‹ Traité de pathologie générale v. 1 (volume 2)Chapitre 131 sur 185 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

Les règles de la technique que nous tivons adoptée pour pratiquer Texaincn cytologique des humeurs normales ou pathologiques de l'organisme sont commandées par des obligations auxquelles on ne saurait se soustraire.

Si Ton esl en présence d'un liquide fibrineux, celui d'un épanchement pleural par exemple, il faut tout d'abord le défibriner. La fibrine, en se coagulant, entminerait dans ses mailles un gi^nd nombre d'éléments cellulaires qu'il importe de dégager le plus possible par la défibrination* Pour se dispenser de défibriner, il faudrait pouvoir centrifuger le liquide avant sa coagulation, c'est-à-dire dans les quelques minutes qui suivent la ponction. C'est là une condition le plus souvent impossible à réaliser dans la pratique. Nous verrons d'ailleurs (p. 595 et 607) que les traits essentiels de la formule cytologique restent les mêmes dans ces conditions.

Quelle que soit la nature du liquide, il faut toujours concentrer le plus possible les éléments cellulaires qu'il renferme, puis se débarrasser de ces derniers. Une préparation est, en effet, d'autant plus facile à examiner que les éléments sont plus rapprochés et plus au contact les uns des autres. La concentration des éléments est d'autant plus nécessaire que les éléments peuvent ne pas être très abondants. D'autre part, si certaines variétés cellulaires sont peu nombreuses, elles risqueraient sans la concentration de passer inaperçues.

II faut étaler sur lames un dépôt cellulaire nageant dans une quantité de liquide aussi minime que possible. Si on laissait sur les lames une trop grande quantité de liquide, on risquerait, en fixant les préparations, de coaguler Talbumine cpie contiennent toujours en grande quantité les liquides séro-fibrineux. On risquerait également de voir les sels tenus en dissolution se cristalliser à la suite de l'évaporation. Sur la lame se formerait alors un magma blanchâtre, (pii générait la coloration et rendrait presque impossible rexamen des préparations.

L'idéal est donc d'avoir le plus possible d'éléments cellulaires dans la plus petite quantité possible de li(|uide : la centrifugation atteint complètement ce but en réunissant au fond du tube du centrifugeur tous les éléments qui viennent former ainsi un culot parfois très abondant et en les séparant du liquide (|u'il est aisé d'enlever par décantation.

En résumé, pour l'étude des liquides fibrineux, la défibrination et la centrifugation sont les deux temps nécessaires et les plus importants de cette technique.

Nous allons voir, |)ratiquement, conunent il faut opérer, en prenant

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500 CYTO-DIAGNOSTIC DES ÉPANCHEMENTS SÉRO-FIBRESEUX.

tout (Vabord comme exemple iFune part le liquide scro-fil)rincux d'un épancheraent pleural, et d'autre part le liquide céphalo-rachidien qui, dans les cas pathologiques, n'est pas toujours très riche en éléments cellulaires, et dont l'étude cytologique nécessite par conséquent une technique plus rigoureuse encore.

1° Liquide séro-fibrlneux. — a. Prise du liquide. — Le liquide à 'examiner doit être autant (pie possible prélevé par ponction exploratrice laite avec une seringue stérilisé*;.

b. Quanlité nécessaire, — En moyenne, on recueille 10 à 15 centimètres cubes, mais l'on peut opérer sur une moins grande quantité et, k la rigueur, avec 2 ou 5 centimètres cubes. Ton peut faire tout aussi bien un examen.

c. Défibrination, — Après son issue de la séreuse, un liquide séro fibrineux doit être défibriné. Si l'on ne peut pas pratiquer l'examen immédiatement et si l'on veut envoyer le liquide dans un laboratoire, on le recueillera dans un récipient, un tube à essai, par exemple, dans lequel la fibrine se coagulera dVlle-mcme. Nous verrons plus loin comment vingt-quatre ou quarante-huit heures après l'on pourra encore pratiquer Texamcn.

a. Défibrination immédiate, — Pour défibriner le liquide, on le bat avec des perles de verre ; si l'on dispose d'une îissez grande quantité de hquide, on prend un ballon ou un flacon à paroi résistante dans lequel on a introduit des perles de verre du volume d'un petit pois; si l'on n'a que quelques centimètres cubes de liquide, on prend de plus petites perles, celles d'une couronne mortuaire, par exemple, que l'on met dans un tube à essai. Il est préférable de prendre des perles assez grosses, car, si la librino est abondante et les perles trop petites, chacune d'elles finirait par se laisser prendre dans le coagulum.

Les flacons sont préparés d'avance avec leurs perles et flambés.

Pour délibriner, on agite le flacon jusqu'à la coagulation de la fibrine; le battage active ce phénomène, et, dans les liquides très fibrineux, au bout de quelques minutes, il se forme un petit coagulum qui augmente de plus en plus et finit par former un vérit<able caillot; quelquefois, au lieu d'une masse homogène, on obtient un grand nombre de petits paquets fibrineux qui flottent dans le liquide.

Le temps nécessaire pour défibriner complètement un liquide est ti*ès variable : il varie entre un quart d'heure, une heure, quelquefois plus.

p. Défibrination retardée. — Si l'on ne peut pas défibriner le liquide immédiatement après la |)onctioii, ou si le médecin, comme c'est le cas le |)liis fr('M|uent dans la pratique, veut l'envoyer dans un laboratoire, m le reeiieillc aussitôt après son émission fhins un tube h essai, par exemple. Le coagulum fibrineux se forme et englobe la plupart des éléments cellulaires. Si sur ce liquide l'on veut pratiquer vingt-quatre ou quarantehuit heures plus tard l'exarnen cytologique, il va falloir mettre en liberté

les éléments contenus dans le coaguluin. Pour cela, il suffîl de verseï* dans un flacon contenant des perles de verre le liquide transsudé et le coagidum (ibrineux, puis de battre le tout pendant une dizaine de minutes; le coagidum se trouve ainsi dissocié et abandonne la plupart des éléments qu'il renfermait.

Cet examen retardé doit être l'ait le plus rapidement possible, car les éléments s'altèrent «assez vite surtout si le liquide n'est pas recueilli aseptiquement. On peut à la rigueur mettre un cristal de Ibymol dans le tube pour éviter le développement de germes microbiens (').

Finalement, que Ton ait défibriné b^ liquide aussitôt après sa prise, ou que Ton ait dissocié tardivement le caillot. Ton arrive toujours à séparer, d'une part, la fibrine que Ton enlève, et, daulre part, le liquide contenant en suspension les éléments cellulaires.

Dans certains cas, exceptionnels d'ailleurs, on peut ne pas délibriner. Il faut alors opérer très rapidement et centrifuger le liquide aussitôt après la ponction, car, si on l'abandonne à lui-même, la coagulation se produit le plus souvent au bout de quelques minutes. Aussi la dcfibrination reste-t-elle la méthode pratique «applicable à tous les cas.

Pour voir si la défd)rination ne modifiait pas la formule cytologique, nous avons examiné des li(|uides avant et après cette opération et nous avons constaté que, dans la plupart des cas, (m m» pouvait pas relever de modification importante. Si, dans ([uelques cas, Taspect cytoIogi(|ue est légèrement modifié, la signification de la formule reste toujours la même. Nous verrons plus loin en (|uoi consistent ces différences.

d. Centrifugation. — Le liquide ainsi débarrassé de sa fibrine est centrifugé. Pour cette opération, tous les centrifugeurs sont bons, mais selon leur rapidité il faudra prolonger plus ou moins longtemps la centrifugation : elle sera complète lors(|u'une goutte du liquide examiné entie lame et lamelle ne contiendra plus d'éléments; Ton constatera «alors au fond du tube la formation d'un culot plus ou moins import4mt.

e. Décantation. — Lorsque la centrifugation est «achevée, le culot est assez adhérent au fcmd du tube pour cjue l'on puisse le retourner d'un -seul coup; l'on ne garde que lacpiantité de liquide nécessaire j)our diluer le culot.

f. Prise (lu culot. — On dilue le rulot dans le li((uide au moyen <l'un fil de platine ou d'une pipette fermée de façon que le mélange ait à peu près la fluidité du sang. Ce n'est «pie par tâtonnement que Ton arrivera à apprécier la quantité de liquide à conserver. On a toujours tendance à trop diluer le dépôt.

On mélange complètement éléments cellulaires et liquide en les agitant

I* A |iliisieiii*s rtîprisos rt sur «h's lii|ui<ios plus ou moins fiitriniMix nous avons essayé «l'empêcher la ioagulalion en y ajoutant de l'oxalatc <le |)otasse en stilulion à 1 el 5 pour 100. Nous avons renoncé à co. procède, car il t'st liiffii-ile d atteintlre la dose suffisante }H)ur cmp<^cher la coa^lation, et il se forine des précipités qui troublent le li<piide. De plus, les solutions à 5 |»our 100 allèrent certains éléments.

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ensemble et en les aspirant à plusieurs reprises dans une pipette, puis, on aspire la dernière foiç tout le liquide et Ton n'a plus qu'à Tétaler sur lames.

g. Étalement sur lames. — On déposera sur une série de lames bien propres une petite goutte de la dilution et on TéUdera. Celte gouttelette ne sera pas éUilée comme du sang, avec une lame rodée, mais avec un (il de platine ou avec le bout d'une pipette fermée que Ton promène sur la lame en faisant une série de cercles de plus en plus grands. Si Ton se servait d'une lame rodée pour pratiquer cette opération, on entraînerait dans le bout de la préparation tous les gros éléments qui risqueraient de passer inaperçus.

h. Fixation et coloration. — On fixera à l'alcool-éther pour les colorations à rhématéine éosine et au bleu de Unna ou à la thionine: à la chaleur pour les préparations au triacide d'EhrIich.

Ces colorations sont suffisantes pour tous les examens.

En suivant cette technique, on obtiendra des préparations très claii-es. et aussi faciles à lire que des préparations de sang. On les examinera toujours avec Tobjectif à immersion après en avoir inspecté toute Tétenduc avec un objectif de faible grossissement.

2** Liquide céphalo-rachidien. — L'étude cytologique du liquide céphalorachidien est encore plus simple, car ce liquide n'étant qu'exceptionneUement fibrineux, et encore dans de très faibles proportions lorsqu'il l'est, n'a pas besoin en général d'être défibriné. Comme on ne peut soustraire au patient que de faibles proportions de ce liquide et comme dans cerUiins cas pathologiques le nombre des cellules qu'il contient est très restreint, il faut pour bien recueillir ces éléments sui>Te une technique très rigoureuse.

a. Prise du liquide. — Le liquide est prélevé par une ponction lombaire. Si le liquide qui s'écoule était teinté de sang il faudrait en laisser écouler (|uelques gouttes et ne prendre autant que possible pour l'examen que du liquide clair.

Ce liquide sera recueilli dans des tubes effilés à leur extrémité inférieure, s'adaptant exactement aux porte-tubes du centrifugeur.

b. Quantité nécessaire. — On opérera toujours sur 7) centimètres cubes du liquide. On évite de la sorte de soustraire au malade une trop grande quantité do liquide céphalo-rachidien et tous les examens peuvent ainsi être comparés.

c. Centrifugation. — Le liquide est revu directement dans le tube effilé qui est placé dans le porte-tube du centrifugeur. L'on se servira d'un centrifugeur à mains très rapide tournant à .1000 tours à la minute; on prolongera la centrifugation pondant dix minutes. Los cenlrifugeurs à manivelle donnent de très bons résultats.

d. Décantation et façon de recueillir le culot. — Si le liquide est très riche en élémonts celliilairos Ton apercevra au fond du tube un culot

ÉTUDE GYTOLOGIQIË DES HUMEURS DE L*ORGAMSIIE. 59»

plus ou moins abondant; si les éicmenis sont en nombre restreint, le culot ne sera pas assez abondant pour être aperçu à l'œil nu et, quelquefois, on ne constatera que quelques globules rouges formant une tache au fond du tube : ce sont des globules qui ont été entraînés par l'aiguille au moment de la piqûre des masses musculaires et qui sont entraînés par le licpiide céphalo-rachidien.

e. Décantation et prise du culot. — Que le culot soit apparent ou invisible, Ton décantera le liquide en renversant le tube. On laissera écouler tout le liquide, puis, le tube effîlé étant toujours maintenu renversé, la pointe en Tair, pour empêcher le liquide adhérent à la paroi de venir retomber au fond. Ton ira avec une pipette capillaire rechercher le culot. Li quantité de liquide qui reste au fond du tube est généralement suffisante pour venir d'elle-même par capillarité dans la pipette, entraînant avec elle les éléments qu'elle baigne ; on promène la pipette sur tout le fond de la pohite du tube et peu à peu toute la partie centrifugée vient par capillarité dans cette pipette.

Tous les éléments, contenus dans les 5 centimètres cubes provenant de la ponction, finissent de la sorte par être obtenus collectés dans une ;(outte ou deux de liquide céphalo-rachidien.

f. Étalement sur lames, — On déposera tout le contenu de la pipette sur trois lames; on le répartira en quantité égale sur chacune d'elles, et on laissera sécher. C'est alors i\\w. Ton comprendra pourquoi il ne faut employer pour la dilution du culot (pie le moins possible de liquide; car. ce dernier étant très riche en chlorure de sodium, il se formera des cristaux d'autant plus abondants (|ue la quantité du liquide sera plus grande.

g. Fixation et coloration, — lue fois les lames bien sèches on fixe à i'alcool-éther, eu évitant de verser trop rapidement le fixateur, car on pourrait entraîner aussi quelques éléments cellulaires. On lavera plusieurs lois à Talcool-éther, pour débarrasser la préparation des cristaux qui se sont formes lors de Tévaporalion et on colorera comme pour les liquides pleuraux.

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