‹ Traité de pathologie générale v. 1 (volume 2)Chapitre 161 sur 185 · PAR H M · texte numérisé non relu

PAR H M

GILBERT BOINET

Professeur <le théi"ipeiilii|iie ÀKivtçé. Médecin des li(^|)ilaux.

h la Fa<'uU«' de Paris. Professeur de clinique médicale

Médecin de l'hùpital Bi*oussais. à l'École de nuHlecine de Marseille.

Membre curri>sjK)ndant de l'Académie.

La thérapeutique {générale est cette partie de la science médicale qui a pour l)Ut de dégager, préciser et remplir les principales indications utiles au traitement des maladies. La recherche de ces grands principes généraux est la base de la thérapeutique générale. La synthèse de ces données est en quelque sorte la philosophie de la thérapeutique ordinaire qui est la moralité des études médicales, la raison d'être du médecin. Ces tendances philosophi({ues ne se sont que trop accusées dans l'évolution de la médecine : elles ont donné naissance a ces doctrines médicales qui tour à tour ont régenté la médecine et qui se sont successivement écroulées après un règne éphémère ou parfois d'assez longue durée. C'est ainsi que la philosophie de Pythagore a provoqué et dirigé, en grande partie, les idées doctrinales d'Hippocrate qui admet les quatre humeurs, les ({uatre éléments et fait jouer dans les crises aux nombres et aux chiffres le rôle important que les pythagoriciens leur accordaient. C'est encore la philosophie d'Aristote qui inspire Galien; puis, dans la succession des Ages, on voit que les hypothèses les moins fondées et considérées a priori par leurs auteurs connue l'expression indiscutable de la vérité ont servi de base à tous ces systèmes médicaux «pii simplifiaient la pathologie et gouvernaient la thérapeutique. C'est surtout le dédain de la médecine (Mupirique, l'ignorance des causes morbides, le désir de grouper en des notions concrètes la multitude des faits pathologiques, et enfin la nécessité de posséder les principes généraux destinés à servir de guide dans le traitement des maladies, cpii ont poussé les médecins î\ philosopher sur leur art et à mettre au jour ces doctrines surannées, « pCtles fantômes du passé », pour employer l'expression imagée de Chauffard.

Elles ont eu une influence énorme sur la thérapeutique; c'est à ce titre que nous les envisagerons à travers les âges. Certes cette étude ne doit pas être dédaignée; elle est fertile en enseignements féconds; elle montre la vérité de la grande loi de l'évoluticm intellectuelle qui faisait dire à Pascal : « Que toute la suite des hommes, pendant la série des siècles, peut être considérée comme un même homme qui subsiste toujours et apprend continuellement ».

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L'historique de la thérapeutique générale à travers les ûges nous fera voir le contraste frappant qui existe entre Pinanité de ces nombreuses <loctrines hypothétiques et l'influence énorme de certaines découvertes vomme celle de la circulation du sang, qui, en régénérant la physiologie, donnent une base plus solide à Tinlerprétation des maladies.

Enfin les admirables découvertes de Pasteur ont inauguré une ère thérapeutique nouvelle, basée sur une connaissimce exacte des causes morbides de Tinfection et éminemment fécimde en résulkits pratiques.

Le chapitre suivant nous montrera couunent une période en prépare une autre, et comment, pour nous servir des expressions de Schiller : « Le moindre événement, le fait le plus insignifiant du temps présait, est le résultat nécessaire et naturel des événements qui se sont accoinr ])lis dans les siècles passés ».

La thérapcuticpie est la seule raison d'être de la médecine qui, sans son secours, ne serait guère qu'une méditation sur la mort, pour employer les expressions d'Asclcpiade de Bithynie. « Ai^s medica est id quod est propter therapeuticen », dit avec raison un adage ancien. Comme nous allons le voir, l'histoire de la thérapeutique se confond souvent avec celle des doctrines médicales.

De cette étude se dégagent deux notions importantes sur lesquelles Daremberg(') a insisté. La première montre que, durant tout le règne de la médecine grecque, gréco-latine ou gréco-arabe, une physiologie fantaisiste (qui n'a pris fin qu'au milieu du xvii*' siècle avec la découverte de la circulation du sang par Harvey) a réglé et faussé les destinées do la pathologie générale ou spéciale ainsi que de la thérapeutique. La seconde notion établit que « Vhistoire de la médecine est la démonstration, siècle par siècle, de l'impuissance des théories et de la puissance des faits, de V inanité des systèmes a priori et de l'action aussi bienfaisante qu'irrésistible, quoique lente, de la méthode d'obseï^yation et de la méthode expérimentale dans rétablissement des lois de la pathologie et de la thérapeutique générales ».

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