CHAPITRE P
DES NÉVROSES EN GÉNÉRAL
Définition. Les névroses sont des maladies apyrétiques, DéfinUion. rémittentes ou intermittentes des systèmes nerveux encéphalo-rachidien et trisplanchnique, caractérisées par des troubles partiels ou généraux qui portent sur la sensibilité, la motilité, l'intelligence, sur les actes qui en dépendent, et par l'absence complète de toute lésion appréciable du solide et des liquides (i).
(I) Nous mettonssous les yeux du lecteur la définition deCuUcn, parce qu'elle a définitivement introduit dans la science les idées nettes et précises que l'on doit se former, des névroses : « Je propose, dit-il, de comprendre sous le titre de névroses ou maladies nerveuses toutes les aficctioiis contre nature du sentiment ou du mouvement, où la pyrexie ne constitue pas une partie de la maladie primitive, et toutes celles qui ne dépendent pas d'une affection topique des organes, mais d'une alTection plus générale du système d'où dépendent plus spécialement le sentiment et le mouvement. ■> Éléments de médecine pratique, t. II , p. 312, in-8°, Paris, 1819.
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Véritable sens Tel est le Véritable sens que l'on doit attacher au mot du mol névrose, n^vrose, avec Cullen et la plupart des auteurs qui ont écrit récemment sur ces maladies. Cependant comme on a souvent confondu avec elle des affections qui doivent en être distinguées, nous croyons devoir reprendre chacune des parties de notre définition, et en déduire les caractères essentiels qui appartiennent à toutes les névroses.
Les névroses A travors les manifestations morbides les plus variées sont des troubles ^ ^^^^^^ parlerons plus loin, on découvre d'une ma-
idiopathiques -i i '
des propriélcs nière constante le trouble d'une ou de plusieurs des provi'a'ef. priétés vitales qui sont tellement inhérentes à la matière organisée qu'on ne peut les comprendre sans l'intervention de celle-ci. Ainsi, la faculté qu'a le muscle de se contracter, les nerfs du sentiment de sentir, le cerveau de penser, olîVe des désordres considérables qui nous forcent d'abord à admettre que les propriétés vitales des tissus sont souvent altérées. La seconde pensée qui a dû naître également dans l'esprit des observateurs, c'est que ces facultés sont troublées uniquement parce que la matière organisée qui leur sert de support est elle-même altérée. Cette opinion est confirmée par les recherches anatomopathologiques qui nous permettent en elTet de découvrir ces lésions. Mais à côté de ce second ordre de faits en surgit un troisième. On trouve les mêmes aberrations de ces facultés sans aucune espèce de changement appréciable dans la contexture des parties. C'est pour cet ordre de faits qu'on a dû constituer une classe à part de maladies qui ont reçu et doivent conserver le nom de névrose, jusqu'à ce qu'on ait prouvé qu'elles se rattachent à une maladie du solide ou des liquides. On s'est beaucoup élevé contre ces entités morbides ; on a parlé , on parle
encore d'ontologie, mais ce mot ne nous elfraye pas. Nous sommes tout prêts à soutenir que le trouble des propriétés vitales doit sufiire pour caractériser un état morbide dont nous ne pouvons trouver la raison d'être nulle part ailleurs. Quand on a prouvé , par exemple, qu'il existe des hystéries liées à l'altération chloro-anémique du sang, à la pléthore, à une affection utérine, s'ensuit-il que l'hystérie n'est pas une névrose indépendante de toute maladie , dans un très-grand nombre de cas ? Nous pourrions en dire autant de toutes les névroses, sans en excepter une seule. Elles constituent des maladies très-réelles, et non de simples manifestations d'autres états morbides.
Il faut prendre garde de confondre les phénomènes nerveux avec la névrose. Il ne peut y avoir de névroses enTd'^iôpaûîîques symptomatiques ; aussi la seule division qu'il soit possible d'admettre dans leur histoire consiste à les partager en idiopathiqnes et en sympathiques. Dans les premières, on n'aperçoit aucune maladie que l'on puisse accuser d'agir par voie de sympathie sQr le système nerveux ; dans les secondes, cette influence est plus ou moins manifeste, et quoiqu'elle nous éclaire très-peu sur la nature de la névrose, nous devons cependant en tenir grand compte , à cause du traitement de ces maladies. Nous y trouvons des indications spéciales que nous sommes heureux de saisir au milieu de l'incertitude et de l'obscurité qui couvre l'étiologie des névroses.
Classificalion des névroses. La classification doit évidemment reposer sur une base anatomo-physiologique. Il faut, avec les auteurs les plus anciens, établir trois classes de névroses : les névroses des organes de l'intelligence, du sentiment et du mouvement. On éprouve
Division des névroses
et en sympathiques.
Classificalion des névroses.
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une difficulté plus sérieuse et même insurmontable lorsqu'on veut aller plus loin, et rapporter chaque névrose à la lésion de l'une ou de l'autre de ces trois grandes facultés. La solidarité qui relie entre elles toutes les parties du système nerveux , force à reconnaître l'existence de névroses mixtes dans lesquelles l'intelligence, la sensibilité et la motilité sont altérées simultanément. N'évroses: jVc'ufosc dcs orgaues de sensibilité. Névroses des sens
sensibilité, spéciaux (œil, oreille, nez, langue, tégument externe) : névralgie, hypéresthésie , anesthésie, analgésie, névropathie générale. (Voir Sensibililè).
2° De la moiiiiié. 2° Névroscs des orgciues du mouvemenl. Souvent les maladies nerveuses attaquent exclusivement les tissus doués de motilité. 11 faut les étudier : i° dans les muscles volontaires (convulsions générales et partielles); 2° dans les muscles involontaires (ou fibres lisses) ; 3' dans diff'érents viscères (convulsions internes). 3» de rorgane 5° Névroscs des organes de l'intelligence. Elles comde rinieiiigence. pj-g^^^ent dift^éreuts délires, la folie, l'hallucination, la démence , la nosomanie , la nostalgie , le somnambulisme.
4» wixios. l^o Névroses mixtes. Dans lesquelles l'intelligence , la sensibilité et le mouvement sont lésés au même degré ; telles sont : l'épilepsie, l'hystérie, la catalepsie.
Les recherches nombreuses dont elles ont été l'objet et surtout les investigations des physiologistes donnent lieu d'espérer que bientôt on sera en mesure de mieux classer ces maladies. On arrivera peut-être à les ranger suivant le siège et les fonctions spéciales de chaque partie du système nerveux. On aurait ainsi pour le cerveau, organe dont les actes sont si nombreux , des névroses de telle ou telle faculté principale (intellectuelle, mo-
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raie, instinctive, affectionivité , etc.). La pluralité des organes et des fonctions, dont la découverte constitue un progrès très-réel, a conduit de la même manière à établir non-seulement des névroses de la sensibilité et de la motilité , mais encore des névroses de telle ou telle paire de nerfs sensitifs ou moteurs. On est même sur la voie d'une localisation plus délicate encore, lorsqu'on cherche à distinguer les paralysies cérébrales, médullaires, des nerfs, etc. (Marshall-Hall). Peut-être pourrait-on admettre des névroses qui ne s'attaquent qu'aux filets excito-moteurs, aux nerfs sensitifs, aux branches trophiques du grand sympathique? Certaines paralysies dites rhumatismales sont tout à fait circonscrites. Quelques formes d'atrophie musculaire partielle semblent aussi militer en faveur des travaux que l'on doit aux physiologistes modernes.
Symptômes des névroses. Une névrose s'annonce con- Des névroses
a 1 111» 1 r ^ , , en général,
stamment : i par le trouble d une des facultés suivantes : sensibilité, motilité, intelligence; 2" par le symptôme», trouble de l'acte qui provient de la mise en jeu de ces facultés , ou enfin de la fonction à laquelle elles prennent part. Souvent, au début des névroses, les troubles restent limités à la propriété vitale. On doit reconnaître autant de névroses qu'il existe de propriétés ou facultés. On a distingué de tout temps des névroses : r des facultés intellectuelles; 2° de la sensibilité; 3° de la contractilité. Mais il en existe un nombre plus considérable si l'on étudie ensuite le trouble partiel de chacune de ces trois grandes fonctions du système nerveux. Les sensibilités particulières de chaque sens, de la vue, de l'ouïe, de la peau, peuvent être lésées séparément ou ensemble. Ces lésions sont, en outre, plus ou moins mê- I. ï9
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lées à des désordres de la motilité ou de l'intelligence, en sorte qu'à chaque instant, on est obligé d'admettre des névroses mixtes du sentiment , du mouvement , et de reconnaître que nos divisions systématiques emprisonnent dillicilement la nature. Cependant il faut les maintenir pour apporter quelque ordre dans l'étude des maladies du système nerveux.
Troubles isolés Dans la névrose des organes de l'intelligence, on obde chaque faculté. ggj.yg symptômes qui annoncent la lésion d'une ou de plusieurs facultés , les autres étant tout à fait normales. Les délires partiels de la folie n'excluent, en aucune manière, l'intégrité des autres facultés de l'intelligence.
La névrose, qui consiste dans le trouble d'une seule propriété vitale, peut échapper à l'attention de l'observateur s'il ignore les fonctions spéciales de chaque partie. La localisation du symptôme , et par conséquent de la névrose qu'il représente, peut être portée à un degré extrême que nous ne retrouvons pas dans les maladies avec matière. Dans celles-ci, presque toujours un acte partiel, au moins, et très-souvent toute la fonction, sont troublés. Leurs symptômes frappent aisément nos sens et sont faciles à étudier et à reconnaître. Il n'en est plus de même dans les névroses.
On trouve le même isolement dans les phénomènes de sensibilité soit tactile, soit spéciale. La peau ne sent plus la douleur, et cependant elle peut rester sensible à la chaleur, au chatouillement , au moindre contact , à la piqûre , à la pression.
Les névroses des organes du mouvement s'annoncent par des troubles de la contractilité qui peuvent être partiels , limités à quelques fibres musculaires ou étendus à tout un appareil locomoteur.
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Enfin , dans les viscères animés par les nerfs sympathiques, on retrouve à la fois les troubles les plus marqués de la sensibilité et des mouvements propres à chaque tissu (viscéralgies) .
Ce serait donner une idée fort incomplète des névroses que de limiter leurs symptômes aux seuls troubles dynamiques dont nous venons de parler. Le rôle que joue le système nerveux, dans toutes les fonctions, a une telle importance qu'on ne peut le supposer altéré, sans que les actes physiques, mécaniques ou chimiques ne participent Lésions des actes bientôt à ce trouble. Souvent la localisation de la névrose P^jy^"?"'^*
et chimiques.
ne dure que peu de temps. Elle ne tarde pas à altérer les sécrétions, la nutrition, la circulation, la température. Les liquides habituellement exhalés par les tissus malades perdent leurs qualités physiologiques, stagnent dans les conduits excréteurs paralysés ou s'en échappent prématurément par l'effet de la convulsion. Le tissu s'atrophie comme dans les membres paralysés, s'hypertrophie, comme après les convulsions épileptiques. Ailleurs, la circulation du sang se ralentit; des congestions se forment; les tissus s'infiltrent de sérosités; leur température s'accroît ou diminue ; en un mot tous les actes de la fonction , à l'accomplissement de laquelle les facultés lésées prennent part , sont plus ou moins troublés.
Les symptômes ne se bornent pas là. Le rayonnement Nombreuses sympathique du système nerveux sur les viscères et de syJ^JaîJ/iq„^^^ ceux-ci sur lecerveau, entraîne des troubles dontle siège, la forme et l'intensité sont tellement variables, mobiles, qu'elles lassent l'attention de l'observateur le plus vigilant, souvent même lui donnent le change sur le siège et la nature de la maladie. Il suffit de nommer l'hystérie, l'hypocondrie, les gastralgies, pour donner une idée de
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l'étendue, de la variété et du nombre des symptômes qui peuvent surgir à l'occasion d'une névrose.
Ainsi, d'une part , la localisation d'un symptôme, d'un trouble fonctionnel portée à l'extrême, et d'une autre part , la dissémination des phénomènes dans toutes les parties du corps : tels sont les deux résultats fréquents de la névrose. La névralgie d'un filet nerveux et l'hystérie en sont des exemples saisissants.
Absence de fièvre. Apyrexie. Le pouls reste naturel même au moment des accès les plus intenses et pendant toute la durée des névroses. On est surpris de voir, au milieu d'une violente attaque de névralgie sciatique , sus-obitaire , d'hystérie , d'épilepsie, le pouls conserver sa régularité normale, à moins que la respiration ne soit gênée. Il devient parfois un peu dur et irrégulier, mais d'une façon passagère. La température du corps reste à l'état normal. L'intégrité de la calorification et de la circulation nous semble un des traits les plus caractéristiques des névroses. Il suffit pour empêcher qu'on y range la fièvre intermittente, dont quelques médecins ont voulu faire une affection de ce genre.
Aucune aiiération Qn ne trouve dans le sang aucune altération que l'on
(lu sang. . , 1 , r^^
puisse rapporter a la névrose. Si un grand nombre de cbioro-anémie malades offrent les symptômes de la chloro-anémie et" l'altération correspondante du sang, il faut l'attribuer ou à un état constitutionnel antérieur, ou à la névrose qui trouble à la longue l'hématose , la nutrition générale , et , par les nerfs vasculaires , la circulation capillaire. On conçoit que la gastralgie, l'hystérie, une névralgie faciale , violentes ou de longue durée , ne puissent exister quelque temps sans appauvrir bientôt le sang. On observe alors tous les symptômes de la chloro-anémie,
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tels que bruits de souffle, frémissement vibratoire, palpitations , décoloration de la peau , etc.
L'urine présente , au moment du paroxysme et après, une couleur pâle, une faible densité; elle est anémique ou crue, comme le disaient les anciens.
Les névroses affectent ordinairement une marche fran- linchatncmem chement intermittente. Tout à coupon lentement, et ^^'"i'^'^'"*^^' après des symptômes précurseurs d'une durée variable, éclatent les troubles de l'acte qui caractérise la maladie, la douleur, la convulsion , la paralysie ou le délire. Ils se montrent à l'improviste, à une heure variable de la journée ou de la nuit : acquièrent rapidement une intensité telle qu'ils semblent mettre la vie du malade en danger (accès d'épilepsie, d'hystérie, de catalepsie, de folie furieuse), puis cessent avec la même promptitude, imermufeme sans laisser d'autre trace de leur passage qu'un peu de ei paroxysmes, fatigue , de courbature , de faiblesse ou de névropathie générale. On donne le nom de paroxysme ou d'accès à la manifestation des symptômes qui caractérisent la névrose. Dans l'intervalle qui sépare chaque manifestation morbide , les accidents se dissipent entièrement ; mais , à la longue , le système nerveux ne reprend pas toute son intégrité physiologique , surtout si les accès se rapprochent : ce qui arrive presque toujours , même pour les névroses à paroxysmes bien tranchés, telles que l'épilepsie, l'hystérie, la catalepsie, la nymphomanie, les névralgies.
Les accès les mieux caractérisés n'ont en général rien L'intermiiiencc de régulier , ou du moins de comparable à l'intermit- ''"'^"'^^ tence des fièvres palustres, à moins que la névrose ne soit elle-même une mani/estation de l'empoisonnement paludique, comme dans les maladies qu'on a appelées, à-
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tort , fièvres larvées (névralgie faciale , contracture , héméralopie, délire intermittents). Prévenons toutefois le praticien que les névroses parfaitement simples peuvent affecter une marche intermittente parfaite, sans être pour cela d'origine miasmatique, et que les auteurs rapportent un grand nombre d'exemples de ce genre. Passage La marche des névroses finit par être plutôt rémittente
des Dcv roses
à la forme qu'intermittente. En observant avec attention les marémiiienie. jades daus l'intervalle des accès d'épilepsie , d'hystérie ou de névralgie, par exemple , on se convaincra aisément que plusieurs troubles nerveux subsistent ou qu'il s'en est formé de nouveaux ; que l'intelligence est modifiée dans quelques-unes de ses facultés ; que la peau est atteinte d'hyperesthésie ou d'anesthésie ; que la digestion se fait mal ; que le sommeil est agité ; en un mot , que des organopathies diverses survivent à l'accès. Pour peu que la névrose ait duré quelque temps et que les accès soient violents , la marche du mal est exacerbante : c'est ce qu'on observe dans les névralgies, les viscéralgies , la chorée , la convulsion , la folie , l'hypocondrie. Mobilité extrême La mobilité cxtrêmc des symptômes qui changent de nerveux!" siégo et de forme caractérise assez bien les névroses. Examinez tous les jours un hypocondriaque, une femme hystérique ou atteinte de névralgie, de névropathie, vous pourrez à peine saisir le tableau changeant de tous les symptômes. Tantôt c'est la convulsion ou la douleur, tantôt les troubles d'une sécrétion qui prédominent ; le lendemain c'est la faiblesse , la paralysie , la céphalalgie ou le délire. Si vous prenez un symptôme en particulier, les variations ne seront pas moindres. Le malade accusera une douleur qui ira en convergeant vers les centres nerveux ; puis celle-ci sera remplacée par une douleur qui
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suivra un trajet différent ou opposé; l'anesthésie succédera à l'hyperesthésie, la paralysie à la convulsion.
La durée des névroses est en général très-longue; Longue durée elles sont essentiellement chroniques et mettent rare- ^« '^es maladies, ment en danger la vie des malades , du moins d'une ma- mtégriié nière prochaine. Les plus graves même , y compris if^ÏÏnuirUiot l'épilepsie, la folie, permettent aux malheureux qui en sont atteints de fournir une longue carrière. On est tout surpris de voir qu'une douleur violente ou des accès répétés d'hystérie ou d'épilepsie , qui sembleraient devoir épuiser les forces et ruiner la constitution , sont supportés facilement par les malades. Les organes de la vie végétative échappent longtemps à cette fâcheuse influence ; la nutrition se fait bien et l'embonpoint persiste, malgré les souffrances auxquelles est en proie le sujet , malgré la triste situation de fortune et les conditions hygiéniques mauvaises, au milieu desquelles ils languissent souvent.
Les névroses, après avoir offert un nombre variable de incurawiité d'un paroxysmes, peuvent se terminer par le retour à la santé. ^de"névroses? Il est rare qu'elles n'aient qu'un accès; il s'en manifeste presque toujours un grand nombre avant la guérison du mal ; elles sont en outre très- sujettes à récidiver. On ne peut regarder leur guérison comme définitive que lorsqu'il s'est écoulé plusieurs années depuis leur entière disparition. On sait que les attaques d'épilepsie, 'de folie , de névralgie , de convulsion , suspendues pendant longtemps , reparaissent au moment où l'on s'y attendait le moins. Parmi les névroses les unes , sans être prochainement funestes, ne laissent pas que de menacer la vie des sujets, en raison de leur incurabilité et de la perturbation qu'elles finissent par apporter dans un grand
nombre de fonctions (toutes les névroses cérébrales, l'épilepsie, la folie). Elles sont en général d'une guérison radicale très-difficile. Lorsqu'elles out cédé au traitement, elles peuvent reparaître à des intervalles trèséloignés ; dans tous les cas elles laissent après elles une fâcheuse susceptibilité, soit dans les viscères affectés , soit dans les autres parties du système nerveux. Absence L'abseuce de toute lésion que l'on puisse rapporter aux ''V^uéraiion'^ uévroses est un caractère excellent de ces maladies. On est surpris de voir tous les organes conserver leur intégrité chez des sujets qui ont été violemment éprouvés par des névroses violentes, par l'épilepsie, la folie , le tétanos, l'hystérie. On est donc porté à croire que la modification matérielle des tissus, si elle existe, est bien légère et fugace, puisqu'on ne peut en découvrir le moindre vestige sur le cadavre. Parfois l'on rencontre des congestions , des ramollissements ou bien les organes deviennent pâles , exsangues, s'atrophient, s'indurent, s'hypertrophient. Ces altérations , purement secondaires , s'expliquent par le trouble que les névroses occasionnent dans la nutrition des parties. On a pu les considérer comme la cause des symptômes nerveux , en se plaçant au point de vue exclusif des doctrines anatomopathologiques , mais une telle opinion ne compte plus aujourd'hui que de rares partisans.
Des S I» névropathies viscérales (névrose du tri-
névropathies splanchnique, viscéralgie ). Sous le nom de névropathie
viscérfllGs.
viscérale nous comprenons toutes les névroses des appa-
Dcfinilion, . . \. .„ , ^
reils respn-atou'e, digestif, hépato-splénique et génitourinaire , qui sont sous la dépendance du nerf trisplanchnique. La douleur n'étant pas un phénomène constant, la dénomination de viscéralgie ne convient qu'à un cer-
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tain nombre d'entre elles ; nous lui préférons le nom de névropathie viscérale.
Par ses fdets sensitifs, moteurs et trophiques, le grand sympathique distribue à tous les viscères le mouvement, la sensibilité , et préside aux fonctions de circulation et de nutrition. On doit donc s'attendre à voir figurer parmi les symptômes de ces névroses des phénomènes morbides variés, et, en première ligne, les troubles de la sensibilité, du mouvement. Voici l'indication des principales névroses viscérales : Névroses îles voiea respiratoires : spasme laryngien ou de la glotte, dyspnée, asthme, toux convulsive, hoquet; de l'appareil circulatoire : douleurs cardiaques, palpitations, syncope, angine de poitrine, irrégularité de la circulation ; de V appareil digestif : spasme œsophagien , dysphagie , vomissement , crampes, régurgitation, entéralgie, névralgie du rectum; des voies gcnilo-urinaires, névralgie vésicale , utérine, nymphomanie, satyriasis, anaphrodisie, impuissance.
Trouble de la sensibilité; douleur. Un des effets les plus constants des névroses est le développement d'une sensibilité anormale, d'une véritable névralgie dans les tissus privés de toute sensibilité physiologique. Il suffit de citer les douleurs, si différentes par leur forme, leur nature et leur intensité, de l'estomac, dans la gastralgie, du foie, des reins, de l'utérus, dans les névroses de ces divers appareils. Le cœur, le poumon, le larynx en sont souvent affectés. Quand la douleur constitue le signe unique ou prédominant de la névrose , celle-ci prend le nom de névralgie, et l'on y ajoute la désignation du viscère affecté (névralgie cardiaque, laryngée, anale, utérine). Souvent cette douleur égale, surpasse même , en violence , la névralgie des nerfs céphalo-rachidiens. Les crampes d'es-
Énuméralion des névroses viscérales.
Symptômes locaux :
Trouble de la sensibilité.
Douleurs violentes.
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RelentiisemeDl sympathique.
Troubles de la molililé.
tomac , les douleurs cardiaques , celles de l'angine de poitrine occasionnent une souffrance si vive qu'elles font perdre connaissance au malheureux qui les éprouve. En général la douleur est répartie dans tout l'organe; elle n'augmente pas par la pression. Celle-ci , au contraire, en soulage un certain nombre, comme dans l'entéralgie, l'angine de poitrine, la névralgie du plexus gastro-hépatique.
La douleur s'accompagne presque toujours de la convulsion continue , rémittente ou intermittente des muscles ou des tissus contractiles. Le contact des modificateurs naturels, de l'air sur le larynx et le poumon , des aliments sur l'estomac, suffit pour exciter ou ramener les douleurs.
Un effet très-ordinaire de la douleur viscérale est de retentir sur d'autres organes animés par les nerfs encéphalo-rachidiens. La gastralgie, les coliques sèches provoquent ainsi des convulsions, du délire, d'affreuses migraines, des troubles de la vision. Réciproquement, il n'est pas une névrose des nerfs céphalo-rachidiens qui ne puisse exciter sympathiquement les viscéralgies. Il nous suffira de nommer l'hystérie , l'épilepsie , la névralgie de la cinquième paire qui finissent toujours par amener des désordres marqués dans la digestion , les sécrétions , la circulation capillaire et la nutrition générale. Ainsi se généralisent dans presque toutes les parties du système nerveux les maladies qui étaient d'abord circonscrites dans un seul organe.
Troubles du mouvement. Le sympathique qui , par ses fibres motrices , préside aux mouvements des principaux conduits sécréteurs, est le siège de névroses qui exagèrent ou abolissent ces mouvements. De là les convulsions toniques et cloniques, les paralysies qui se tra-
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duisent par des symptômes différents suivant les organes. La convulsion se manifeste, dans l'entéralgie, par convulsions le rétrécissement du calibre de l'intestin et la constipation; dans la névrose du cœur par des palpitations, des syncopes ; dans celle du poumon et du larynx par la dyspnée, la suffocation. Dans les réservoirs et leurs conduits d'excrétion la rétention ou l'expulsion des liquides a souvent lieu, suivant que telle ou telle partie vient à se contracter plus fortement ou à être frappée de paralysie ; c'est ce qui arrive dans la vessie dont le corps ne reçoit que des filets du grand sympathique , et dont la convulsion morbide peut l'emporter sur la contraction du col vésical soumis à la volonté, par ses nerfs rachidiens. Dans ce cas, l'antagonisme cesse au profit de la convulsion pathologique, et alors l'urine est expulsée involontairement; d'autres fois la rétention a lieu parce que cette même partie du réservoir est frappée de paralysie. On observe ces différents phénomènes dans l'hystérie et dans d'autres névroses. Un spasme tonique plus ou moins persistant les accompagne plus souvent que la paralysie. On conçoit que suivant les fonctions des conduits et des réservoirs les liquides seront retenus ou rejetés prématurément, avant d'avoir subi l'élaboration physiologique.
Les névroses viscérales apportent des changements Lésions tout aussi grands dans la composition chimique des pro- sécrétion, duits sécrétés. Dans la névrose gastrique, les liqueurs de l'estomac deviennent plus abondantes ou plus rares, fortement acides ou neutres, muqueuses, etc. (gastrorrhée) . Dans les attaques de colique nerveuse, l'urine est pâle, aqueuse, abondante, rendue fréquemment; les sécrétions bilieuses , muqueuses, taries ou réduites à peu de chose.
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Lésion de nutrition.
Troubles cérébraux.
Dans l'anaphrodisie , souvent le fluide spermatique présente des altérations de qualité auxquelles se rattache l'inaptitude à la reproduction.
La nutrition générale n'est pas ordinairement modifiée par les viscéralgies, à moins qu'elles n'aient leur siège dans l'estomac et l'intestin. L'embonpoint persiste : cependant le sang finit par s'altérer, et l'on voit paraître tous les signes de la chloro-anémie.
Le trouble de la nutrition se révèle aussi par des changements notables dans la calorification. Les malades se plaignent d'éprouver fréquemment des frissons, des bouffées de chaleur au visage, du refroidissement aux extrémités, de la sécheresse à la peau.
Le système cérébro-spinal n'est pas moins influencé que les autres parties. On observe de la tristesse, de l'hypocondrie, de l'insomnie; les membres sont brisés par la fatigue, surtout après la digestion ou le matin au réveil; la mobilité des impressions, l'inaptitude pour le travail intellectuel, témoignent de l'action sympathique étendue que provoque la névrose des organes desservis par le trisplanchnique. L'appétit est nul ou capricieux, la digestion troublée à chaque instant 5 le ventre serré , la fièvre nulle.
L'ensemble des symptômes qui constituent chaque névrose affecte une marche paroxystique ou rémittente. Ordinairement le contact des stimulants physiologiques, ramenant l'activité fonctionnelle dans l'appareil affecté, y reproduit les symptômes. Ceux-ci au contraire peuvent cesser entièrement si la fonction est intermittente, comme dans l'estomac, l'intestin, l'utérus, etc. Dans l'intervalle des accès les symptômes perdent de leur intensité ou disparaissent même entièrement.
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Durée très-longue.
Causes des névroses en général.
Leur durée est en général longue en ce sens qu'elles sont très-sujettes à récidiver, à la moindre occasion. Alors, tout en perdant de leur intensité, elles ne laissent pas que de produire des troubles notables dans toute la constitution; c'est alors que les digestions s'altèrent, que le sang s'appauvrit, que les fonctions de l'organe névrosé se troublent, que la fièvre et l'amaigrissement surviennent, et qu'une complication intermittente enlève souvent le malade. On trouve les organes dans toute leur intégrité, et si l'on y découvre parfois l'atrophie , la congestion ou quelque autre lésion , nul doute qu'elles ne soient consécutives aux désordres causés par les troubles de l'innervation.
Éliologie générale des névroses. Nous devons étudier, avec le plus grand soin, l'éliologie générale des maladies nerveuses, parce que nous serons obligés, à chaque instant, d'y renvoyer le lecteur, à mesure que nous décrirons les altérations de la sensibilité , de la motilité et de l'intelligence. Les causes communes à toutes ces maladies étant une fois connues, nous n'aurons plus qu'à indiquer celles qui produisent plus spécialement chaque espèce de névrose.
11 faut chercher la cause des névropathies i° dans les Division générale conditions organico-dynamiques ; a" dans le cosmos ; 3° dans les maladies antécédentes ou actuelles.
Ces divisions nous semblent préférables h celles qu'établissent les auteurs qui distinguent des causes prédisposantes et déterminantes, et y rangent arbitrairement une foule de modificateurs, dont la manière d'agir nous est totalement inconnue. D'ailleurs, la plupart de ces causes étant prédisposantes dans un cas , occasionnelles dans d'autres, il est impossible de les rapporter aux
des causes.
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deux divisions systématiques dont nous venons de parler, causes II ne saurait être question , dans l'étiologie des malades névroses ^-gg nerveuses, des différents états morbides dont les
el non des acci-
dénis nerveux, accidents nerveux sont les symptômes. L'intoxication par le plomb, le mercure, l'arsenic, l'alcool, le tabac, constitue des maladies qui s'annoncent par des convulsions, du délire , des paralysies. Nous en dirons autant de toutes les maladies dont le trouble nerveux est le signe habituel. Nous mettrons au contraire parmi les causes des névroses tout ce qui peut imprimer une modification importante à l'organisme. Ainsi, pour nous, l'hystérie restera une névrose lors même que l'état puerpéral, la pléthore, l'anémie, l'inanition , les excès vénériens ou le travail intellectuel nous paraîtraient en avoir provoqué le développement. Il nous répugnerait de dire que l'hystérie est sijmplornatique de la grossesse, de la pléthore, de l'insomnie , d'une vive frayeur ou d'une forte contention d'esprit. Que des causes aussi différentes, aussi opposées dans leur manière d'agir, y aient quelque part, nous le concevons facilement ; mais nous ne pouvons pas refuser aux névroses qu'elles provoquent le nom de troubles nerveux idiopathiques ou sympathiques, suivant les cas.
r Conditions organico-dynamiques congénitales. Sous ce titre nous désignons les différences de structure et d'organisation apportées par chaque individu , en naissant, ainsi que l'exercice exagéré, diminué, ou perverti de certaines fonctions. De ces deux sources proviennent d'abord un très-grand nombre de névroses. L'hérédité intervient au plus haut degré dans leur développement. Celles qui affectent les facultés intellectuelles sont surtout soumises à cette funeste influence. La transmission
Condi lions organiques et dynamiques.
Hérédité.
DES NÉVROSES EN GÉNÉRAL
liéréditaire consiste ou clans le germe môme de la maladie que le sujet reçoit de ses parents (épilepsie, folie , hystérie) , ou dans une simple prédisposition qui lui vient de la même origine. Il peut également l'apporter, au moment de la naissance, sans qu'il l'ait reçue de ses parents. Dans tous les cas , elle ne se manifeste , le plus ordinairement, qu'à l'occasion d'une autre cause qui prend le nom de déterminante.
Le sexe féminin crée une forte prédisposition aux né- sexc féminin vroses à raison de plusieurs causes : i° de la prédominance fonctions
^ >■ génitales,
du système nerveux que l'éducation ne fait qu'accroître encore; -2° de l'excitation fonctionnelle de l'utérus, soit à l'époque de l'établissement ou de la cessation des menstrues , soit pendant le cours de la grossesse et des accidents nerveux qui en sont la suite. Il en est de même des tempéraments nerveux et bilieux, qui ont paru à tous les auteurs, favoriser la formation de ces maladies.
Les autres causes consistent dans l'exercice exagéré Affaiblissement ou insuffisant de certaines fonctions. A cet ordre, il p'»'" •'çxercice
' immodéré du
faut rattacher et mettre , en première ligne , tout ce qui système nerveux, est capable d'exciter le système nerveux : les travaux de l'esprit, les alïections morales, la frayeur subite, le chagrin, les excès vénériens, la masturbation. La diminution de la dose des stimulants nécessaires à la vie peut , tout aussi bien que leur excès , avoir le môme résultat. L'affaiblissement causé par le défaut d'aliments de bonne qualité, par des travaux excessifs de corps et d'esprit, par les veilles , par l'exercice musculaire, produit les mômes effets. Toutes ces causes donnent lieu à une sur-excitation nerveuse qui n a, d'abord, aucun caractère morbide, mais qui finit par une véritable névro-