CHAPITRE IV
l'rogrès dus à la bactériologie. Précision apportét; au diagnostic, à la désinfection. Prr»duclion des vaccins. — Isolement. Mesures contre les maladies exotiques. Hô|>ilan\ d'isolement. Isolement à domicile. Isolement des suspects, des convalescent. — Désinfeclion. Désinfection j)ar la chaleur, les agents chimiques, les gaz. — Vaccination. Vaccin jennerien. Vaccination contre le choléra, la |)este, la lièvre fvphoulr. Action préventive du sénnn antidiphtérique, du sérum antipestcux.
Nous abordons niainteiiant un chapitre tout à fait spécial do Thygièno. la lutte contre les maladies contagi(Hises.
Cette partie de Thygiène n'est pas nouvelle et nous trouvons trace de ces préoccupations dès les épocpies les plus reculées. Kst-il besoin d'indiquer ici les mesures édictées dans la Bible, pour empêcher la transmission de la lèpre et d'autres maladies, celles que dans rantiipiité cl dans le moyen âge on opposait à la peste et aux maladies pestilentielles, etc.?
Progrès dus à la bactériologie. — Mais on ne saui-ail nier (|ue l'importance et l'intérêt de cette partie de Thygiène n'aient subi dans ces dernières années une transformation complète et cette transforma-
tion est surtout duc à h révolution amenée par les progrès de la bactériologie.
Sans entrer dans les détails, nous dirons seulement que celte science nous a fait connaître les agents pathogènes de la plupart de ces maladies, les caractères de ces agents, la façon dont ils quittent le corps des malades, et pénètrent dans celui des sujets exposés à la contamination, le sort et la résistance des agents pathogènes dans les milieux ambiants, les conditions favorables et défavorables à leur vitalité et à leur virulence, les procédés de vaccination et de traitement.
Pour lutter contre les progrès d'une épidémie, il faut pouvoir reconnaître de bonne heure les premiers malades. Ncms avons peine aujourd'hui à nous imaginer ce que nous deviendrions si nous ne pouvions plus reconnaître la tuberculose par Texamen des crachats, la peste par Texamen, Fensemencement et Tinoculation de la sérosité des bubons ou des produits expectorés, le choléra par Tensemencement des déjections, la diphtérie par rensemencement des fausses membranes ou du mucus |)haryngé, la lièvre typhoïde par l'emploi de la séro-réaction, la fièvre intermittente, le typhus récurrent par l'examen du sang, la tuberculose, la morve par les inoculations de tuberculine et de malléine. Nous |)ourrions prolonger cette énumération.
Si, avant la bactériologie, l'observation ou l'expérimentation nous avaient fait voir que telle maladie se transmet surtout par contact, telle autre par l'air ou par l'eau, nous ne saurions contester que ces notions sont devenues singulièrement plus précises quand nous avons vu le bacille typhique, le vibrion cholérique vivre dans l'eau, le bacille tuberculeux se conserver dans les poussières desséchées, l'hématozoaire transporté par les moustiques, etc.
Faut-il rappeler ce qu'étaient il y a vingt-cinq ans l'infection purulente et l'infection puerpérale?
Notre confiance dans les procédés de désinfection a pu devenir bien plus grande, quand nous avons pu éprouver Faction de ces procédés contre les agents isolés.
Jenner avait bien rendu un service impérissable à Fhumanité en nous faisant connaitFc la vaccine, mais plus d'un siècle s'était écoulé et les tentatives faites pour appliquer la même méthode à la prophylaxie d'une autre maladie étaient restées vaines. En moins de vingt années, la bactériologie, à la suite des travaux de Pasteur, nous a fait connaître pour plus de dix maladies des méthodes diverses de vaccination.
Nous pouvons dès ii présent prévoir le moment où non seulement la variole, mais encore la diphtérie, la peste, la tuberculose, la rage, le charbon, la morve n'existeront plus que dans le souvenir.
Et quelle que soit Fimportance de toutes ces découvertes, nous sommes en droit d'aflirmer ([u'elles seront encore bien dépassées par celles que nous réserve l'avenir.
Nous n'avons pas à étudier ici les maladies épidémiques qui font l'objet
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766 UYGtÈiNE.
d'un chapitre du tome IL Nous voulons seulement examiner d'une Taçon sommaire les moyens que l'hygiène met à notre disposition pour les combattre.
Trois méthodes s'oiïrent à nous pour prévenir les maladies contagieuses :
1** L'isolement;
2® La désinfection;
o** La vaccination.
Isolement. — L'isolement empêche la dissémination du contage émanant des maladies.
C'est à lui qu'on a eu recours depuis les temps les plus reculés. Les |)rocédés mis en œuvre sont très divers et leur application est d'autant plus efficace qu'elle s'inspire d'une connaissance plus complète des modes de transmission de la maladie et des propriétés du contage. C'est dire que de ce côté, les progrès sont en rapport avec les progrès mêmes de la pathologie et de l'épidémiologic.
Au début, on ne connaissait guère qu'un mode de contagion, le contact avec le malade ou les objets ayant approché le malade. En conséquence, on s'efforçait de réduire au minimum tout contact avec les malades.
Les procédés dès cette époque étaient variés suivant les circonsUinces et on retrouve dès l'origine les diverses méthodes encore appliquées de nos jours.
Maladies pestilentielles exotiques. — S'il s'agit de se mettre à l'abri d'une grande maladie pestilentielle sévissant dans une région éloignée, on peut supprimer toute relation directe ou indirecte avec les régions suspectes. La maladie a franchi cette barrière, des cas ont éclaté dans une ville, on gardera les malades à domicile ou mieux d<ins des locaux bien isolés. On complétera ces mesures en surveillant les pi»rsonnes qui sont susceptibles d'avoir contracté le mal en approchant les malades.
Qu'il se soit agi, a la iin du moyen âge, de s'opposer aux progrès de h peste; que Ton ait eu en vue, comme au siècle dernier en Espagne, la défense contre la fièvre jaune ou, comme au début de ce siècle, de protéger l'Europe contre le choléra, le principe n'a pas changé et les moyens d'application n'ont subi pendant longtemps que des modifications peu importantes. Si, à l'heure présente, il est possible de montrer moins de rigueur, c'est que l'on connaît mieux les modes de propagation, cVst surtout que les procédés de désinfection sont devenus plus pratiques, plus simples et plus e/ficaces.
Aujourd'hui comme autrefois Ton est d'accord pour reconnaître qu'il importe avant tout d'être renseigné de bonne heure, d'obtenir des nouvelles précises et certaines au sujet de Tétat sanitaire des régions éloignées, (le celui des voyageurs. Aujourd'hui coiiune autrefois, à cùtô d'exemples non douteux, nous montrant Teflicacité des mesures quaran-
tenaires, nous voyons des cas d'épidémies propagées en dépit de ces mesures par suite de l'ignorance ou de la mauvaise foi.
On comprend que, dans ces dernières années, les gouvernements aient multiplié les conférences destinées à provoquer un accord international indispensable pour assurer la sûreté de ces renseignements.
Le règlement sanitaire maritime français de 1896 a marqué sur Télat de choses antérieur un progrès très sensible et nous croyons bon d'en indiquer ici les points essentiels.
Le règlement sanitaire maritime de 1896 exige la production par le capitaine d'une patente de santé délivrée par le consul ou les autorités locales du port de départ, patente indiquant l'état sanitaire. Les navires provenant des régions où sévit une maladie pestilentielle sont divisés en infectés, suspects et indemnes.
Le navire n'est considéré comme infecté que s'il a, ou s'il a eu, moins de 7 ou 9 jours avant l'arrivée, un cas de choléra, de peste ou de fièvre jaune.
Il est considéré comme suspect, s'il n'y a eu aucun cas de choléra depuis 7 jours, de peste ou de fièvre jaune depuis 9 jours.
Les passagers et l'équipage d'un navire indemne sont simplement soumis à la visite médicale. On délivre au passager un passe-port sanitaire indiquant la date du jour où le navire a quitté le port contaminé, le nom du passager et celui de la commune dans laquelle il déclare se rendre. L'autorité sanitaire donne en même temps avis du départ du passager au maire de cette commune et attire son attention sur la nécessite de surveiller ledit passager au point de vue sanitaire jusqu'<à l'expiration de 5 jours ou 7 jours à dater de l'arrivée du navire.
Les passagers du navire suspect sont soumis à la visite médicale. On les débarque après désinfection des bagages que l'on considère comme contaminés. Il leur est délivré un passe-port sanitaire indiquant la date de l'arrivée du navire. L'autorité sanitaire prévient en même temps le maire de la commune de la nécessité de surveiller le passager au point de vue sanitaire, jusqu'à Texpiration du délai de 5 ou 7 jours à partir de l'arrivée du navire.
Dans le cas de navire infecté, les malades sont immédiatement débarqués et isolés jusqu'à leur guérison. Les autres personnes sont débarquées aussi rapidement que possible et soumises à une observation, dont la durée varie suivant l'ét^U sanitaire du malade et la date du dernier cas. La durée de cette observation ne pourra dépasser cinq jours pour le choléra et sept jours pour la fièvre jaune et la peste, après le débarquement ou après le dernier cas survenu parmi les personnes débarquées; celles-ci sont divisées par groupes aussi peu nombreux que possible de façon que si des accidents se montraient dans un groupe, la durée de l'isolement ne fut pas augmentée pour tous les passagers.
Maladies contagieuses. — Les mesures indiquées plus haut ne visent
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que les maladies pestilentielles exotiques. Elles sont loin d'envisager les cas plus nombreux dans lesquels on est amené à s'opposer à la propagation des maladies cont^igieuses. Il convient en effet d'envisager le cas où la maladie s'est déclarée dans une agglomération.
Ici encore l'isolement de toute personne atteinte d'une maladie contagieuse est le meilleur moyen d'empêcher la propagation de c«tte maladie. Cet isolement sera surtout réalisé si l'on transporte le malade dans un local éloigné des agglomérations et où il ne sera en rapport qu'avec des sujets atteints de la même maladie et avec le personnel strictement nécessaire pour leur donner les soins qu'ils demandent.
Tel est le programme dont la réalisation est loin d'être encore parfaite. C'est tout au plus si dans un petit nombre de villes on dispose d'hôpitaux spéciaux h pavillons séparés pour les diverses maladies contagieuses. Plus nombreux sont les cas où les pavillons destinés aux maladies contagieuses sont situés dans Tenceinte d'un hôpital général et plus nombreux encore ceux où des salles de contagieux sont situées dans le même bâtiment que les salles de maladies ordinaires. L'état de choses contre lequel protestait éloquemment Tenon à la fin du siècle dernier et dans lequel les sujet< atteints de maladies contagieuses étaient placés dans les lits voisins de ceux des autres malades s'observe encore dans un trop grand nombre de localités.
On a fait aux hôpitaux d'isolement diverses objections. On a prétendu ([u'ils pouvaient être une source de dîinger pour le voisinage. Celte opinion a été surtout défendue par les médecins anglais. Power a montré qu'autour des hôpitaux de varioleux de Londres, les cas de variole sont surtout nombreux dans le voisinage immédiat. Pour lui cette augmentation impliquerait le transport du contage par l'air. En France on n'est guère disposé à partager cotte manière de voir et l'on pense que les faits invo(|ués s'expliquent tout sim|)lement par le stationnement dans les maisons avoisinant Thôpital des personnes qui ont accompagné les malades ou des infirmiers qui ont négligé de prendre les précautions indis|)ensal)les. M. Léon Colin a montré que pendant le siège de Paris, ou 1870-71, la variole n'a pas été plus abondante chez les milit.iin*s habitant le fort (le Bicêtre, bien que celui-ci soit contigu à l'hôpital du même nom qui avait reçu tous les varioleux de la garnison de Paris.
Il suffira donc, pour éviter tout danger de propagation des maladies contagieuses par les hôpitaux d'isolement, d'exercer une surveillance des plus sérieuses sur tout ce qui entre ou sort de ces établissements, de désinfecter les voitures qui amèneront les malades, de ne laisser sortir le personnel hospitalier cpi'après avoir |)ris un bain et changé de vêtements, de prendre les mêmes précautions pour les convalescents.
Les maladies pour lescpielies l'isolement est surtout nécessaire sont les fièvres éruptives, variole, scarlatine, rougeole, l'érysipèle, les oreillons, la coqueluche, le typhus e\anthémati(|iie, le typhus récurrent, la dysenterie, la peste, le choléra, la fièvre jaune. Cette liste pourrait être encore
tillonfçée, et dans maintes localités on se trouve bien d'isoler les fièvres typhoïdes, les dysenteries et même les pneumonies. L'isolement des tuberculeux n'est pas moins désirable et on tend de plus en plus à le réaliser.
La duj^ée de V isolement, sa rigueur diflerent, comme on le pense, beaucoup suivant la nature de la maladie.
L'isolement doit être fort long dans la scarlatine qui peut être encore contagieuse après soixante jours et plus. Il peut être nécessaire de le prolonger tout autant après la diphtérie où l'on a trouvé des bacilles 'encore virulents au bout de quarante-cinq jours et même beaucoup plus tard. Dans la diphtérie l'examen bactériologique de la gorge des convalescents |)eut aider à préciser la durée nécessaire pour chaque cas déterminé.
De inéine l'examen des déjections des convalescents de fièvre typhoïde et surtout du choléra peut fournir de précieuses indications sur la durée de contagiosité.
Dans la rougeole il semble que le pouvoir contagieux prend fin ordinairement dans les premiers jours qui suivent l'apparition de l'éruption. Le <langer existe surtout avant l'apparition de l'éruption, dans la période d'invasion. Aussi convient-il de ne pas laisser pénétrer dans les salles communes les sujets qui pourraient être dans ce cas. La création dans les hôpitaux d'enfants de salles d'isolement pour les suspects est basée sur cette notion et a rendu de grands services.
Il va sans dire qu'il faut avant tout, pour chaque maladie contagieuse, tenir compte du mode habituel de contagion,
La propagation par contact direct est celle contre laquelle la défense est la plus aisée. C'est elle (pie vise surtout le port des blouses d'hôpiLal, les lavages répétés des mains au moyen d'antiseptiques. M. Grancher pense que ce mode de propagation est le plus habituel. Il a montré qu'en se plaçant dans des conditions s'opposant à toute contagion par contact on pouvait, sans danger, laisser dans les salles communes des enfants atteints de la plupart des maladies contagieuses.
Dans les cas de choléra ou de fièvre typhoïde, le contuge ne quitte guère le corps des malades autrement que par les déjections. Il suffira donc de reniire celles-ci inotfensives pour prévenir presque tout danger de transmission.
Ailleurs, dans la tuberculose, dans la peste pneumonique, c'est aux produits d'expectoration qu'il conviendra surtout de s'adresser.
Nous ne saurions évidemment insister sur chaque cas particulier.
Tous les sujets atteints de maladies contagieuses ne sont pas, Lmt s'en faut, transportés à l'hôpital. Beaucoup sont traités à domicile. 11 serait à désirer (pi'ils y trouvassent des garanties d'isolement aussi parfaites (pie dans les h()pitaux. Cela n'est mallumreusenient le cas que clans l'inliuie majorité. On ne saurait exagérer les dangers qui peuvent ri»suller d'un pareil étal de chose, soit pour les habitants de la chambre ou des appartements voisins, soit même pour des personnes habit;mt à des distances plus ou moins grand(?s, (piand il s'agit d'un débitant de vin, d'un uiar-
PATROLOGIE GKX^RALE. — YI. 40
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chand de comestibles, d'un tailleur ou autre fournisseur, d'un débitant de lait, etc.
Les sujets atteints d'affections contagieuses ne doivent être dispensés de venir dans un hôpital d'isolement que dans les cas où il serait prouvé qu'à domicile ils peuvent être isolés d'une façon parfaite,
A riieure présente le programme n'est encore réalisé en aucun pays. Dans la plupart, les autorités sanitaires ne disposent de pouvoirs rigoureux que dans les cas de maladies pestilentielles. Cependant de tous côtés le besoin de mesures eilicaces est admis et la déclaration obligatoire de:^ maladies contagieuses, prémisse indispensable de ces mesures, est aujourd'hui imposée dans la plupart des |)ays.
L'Angleterre, dans cette question comme dans beaucoup d'autres, peut être donnée en exemple. La déclaration des maladies transmissibles. obligatoire depuis 1875 pour les propriétaires de garnis, est imposée pour tous les cas depuis 1889.
Elle interdit à toute personne exerçant un métier amenant un certain nombre de clients dans son domicile (coiffeur, épicier, mercier) dV soigner un malade atteint d'une affection contagieuse.
Un propriétaire, un hôtelier ne peuvent loger une personne dans une pièce où a séjourné un malade sans que cette pièce ait été désinfectée.
De même un cocher ne peut transporter une personne dans un véhicule qui a servi à un malade.
Toute personne atteinte de maladie infectieuse dangereuse qui n'est pas bien logée, qui demeure dans un hôtel, ou qui habite une pièce où demeure plus d'une famille, doit être transportée dans un hôpital d'isolement.
Des peines sévères peuvent être imposées à toute personne atteinte d'une maladie contagieuse qui, dans une boutique, une auberge, une voiture ou sur la voie publicpie, se met dans lo cas de transmettre son affection à d'autres perscumes.
Les chiffres suivants fournissent la preuve la plus évidente de la supériorité des mesures prises en Angleterre.
A Londres, la proportion des admissions comparée à celle des déclarations pendant les années 1890 à 1899 a été la suivante :
1890. I81U. \mL 1805. 18îU. I80r>. 1800. 1807. 1808. \m.
Fit'vre scailaliiir. 42,7^2 M)M i8.80 r»0.t>8 Cm.OI r)8/2() (^>.r..% tUKOO 7r».l(i 7l.r4 hiphlirir. . . . 17.87 t>:>.07 ."0.10 ï>i..Vi ."8.80 WXy ."0.0i> 5I,(U C^±V1 «•),♦?.» Fièvre lyphoKlo . W,8l) 70,r>7 00.00 r»0,r)0 01,00 4^2.80 ô.")..",.'> ÔO.lX) 87.51» 84.()i
On peut apprécier l< s résultats de ces mesures en coinpaiant les chiffns suivants (|ui donnent la mortalité moyenne et annuelle par scarlatine et lièvre typhoïde pendant les dix années qui précédèrent l'ouvertun» ih*^ premiers hôpitaux et les dix dernières années.
1800-1800. 18îH)-l800. nimiiiiilioii.
Sraiiatim» 1018 tîOO — 818
Fiôvri', typlius ciilôriqin' 80.*) 140 — 7iO
Le tableau suivant montre encore plus nettement la relation entre le nombre des admissions dans les lu)|)it;)u\ et la diminution des maladies eontagieuses.
Momhrc' moveii vi annuel
Morlalilé moyenn:'
d'aflmissions
et annuel le
dans les
a Londres
liApilaux de l'administration.
Scarlatine. Typliuî'. Typlioï !i .
|.ar Scarlalijie.
1000 habitant^.
Typlms Ty|)lioïde.
502 *iU2 317
De 1870 à 1880 .
1 705 72 ri87
De 1887 à 1801 .
De I8!)2 à 1800 .
Les proportions de cet article ne nous permettent pas d'exposer dans tous leurs détails les dispositions prises à Londres et qui méritent de servir d'exemple aux autres villes.
Nous ne saurions cependant nous dispenser de donner queltpies indications sur le nombre d'iiôpitaux et de lits créés depuis 1870.
Pour la scarlatine, le typlius, la lièvre typhoïde et la diphtérie, Londres dispose de dix hôpitaux contenant 4421 lits, plus deux hôpitaux de convalescence avec 1 i()4 lits.
Pour la petite vérole, deux hôpitaux de 700 lits avec un hôpital de convalescents de 1192 lits. Le service d'ambulances comprend six stations renfermant 155 voitures, 7) bateaux et une chaloupe ambulance à vapeur pour les sujets atteints de petite vérole.
Un autre pays que TAngleterre nous fournira un autre exemple de Futilité de Tisolement pour la défense contre les maladies contagieuses. Il s'agit de la Norvège qui, grâce àllansen, est à la veille de voir disparaître la lèpre. On évaluait en 1856 le nombre des malades à 5000. Jusqu'en 1870 le chiffre allait en augmentant. Depuis ce moment on isole tous les malades cpii ne peuvent être suftisaiumcnt isolés à domicile et en 1890 le chiffre des lé|)reux est tombé à 800. Le gouvernement norwégien a décidé de lutter avec la même énergie et par les mêmes moyens contre la tubcîrculose.
Isolement des suspects. — L'isolement des malades sera, dans certiiins cas, heureusement complété par Tisolement des suspects, dont nous avons déjà parlé à propos des mesures prises dans les ports. De même (lu'il sera utile de maintenir en observation les passagers d'un navire qui arrive avec la peste à bord, de même il sera bon de ne pas laisser se mélanger avec des sujets sains les perscmnes (|ui peuvent être en voie (rincubati(m de maladies contagieuses.
On agira sagement en interdisant Taccès d'une école à des enfants dont les frères ou sœms sont atteints de rougeole, de scarlatine, de diphtérie. S'il s'agit d'uiu» maladie aussi grave et aussi c(mtagieuse que la peste, il sera prudent de prendre des mesures encore plus efficaces.
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On placera en surveillance, en les isolant, les personnes qui auront été en contact avec les malades. C'est ainsi qu'à Rome, en Î656, Gastaldi envoyait dans des hôpitaux spéciaux les habitants de toute maison dans laquelle avait été relevé un cas de peste. Les Anglais ont procédé de la même façon à Kombay et, plus récemment encore, à Sydney et à Glasgow. Ces mesures ne sont pas seulement profitables au reste de la population. Elles rendent des services non moindres aux personnes que l'on isole et qui sont ainsi éloignées tout à la fois des malades et du local contaminés. Comme, en particulier dans la propagation de la peste, la part du local est très importante, on ne saurait être surpris de voir la maladie I>eaucoup moins fréquente chez ces sujets isolés que chez ceux que l'on auli>risait à garder leur domicile. Gastaldi nous apprend qvih Rome il m» voyait pas survenir plus d'un cas de peste par vingt individus isolés, tandis qu'avant l'isolement il était tout à fait exceptionnel de voir échapper au fléau un seul habitant d'une maison visitée par la peste.
A Bombay, la proportion des cas déclarés chez les suspects isolés dans les « contact camps » a été à peu près semblable à celle que Gastaldi relevait en 1856 : 131 sur 5505, soit 4,44 pour 100. A Sydney, Fisolfment a porté relativement sur un nombre bien plus élevé de sujets. La proportion de ceux (jui sont devenus pesteux a été beaucoup moindre encore : 7 sur 1752. A Alexandrie, en 1899, 2 sur 920. Dans l'ilc Maurice, 2525 suspects placés dans les camps d'isolement ont donne 09 cas de peste, soit 3,92 pour 100, et 1,66 si on défalque les sujets pris le premier jour.
Les progrès réalisés tous les jours, grâce à la vulgarisation et au perfectionnement des méthodes bactériologiques, permettent d'espérer que l'on arrivera plus ou moins vite à reconnaître, parmi les sujets qui ont été en contact avec le malade, ceux qui sont susceptibles de prendre ou do transmettre le mal.
La diphtérie nous en fournit un exemple encourageant. On sait que le bacille de Lœffler virulent peut exister dans la gorge des sujets sains ayant approché des malades et ne présentant aucun trouble morbide apparent. L'examen bactériologique de la gorge devra être pratiqué d'une fai;on systématique toutes les fois que. dans une agglomération, on aura relevé des cas de diphtérie. On isolera les sujets chez lesipiels cet exauion Imctériologique établira la présence du bacille de Lœfllei', et cet isolement sera prolongé jusqu'au jour où des examens répétés auront établi la disparition du bacille. C'est ainsi qu'Aaser (à Christiania), llellstrôni (à Stockholm), Fibiger (à Ilerlusholm), Gabritschewsky (en Russie), ont î^.rrété net des épidémies contre les(|ueHes l'isolement des malades, la (iésinfeclion des objets et des locaux restaient absolument ineflîcaces. Sinding Larsen a publié une observation des plus démonstratives de (li[dilérie ayant persisté pendant prés de six mois dans un sanatorium maritime et ayant résisté à Tisolenient des malades et à la désinfection. L'épidémie ne prit lin que lorsqu'on se décida à refaire un examen
syslémalique en masse de tou> les enfants et isolant tous les sujets chez lesquels on a trouvé le bacille. Cet isolement qui porta sur 44 entants ne fut pas chose très simple comme le montre le détail qui suit : 11 sujets avaient eu une angine diphtérique clinique. Ils furent isolés pendant un temps qui varia de 3 à 130 jours; 20 avaient du bacille de Lœfller sans angine et furent séparés de 14 à 185 jours; 5 sujets isolés parce qu'ils avaient eu des bacilles, sans avuir d'angine, eurent plus tard une angine diphtérique; 3 sujets qui avaient été isolés parce qu'ils avaient eu une angine diphtérique durent être isolés plus tard parce que leur gorge avait présenté de nouveau des bacilles; 5 sujets cjui avaient eu une diphtérie latente furent isolés une seconde fois pour une diphtérie nasale; 2 enfants durent être isolés à trois reprises parce (|ue leur gorge présentait des bacilles de Lœfller sans qu'ils aient jamais eu d'angine diphtérique.
On sait aujourd'hui cpie les procédés de contiigion sont divers et qu'il ne faut pas seulement se préoccuper de la contagion par contact direct ou par les objets. Les agents pathogènes peuvent pénétrer par hîs voies aériennes, par ra[)pareil digestif. Ils peuvent être véhiculés par Tair, par les aliments, par Teau, par les parasites. Le rôle de Tair, du sol et de l'eau dans la transmission des maladies, a dt-jà fait l'objet d'un chapitre de cet ouvrage. Nous ne croyons pas devoir y revenir, bien que ce soit évidemment faire acte d'isolement que d'empêcher l'arrivée d'eau charriant des agents pathogènes. Nous nous contenterons de rappeler qu'en fournissant aux agglomérations une eau pure, exempte de germes pathogènes, on réduit dans une proportion extrême le nombre des fièvres tj-phoides, du choléra, etc.
On sait, depuis les remarquables travaux de Ross, le rôle de l'anophèle dans la propagation de la fièvre intermittente. Les expériences de Sambon aujourd'hui contrôlées par de nombreux observateurs établissent qu'on peut se défendre de la fièvre intermittente dans les régions les plus infectées, si on séjourne à partir de la tombée du jour dans des locaux protégés par un fin grillage contre la pénétration des moustiques.
Les membres des missions anglaises dans l'Afrique conseillent, en outre, aux Européens de s'installer aussi loin que possible des habitations des indigènes sur lesquels les moustiques puisent habituellement les hématozoaiies.
Ces deux pratiques ne sont en somme que des formes de l'isolement qui s'applique à la lutte contre la malaria comme à celle contre les maladies contagieuses.
Nous pourrions montrer également l'utilité de la désinfection (emploi des antiseptiques dans les mares pour détruire les larves des moustiques) et de la vaccination (?) (usage préventif de la quinine).
Désinfection. — La désinfection a pour objet la destruction des agents pathogènes. Klle a, comme l'isolement, une très grande ancienneté, et nous trouvons employésdès l'origine les procédés reconnus aujourd'hui
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encore comme les plus efficaces : la destruction complète par le feu. Faction de Pair et de la lumière solaire, divers composés chimiques simples ou composes, au premier rang desquels figurent des dérivés du mercure, du cuivre, de l'arsenic, du soufre, des essences, tous corps dont la valeur antisepti(pie est aujourd'hui établie.
Ce n'est pas à dire qu'à l'heure présente de grands progrès n'aient été réalisés.
On a pu établir expérimentalement le pouvoir respectif des divers désinfectants, déterminer les procédés préférables dans les divers cas, en tenant compte tout à la fois de la nature de Tohjet infecté, de celle de l'agent infectant.
Davaine et Pasteur avaient étudié le pouvoir des divers antiseptiques contre la bactéridie charbonneuse et contre la septicémie. Koch et ses élèves ont poursuivi cet ordre de recherches avec un soin méticuleux. Ils ont bien montré comment il fallait procéder pour s'assurer que telle ou telle méthode suffit à détruire les simples bactéries ou les spores, incomparablement plus résistantes.
Nous savons aujourd'hui que la vapeur d'eau à 100 degrés, pourvu qu'elle pénètre bien les objets, suffit à les stériliser. Aussi pour les objets qui supportent ce mode de désinfection, il convient de s'adresser, autant que possible, aux étuves à vapeur. L'expérimentation a fait mieux. Elle a indiqué les meilleurs procédés pour la stérilisation par la vapeur, les conditions dans lesquelles il faut opérer quand on emploie la vapeur fluente ou la vapeur sous pression.
La stérilisation par les étuves sèches, que Ton croyait autrefois suflisante, n'offre pas ces garanties. Elle est à peu près sahs action, même à des températures très élevées, contre les bactéries munies de spores.
Parmi les agents cinmiquos que Ton pourra faire agir en solution, Ir premier rang revient toujours aux s(»ls de mercure. Après eux prennent platv les sels d'argent, les |>hénols, les crésols, les chlorures, les acides, etc.
Les agents chimiques liquides peuvent être projetés avec un pulvérisateur. Sans doute, sous cette forme ils ne sont pas capables de pénétrer profondément; mais il ne paraît pas nécessaire (jue cette pénétration soif aussi manpiée, car, le plus ordinairement, le contage lui-même reste fixe a la surface des objets.
Prônée par Guyton de Morveau, à la fin du siècle dernier, la désinfection par les gaz ou par les corps gazeux est des plus séduisant(»s. Dans la pratique, cette méthode a subi des fluctuations très grandes. Los vapeurs d'acide sulfureux dégagées par la combustion du soufre, les fumées du chlore, ont été employées à maintes reprises. La manipulation ne laisse pas d'ètn» délicate. Dans ces dernières années, un désinfectant nîuiveau, Taldéhyde formique ou formol, s'est imposé à l'attention des hygiénistes et paraît appelé h un grand avenir. Sans doute, comme on l'a fait remarquer, faction désinlectante reste limitée à la surface des objets et, quelles que soient les mesures prises, ne peut |)énélrer profondément
LinE CONTRE LES MALADIES CONTAGIEUSES. 775
Mais nous avons déjà fait remarquer que les eontages à détruire restent bien souvent limités à la surfiice.
Vaccination. — L'isolement, la désinfection sont, comme nous l'avons vu, d'excellents moyens de défense: mais leur emploi nécessite la connaissance préalable du danger, et, nous ne le savons que trop, cette connaissance peut parfaitement manquer. Nous pouvons être exposés à tout moment à approcher im sujet malade ou contaminé. Contre ces causes de contagion invisible, nous ne sommes pas absolument sans protection. Il en est contre lesquels nous pouvons d'ores et déjà nous prémunir, et, pour cela, nous disposons du troisième moyen général do défense dont nous avons pai*lé, la vaccination.
Vaccination antiYariolique. — L'histoire de la variole nous fournit le meilleur exemple d'une maladie qu'il est en notre pouvoir de faire absolument disparaître.
Depuis Fépoque où elle fut, pour la première fois, nettement mentionnée en Europe jusqu'à la fin du siècle dernier, la variole se montra toujours une des affections les plus conununes et les plus redoutables.
On peut, avec La Condamine, estimer à un dixième sa part dans la mortalité en France.
A Londres, Willan nous montre que, de iG'28 à 1796, on trouve dix années pendant lesquelles il y eut plus de 5000 décès par variole, sur un chiffre de décès variant entre 20 000 et 27 000. En 1772, il y eut 3992 décès varioliques sur 20 055, soit 15,3 pour 100, et, en 1752, 5558 sui 20485, soit 17,2.
Juncker estimait à 460 000 le total des décès annuels dus à la petite vérole à la fin du dix-huitième siècle.
Cette mortalité était encore plus fâcheuse par ce fait qu'elle frappait surtout les enfiints, les jeunes gens et les sujets dans la force de Tàge.
Et les méfaits de la variole ne s'arrêtaient pas à ces décès ; le nombre était énorme des sujets qui guérissaient en conservant quelque irréparable infirmité. Les deux tiers des cas de cécité étaient jadis imputables à la petite vérole, et cette dernière était suivie de nombre de suppurations prolongées, de lésions osseuses ou articulaires, etc.
Aujourd'hui, dans certains pays, la variole est à peu près inconnue. En 1897 il y eut, en Allemagne, 5 décès par variole sur une population de 53 182 854 habitants, soit moins de 0,1 pour un million d'habitants.
Ce résultat vraiment merveilleux est dû à la loi sur la vaccination et revaccination obligatoires promulguée le 8 avril 1874.
Ce n'est pas ici le lieu d'étudier en détail l'histoire de la vaccination. Nous rappellerons seulement que la pratique de la vaccination a été introduite par Jenner ([ui, ayant remarqué rinnnunité vis-à-vis de la variole des sujets atteints antérieurement du cow-pox, eut l'idée d'inoculer à l'homme la sérosité des vésicules développées sur les mains de sujets
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infectés au contact des animaux malades. La sérosité des vésicules ainsi produite était, à son tour, inoculée, et ainsi de suite.
La vaccination avait sur la variolisation ou inoculation de virus varielique de grands avantages. I^ maladie qu^elle détermine est sans gravité et les lésions locales au point inoculé sont souvent insignifiantes, tandis que la variole inoculée peut être grave.
D^autrc part, la vaccine ne se transmet pas autrement que par piqûres, et les sujets vaccinés ne peuvent devenir le point de départ d'aucune épidémie, contrairement à ce qui a été vu plus d'une fois après Tinoculation de la variole.
Au début des inoculations vaccinales, on espéi*ait aboutir rapidement ù la disparition de la petite vérole. On dut cependant reconnaître de bonne heure que certains sujets vaccinés contractaient néanmoins la maladie qui, du reste, présentait chez eux une bénignité marquée (varioloîde). Plus tard, à mesure que le moment des premières vaccinations était plus éloigné, on reconnaissait que les cas de variole chez les vaccinés se multipliaient, et c'est ainsi que Ton reconnut la nécessité de la revaccination, qui fut d abord introduite dans Farmée wurtembergeoise (1829-1855) et dans Tarmée prussienne (1854) et eut pour résultat la disparition de la variole.
L'armée prussienne, de 1825 à 1854, perdait en moyenne 50 hommes par variole. De 1855 à 1869, en dépit de l'accroissement de Teflectif, la moyenne était réduite à 2. Depuis 1874, il n'y a eu en tout qu'un décès unique par variole (un réserviste en 1884).
Nous avons déjà dit que les mesures les plus sages et les plus efficaces contre la variole étaient prises en Allemagne.
La loi du 8 avril 1874 décrète l'obligation de la vaccination avant le terme de Tannée qui suit celle do la naissance; Tobligation de la revaccination dans le cours de la douzième année. Les parents, tuteurs sont tenus, sous peine d'amende et de prison, de faire vacciner les enfants et de les présenter aux vaccinateurs six à huit jours après Topération, do façon à en connaître le résultat. Si la vaccination n'a pas réussi, Tenfaut doit être vacciné une seconde el, au besoin, une Iroisièine fois.
Le nombre desréfraclairesàla vaccine est à peu près nul en Allemagne.
Dans d'autres pays, comme la Suède et le Danemark, la vaccination est obligatoire, mais non la re vaccination. Bien protégés par leur situation géographi((ue, ces pays sont à peu près indemnes de variole.
En Angleterre, la vaccination élait obligatoire depuis 18G7 et les pénalités étaient assez semblables à celles de rAIIeinagne. Cependant les réfractaires étaient plus nombreux, surtout dans certaines villes comme Leicester. Ajoutons que la revaccination n'a jamais été obligatoire. L'Angleterre, en 1889 el 1890, n'a compté que 25 et 16 décès j^ar variole. Ce cbiflVe, en 1891, monte à 47; il atteint 451 en 1892; 1457 en 1895; 826 en 1894. Le gouvernement anglais a décidé de ne plus rendre la vaccination strictement obligatoire.
Cette concession est certainement regrettable. Quelles que soient les raisons de sentiment invoquées par les antivaccinateurs, il faut espérer qu'elles ne prévaudront pas. La loi du 15 février 1902 a décidé qu'en France la vaccination est obligatoire au cours de la première année de la vie, ainsi que la revaccination au cours de la onzième et de la vin*çt et unième année (article 0).
On s'accorde aujourd'hui à recommander la substitution du vaccin animal au vaccin jennérien, c'est-à-dire au vaccin prélevé sur Thommc. Le vaccin animal peut être fourni en quantités beaucoup plus grandes. Il offre l'avantaf^c d'être mieux contrôlé, de mettre à l'abri de l'inoculation de la syphilis et de la tuberculose.
Inoculation d'autres maladies. — L'exemple de la variolisation et de la vaccination ne pouvait manquer d'éveiller les expériences et dé susciter les tentatives des médecins.
C'est ainsi que Home, en 1759, eut l'idée d'inoculer la rou«çeole en employant le sang recueilli au niveau des veines sous-cutanées le deuxième jour de l'éruption. Il espérait, en choisissant l'inoculation par la peau, éviter ou atténuer les accidents pulmonaires dus à ce que l'infection si» fait habituellement par les voies aériennes. Home insérait sous la peau du coton imbibé de sang. Il notait les phénomènes de catarrhe oculo-nasal le sixième jour, l'éruption le huitième jour. La fièvre était moins vive et la toux à peu près nulle.
Home ne fit que douze inoculations qui, pour la plupart, furent suivies de succès. Speranza en 1824, Locatello, Micael de Katona en 1843, Mayr à Vienne ont, à leur tour, répété avec succès les expériences de Monro; cependant l'inoculation de la rougeole n'a jamais conquis droit de cité et il y a bien longtemps que ces tentatives n'ont plus été renouvelées.
Nous n'accorderons qu'une brève mention aux essais du même ordre vis-à-vis de la scarlatine. Miqnel d'Amboise, en 1853, inocula à plusieurs sujets le sang de malades ; Sticker, en Amérique, s'adressa au sang de chevaux atteints d'une aflection qu'il croit identique à la scarlatine humaine.
D'autres médecins, plus audacieux encore, ont employé Tinoculation à titre prophylactique vis-à-vis de maladies n'appartenant plus à la famille des fièvres éruptives. Bien que ces tentatives n'aient pas été couronnées de succès, nous devons mentionner ici celles de Cerutti, Valli, Sola, avec le virus pesteux; d'Auzias-Turenne, Sperino, avec le virus syphilitique; de Finlay, avec le sang recueilli par les moustiques sur le corps des malades atteints de fièvre jaune.
Immunisations préventives. — Dans ces dernières années, la question des vaccinations préventives a fait de nouveaux progrès h la suite des remarquables travaux de Pasteur sur l'atténuation du virus et la vaccination par les virus atténués.
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Nous laissons de côte toute la partie expérimentale, qui est traitée dans un article spécial, et nous n'envisagerons que les applications àThomine. applications pressenties par Pasteur dès le début.
La vaccination, vis-à-vis d'un certain nombre de maladies, peut être
obtenue soit avec les bactéries ou les toxines modifiées (immunisation
active), soit avec le sérum d'animaux immunisés (immunisation passive).
^A la première catégorie appartiennent les méthodes de Haffkinc contre
le choléra, la peste; celle de Wright contre la fièvre typhoïde.
Avec le sérum d'animaux immunisés, des résultats peuvent être obtenus contre la diphtérie, la peste, le tétanos.
Ferran, de Barcelone, pratiqua, en 1885, les premières injections prophylactiques contre le choléra. Il inoculait sous la peau des cultures virulentes de bacille- virgule. Les résultats annoncés par Ferran ont été, au début, contestés par la plupart des commissions étrangères. Cependant les expériences ultérieures ont établi que le sang des animaux traités mmi possède un pouvoir immunisant.
La statistique de Ferran donne dans 22 villes environ :
104561 sujets non inoculés fournissant 8046 cas, 5512 décès.
30 491 inoculés, 387 cas, 104 décès.
Les sujets inoculés sont 6,06 fois moins sujets à contracter le choléra; "9,84 à en mourir.
Haflfkine, en 1892, inocule, à huit jours de distance, un premier vaccin, vaccin faible obtenu en atténuant les cultures à une température de 59 degrés. La seconde injection est faite avec un virus fixe renforcé par des passages répétés sur le péritoine du cobaye. Après avoir constaté sur l'animal l'action préventive de ces inoculations, il conseille leur emploi sur l'homme. Depuis 1895 les inoculations du vaccin anticholérique ont été pratiquées dans Tlnde sur plus de 100 000 hommes.
Les documents publiés par Haiïkine et ses collaborateurs sont assez probants.
Nous en signalerons un j)etit nombre.
Dans une localité indienne, Dibrugarh, la proportion des cas et (li> <lécès cholériques a été :
Sur 150 non inocuK's 21,58 |Kmr 100 ri 18,87
Sur lîM) inoculés 2,0i — vi 2.0i
Dans 5 plantations de thé, 3276 ouvriers non inoculés ont eu 47 cas d 20 décès; 2956 ouvriers inoculés, 5 cas et 2 décès.
La proportion des cas a été chez les premiers I,i5, chez les autres 0,102; celle des décès 0,61 et 0,06.
Simpson, médecin en chef de la municipalité de Calcutta, a fourni les renseignements les plus probants recueillis dans un quartier de cette ville, très touché par le choléra. Dans ce quartiei', le nombre des sujets vaccinés parla méthode de llaffkine a été de 8000, partageant absolument la manière de vivre d'autres sujets non inoculés.
En deux ans, le choléra a fait son apparition dans 67 cabanes. On a relevé l'intervalle qui s'est écoulé entre cette apparition et le jour où on a vacciné quelques habitants de ces cabanes.
Il V a eu des cas parmi les sujets non inoculés 1, 2, 5, 4, 5, 6, 9, 12, 15, 15, 17, 22, 34, 57, 44, 57, 62, 63, 71, 95, 99, 109,114,118, 119, 120, 129, 132, 139, 143, 162, 184, 191, 203, 240, 231, 271, 281, 284, 300, 309, 318, 319, 334, 356, 359, 362, 370, 372, 378, 383, 384, 389, 391, 393, 394. 401, 404, 408, 416, 433, 446, 448, 453, 472, 493, 498, 673, 720, 723, 724 et 738 jours après l'inoculation <rautres membres de la famille.
Parmi les sujets inoculés, il v a eu des cas après 0, 2, 3, 4, 219, 421, 459, 512, 688, 735 et 738 jours.
On voit que chez les sujets inoculés il n'y a, pour ainsi dire, pas de cas de choléra dans la période qui commence au 5' jour et finit au 420* après l'inoculation. Pendant cette période, la proportion du choléra a été 23 fois plus forte parmi les sujets non inoculés; avant et après, la proportion n'est guère modifiée.
Si le choléra est moins fréquent chez les sujets inoculés, il ne semble pas que sa gravité soit moindre. A ce point de vue, le virus ne se comporte pas comme le virus vaccinal vis-à-vis de la variole.
Pour prévenir la peste, Ilafïliine conseille l'injection de cultures du bacille pesteux chaulTées à 72 degrés. L'inoculation est parfois suivie d'accidents locaux et généraux. Elle paraît bien procurer une immunité très sensible et dont la durée est de plus de six mois. Ilaiïkine et ses collaborateurs ont fait plus de 100000 inoculations. Parmi les observations les plus démonstratives, nous citerons ici celles qu'il a faites à la prison de Byculla. 177 prisonniers non inoculés ont eu 12 et 6 décès. 154 prisonniers inoculés n'ont eu que 2 malades et pas un décès.
Dans la ville de Ilubli, Leumann inocula 38712 habitants sur 41 427. Il y a eu, depuis le début des inoculations, 2761 décès par la peste, dont 2i82 chez les sujets non inoculés, 319 chez les sujets vaccinés. Si Ton n'avait vacciné aucun habitant, on aurait eu 24 920 décès par la peste; si Ton avait vacciné tous les habitants, la mortalité par la peste aurait été 5 fois moindre.
L inoculation du vaccin de Ilaffkine ne diminue pas seulement la réceptivité vis-à-vis de la peste. Celle-ci est plus bénigne chez les vaccinés: la mortalité chez ces derniers n'est que de 27 pour 100, tandis <pie chez les sujets non vaccinés elle était de 62 (Hornabrook,àDharwar).
Wright a essayé d'immuniser contre la fièvî^e typhoïde en inoculant des cultures tuées par la chaleur. Les résultats paraissent avoir été assez proliants.
C'est ainsi que, en 1898, sur 11295 soldats de Tannée de Tlnde, 2835 ont été soumis h l'inoculation. Dans la même année, sur les inoculés, il y a eu 27 cas de fièvre typhoïde, soit 0,95 pour 100, tandis qu'il y en a eu 213 chez les non inoculés, soit 2,5 pour 100. Cette différence est
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déjà très sensible, et elle devient encore plus saisissante si l^on reinan{ue que les sujets vaccines appartenaient tous à la catégorie des jeunci? soldats, que, parmi les sujets non inoculés, il y a eu un groupe important de soldats ayant déjà eu la fièvre typhoïde et, par conséquent, immunisés.
Un collaborateur de Wright inocula le vaccin de la fièvre tjphoîdeà 22 officiers, dont aucun ne prend ultérieurement la maladie, tandis que cette dernière frappe les 2 seuls officiers qui avaient refusé de se faire inoculer.
A la fin de 1899, la proportion des inoculés s'élevait à 4502: la morbidité par typhoïde était chez eux de 0,98 au lieu de 2,50, la mortalité de 0,2 au lieu de 0,50.
On emploie, dans d'autres circonstances, le sérum d'animaux immunisés. Ce sérum possède un jiouvoir immunisant (immunisation passive). Ce procédé d'immunisation est de moins longue durée. Il semble, m revanche, habituellement moins pénible pour le sujet et son action est plus immédiate. Il n'est pas nécessaire, en effet, comme dans Timmunisation active, d'attendre que l'organisme ait réagi.
On a employé chez l'homme, dans un but immunisant, les sénims antitétanique, antidiphtérique, antistreptococcique, antipestcux.
Nous ne ferons que mentionner l'emploi des injections préventive!; contre le tétanos, contre l'infection puerpérale.
L'action préventive du sérum antidiphtérique a été maintes fois utilisée. Son efficacité n'est pas contestable; mais il ne faut pas compter sur une durée supérieure à quatre semaines.
Les injections de sérum à titre préventif devront être employées sans hésitation dans tous les cas où une épidémie sévira dans un internat, une école, une salle d'hôpital. Elles fournissent le moyen d'enrayer immédiatement répidéinie. Parmi les observations les plus démonstratives non> citerons celle de Thomas (1895) qui arrêta ainsi, en inoculant loO enfants, une épidémie qui avait di\jà frappé 46 enfants; celles de Conti qui inocub 207 élèves et employés du collège ffollio (de Come) dont aucun ne fui atteint, de Demisch (à Kerzers) qui inocula 197 enfants d'une école où il y avait eu 26 diphtéries, de Fleury (à Saint-Étienne), de Martin (près de Privas), etc., etc. H semble que, dans pareille circonstance, le devoir dos autorités est désormais tracé et qu'il y ait lieu de suivre Texemplc du préfet de Come qui imposa l'inoculation aux internes et décida de ne réadmettie les externes que s'ils étaient inoculés.
Dans les familles qui auront eu des cas de diphtérie l'infection préveiîtive aura de grands avantages et nous citerons tout particulièrement \v> résultats obtenus à New-York où, de 1895 «a 1898, on a constaté 5 108 personnes dans 1 558 familles ayant eu des cas de diphtérie. Il y eut 57 cas de diphtérie mais, en réalité, 25 seulement peuvent être indiqués comme ayant été pris malgré Tinoculation, car 26 ont eu la diphtérie le jour même de l'inoculation et 7 plusieurs mois après. 11 y eut un seul décès sur les 25 diphtériques, et encore dans ce cas il y avait coin-
c'idence de scarlatine. Nous avons obtenu des résultats tout aussi satisfaisants dans les familles qui ont envoyé des enfants atteints de diphtérie i\ Ihùpital Trousseau. Il n'y a eu de cas secondaires qu'avant le deuxième <^[ après le vingt-huitième jour et tous ces cas ont été bénins. L'Académie de médecine a recouunandé ces injections préventives dans les familles.
Dans les hôpitaux d'enfants les cas intérieurs de diphtérie sont toujours à redouter. Au moyen des injections préventives répétées toutes les trois semaines il est possible d'en empêcher absolument le retour. C'est ^•e qu'a démontré Heubner (à Berlin) depuis 1805. En quatre années il n'a eu que 2 cas chez des enfants immunisés et encore ces deux enfants n'avaient pas subi la nouvelle inoculation dans le délai de rigueur. Deux fois, en 1897 et en 1899, on a suspendu les inoculations et bientôt après des cas intérieurs ont paru, établissant très nettement que l'immunité des malades ne pouvait être attribuée qu'aux injections.
Le sérum antipcsteux a été employé dans un but préventif par Yersin, Simond, Calmetle et Salind)eni, etc. Il présente sur le vaccin antipcsteux Tinconvénient de demander une fabrication plus longue et plus délicate <^t de ne procurer qu'une immunisation de courte durée. L'inoculation n'est pas suivie d'accidents généraux aussi violents qu'avec le vaccin de llaflkine. Elle a paru préserver les personnes que leur profession mettait en contact avec les malades. A Porto, Calmette et Salimbeni ont inoculé iiinsi plus de 000 personnes exposées au contact des pestiférés. Aucune n'a été atteinte de poste, à l'exception du docteur Pestana qui avait négligé de renouveler à temps l'injection. A Glasgow les injections immunisatrices ont été faites à 72 sujets. Deux ont eu la peste après 8 et !) jours; mais elle a été légère.
Nous avons montré ce que peuvent l'isolement, la désinfection, la vaccination contre un certain nombre de maladies transmissibles. Ces méthodes sont ou seront non moins utiles contre celles dont nous n'avons pas parlé.
Il importe de vulgariser le plus possible la connaissance de ces moyens, <lc ne pas s'adresser seulement aux médecins, mais encore au grand public et à toute occasion. Des tentatives très louables et dont nous ressentons déjà les effets ont été faites de tous côtés dans cette direction.
Dans cet enseignement vulgarisateur on n'aura garde d'oublier que tout progrès de l'hygiène de quelque nature (|u'il soit a son utilité dans <:ette lutte. La part du terrain n'est pas moindre cpie celle de la graine. L'hygiène privée, l'hygiène publique agissent d'une façon essentielle sur le terrain. L'histoire des épidémies de choléra et de pesle nous montre, imjourd'hui comme par le passé, combien la gravité et la diffusion diffèrent non seulement d'un pays à l'autre, mais daRs le même pays, la même ville, le même quartier.
[NETTER ]