SÉRODIAGNOSTIC DE LA TUBERCULOSE
Les in<Hhodes directes de recherche du hacille tuberculeux, telles que rexanien microscopique et Tinoculation nu.v animaux, ne sont le plus souvent d'aucun secours pour le diagnostic de la tuberculose viscérale au début, c'est-à-dire précisément à la période où la clinique est insuffisante par ses seules ressources à étayer un diagnostic précoce, si nécessaire cependant au point de vue thérapeutique. Après la découverte du sérodiagnostic de la lièvre typhoïde, il était donc logique d'appliquer la même méthode au diagnostic de la tuberculose et d'en tenter le sérodiagnostic (Arloing et P. Courmont).
Nécessité (V avoir des cultures homogènes. — Le bacille tuberculeux se présentant dans les cultures liquides ou solides sous forme de voile ou d'écaillés constituées par des bacilles solidement agglomérés, la technique usuelle du sérodiagnostic de la fièvre typhoïde n'est pas applicable au diagnostic de la tuberculose. La condition préalable est, connue l'a montn^ M. Arloing, d'obtenir des cultures liquides homogènes de bacilles tuberculeux.
Pour obtenir des cultures homogènes de bacille de Koch en milieu liquide, M. Arloing (*) est parti de cultures sur ponune de terre, dont les colonies, rapprochées, luxuriantes, (mt un aspect gras et brillant.
M. Arloing repique ensuite les colonies qui se trouvent au fond du tubo dans des ballons contenant du bouillon glycérine, mais au lieu d'api)orter la semence à la surface en la laissant flotter, de façon à obtenir un voile, il l'innuerge dans le liquide et a soin chaque jour d'agiter la culture pour combattre la tendance qu'a le bjicille tuberculeux à végéter en grumeaux; dans ces conditions, en eflet. le bacille se développe connue le bacille d'Kberth ou le staphylocoque dans la masse liquide, qu'il trouble uniformément.
L'examen sans coloration d'une goutte de cette cidture montre des bâtonnets isolés les uns des autres, ayant la forme du bacille tuberculeux et jouissant d'une cert^iine mobilité ; rexainen après coloration par la méthode de Ziehl décèle les réactions colorantes pro|)res au bacille tuberculeux (^), ('inoculation aux animaux détermine enfin la production de
(*) Ani.oiN«; et P. Courmont. Oaz. fies liAp.. lî)OI. Presse inniieale. I" sept. lîMiO.
(*) Congrès de Montpellier, 1898: Comptes rendus de t'Arad. des seiences, 15 mai ol V,) sopl. 1898.
(') Ltî bacille pLMit (railleurs perdre la propriété de se colorer |»ar la méUiodc de Ziehl. comme l'a ol>servé Arloing, sur «les cultures jeunes de dixième ou de vingtième génération provenanl d'une culture sur pomme de terre, mais dont les ;,r(';ni'>i*ations successives ont été très rapprochées les uues des autres. C'est là un fait qu'avait déjà si^fualé Ferraii (de Barcelone et que M. Marmorek a observé sur des cultures tul>erculeuses tléveloppées en voile à la surface du U)uillon; si l'on examine en eti'el la mince pellicule qui se forme à la périphérie de l'écaillc qui a servi à rcnsemencement, on voit que les bacilles qui constituent la pellicule ne si' colorent pas par la méthode de Ziehl, mais prennent les matières colorantes à la manière des autres bactéries.
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lisions tuberculeuses, comparables à celles que Ton obtient après inoculotion de produits tuberculeux de virulence atténuée.
Pratiquement, comme Font montré MM. Arloing et P. Courmont, si Ton veut avoir une culture homogène, on emploiera la technique suivante :
Le milieu le plus favorable est le bouillon de bœuf, peptoné à 1 pour 100 et glycérine à 6 pour 100 ; ce bouillon est introduit dans des ballons à fond plat et de fonne cylindrique (préférables aux ballons sphéroidaux usuels, parce que les parois abruptes apportent un certain obstacle à l'ascension des colonies et à la formation du voile).
Le bouillon est ensemencé avec une culture homogène âgée d'un mois onviron, la quantité de semence apportée dans le bouillon doit être, dans f haque ensemencement, sensiblement égale. Le ballon est mis à l'étuve à 58", 59". La culture doit être agitée chaque jour. Les cultures âgées de S à 10 jours conviennent de préférence pour la recherche de la réaction : avec des cultures datant de plusde 15 jours, Tadjonction de sérum agglutinant n'éclaircit qu'incouq)lètement la culture, à mohis (|ue le pouvoir agglutinatif ne soit très puissant. M. Courmont recommande de se servir de cultures d'une certaine viscosité, mous>ant bien par mélange avec Tair. Ces cultures doivent présenter im trouble tel que Ton voit diflicilcment par transparence un cercle tracé à Tencre sur le fond du flacon. On peut garder pendant une ou deux semaines une culture propice à Tétude du sérodiagnostic, en la retirant de Téluve ou bien en la fixant par le formol.
Pour faire des recherches satisfaisantes sur Fagglutination des précé- «lentes cultures par le sérum des tuberculeux, il est indispensable, d\iprès MM. Arloing et Courmont, d'observer rigoureusement un certain nondire de précautions, jugées inutiles pour le sérodiagnostic de la fièvre typhoïde. C.omme pour le sérodiagnostic de la fièvre typhoïde, il faut prélever le liquide à la partie supérieure du ballon, attendu que le liquide du fond renferme presque toujours des amas spont^més ; il faut aussi vérifier (|ue h»s bacilles qu'il renferme sont bien isolés et légèrement mobiles. L'agglutination doit être recherchée à l'ieil nu et au microscope.
Agglutination à l'ieil nu; c'est d'après MM. Arloing et Courmont le procédé de choix :
Pour éviter le gaspillage des cultures, on se sert non de tubes à essai mais de petits tubes stérilisés de 5 à 6 centimètres de longueur et d'un petit diamètre. Ces tubes sont introduits dans un |>etit porte-tube disposé (le telle façon (pielestubes soient inclinés à 15** et non verticalement; on se sert en généml de quatre tubes, pour la recherche du sérodiagnostic : dans le premier qui servira de témoin on mettra (|uelques gouttes de culture sans adjonction de sérum, dans les trois autres, un mélange de sérum et de culture homogène à des titres différents h 1/5, à 110, à 1;20, c'est-àdire une goutte de sérum pour 4, pour 9, pour 19 gouttes de culture.
L'agglutination ne se produit pas en général instantanément et n'apparaît qu'au bout d'un temps variable selon les sérums, au bout de 1 à 5 heures en «xénéral.
[F WtDAL y. F. BJJANÇON.}
hn DIAGNOSTIC DES MALADIES INFECTIEUSES.
Lorsque la réaction n'est encore qu'ébauchée, on voit la paroi inférieure du tube comme striée de petits grains, le liquide surnageant reste louche ; lorsque la réaction est complète, le liquide est clair, et Ton Toil sur la paroi inférieure un dépôt constitué par des flocons peu adhérents ou par une couche lamelleuse.
Pour apprécier la clarification, il est bon de regarder les tubes à jour frisant sur un fond noir. La clarification et le dépôt ne doivent jamais se produire dans le tube témoin.
L'examen microscopique doit toujours contrôler les résultats donnés par l'examen macroscopique. On prélève, avec une pipette, une goutte du dépôt que Ton dispose entre lame et lamelle et que Ton examine à l'état frais, sans fixation ni coloration, avec l'objectif à sec et en diaphragmant. Les bacilles, au lieu d'être isolés et légèrement mobiles, comme dans le tube témoin, sont agglutinés.
MM. Ai'loing et Courmont insistent beaucoup sur la délicatesse de la technique, qui est beaucoup plus difficile à pratiquer que le [sérodiagnostic de la fièvre typhoïde.
Une culture trop jeune sera ou bien trop pauvre en bacilles, ou bien trop facilement agglutinable ; une culture trop âgée sera souvent trop « dure » et donnera à tort des résultats négatifs.
Pour remédier à cette difficulté, il faut, chaque fois que Ton essaie le pouvoir agglutinant d'un sérum, faire en même temps la réaction sur la même culture, avec un sérum étalon, c'est-à-dire avec un sérum fortement agglutinant dont le pouvoir est connu d'avance, sérum d'animal (chien) tuberculisé, sérosité de pleurésie ou de péritonite tuberculeuse.
Recherches expérimentales. — Le sérum sanguin du cobaye ne présente à Tétot normal aucun pouvoir agglutinant: par contre, le sérum de bœuf agglutine au 1/5, et celui du chien dépasse habituellement 1/5 et peut même atteindre 1/10 et l/t20.
Après inoculation de tuberculose à ces divers animaux, le sérum acquiert la propriété agglutinante à dos degrés divers, et semble-t-il en raison directe de la capacité agglutinante du sérum normal; c'est ainsi que le sérum de cobaye n'acquiert jamais qu'un faible pouvoir agglulinatif autour de I/IO et dépassant très raienuînt 1/20, tandis que le sérum de chien peut s'élever à 1 pour 200 ou 1 pour 000.
Chez les divers animaux, le pouvoir agglutinant ne se développe dans le sérum que si l'on inocule un virus atténué; ainsi le sérum de col>aye infecté par une matière tuberculeuse [très virulente, crachats, produits tuberculeux, ne possède pas de pouvoir agglutinant, ou n'agglutine le bacille qu'au 1/5 ou au 1/10. Ce n'est (pie chez les cobayes présentant une tuberculose à marche chronique, quej^lr pouvoir agglutinant se développe et encore faiblement.
Chez le lapin, dont le sérum à l'état normal agglutine souvent très légèrement le bacille de Koch, le pouvoir agglutinant apparaît après ino-