‹ Traité de pathologie générale v. 1 (volume 2)Chapitre 10 sur 185 · TROUBLES DE LA NUTRITION · texte numérisé non relu

TROUBLES DE LA NUTRITION

On a souvent attribué aux aliénés une résistance exceptionnelle aux agents physiques, notamment au froid et à l'inanition. En réalité, comme llallaran et Crother Font dt^à noté avant Esquirol, cette résistance est rare: presque tous les aliénés se pressent autour du feu lorsqu'ils en ont Uoci^asion, presque tous mangent beaucoup et très fréquemment. Cette résistance apparente n'est pas due à une vitalité plus grande, mais à un défaut de sensibilité qui s'étend aussi bien aux sensations internes qu'aux sensations externes et aux émotions. Du reste, on comprend facilement que, chez des sujets analgésiques, l'action dépressive immédiate du froid est moindre que chez des sujets normaux, chez qui à l'influence propre du froid s'ajoute l'influence non moins dépressive de la douleur. Mais ils n'en sont pas moins très sensibles aux accidents de la réfrigération, comme tous ceux dont la nutrition est aflaiblie (*). On sait que plusieurs maladies infectieuses paraissent favorisées par les émotions dépressives. On peut s'expliquer de même la fréquence des diarrhées, de la phtisie^ de la pneumonie, de la gangrène pulmonaire; les maladies générales considérées en masse ont même paru plus fréquentes chez les aliénés ('). Ce n'est pas seulement par leur fréquence que ces maladies se font remarquer chez les aliénés, elles présentent encore chez eux des particularités d^évolution tout h fait spéciales. La pneumonie, qui est souvent double, peut passer inaperçue parce que la plupart des troubles fonctioimels, à part la dyspnée, peuvent manquer, tels que le frisson initial, la douleur, le point de côté, la toux, l'expectoration.

Les mélancoliques qui deviennent phtisiques ont quelquefois une amélioration de l'état mental quand la fièvre s'allume. D'autres affections il réaction généi*ale ont une influence sur les états dépressifs de l'intelli- »:ence. Bevan Lewis signale une guérison de démence aiguë sous l'influence d'une pneumonie. Clouston remarque que les aliénés mélancoliques ou sujets à des idées de suspicion ont une tendance à la tuberculose.

Les paralysies vaso-motrices avec stase veineuse sont fréquentes chez les mélancoliques qui présentent fréquemment une véritable cyanose des extrémités tuméfiées, et offrant une coloration bleuâtre en même temps (ju'uii abaissement de température. M. Ritti a vu l'asphyxie locale des extrémités se reproduire à chaque période de dépression de la folie à double forme. Les dystrophies des ongles et même des os (Lauder Lindsdy, Dimilrewski) ont été observées en dehors de la paralysie générale. Les troubles du sommeil jouent un rôle aussi important dans la pathogénie que dans la symptomatologie de l'aliénation mentale. Les insomnies

') M. BiXFT. Herh au xujrf de V influence des conditions météorologiqttes par rapport à la tante physique et morale. Thôsc 1875. 1*) N. RoQCK*. Contribution à l'influence de la folie sur les maladies incidentes. Thèsç

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provoquées amènent un état neurasthénique des plus propices à Féclosion des troubles mentaux. Mais toutes les formes d'aliénation s'accompagnent de troubles du sommeil; l'insomnie est presque constante au début et elle dure souvent pendant des semaines et des mois surtout chez les maniaques. Le retour du sommeil est le meilleur signe pronostique dans un accès aigu de manie ou de mélancolie; mais à condition que l'état mental s'améliore en même temps; dans le cas contraire c'est un signe de chronicité. Les rêves qui peuvent annoncer des troubles du mouvement(') sont souvent des précurseurs du délire (Falret) (*), continuent souvent à rester en rapport avec lui, et ils peuvent lui survivre pendant longtemps. Les délires toxiques et infectieux ne sont souvent que des rêves prolongés. Lasègue l'a depuis longtemps reconnu : le délire alcoolique n'est pas un délire mais un rêve, disait-il. Il est fréquent de rencontrer des rêves ayant le même caractère que ceux des alcooliques au cours des maladies infectieuses : zéopsie, représentations professionnelles, chutes (').

La narcolepsie (Gélineau) se montre quelquefois chez les paralytiques généraux et chez les épileptiques (*).

En somme, que l'on considère les troubles psychopathiques au point de vue psychologique ou au point de vue de leurs accompagnements physiques, on voit qu'il s'agit toujours de phénomènes qui indiquent une dépression de l'activité des fonctions de relation et des fonctions de nutrition. L'exaltation que l'on a prétendue caractéristique des états maniaques, on la retrouve à l'état d'épisodes dans la mélancolie et la stupidité; la dépression qui au premier abord parait liée à la mélancolie et à la stupeur, on la retrouve aussi, et d'une manière plus évidente et plus ou moins durable chez les maniaques.

On ne sera pas surpris de la constance de ces manifestations de la dépression de l'activité des fonctions nerveuses, si on considère que presque toujours les troubles mentaux, s'ils ne succèdent pas à un choc, se produisent à la suite de troubles organiques ayant entraîne un déchet de la nutrition, ou qu'ils ont été précédés de troubles de la digestion, et à peu près constamment d'insomnie. Les mauvaises conditions de la nutrition du système nerveux et l'insuffisance de repos, qui figurent constamment dans la genèse des troubles mentaux, justifient complètement leur caractère général de déficit.

(*) Ch. Férk, Note sur un cas de paralysie hystérique consécutive à un rêve. C. H. Soc. de Biologie, 1886, p. 5!1. — Les rêves d'accès chez les épileptiques. La Médecine moderne, 1897, p. 777.

(*) FAUttK, Étude sur les rêves morbides, rêves persistants. Arch. gén. de Mt'd.j 1876, 6* série, t. XXVII, p. 550. — Cm. Féré, La Médecine d'imagination. Progrès médical^ 1886, p. 760. — pH. Ghasmn, Du rôle du rêve dan» l'évolution des délires. Th. 1887. — Santé de Saxctis. / Sogni, 189^. — P. Tbexaunay, Rech. pathogéniques et cliniques sur le rêve prolongé^ délire consécutif à un rêve prolongé à l'état de veille. Th. 1901.

('). LoPKZ Y Ruis, Du rêve et du délire qui lui font suite dans les infections aiguës. Tli.

(♦) Ch. FériI, Le sommeil paroxystique. La Semaine médicale, 1895, p. 465. — Note sur la narcolepsie êpileptique. Rev. de médecine, 1898. p. 430.

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