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LES IDÉES FIXES

L'idée fixe peut se manifester très brusquement à la suite d'une émotion violente.

Les excitations extérieures qui provoquent les idées fixes ne font souvent que mettre en jeu une idiosyncrasie congénitale. Une femme de quarante ans, qui depuis sa plus tendre enfance n'avait pu supporter Todeur du cassis, eut affaire, un jour qu'elle avait dû garder la chambre pour une indisposition légère, à un tapissier qui portait avec lui une forte odeur de cassis: depuis cette époque elle est poursuivie par Tidée qu'il est resté des traces de cassis dans sa chambre ; divers procédés de désinfection ont été mis en usage : on a badigeonné, on a remplacé lé papier et les tentures, rien n'y a fait. On a déménagé, mais au bout de quelques jours elle était convaincue qu'un domestique avait dû apporter du cassis; elle était de nouveau menacée de souffrir de cette odeur, qu'elle n'avait d'ailleurs jamais réellement sentie depuis que le tapissier était sorti de sa présence.

Les idées fixes paraissent donc avoir pour base une irritabilité anormale du système nerveux; si absurdes qu'elles soient, on ne peut pas lutter avec elles par le raisonnement ; la discussion ne fait même que les renforcer. Le malade ne comprend pas l'impossibilité de son idée, il est incapable de faire aucun effort pour la chasser. Surtout quand elles se développent lentement et progressivement, elles peuvent conduire aux délusions et aux hallucinations. Les idées fixes existent dans toutes les formes exaltées ou dépressives de la folie systématique.

Les idées fixes présentent une variété infinie. Elles ont en général pour point de départ l'association d'une représentation, d'une idée, avec un état émotionnel ; et souvent l'idée reste liée à cet état émotionnel, le plus ordinairement la peur. Un homme éprouve quelques troubles gastriques après avoir bu de l'eau d'un réservoir au bord duquel il avait entendu coasser des grenouilles, se croit victime d'une intoxication balracienne et il passe sa vie à la recherche d'un antitoxique approprié.

Ces idées comme l'émotion morbide qui leur est associée naissent sur un terrain préparé par une débilité nerveuse héréditaire ou congénitale, ou procurée par un mauvais état de la nutrition. Dans toutes les conditions de déficit psychologique, il existe des troubles de l'attention, le plus souvent de l'aprosexie ou de l'hyperprosexie ; mais il n'est pas rare que I aprosexie, la diminution de l'attention, au lieu d'être générale, soit seulement partielle et combinée à une hyperprosexie (Ziehen) systématisable ; c'est ce qu'on voit bien par exemple chez les ehoréiques qui à côté d'un défaut d'attention ont souvent des idées fixes ou des tics mentaux. L'objet de la crainte devient le point de départ d'une idée fixe : on peut reconiiaitre cette origine à la plupart des phobies.

Le trouble de l'attention, qui est lié à une condition physique, l'affaiblissement du pouvoir moteur, coïncide avec des troubles de la sensibilité, de b réception en général et aussi de la conservation. Le doute qui constitue une des formes de l'idée fixe a pour base psychologique un défaut de

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discriminalion ; une appréciation plus difficile des différences entraîne nécessairement l'hésitation. Le défaut de discrimination des excita tion» actuelles s'exagère lorsqu'il s'agit de représentations, de souvenirs.

L'intensité des idées fixes est extrêmement variable; elles peuvent donner lieu à une simple préoccupation qui trouble à peine l'activité normale et peut passer pour une simple originalitc», ou constituer une préoccupation sans trêve ni relâche. Le doute peut confiner à la stricte prudence ou atteindre l'invraisemblance la plus absurde.

Les conditions de l'activité mentale qui favorisent le développement des idées fixes sont multiples (KrafR-Ebing). Une excitabilité psychique constitutionnelle permet à des impressions insignifiantes, qui chez un individu normal ne laisseraient que des traces éphémères, de laisser des empreintes profondes et durables ; une exaltation de l'imagination donne aux images et aux idées une persistance morbide. Une activité excessive de l'association des idées favorise le rappel des idées morbides par des relations éloignées. L'affaiblissement de la volonté empêche toute lutte et toute dérivation. La coïncidence de leur première apparition avec un trouble somatique où un état émotionnel établit un nouveau lien avec une condition physiologique. Aussi la difficulté de changer de conduite n'est nullement surmontée par la démonstration rationnelle qu'il s'agit d'une préoccupation absurde et purement imaginaire. Il vaut mieux détourner l'attention du malade ou l'amener à accepter et ii désirer l'assistance que de le combattre de vive force. Des diversions fréquentes finissent par renforcer la volonté. Parmi les meilleurs agents de diversion, il faut recommander les exercices physiques et en particulier ceux qui ne sont pas purement automatiques comme la marche, mais tiennent l'esprit occupé, comme les exercices gymnastiques et les exercices de dissociation des mouvements, qui sont d'ailleurs si utiles à d'autres points de vue. Les exercices musculaires, si limités qu'ils soient, ont d'ailleurs pour effet d'activer la circulation et en particulier la circulation cérébrale. Les exercices en commun sont surtout favorables parce qu'ils fixent plus complètement l'attention. Mais le plus souvent l'idée fixe résiste ù tout. Depuis qu'il a la conscience de sa préoccupation, un persécuté quérulanl et processif a l'idée fixe qu'il est en butte à la perfidie, rien ne peut le convaincre de la fausseté de sa conception: le plus souvent, il devient dangereux et le seul traitement qui lui convient est la séquestration. Ouîmd il est soustrait aux excitations extérieures, l'idée délirante perd de son acuité et le malade se calme.

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