‹ Traité de pathologie généraleChapitre 95 sur 112 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

Les troubles des facultés de l'intelligence sont des élé- Facultés menls de maladie qui méritent d'occuper le même rano; "^'f '^^^^

» 1 o séparément ou

que ceux de la sensibilité et de la motililé. Ils inter- simultanément, viennent tantôt comme cause, tantôt comme eflet ou comme complication.

L'intelliîrence de l'homme se compose de facultés Le pathoiogiste distinctes les unes des autres, et dont nous n'avons à re- gg préoccuper chercher ni le nombre ni le mode de formation. Tout en surtout

de la différence

approuvant les médecins philosophes qui , à 1 exemple des pnenomènes. de Gall , de Spurzheim , de Broussais , de Gerdy, ont abordé les grandes questions de psychologie, auxquelles la médecine ne saurait rester indifférente , nous ne pouvons leur donner une place dans notre ouvrage.

Nous mettant au point de vue de la pathologie générale, nous remarquerons d'abord que le médecin doit tenir compte de tous les troubles des facultés cérébrales , sans s'inquiéter des théories psychologiques. 11 voit dans les maladies l'attention, la mémoire, le raisonnement, le sentiment, la conscience, etc., troublés isolément ou simultanément, si ces altérations fonctionnelles se présentent toujours de la même manière, il en conclut qu'elles forment autant de maladies distinctes. Nous citerons comme type de ces désordres intellectuels les délires partiels et exclusifs qui caractérisent les monomanies et la diffusion de ce trouble sur toutes les facultés de l'âme dans l'idiotie , la démence , la manie, le

Troubles idiopatliiques des facultés ou névroses.

Troubles sympathiques.

Symptômes cérébraux dans les maladies du système nerveux,

délire des maladies aiguës et fébriles. Il importe d'admettre ces divisions que l'usage a consacrées, et qui. reposent sur l'observation des faits.

A. Le trouble des facultés intellectuelles est iâinpathique quand il se montre seul , sans qu'il soit possible de découvrir, dans le système nerveux ou ailleurs, une lésion matérielle : il prend alors le nom de névroses des organes de l'intelligence (monomanie, démence, hallucination).

B. A côté de ces troubles s'en placent d'autres qui sont sympalhiques et ne diffèrent des précédents qu'en ce qu'un organe est lésé quelque part , et que l'excitation qui en résulte retentit sur l'encéphale, d'où le trouble des facultés mentales.

Exemple : folie puerpérale , hystérique , gastralgique ou hypocondriaque, délire et insomnie des fièvres, des affections du foie, etc.

G. Aux troubles intellectuels symptomatiques appartiennent tous les symptômes cérébraux précédents qu'on peut rapporter : (A) aux lésions matérielles de l'encéphale, de la moelle et de leurs enveloppes ; (B) aux altérations du sang. Il suffit que ce fluide soit diminué de quantité ou altéré dans ses qualités, pour que l'excitation naturelle et régulière du cerveau en soit sur-le-champ modifiée. Il n'est pas rare d'observer le délire après les pertes de sang et dans l'empoisonnement par le plomb, par l'alcool, par le sulfure de carbone , après l'emploi de l'opium , de la belladone, de la stramoine, de la jusquiame, etc.

Quand on a voulu aller au delà de ces divisions cliniques et pénétrer la nature de chaque trouble , les rapporter, soit à l'accroissement, soit à la diminution des facultés, on s'est perdu dans les hypothèses. Broussais y

DÉLIRE

voyait une irritation cérébrale qui prenait naissance dans les appareils gastro-intestinal ou génital irrités. Depuis, sous des formes en apparence différentes, les sectateurs de l'école anatomique se sont proposé de ramener les dérangements des fonctions intellectuelles à des lésions plus ou moins évidentes ; mais des études consciencieuses, universellement acceptées aujourd'hui, que l'on doit aux auteurs qui ont écrit sur la folie, ont fait complètement justice de ces prétentions doctrinaires.

Les troubles intellectuels que nous devons étudier, et qui se développent dans le cours des affections internes, sont le délire , le coma , le sommeil pathologique.

Béltre.

Le délire est un trouble passager ou persistant d'une ou de plusieurs facultés intellectuelles , marqué tantôt par la manifestation d'idées qui ne sont pas en rapport avec leurs causes réelles ou par un raisonnement entaché d'erreur (conception délirante) ; tantôt par l'excitation d'une faculté» la dépression ou la suppression d'une autre ; tantôt enfin par une perception qui n'a pas sa raison d'être dans le monde extérieur (hallucination) (i).

Ces principaux traits caractéristiques s'effacent presque entièrement, dans certaines nuances du délire partiel, qui fait l'objet de l'étude des manigraphes. 11 nous serait impossible de dire où s'arrête la saine raison , où commencent l'exagération , l'excentricité et d'autres écarts de l'intelligence. Il faut, sur chaque câs particulier soumis à la sagacité du médecin légiste» que celui-ci fasse une

Délire.

Définition.

Les signes (lu délire souyent incertains.

(1) JDetirium est idearum ortus non responhenè externis carisU. 6oerhaave, Comment., § 706, t. lî.

oOS TROUBLES DES FACULTÉS INTELLECTUELLES.

étude longue , attentive et minutieuse des j^hénomènes psychiques présentés par l'être ambigu, sain ou malade, sur le sort duquel il doit prononcer. De telles diiïicultés ne sont pas cà craindre, quand il s'agit du délire sympathique des affections internes et surtout du délire symptomatique.

Le délire sensorial ou l'hallucination est un trouble

l'hallucination. . . -, • ^

intellectuel qui consiste dans une perception anormale que le malade éprouve et qu'il rapporte à une sensation qui n'existe pas, et par conséquent, à des causes externes ou internes qui n'ont rien de réel (i). L'hallucination n'est donc qu'une forme de la conception délirante (2). L'halluciné entend des voix qui l'injurient, l'exhortent, le menacent; il voit des serpents, des insectes, des personnages connus; il sent des odeurs. Dans l'hallucination inlerne la sensation est rapportée aux viscères intérieurs , à la poitrine, à l'estomac, etc. Du songe; Les soiigcs. le cauchemar, Vincube, sont des hallucina-

du cauchemar : . ' . .,-.,,^,,1 - i-c

de l'incube, tions nociumes qui ont trait tantôt a des sensations indiiférentes ou agréables (songes) , tantôt pénibles (cauchemar), tantôt remplies de volupté (incube). De pareils troubles de l'intelligence appartiennent, sous tous les rapports, à la conception délirante, et ont, pour le pathologiste , une importance extrême comme signe et comme éléments de maladie.

Quelques auteurs distinguent, à tort, l'illusion de l'hallucination (3) ; elles proviennent de la même cause, d'une

(1) Voyez la distinction entre la sensation et la perception [Altérations de la sensibilité).

(2) Transformation spontanée de la pensée en sensaUon le plus souvent externe. Lelut, Du démon de Sacrale, p. 2G2.

(3) Voyez sur ce sujet un excellent travail de M. Aubancl qui prouve cette intime connexion, Essai sur les halkicinalions, Paris, 1839.

conception délirante : seulement dans l'illusion, la sensation a, jusquà un certain point, sa raison d'être. L'illusionné voit un nuage et assure que c'est un ballon, une armée; il trouve dans les aliments le goût de l'arsenic ou de tout autre poison. N'est-il pas évident qu'en pareil cas, le cerveau troublé fait tous les frais de cette perception morbide , dont le véritable point de départ est une lésion des facultés intellectuelles?

Mode de vionifcHlollon du dèlirr. Avant qu'il n'éclate symptômes

, , , , . du délire.

on voit paraître quelques-uns des pnénomèn€s suivants : symptômes sommeil agité par des rêves pénibles, cauchemar, réveil précurseurs, en sursaut, insomnie, hallucinations passagères, craintes exagérées ou sans motif, idées tristes, antipathie du malade pour des choses, des personnes qu'il aimait, regards exprimant l'inquiétude, la défiance, quelques vertiges, trouble des sens, de la vue, de l'ouïe, bourdonnements d'oreille, céphalalgie, parole brève, paupières tremblantes, parfois volubilité de la parole, quelques convulsions de la face, expression de stupeur, d'abattement ou d'excitation , rire sardonique , assoupissement ou agitation. Ces symptômes nerveux précèdent ordinairement le délire de quelques heures seulement , ou même l'accompagnent.

Les formes qu'il affecte sont excessivement variées ; Formes du délire, voici les principales. Dans celle qui a reçu le nom de sub- subdéiirium. délirium, le malade parle à voix basse, marmotte des paroles inintelligibles, remue les lèvres et paraît plongé dans un demi-sommeil d'où il n'est pas toujours facile de le tirer. Cet état se complique de stupeur ou d'imbécillité. C'est encore dans cette forme qu'on voit le malade se découvrir la poitrine, porter la main au nez, aux lèvres, sur le pénis , sur les fesses ; d'autres fois , par un mou-

Carphologie.

Délire Turieux.

510 TROUBLES DES FAÇUJ.TéS INTELLECTUELLES.

veroent autoïnatiquç , il ramène leg coMyertures sur lui , ep détache le duvet ou cherche dans l'air des corps imaginaires (crocidisme, carphologie) . Tous ces actes témoignent d'une aberration de l'intelligence qui s'observe fréquemment dans les fièvres et les maladies générales (typhus, fièvre jaune, peste, lièvre pernicieuse, soporeuse), l^es malades tombent parfois dans un état d'insensibilité et de collapsus des facultés cérébrales tel qu'il n'est plus possible de les en sortir, soit en irritant fortement la peau , 3oit en les appelant , soit en produisant toute autre espèce d'excitation (coma, sopor).

Un délire tout différent par ses symptômes, et qui a reçu le nom de délire furieux ou phri'nèiique^ se reconnaît, à l'incohérence et à la véhémence des paroles, à l'agitation extrême de toutes les parties du système musculaire; le malade parle avec volubilité, d'une manière brève, impérieuse, chante, vocifère, ipjurie, parfois, entre en fureur, sans motif, contre ceux qui l'entourenî,, cherche à se dégager par de violents efforts des liens à l'aide desquels on est contraint (Je le fixer daps son fit (délire furieux).

On observe cette forme dans les inflammations des membranes et de la substance cérébrale, dans les fièvres, les inflammations viscérales, et surtout dans la folie et les jmpiômes. empoisounemeuts par le plomb, la belladone, l'alcool.

Dans cette forme intense du délire, le malade, insensible à ce qu'on dit et à ce qu'on fait autour de lui, perd entièrement la connaissance de lui-même. On ne peut obtenir de lui aucune réponse ; il refuse de montrer sa langue, de boire; il jette au loin sa salive; il urine et rend involontairement les matières fécales. On conçoit qu'il existe de nombreux degrés dans cette forme de délire ;

Maladies dans le cours desquelles on observe ces s

DÉLIRE

quelques-uns tirent la langue et répondent encore à quelques questions, ou du moins sontencore capables d'un certain degré d'attention.

D'autres fois le délire s'accompagne de rire sardonique, de mouvements convulsifs des yeux et de la bouche ; les yeux deviennent brillants, hagards et s'injectent; on observe aussi la rougeur de la face, le battement des artères, des sueurs plus ou moins abondantes causées ordinairement par l'agitation et les elïorts du malade (délire alcoolique). •

On voit des délirants chez lesquels , à part un peu Délire d'aciion. d'afl'aissement ou de défaut d'attention et de mémoire, on ne soupçonnerait pas le trouble psychique. Il se révèle surtout par des actes déraisonnables ; les malades se lèvent , vont se recoucher dans le lit du voisin ou au pied de leur lit; ou bien ils emploient fort mal les objets qui sont sous leurs mains , se découvrent et exposent à tous les regards les diverses régions du corps qu'ils cachent soigneusement dans l'état de santé. C'est là un signe de délire qui a reçu le nom de délire d'aslion.

Une fois que le délire est passé, les malades n'en coîiservent pas le moindre souvenir ; ils regardent avec surprise les liens qui les retiennent dans leur lit et le désordre qui résulte des efforts auxquels ils se sont livrés. D'autres, avant l'accès de délire, s'aperçoivent qu'ils déraisonnent et ne peuvent s'en empêcher.

Chez les uns le délire est exclusivement borné à une faculté, à un sentiment, aune passion (monomanie, délire partiel), ou étendu à un grand nombre d'objets (manie aiguë, démence) ; chez les autres, il roule sur des sujets gais ou constamment tristes. C'est sur la prédominance du trouble des facultés intellectuelles que les ma-

nigraphes ont fondé la classification des diverses espèces de folie. Cependant il faut dire que ces divisions artificielles ne s'adaptent pas tiès-exactement à toutes les formes de l'aliénation mentale. Beaucoup d'auteurs avouent qu'il est rare de rencontrer un délire exclusivement limité à un seul ordre d'Mées, de sentiments, d'alTections.

néiire général La distinctiou dos délircs en général et partiel a une et partiel, haute portée. Dans le premier toutes les facultés intellectuelles, et principalement le jugement, sont altérés , à différents degrés. Le délire des fièvres et des affections aiguës olfre précisément ce caractère. Au délire partiel appartiennent toutes les formes aiguës et chroniques de l'aliénation mentale.

Délire Certains délires portent l'homme à se tuer sans qu'il

de la calenlure. possible d'attribuer ce penchant à une véritable monomanie. Ainsi dans la calenture, les malades, au milieu du transport de leur fièvre, sont saisis du désir impérieux de se jeter à la mer. Après le désastre de Mascara, après des marches forcées au milieu des sables et d'une atmosphère brûlante, on a vu des soldats se tuer. Les malheureux atteints de pellagre cherchent à se noyer ou à terminer leurs jours d'une autre manière. Il faut enfin considérer comme un véritable délire l'étrange illusion Mirage. connuc SOUS le nom de mirage. Peut-être aussi conviendrait-il d'ajouter à cette liste des différentes formes de délires celle dont nos contemporains nous donnent tous les jours le spectacle lorsqu'ils sont réunis autour des tables tournantes, frappantes et parlantes.

Quelquefois il n'existe qu'un peu de rêvasserie d'où le malade sort facilement; chez d'autres la mémoire fait défaut; ils oublient ce qu'ils viennent de dire, de faire;

DÉLIRE

la langue sortie de la bouche reste pendante sur les lèvres; un autre rend un compte exact de sa situation actuelle et ne sait rien des événements passés. On voit cette forme de délire chez les typhiques et les convalescents de grandes pyrexies.

Le délire s'accompagne souvent d'une fièvre intense, et alors il est sous la dépendance de la cause quia provoqué le mouvement fébrile : tel est le délire des fièvres , des exanthèmes, des phlegmasies et de quelques affections organiques parvenues à leur période ultime. Il se distingue aisément du délire apy rétique qui caractérise les névroses des organes de l'intelligence, du sentiment et du mouvement (délire hypocondriaque, hystérique).

Los troubles de la moliUlé se manifestent souvent avec ^^^^.^

avec lésion

le délire; tantôt le système musculaire est agité de con- du mouvement, vulsions cloniques ou toniques ; tantôt on observe la paralysie , le collapsus , la perte de connaissance. Ces troubles complexes s'associent dans le cours des affections cérébrales et dans d'autres maladies.

Le délire, uni au tremblement des membres supérieurs, des mains et des lèvres, fait reconnaître aisément l'empoisonnement par l'alcool, le plomb, la belladone.

LésioDS de la sensibilité partielle ou générale. L'excitation Lésions des sens de la vue, de l'ouïe, de l'odorat, a été notée -par tous les auteurs qui ont étudié les maladies men- "^p^'"''*^' talcs. On la retrouve dans les affections internes, dont le délire et l'hyperesthésie ne sont que des symptômes sympathiques. L'excessive sensibilité que montrent les cataleptiques, les hystériques, les nosomanes, prend sa source dans l'excitation des fonctions du système nerveux : intelligence, motilité, sensibilité, tout est troublé, à un degré extrême , dans ces maladies.

Ai

TllOUBLES DES FACULTÉS INTELLECTUELLES.

Anesthésie.

Délire fébrile ei non fébrile.

Délire aigu et chronique ,

continu et intermittent

L' anesthésie se montre plus souvent encore que l'hyperestliésie. On observe une insensibilité plus ou moins complète chez les malades en délire. Us ne sentent plus les irritants les plus violents qu'on applique sur la peau: ou bien la sensibilité n'est qu'obtuse, diminuée, et alors les sujets retirent les membres qu'on irrite. Souvent l'insensibilité n'est qu'apparente ; il faut l'attribuer àl'état morbide du sensorium , qui perçoit peut-être , mais qui est hors d'état d'exprimer par la parole, ou de témoigner par les gestes, la soulïrance qu'il endure. Un certain nombre d'hallucinés, d'aliénés, d'inspirés, nous présentent des phénomènes de ce genre.

Quant aux aiitres symptômes, rien de plus variable : tantôt il serait dilïicile de surprendre le moindre phénomène pathologique : l'excitation mentale contraste avec l'intégrité de I9, circulation et des fonctions digestives; tantôt, au contraiie, il existe une fièvre violente et un grand trouble de presque toutes les fonctions,

11 résulte de ces diverses combinaisons de symptômes quatre états morbides qu'il importe de distinguer, parce qu'ils se rapportent à des maladies très-différentes : (A) Le délire existe seul, et il constitue jusqu'à la fin le phénomène prédominant (névroses de l'organe intellectuel). (B) 11 s'accoinpagne de troubles de la sensibilité et de la piotilité (névroses et lésions cérébrales). (G) Il est associé à une fièvre continue, rémittente ou intermittente; (D; à des organopathies de nature et de siège différents (délire sympathique et de complication) .

Marche. Le délire se présente sous forme continue, rémittente ou intermittente. La distinction des maladies avec délire repose en grande partie sur la durée du trouble intellectuel. Le délire aigu appartient aux iTiala-

DÉLIHE.

Délire inlermittenl.

dies matérielles du cerveau et des autres organes , et le chronique aux névroses proprement dites. Quand il est continu, il olïre presque toujours des exacerbations le soir et pendant la nuit : on le voit aussi , après une excitation accidentelle, se produire comme un trouble éphémère qui se dissipe après quelques heures.

11 affecte aussi cette forme passagère au début ou dans le cours des pyrexies continues : dans les maladies dans lesquelles le système vasculaire est excité, comme les phlegmasies , ou bien quand la composition du sang est altérée (empoisonnement miasmatique, pyémie, septicémie, chlorose , pléthore).

L'intermittence parfaite ou irrégulière du délire revenant , par accès plus ou moins rapprochés, caractérise différentes espèces d'aliénations mentales, la monomanie et les hallucinations spécialement. Dans des cas qui ne sont pas rares , l'intermittence du délire est régulière. Tous les auteurs en citent des exemples. Cette forme se montre dans les pyrexies paludéennes de tous les types (fièvres délirantes, comateuses, convulsives, pseudo- continues). Le déhre sans lièvre est rarement l'unique manifestation de l'intoxication parle miasme marécageux ; cependant sou existence ne saurait être mise en doute.

Le déUre doit être distingué en initial et en ierminal^ suivant qu'il se développe au début ou vers la fin des maladies internes. Un grand nombre de maladies de l'enfance, les exanthèmes, les phlegmasies, l'étabhssement des menstrues, de la puberté chez l'homme, ont pour symptôme le déhre. 11 se montre aussi comme le dernier acte des maladies qui se terminent par la mort, comme si la nature bienveillante s'efforçait encore de

Délire initial et leriiiinal.

Il précède

Me> TROUBLES DES FACULTÉS INTELLECTUELLES.

cacher à l'homme l'œuvre de destruction qu'elle est obligée d'accomplir, conformément aux lois générales Délire <î"i régissent le monde. Les malheureux qui meurent de

des agonisants, maladies chroiiiques tombent, pendant quelques jours ou quelques heures avant de mourir, dans un délire tranquille ou agité, pendant lequel ils perdent la connaissance d'eux-mêmes. Ce délire suffit pour ôter à l'homme le sentiment de ce qui va se passer. On a prétendu , avec quelque raison , que le passage de la vie à la mort était presque toujours ainsi dissimulé au malade qui expire. En effet, la plupart s'affaissent dans la somnolence subdélirante ou le coma ; d'autres ont un délire gai, mais c'est le très-petit nombre.

Des phlhisiques. On pourrait considérer comme une véritable forme de délire cette étrange aberration qui s'empare des phthisiques et de quelques autres malades, qui croient encore avoir une longue carrière à parcourir. Le médecin philosophe se prend souvent à rêver lorsqu'il assiste à ce mystérieux dénoùment de la vie humaine.

Une fois que le délire quel qu'il soit a cessé , il laisse après lui de la courbature, de la faiblesse et de la céphalalgie, une expression de stupeur et d'hébétude sur le visage ; l'œil est fatigué, éteint, les traits tirés , la faiblesse des membres extrême -, quelques mouvements convulsifs les parcourent , ainsi que les muscles de la face.

causes du délire. Caiises. Nous n'avous qu' à rappeler les divisions que nous avons établies et à insister sur quelques causes qui prédisposent au développement des troubles de l'esprit. Dans le cours des maladies internes les seules qui doivent Hérédité, nous occuper, mentionnons : i" Vhèrédilê, qui agit plus État nerveux, que toutes les autres causes réunies ; 2" la dialhèse ner~

DELIUK. 517

veuse, à laquelle il faut rapporter le délire qui survient chez un certain nombre de sujets, chez les enfants, les femmes, à l'occasion d'un mouvement fébrile, de l'affection la plus légère , et à plus forte raison lorsqu'une maladie aiguë se déclare; o" Yexcilalion phiisiolonintic ou '"""ence

des organes

morbide des organes génitaux chez l'homme et surtout do la génération, chez la femme : de là vient la fréquence si grande du délire pendant les menstrues, la grossesse, l'état puerpéral, etc. ; 4° Vexcitation cérébrale. Elle peut tenir à l'exer- Excitation cice exagéré des fonctions de l'intelligence, à une stimulation rapide et imprévue , comme celle qui est produite par la frayeur ou une forte émotion de l'âme. Ainsi se développe le délire, chez un soldat blessé qui vient de se battre vaillamment, chez un malade qui a subi une opération , ou chez un ivrogne atteint de pneumonie. Il faut Déure nerveux bien s'entendre au 'sujet des causes de ce délire, parce "^^^ que plusieurs erreurs se sont accréditées depuis Dupuytren, qui l'a étudié d'une manière spéciale. Un homme adonné aux alcools, qu'on ampute, qui se fracture la jambe ou qui a toute autre maladie, est pris d'un délire qu'on appellera, si l'on veut, délire nerveux. Dans ces cas, l'usage des alcools, le travail d'esprit, les émotions morales, jouent le rôle de causes prédisposantes, et l'opération chirurgicale, la pneumonie, celui de cause déterminante du délire, qui n'est, en définitive, qu'un délire sympathique pareil à celui qui se déclare dans le cours de tant de maladies différentes.

5° Rhumaii.sme. On voit quelquefois le délire éclater Rhumatisme, dans le rhumatisme articulaire et entraîner la mort des sujets. On ne trouve souvent aucune lésion qui puisse l'expliquer. Stoll et quelques auteurs qui connaissaient les faits de ce genre appelaient apoplexie rhumatismale

la forme grave que nous décrivons. Dans ces derniers temps, l'attention des médecins s'est fixée sur ce délire , qu'on pourrait appeler rhumatismal.

Altérations 6° On doit placer dans un sixième ordre de causes du sang. ^Q^^es les Conditions morbides qui peuvent amener une altération du sang, les hémorrhagies traumatiques ou de cause interne, l'anémie, la chlorose, la diète outrée ou intempestive, enfin l'inanition causée par des maladies qui, en empêchant la réparation, préparent l'explosion du délire. Le délire ultime de la phthisie, du cancer gastrique, de l'albuminurie, ne reconnaissent souvent pas d'autres causes que la débilité occasionnée par l'altération du sang.

Physiologie du délire. Il est aujourd'hui fort inutile de s'appesantir sur la nature intime du délire, parce qu'elle reste encore entièrement ignorée. L'irritation cérébrale, à laquelle on a prétendu le rapporter, dans tous les cas, existe dans les maladies phlegmasiques ; mais le même effet étant produit par des états pathologiques opposés, par l'anémie du cerveau et par des poisons qui pénètrent dans le sang et frappent de stupeur l'innervation cérébrale (miasmes paludiques, plomb, belladone), il n'est pas possible de dire en quoi consiste le mouvement moléculaire intime qui se passe dans la substance nerveuse , et qui provoque ainsi l'aberration de l'intelligence. Troubles T roubles de quelques facullés de l'inlelligence. Nous voufaJuèTfpéciaies ^^^^ Seulement marquer la place de quelques autres du cerveau, phénomènes psychiques, afin de montrer que la lésion des fonctions cérébrales ne consiste pas seulement dans le délire.

fJaUention se perd dans un grand nombre d'affections nternesqui troublent le sensorium commun. La mémoire

DÉLfRE.

Perle

de la mort.

est. très-alFaiblie dans les maladies aiguës ataxo-adynamiques, et dans la convalescence des allectîons qui ont débilité l'organisme. Quelques malades perdent entière-

, 1 . , de rattention ,

ment le souvenir de tout ce qui s'est passé durant leur de la mémoire.

maladie et même auparavant. La fièvre typhoïde grave

nous présente quelques exemples de ce genre. Il n'est

pas rare d'observer des sujets qui ne peuvent plus se

rappeler les substantifs ou les noms propres, et qui sont

obligés d'apprendre de nouveau à lire. L'exaltation de

la mémoire se rencontre plus rarement (somnambulisme).

Dans d'autres cas , certaines facultés morales sont crainte excessive altérées. La crainte de la mort est excessive chez des malades qui n'ont qu'une indisposition ou une affection légère (gastralgie, hypocondrie, névroses) . Souvent, au contraire, l'infortuné qui va perdre la vie ne se doute pas de sa fin prochaine. Le phthisique , peu de temps avant de mourir, fait des projets, et « loin dans le présent regarde l'avenir;» au contraire, le malade qui lutte contre les affreux symptômes d'une hypertrophie cardiaque sent la mort approcher, et l'annonce plusieurs jours à l'avance. L'amour de la vie, si grande chez tous les hommes, si faible chez le plus petit nombre, estune faculté moralédigne d'intéresser le médecin piiilosophe. On la trouve à peine en rudiment chez les jeunes sujets, avant la quinzième année, à quelques rares exceptions près ; puis elle va en prenant plus d'intensité à mesure que l'on avance en âge, et elle est toujours très-grande chez le vieillard. « Le plus semblable aux morts meurt le plus à regret. »

Le médecin frappé mortellement meurt comme les autre» au milieu de la douce illusion que son mal finira heureusement. Nous avons prodigué nos soins à plusieurs de nos confrères connus par de» travaux qui leur

Espoir chimérique dans d'autres maladies.

Illusions chez les médecins comme chez les autres.

ont acquisune juste renommée ; ce coup d'œil si prompt, si sûr quand il s'agissait des autres malades, leur faisait entièrement défaut pour eux-mêmes. Ils ne se sont pas vus mourir. Cependant nous avons rencontré quelques exceptions à cette loi commune à tous les malades, quels qu'ils soient. On peut dire que les maladies, surtout chroniques, laissent intact le sentiment de la conservation de soi-même. Il se maintient à un degré normal chez les moribonds ; il faiblit chez l'homme qui , dans la plénitude de son intelligence et de sa volonté, se donne la mort librement et pour des raisons dont lui seul doit demeurer juge.

Du coma. Coma, xtofjia. On peut désigner sous le nom de coma un sommeil profond avec perte presque complète, mais momentanée, des facultés de l'intelligence, de la sensibilité et de la motilité. Sous le nom de coma l'on a rassemsomnoience. blé dcs états patliologiqucs assez différents : i° la somnolence, sorte d'état intermédiaire entre le sommeil et la sopor. veille; 2° le sopor ou calaphora, sommeil dans lequel retombe le malade presque immédiatement après avoir été réveillé ; 5° le coma proprement dit, sommeil dont le

Coma vigii. malade ne' sort que très-difficilement; 4° le coma vigil, dans lequel il délire, parle seul, les yeux fermés, et s'agite beaucoup dans son lit; 5° le coma somnolenlum: le malade retrouve encore sa raison quand on le réveille, il

Léthargie, se tait et reste immobile; 6° la léthargie: de fortes excitations peuvent encore tirer le patient de l'état de mort carus. apparente 011 il est ; 7° le carus : Tinsensibilité est complète, la motilité et la sensibilité sont abolies.

Le coma n'est jamais toute la maladie; il accompagne diverses affections, soit du système nerveux (encéphalite, ramollissement, hémorrhagies cérébrales, épanche-

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