‹ Traité de pathologie générale v. 1 (volume 2)Chapitre 142 sur 185 · III. - CARACTÈRES BACTÉRIOLOGIQUES · texte numérisé non relu

III. - CARACTÈRES BACTÉRIOLOGIQUES

Le liquide céphalo-rachidien sera ensemencé largement dans les milieux ordinaires. Il sera inoculé aux animaux (souris, cobaye, lapin). On devra, après centrifugation, étaler sur lames le culot déposé au fond du tube et le soumettre aux diverses techniques de coloration. Dans tous les cas, il sera préférable également d'ensemencer ce culot de centrifugation.

Notons que, lorsqu'on soupçonne la méningite tuberculeuse, l'ensemencement devra être pratiqué en milieu de Bezançon et Griffon (gélose sanglante). On pourra encore inoculer le liquide céphalo-rachidien suspect d'infection tuberculeuse sous l'arachnoïde atloïdo-occipitale des cobayes (Martin, Sicard).

MÈMNcrrE TUBERCULEUSE. — La question de la présence du bacille de Kochdans le liquide ci^phalo-rachidien, au cours de la méningite tubercu-

(*;• Concetti, Archive fur Kinderheilkunde, 1898, p. 102.

[F. WIDAL et J -ilsJBlGJJID.]

Icusc a été très discutée. Marfan, en France, a souvent recherché chez les enfants atteints de cette maladie le bacille de Koch, et ne Fa rencontré que très exceptionnellement. Denigès et Sabrazès le notent au contraiiv assez fréquemment. En Allemagne, Heubner signale la trop fréquente absence du bacille de Koch. Par contre, Braun l'aurait rencontré souvent, 5 fois sur 7. Pfaundler l'aurait vu dans 70 pour 100 des cas, Furbringer dans 70 pour 100, Lichteim dans presque tous, Stadellmann dans 22 pour 100.

M. Griffon a obtenu assez rapidement, en trois semaines, des colonies nettes et abondantes, sur gélose sanglante, dans un certain nombre de cas.

L'inoculation au cobaye, surtout sous-méningée, donne de bons résultats, mais trop tardifs pour fixer un diagnostic hésitant.

A l'un de nous, l'inoculation intra-péritonénle au col)aye a toujours donné des résultats positifs, c'est là un fait qui mérite de retenir l'attention. Dans 9 cas de méningite tuberculeuse confirmée à l'autopsie, le liquide céphalo-rachidien retiré durant la vie, et inoculé au cobaye à des doses variables, a infailliblement amené chez cet animal Téclosion de hi tuberculose. « On n'a donc plus le droit, comme on le voit faire encore de temps à autre, de parler de prétendues méningites tuberculeuses, terminées par la guérison, quand le liquide céphalo-rachidien du malade n'n pas été éprouvé par inoculation au cobaye » (*).

Dans trois cas de mal de Pott cervico-dorsal ou dorsal avec ménin^omyélite tuberculeuse, nous avons inoculé à des cobayes sous la méninge ou dans la séreuse péritonéale 10 et 15 centimètres cubes de liquide céplialo-rachidien sans obtenir de résultats positifs.

Méningites bactériennes. — L'étude bactériologique permet seule ch* donner à la méningite bactérienne une étiquette définitive.

1*' Groupe, — C'est ainsi qu'on a pu décrire un premier groupe de méningites bactériennes causées par :

Le bacille d'Eberth (Feinet, Troisier et Sicard, Hugot, Fernct et Lacapère, Vaugetti, Laignel-Lavastine). — Le coli-bacille (Chantemesse, Widal etLegry, Lyonnet). — Le bacille de Pfeiffer (Pfùhl et Walther, Martin), Le stiiphyUcoque (Netter, Josias et Netter, Antony). — Le streptocoque (Netter, Rendu).

2*" Groupe. — Puis un autre groupe de méningites bactériennes appt^ lées à tort cérébro-spinales épidémiques et qui peuvent reconnaître comme agents microbiens :

1*" Soit le pneumocoque classique de Talamon. Ces méningites peuvent être ou ne pas être épidémiques (Netter). Elles sont plus souvent secondaires que primitives, et secondaires surtout à un foyer de pneumonie, à une localisation pneumococcique pulmonaire.

2** Soit le méningocoque de Weichselbaum.

(*) Widal et Le Sodrd, Bull, de la Soc. méd. des hôp., u» 7, 21 fcvr. 1902.

3* Soit le streptocoque de Bonome.

Presque tous les bactériologistes sont actuellement d'accord pour établir une différence radicale entre le pneumocoque de Talamon et le méninjjocoque de Weichselbaum (Concetti).

Le premier prend le Gram, a une capsule colorable, pousse bien sur les milieux ordinaires, tue la souris blanche.

Le second ne prend pas le Gram, n a pas de capsule colorable, ne pousse que sur les milieux additionnés de sang, n'est pas pathogène pour la souris blanche, ou ne devient pathogène que dans certaines conditions (inoculation péritonéale).

La spécificité du streptocoque de Bonome n'est pas aussi bien établie.

Netter pense que ce microbe n'est qu'une variété de pneumocoque atténué dans sa virulence. Certains auteurs auraient obtenu, par les passages successifs au rat blanc, la transformation du méningocoque pneumonique en diplocoque lancéolé capsulé typique. Chantemesse, Bezançon et Griffon différencient entre eux ces deux microbes en les cultivant sur gélatine : le streptocoque de Bonome pousse sur gélatine, le pneumocoque ne s'y développe pas.

5* Groupe. — Il est encore un troisième groupe de méningites appelées par Zieglcr méningites séreuses (Hutinel, Marfan, Concetti). Hutinel et Lévi-Sirugue ont trouvé dans un cas le pneumocoque; Achard et Laubry, le pneumocoque également. Les autres microbes : streptocoque (Nobécourt et Delestre), bacille de Pfeiffer (Pfuhl et Walther), bacille d'Eberth (Boden, Burne), seraient également capables de donner naissance à cette variété de méningite.

Au cours des autres maladies du système nerveux, les ensemencements en milieux usuels aérobies et les inoculations du liquide céphalo-rachidien ne nous ont donné que des résultats négatifs (paralysie générale, sclérose en plaques, épilcpsie, tabès, maladie de Friedreich). MM. Faure et Laignel-Lavastine ont fait porter leurs recherches bactériologiques sur une statistique nombreuse de li(|uides céphalo-rachidiens provenant de panilytiques généraux. Leurs résultats ont été également négatifs (*).

Au cours du zona, MM. xVchard et Lœper (*) ont d'abord, dans deux cas, signalé dans le liquide céphalo-rachidien la présence d'un bacille se cultivant aisément dans les milieux classiques et voisin du coli-bacille. Mais M. Dopter (') dans un cas de zona a isolé du liquide céphalo-rachidien un bacille présentant des caractères différents de celui décrit par ces auteurs. MM. Achard, Laubry et Lœper (*), sont revenus sur la question et n'ont plus obtenu de résultats positifs que dans 8 cas sur 17. D<ins

(*] On ne saurait dans ces recherches l>actêriologiques s'entourer de tn)p d'asepsie. L'ai- ^ille à ponction doit toujours être au préalable stérilisée et non simplement bouillie, et il ifaut avoir soin de ne pas recueillir les premières gouttes qui s'écliappent de l'aiguille.

(*) AciURD et Lœper, Bull, de la Soc. méd. des hôp., 1902, p. 264.

(*: Dopter, Ibid., p. 948.

(*) Achard, Lœpcr et Laudry, Ibid.^ p. 997.

[F. WIDAL 9t J.'A 8ICABD.}

CCS 8 cas, ils ont constaté 5 fois des bacilles d'espèces difTcrentes. Ils ont trouvé encore des streptocoques, des staphylocoques, du bacille pyocyanique.

Dans nos recherches, commencées avec M. Brissaud (*) dans deux cas et poursuivies ensuite chez 9 autres malades atteints d'herpès zoster légitime, nous n'avons jamais pu déceler de microbes par les cultures aérobies en milieux usuels de laboratoire.

Comme suite à l'étude des caractères physiques, chimiques et bactériologiques du céphalo-rachidien, la méthode du cytodiagnostic aurait trouvé naturellement sa place. Mais Tun de nous avec M. Ravaut a déjà traité ce sujet au chapitre du cytodiagnostic y considéré en général, et nous y renvoyons le lecteur.

Au terme de cette étude, on voit tout le chemin parcouru en ces dernières années, et comment, en dehors de toute préoccupation purement scientifique, la connaissance de la ponction lombaire et du liquide céphalo-rachidien est indispensable au clinicien. Tout médecin doit se familiariser avec la rachicentèse comme il le fait avec la thoracentèse et la paracentèse. La technique n'en est guère plus difficile.

En dehors de la cocaïnisation de la moelle, à laquelle il pourra avoir recours parfois avec succès, il doit connaître les résultats thérapeutiques que peut lui donner dans certains cas la simple soustraction de liquide céphalo-rachidien ; il doit surtout savoir examiner ce liquide, et apprécier à leur juste valeur les indications diagnostiques que cet examen est capable de lui fournir.

Le cytodiagnostic, le diagnostic bactériologique et le chromo-diagnostic sont autant de méthodes qui ont fait aujourd'hui leurs preuves au lit du malade et qui se montrent chaque jour plus instructives et plus fécondes en résultats pratiques.

(*) liRissAri) el SicAiU), Bull, de la Sw. méd. des hôpitaux, 15 mars 1901. — Widal el Lt SoritD, ioc. cit.

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