières et naturelles, tantôt accidentelles et spéciales, épidémiques, endémiques ou autres.
Par la Eufiu, la quatrième, et souvent la plus active de toutes
thérapeutique. interventions, est celle du médecin qui dirige, diminue, perturbe, volontairement ou involontairement, les symptômes en agissant avec les médicaments ou l'hygiène. Il faut une science profonde, une méditation soutenue , un esprit exempt de préjugés pour arriver à découvrir la part d'influence qui est due, dans ce quotient qu'on appelle la maladie, aux quatre grands facteurs dont nous venons d'indiquer le rôle.
Pour connaître la maladie , il faut en colliger tous les symptômes, soit à l'aide de nos sens (symptômes objectifs) (i), soit à l'aide du malade qui rend un compte plus ou moins exact de ce qu'il éprouve (symptômes subjectifs) et des faits qui ont précédé la maladie (signes
(1) CeUe division des symptômes appartient à Galien.