‹ Traité de pathologie générale v. 1 (volume 2)Chapitre 15 sur 185 · LES IDÉES FAUSSES · texte numérisé non relu

LES IDÉES FAUSSES

lion avec le passé mental du sujet. L'idée fausse, ainsi comprise d'ailleurs, ne caractérise pas à elle seule la folie, au cours de laquelle elle peut faire défaut.

L'idée fausse peut être primitive ou consécutive. Elle peut être provoquée par un trouble de la sensibilité, une parestbésie, une algie. L'idée fausse a souvent sa source dans une illusion : un malade reconnaît un de ses ennemis dans un passant, l'idée lui vient qu'il est menacé d'un danger, les circonstances les plus indifférentes sont interprétées dans le sens d'une confirmation de cette idée. Le rôle de Tillusion peut être rempli par une hallucination. L'idée fausse est une représentation qui ne diffère guère de l'hallucination que par l'intensité, elle peut se développer d'emblée. Les idées fausses ont en général un rapport facile à saisir avec les événements de la vie antérieure du sujet : quelquefois elles sont provoquées par une lecture. Les idées fausses ne comprennent pas toujours une appréciation fausse du fait fondamental qui sert de base au i-aisonnement et à la conclusion, mais souvent elles résultent d'un défaut de liaison i La nature des idées fausses est non seulement influencée par l'expérience antérieure, mais encore et surtout par l'état émotionnel : c'est en conséquence de l'état émotionnel que les idées tristes se développent dans la dépression mélancolique. Les délusions ressemblent auv idées des rêves ou de l'état subconscient du réveil, et il arrive quelquefois que, de même que dans le rêve on voit figurer des représentations d'objets qui ont peu frappé à l'état de veille (*), des idées qui n'ont que peu occupé le sujet à l'état de santé s'em])arent de son esprit d'une manière presque exclusive dans l'état de maladie : beaucoup de malades qui à l'état de santé paraissaient n'avoir aucun souci de religion en sont constamment préoccupés pendant leur maladie. Les idées fausses se développent quelquefois chez les dégénérés à la suite d'une émotion qui détermine des altérations de la mémoire, paramnésie, fausse réminiscence.

Les idées fausses peuvent être peu consistantes et passagères ou organisées et persistantes, qu'elles soient dépressives ou expansives, suivant les conditions de l'état général. Elles peuvent être mobiles ou fixes, uniques ou associées (délires systématiques) ou multiples et variées (délires polymorphes).

bi forme des idées fausses est 1res variée; satisfaction, grandeur, richesse, etc., hypochondrie, humilité, ruine, désespoir, culpabilité, négation, persécution, auto-accusalion, etc., mysticisme, occultisme, métamorphose, métempsychose, homicide, suicide, érolisme, etc.

I^ forme des idées fausses n'a par elle-même aucune importance; elles ne tirent leur valeur au point de vue du diagnostic que des symptômes aux(piels elles sont associées. Dans la paralysie générale, les idées fausses sont extrêmement variables et fugitives et elles se font souvent remarqua r par une absurdité évidente au premier abord. Chez les mélancoliques,

(*) \yhi Delage, Essai sur la Ihcoric du rêve, licvtir scientifique, ii juillet 1891, p. 44).

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elles sont plus persistantes et prennent fréquemment une forme Iiypochondriaque ; elles varient souvent d'intensité suivant Tétat général.

Lorsque les idées fausses s'organisent, le malade se plaît à les exposer en détail, et il s'acharne d'autant plus à en défendre la justesse qu'elles sont plus invraisemblables.

En somme, les idées fausses des formes aiguës de la folie sont transitoires et imparfaitement organisées ; celles des formes chroniques changent rarement ou sont tout à fait organisées. Ces caractères bien tranchés des idées fausses ont donc une grande valeur au point de vue du pronostic.

Qu'elles soient transitoires et changeantes ou permanentes et organisées, elles peuvent être exaltées ou dépressives suivant la forme de l'étal morbide au cours duquel elles se présentent. Dans les vésanies chroniques, elles peuvent changer de ton, passer de la dépression à l'expansion; plus rarement elles varient en sens inverse. Bien que dans les diverses formes de la folie les idées fausses puissent porter sur les sujets les plus divers, elles ont en général trait à des circonstances de la vie antérieure du malade et de sa profession.

Les idées fausses à forme expansive du délire primitif peuvent exister pendant de longues années sans que l'activité intellectuelle en général paraisse en souH'rir; mais elles peuvent persister jusqu'à la démence.

Les idées qui se présentent souvent à l'esprit, sous l'influence de conditions extérieures qui déterminent des associations obligées, ont une tendance à acquérir une intensité anormale et c^ se reproduire à propos d'excitations banales. La même tendance peut se manifester à propos d'idées qui se sont produites une première fois dans des conditions spéciales de l'organisme. Une débilité congénitale du système nerveux, l'hérédité névropathique, constituent des conditions prédisposantes particulièrement favorables. D'une manière générale, la tendance à l'éclosion des idées fausses a d'autunt plus de chance de se montrer que le sujet est plus affaibli, est neurasthénique, hystérique, émotif, paranoiaque. Quand elle est bien marquée, certaines idées se reproduisent tellement souvent qu'elles finissent par n'être interrompues que par les excitations intercurrentes énergiques, elles passent à l'état d'idées fixes; plus les idées fausses se reproduisent, plus elles deviennent persistantes et systé matisées.

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