‹ Traité de pathologie générale v. 1 (volume 2)Chapitre 25 sur 185 · C. Les t<aches hématiques · texte numérisé non relu

C. Les t<aches hématiques

D. Les taches pigmcntaires.

A. — TACHES CONGESTIVES

Les taches hyperémiques ou congestives ou inflammatoires sont dues à la dilatation temporaire des vaisseaux papillaires, parfois accompagnée

(*) V. HiLLAiRET et Gaucher, Traité théorique et pratique des maladie* de la peau^ fasc. I, 1881, p. 58 et suiv. — E. Gaucher, Traité des maladies de la peau^ 1895, t. 1, p. 24 et suiv. — E. Gaucher et Barbe, art. Maisaoies de la peau du Traité de méd. et de thérap-j 1896, t. III, p. 671 et suiv.

MODinCATlONS DE COULEUR ET D'ASPECT DE LA SURFACE CUTANÉE, iiî»

d'une légère prolifération embryonnaire péri-vasculaire et d'altérations nutritives des cellules épidermiques, nolximment de la dégénérescence vacuobire, décrite par Yulpian.

Elles sont rouges, d'une nuance variable, depuis le rose jusqu'au ron^e foncé. Leur coloration s'efface momentanément sous la pression du doigt, |H)ur reparaître ensuite.

Quand elles sont petites et arrondies, elles constituent la roséole; mais elles peuvent être très étendues et même diffuses; recouvrant toute ou presque toute la surface du corps.

Parmi les taches congestives et inflammatoires, il faut d'abord ranger la lésion cutanée de Vérysipèle et de Yangéioleucite et l'éruption de tous les exanthèmes fébriles : la rougeole, la roséole vernale, la rubéole, la scarlatine.

Vérysipèle est caractérisé par des plaques rouges, saillantes, indurées, limitées par un bourrelet périphérique. I^a palpation de ces plaques donne la sensation d'un épaississement inflammatoire du derme. Li lésion cutanée est précédée de frisson et de fièvre et accompagnée d(^ lengorgement des ganglions lymphatiques.

Vangéioleuciie ou la lymphangite supet^ficiellej réticulaire, se présente sous laspect de stries rouges, entre-croisées, aboutissant à des ganglions tuméfiés et douloureux.

Les taches de la rougeole sont petites, irrégulièrement arrondies, légèrement saillantes; leur apparition est précédée et accompagnée de lièvre et de catarrhe oculo-nasal et trachéo-bronchique.

Celles de la roséole vernale sont semblables aux précédentes, mais généralement un peu plus larges et moins confluentes; elles ne sont pas accompagnées des symptômes caractéristiques de l'éruption morbilleusc.

Celles de la rubéole sont plus irrégulières et plus variables d'aspect, tantôt petites comme celles de la roséole, tantôt plus étendues; elles diffèrent également de la rougeole par l'absence de catarrhe oculo-nasal et bronchique. L'exanthème se complique d'engorgements ganglionnaires multiples (*).

L'éruption de la scarlatine n'est pas constituée par des taches isolées, mais par une rougeur diffuse, occupant toute la surface du corps, sur laquelle on aperçoit à la loupe une infmité de petits points rouges plus foncés, formant, par leur ensemble, une sorte de granité confluent. L'apparition de cette rougeur généralisée est précédée et accompagnée de lièvre et d'angine. La desquamation qui succède à l'éruption se fait pailarges lambeaux.

Les autres taches congestives comprennent toutes les variétés férythèmesy dont quelques-unes peuvent être fébriles, mais qui ne présentent jamais l'évolution régulière et cyclique des lièvres éruptives.

En réalité, l'érythème n'est pas toujours une simple tache. La congestion

'V E. Gaucher, .»ii/* ohservationê de rubéole. Thôsc de Lazard, 1800.

120 SÉMIOLOGIE DE LA PE.\r.

papillaire qui donne naissance a ia tache énlhémateusc peut s*accoin|)aj^mer d'exsudation séreuse, qui soulève rcpiderine sousfonue de vésicules ou de bulles. Dans d'autres cas, cette même congestion papillaire s'accompagne de phénomènes inflammatoires, de prolifération embryonnaire, qui gonfle les papilles et produit des saillies d'aspect et de volume variables.

C'est ainsi qu'à côté de Vérylhème simple ou diffus, on observe des évythèmes vësiculeux ou huileux : ce sont ceux dont le centre de la tache primitive est soulevé par une collection séreuse.

D'autres taches érylhémateuses reposent sur une infiltration dermique étalée, de forme arrondie, et constituent Yénjthèmc marginé. Quand cette infiltration cutanée, sous-jacente à la rougeur, prend la forme annulaire, laissant au centre une portion de peau saine, Vérythème est appelé circiné.

Les taches isolées peuvent être plus ou moins saillantes, représentant, selon leurs dimensions, Véi^lhème populeux ou iubeixuleux. Enfin ces saillies peuvent être de véritables nouures, enchâssées profondément dans le derme, caractérisant Vérylhème noueux.

L'ensemble de toutes ces formes constitue Vérythème polymorplic. dont les lésions élémentaires comprennent à la fois des vésicules, des bulles, des papules et des tubercules, compliquant les véritables taches érythémateuses.

Une autre variété d'érjihème reste absolument plane, mais n'est pas, i\ proprement parler, formée par des taches. Elle se présente sous l'aspect d'une rougeur généralisée et difl^use, ressemblant à celle de la scarlatine. On lui donne le nom d'érylhème scarlaliniforme. Cet érythème diffère de la scarlatine par l'absence de symptômes généraux et d'angine, mais il ressemble à la scarlatine par la forme de sa desquamation en larges lamelles épidermiques.

Toutes les formes érythémateuses précédentes reconnaissent des causes diverses. Elles caractérisent d'abord deux maladies distinctes, en quelque sorte idiopathiques : l'érythème polymorphe et Térythème scarlatiniforme. Mais tous ces types d'érythèmes peuvent exister aussi, à titre deutéropathique, comme manifestations secondaires, symptomatiques d'étals morbides préexistants.

Les maladies infectieuses et les intoxications de toute nature donnent en effet naissance à des érythèmes d'aspect variable.

Le type le plus simple d'érythème, la roséole, se montre comme un symptôme essentiel de la fièvre typhoïde, dentelle constitue un des principaux éléments de diagnostic. Ce sont des taches rosées, lenticulaires, qui apparaissent vers la fin du premier ou au commencement du second septénaire de la maladie.

Les taches érythémateuses font aussi partie du cortège symptomati(|ue du typhus exanlliématique; elles sont plus précoces dans leur apparition, plus larges et plus abondantes que celles de la fièvre typhoïde.

L'éruption caractéristique de la variole est souvent précédée de l'appa-

rition d'érythènies infectieux auxquels on donne le nom de rashs, qui siègent particulièrement aux aines et dont la forme varie : ce sont tantôt des taches isolées, de petites dimensions, semblables à celles de la rougeole ou de la roséole; tantôt des plaques rouges, étendues, d'apparence scarlatineuse.

La vaccine peut aussi donner lieu à une éruption de taches érythémateuses, localisée d'abord au pourtour de la région inoculée, puis généralisée au reste du corps; cette éruption est connue sous le nom de ^x>séole vaccinale.

Le choléra j dans la période de réaction, donne naissance à un érythème, tantôt maculeux, tantôt papuleux, tantôt scarlatiniforme, qui est un phénomène terminal, dp bon augure, précurseur de la guérison.

Dans les autres maladies infectieuses, l'apparition des érythèmes est, au contraire, un symptôme de gravité.

V infection purulente^ la fièvre puerpérale, toutes les suppurations internes, quelque soit leur siège, toutes les septicémies (*) peuvent produire des érythèmes symptomatiques, de formes diverses. 11 en est dv, même de Vendocardite ulcéreuse.

Dans la méningite cérébro-spinale épidémique, on observe souvent un rrythème sous forme de roséole.

La diphtérie maligne hypcrtoxique donne naissance à des érythèmes, tantôt maculeux et rubéoliformes, tantôt difTus. L'injection de sérum antidiphtéritique est aussi fréquemment suivie de l'apparition de taches érythémateuses et prurigineuses.

Il y a des érythèmes blennorragiques, maculeux, papuleux ou scarlatiniformes. indépendants de tout traitement par les balsamiques.

Les érythèmes syphilitiques sont plus fréquents et plus importants à connaître et présentent plusieurs formes. C'est d'abord la roséole syphilitique, phénomène à peu près constant de la période secondaire, le pins souvent caractérisée par des taches irrégulièrement arrondies, complètement planes ou légèrement papuleuses, afTcctant quelquefois une disposilion annulaire ou circinée. Les sièges d'élection de la roséole syphilitique î^nlla base du thorax, le ventre, les flancs et les avant-bras. De plus, à toutes les périodes de la syphilis, on peut observer des érjthèmes de types divers, qui sont parfois d'un diagnostic difficile; les érythèmes tertiaires, notamment, donnent souvent lieu à des erreurs de diagnostic.

Tous les érythèmes infectieux précédents sont déterminés par l'action Jes toxines; ce sont des érythèmes toxi-infeclieux. 11 en est un autre du •néme ordre qu'il ne faut pas omettre, c'est cette variété superficielle de '"pus, connue sous le nom de lupus érythémateux, que Biett avait •'appelée érythème centrifuge et qui doit être considérée comme une lésion cutanée d'origine toxi-tuberculeuse.

Vérythème induré, décrit par Bazin et observé aux jambes chez les

.': E. Gaicher, Érythème sepllcémiqtte. Tliôse «le Laumet, 1887.

[r. OAVCHER^

jeunes filles lymphatiques, soumises à une station debout longtemps prolongée, est probablement de même nature; c'est sans doute une forme de toxi-tuberculose érjlhcmateuse atténuée.

La lèpre maculeuse est également un érythcme toxi-infcctieux. Les taches lépreuses sont tantôt rouges ou rosées, tantôt d'un jaune fauve; elles présentent le caractère patliognomonique de la lè|)re : l'insensibilité absolue. Cette anesthésie cutanée peut être d'un grand secours, dans les cas de diagnostic douteux, pour le diagnostic de toutes les lésions tégumentaires de la lèpre.

Toutes les intoxications peuvent donner naissance à des érythèmes, y compris les auto-intoxications. Sous le nom d'éi^ythème urémique^ on a décrit une éruption produite vraisemblablement par l'élimination cutanée des produits excrément itiels, retenus dans le sang sous l'influence d'une insuffîsance de l'excrétion rénale. Cette éruption, qui apparaît quelquefois dans le cours des néphrites chroniques, n'est pas toujours purement érytliémateuse ; elle peut devenir papuleuse ou vésiculeuse.

L'absorption de tous les médicaments est quelquefois suivie d'érythème.

Les plus fréquents, parmi les érythèmes médicamenteux ou pathogénétiqiies, comme les appelait Bazin, sont l'érytlième balsamique, Térythème mercuricl et l'érjlhème iodique.

Vérythème balsamique survient après l'usage du copahu, de la térébenthine, du santal ou du cubèbe, pris à haute dose. Il est le plus souvent localisé autour des jointures, sous forme de plaques rouges, saillantes, irrégulières, douloureuses et prurigineuses. Plus rarement, les plaques peuvent être disséminées et plus ou moins confluentes sur toute la surface cutanée, y compris la face.

Véruption mercurielle ou hydrargyrie peut être provoquée par Tadministration interne du mercure et par l'application externe de préparations mercuriellcs. Elle est tantôt localisée, tantôt généralisée et présente plusieurs formes. Quelquefois c'est un simple érythème difTus, dans d'autres cas, une éruption vésiculeuse eczématiforme, connue autrefois sous le nom d'eczéma mercuriel. L'érythème peut être généralisé et ressembler à l'érythème scarlatiniformc ou à la dermatite exfoliatricc, avec lesquels il a été souvent confondu. Enfin l'éruption est parfois accompagnée de fièvre et de phénomènes généraux assez graves (*).

Les préparations iodurées donnent lieu à des éruptions diverses : érythème simple, érythème papuleux, érythème huileux, surtout purpura et acné pustuleuse; l'iode s'élimine, en effet, par les glandes sébacées. Ces éruptions sont accompagnées des autres symptômes de l'intoxication iodique : corjTW, larmoiement et angine érytliémateuse.

L'usage des bromures et des dérivés bromes peut provoquer les mêmes éruptions et même des accidents plus graves, caractérisés non seulement

(*) E. Gaucher, Traitement de la syphiiiê^ p. 6 ci 27. — Gauciikr ol NoEl, Intoxication mercurielle morlolle consécutive à des injections de caluinel. liull. de la Soc, méd des hôp. de Parti, nov. 1899.

[KirdespustuIeSy mais par des furoncles, dont J'ouverture donne naissance à des ulcérations fongueuses, d'un diagnostic parfois difficile (*).

Les autres médicaments, dont Tingestion est souvent suivie d'érythème, sont, principalement, Vantipyrine qui provoque une éruption scariatiniforme, le chloral, la quinine qui peut produire une sorte de roséole, Vacide salicylique et les salicylates« la belladone, etc. Vergot de seigle donne lieu à des plaques érythémateuses limitées, qui ne sont que le prélude de gangrènes cutanées. L'usage prolongé de Varsenic détermine non seulement des érythèmes, mais une éruption spéciale de couleur jaune, bistre ou brunâtre, très rare à la vérité, mais tout à fait caractéristique, sur laquelle je reviendrai à propos des pigmentations cutanées.

Toutes ces éruptions pathogénétiques se développent sous Tinfluence d'une idioêyncraêie particulière^ qui est quelquefois sous la dépendance d'une néphrite ou d'un défaut de perméabilité du filtre rénal. Quelle que soit leur forme, qui peut être très variée, comme je l'ai déjà dit, leur diagnostic est souvent très difficile, quand les commémoratifs font défaut et quand on ne possède pas de renseignements sur la nature des médicaments absorbés par le malade. Il est donc très important, en présence d'une éruption d'allure anormale et d'origine inconnue, de toujours penser à la possibilité d'une dermatose pathogénétique et de diriger dans ce sens l'interrogatoire du malade et de son entourage.

Tous les érythèmes précédents, infectieux ou toxiques, sont de cause interne; il y en a d'autres qui sont dus à Virritation de la peau par les agents extérieurs^ physiques ou chimiques.

Toutes les substances irritantes applicpiées à la surface de la peau peuvent donner lieu à des éruptions érythémateuses, par exemple, toutes les substances chimiques, minérales ou végétales, employées sous forme de poudres, de solutions ou de pommades. Cette classe d'érythèmes avait été décrite par les anciens sous le nom d'erythema ab acribus. La chaux vive, la potasse caustique, le salol, l'iodoforme, les solutions phéniquées, les pommades mercurielles, les pommades à l'acide pyrogallique, n Tacido salicylique, à l'acide chrysophanique, l'ammoniaque, tous les alcalis et les acides faibles peuvent provoquer dos érythèmes, qui restent souvent localisés au point d'application de la substance irritante, mais qui s'étendent souvent aussi sur des régions plus ou moins éloignées.

Le diagnostic de ces éruptions artificielles est facile quand on en connaît la cause ; mais il peut être très difficile quand on ne la découvre pas.

Les agents naturels, la chaleur, V électricité, le froid, produisent fréquemment des érythèmes.

Vérythème igné est dû à Faction du calorique rayonnant ou de Tcau chaude. Il est généralement aigu ; mais il peut se présenter sous la forme chronique chez les ouvriers dont les parties découvertes du corps sont

(*; E. Gaucher el H. Bbb!(ard, Éruption bromique duc au bromoformc. DtiU. de la Soc. de dertmU., mars 1901.

[r. OAUCHER^

124 SEMIOLOGIE DE LA PEAl.

conslarament exposées à nue température élevée, par exemple, chez les chauffeurs, les forgerons, les fondeurs, etc. Cet érythème est caractérisé par une rougeur plus ou moins vive, généralement foncée, couverte de marbrures, quelquefois de crevasses, accompagnée d*épaississemcnt et d'induration de la peau.

Le même érythème igné chronique s'observe à la face interne des cuisses, chez les femmes qui se servent habituellement de chaufferettes.

Le rayonnement solaire produit le même résultat que la chaleur artificielle. Cet érythème solaire n'est pas dû, comme on pourrait le croire, seulement aux rayons calorifiques, mais principalement aux rayons chimiques du spectre. C'est pourquoi il se produit surtout au printemps et surtout dans la première partie de la journée. La lumière solaire est, en effet, plus riche on rayons chimiques, violets et ultra-violets, au printemps et le matin.

Vérytlième pellagreux, qui n'est qu'une forme de l'érythème solaire, développée sous Tinfluence de conditions cachectiques spéciales, prend naissance au printemps. Au début de la maladie, il disparaît même en hiver, après avoir pâli et s'être atténué progressivement pendant l'automne. Ce n'est qu'au bout de quelques années qu'il devient permanent et persiste pendant toutes les saisons: il subit, d'ailleurs, toujours une nouvelle recrudescence au printemps. Cet érythème siège sur les régions découvertes et exposées aux rayons solaires, sur le dos des mains et des poignets et au visage. Il est accompagné de troubles digestifs, nerveux et mentaux, sur lesquels je n'ai pas à insister ici, non plus (|ue sur la cause de la maladie, qui me parait être une auto-intoxication produite par des troubles de la nutrition (*).

Vénjthèmc électrique et surtout rérythèmc produit par les rayons de Rœntgen sont comparables, au point de vue pathogénique, à l'érythème solaire. Mais, dans l'érythème électrique, la lésion cutanée peut aller beaucoup plus loin que la congestion érythémateuse. Les rayons X surtout possèdent, en quelque sorte, au maximum, le pouvoir nocif des rayons chimiques et leur action désorganisât rice des tissus peut produire des plaies étendues et profondes, des délabrements cutanés et souscutanés, qui ne guérissent qu'avec la plus grande difficulté. Depuis qu'on use et qu'on abuse si imprudemment de la radiographie, j'ai eu h observer un certain nombre d'accidents graves déterminés par les rayons X.

Le froid intense donne lieu à un érythème artificiel comparable à l'érythème igné. C'est ce qu'on appelle Vérythème pernio ou vulgairement l'engelure.

(*) V.-E. Gauchkii, Trailemoiil i\v. la pollaprc Traité de thérapeutique appliquée. — Observations de pellap-c s|)ora(liqu<>. BuH. de la Soc. de dermal., juin, juillet 1894, juillet 1896. — Bull, de la Soc. tnéd. des hôp., juillci 1895. — Hillahikt et Gait.hkr, Traité des mal. de la peau, p. 415. — E. Galcher, Traité des mal. de la peau, t. I, p. 124. — Art. Pellagre «lu Traité de médecine et thérapeutique.

MODinCÀTIONS DE COULEUR ET D'ASPECT DE LA SURFACE CUTANÉE. 125

Les agents animés peuvent aussi déterminer la production d'érythèmes, quelquefois fugaces et parfois durables. Des taches érythémateuses de dimensions variables succèdent à V irritation de la peau par des insectes, les chenilles, les punaises, les puces, etc. Quelques-uns de i*es animaux, notamment les puces, piquent la peau et leur piqûre reste visible, sous forme d'un point hémorragique, au centre de la tache érythémateuse.

Le contact de certains végétaux produit des lésions érythémateuses semblables. Il y a même des végétaux cryptogamiqucs qui vivent dans Tépidcrme et déterminent des érjlhémes persistants. Le trichophyton, sur les parties glabres, donne lieu à des taches érythémateuses connues sous le nom A'éfn/thèmes trichophy tiques. Ce sont des taches rouges, arrondies, à extension centrifuge, qui peuvent s'accompagner de soulèvements épidermiques vésiculeux, herpétiforraes, mais restent parfois aussi exclusivement érythémateuses ou érythémato-squameuses.

Toute irritation locale de la peau, surtout quand celle-ci est fragile, mal nourrie, dépourvue de vitalité, peut provoquer l'apparition d'une éruption congestive et érythémateuse, et l'individu peut porter en luimême la cause de cette irritation locale.

C'est ainsi que les membres œdématiés, chez les cardiaques et les albuminuriques, sont fréquemment le siège d'un érythème dit paralritnme, quand il est produit par la pression continue, par le poids du corps toujours couché ; cet érythème occupe la partie inférieure du dos, les fesses, la région postérieure des cuisses.

Chez ces mêmes malades, la distension de la peau par Tœdème produit aussi une sorte d*érythème lisse et luisant, auquel les anciens avaient donné le nom d'erythema lœve.

Les sécrétions cutanées et les déjections ont également, chez certains sujets, une action irritante sur la peau, particulièrement dans les régions où celle-ci forme des plis et se trouve adossée a elle-même. C'est à cette «'liologie qu'il faut rapporter le développement de l'intertrigo et des éiythèmes fessiers chez les enfants.

L'intertrigo s'observe chez les arthritiques gras; c'est un érythème humide, accompagné do macération de la peau, produite elle-même par Taccumulation des sécrétions cutanées. Cet érythème a pour caractère particulier de répandre une odeur aigre et fétide et de se compliquer parfois de fissures et d'excoriations de la peau. Il siège aux aisselles, aux aines, dans le pli fessier, dans le pli inguino-scrotal ou inguino-vulvaire, au-dessous des seins. Celui qui occupe les parties géniUiies est fréquent chez les diabétiques; il est provoqué en partie par le contact de l'urine sucrée, mais reconnaît également une cause constitutionnelle comme tous les intertrigos.

Il y a une forme tout à fait particulière d'intcrtrigo qui est d'origine parasitiire et à laquelle on a donné le nom iVerythrasma.

C'est une éruption d'un rouge pâle et jaunâtre, à bords nets, bien

[£. OAUCHER.}

ri6 SÉMIOLOGIE DE LÀ PEAU.

délimites et festonnés, qui occupe la face interne de la partie supérieure des cuisses, le pli inguino-scrotal ou inguino-vulvaire, sous forme d'une large plaque constamment sèche et finement squameuse, d'une durée indéfinie, qui passe souvent inaperçue des malades, car elle ne provoque ni douleur, ni prurit. Cette éruption est due à la présence d'un parasite, d'un champignon, le mia^osporon minutissimum.

Vérythème des nouveau-nés^ qu'on observe dans l'inanition ou Tathrepsie, dans la cachexie infantile, est produit par le contact permanent des fèces et de l'urine sur une peau mal nourrie, dépourvue de vitalité.

Cet érythème occupe les fesses, la face postérieure des cuisses et des jambes; il peut s'étendre jusqu'aux malléoles et jusqu'au talon. Il est caractérisé par une rougeur vive, cuisante et douloureuse, accompagnée de desquamation et souvent compliquée de fissures et d'excoriations.

Sur les fesses, sur le scrotum et au pourtour des parties génitales dans les deux sexes, cet érythème peut se compliquer d'éruption vcsiculeuse secondaire. Ces vésicules se rompent et font place à des ulcérations superficielles. Dans quelques cas, on voit apparaître sur la rougeur de la peau des papules aplaties, lenticulaires, à centre déprimé, un peu suintantes, qui sont facilement confondues avec des lésions de syphilis héréditaires, mais en diffèrent précisément par la rougeur périphérique qui les accompagne. Elles en diffèrent également par leur curabilité sous l'influence d'un traitement antiphlogistique simple et de soins de propreté banale. Ce sont ces lésions secondaires de l'érythèmc infantile, étudiées par M. Sevestre, par M. Fournier, par M. Jacquet, qui ont reçu les noms de vaccino-syphiloïde ou d'herpès vaccini forme. Leur diagnostic est parfois assez difficile pour un observateur non prévenu.

En dehors de la première enfance, le contact permanent de l'urine et des fèces, à tous les âges, peut provoquer des érythèmes. Vincontinence d'urine et le gâtisme, chez les paraplégiques, chez les ramollis et chez les vieillards, s'accompagnent toujours, malgré les plus grands soins de propreté, d'érythème des fesses, du périnée, de la partie postérieure des cuisses.

Les sécrétions pathologiques possèdent une action sendjlable et encore plus marquée. Les déjections dysentériques provoquent souvent une inflammation érythémateuse du pourtour de l'anus et des fesses.

La leucorrhée, le flux vaginal blennorragique, chez la femme, se compliquent parfois d'érythème péri-vulvaire, qui peut se pro|)ager à la partie interne des cuisses.

D'autre part, le coryza chronique s'accompagne habituellement d'érythème du nez et de la lèvre supérieure.

Les troubles vaso-dilatateurs, qui président à la production des érythèmes, peuvent être provoqués par une influence nerveuse primitive. Cette action nerveuse peut être, elle-même, purement fonctionnelle ou produite par une lésion.

MODinCATIO.NS DE COULEUR ET D'ASPECT DE LA SURFACE CUTANÉE. 127

Dans le premier ordre de faits, on peut ranjjer les érylhèmes émotifs et les éry thèmes réflexes; le second comprend les éry théines trophiques.

Vérythème émotif est cette rougeur fugace qu'on observe sur le visage «\ la suite d'une émotion vive ou sur le devant de la poitrine brusquement découverte de certaines femmes et de certains adolescents à peau blanche et fine et à tempérament nerveux. On lui donne aussi quelquefois le nom de roséole pudique. Cette rougeur congestive est aussi passagère que la perturbation vaso-motrice qui lui a donne naissance.

Certains auteurs ont décrit des érythèmes réflexes plus durables, symptomatiques de maladies internes et notamment d'affections utérines. Ces érythèmes me paraissent devoir être rattachés à Thystérie.

Quant aux érythèmes trophiques, qui peuvent s'accompagner, sous l'influence de la même lésion nerveuse, d'éruptions vésiculeuses ou huileuses, de crevasses et d'ulcérations cutanées, ils se présentent sous laspect d'une rougeur uniforme, lisse et luisante, à laquelle les auteurs américains ont donné le nom de GlossySkin. Ce sont, en effet, les médecins de la guerre de sécession américaine, Weir-Mitchell, Keen et Morehouse, qui ont particulièrement décrit ces lésions, observées à la suite de plaies des nerfs périphériques. Les affections du système postérieur de la moelle épinière, notamment l'ataxie locomotrice, peuvent donner lieu à des érythèmes semblables, comme l'ont constaté Brown- Séquard, Charcot et Vulpian.

Cet érythème trophique siège surtout aux extrémités; il s'accompagne d'une douleur vive et cuisante, connue sous le nom de causalgie; il est le siège d'une desquamation qui se renouvelle incessamment (*).

Toutes les taches érythémateuses précédentes sont accompagnées de congestion active et de chaleur de la peau. Il y a en a d'autres, au contraire, à la surface desquelles la peau est refroidie; ce sont celles qui précèdent la gangrène. Ces taches sont d'abord rouges, puis bleuâtres, violacées et enhn noires, quand la gangrène est constituée. Ces phénomènes sont surtout appréciables dans la gangrène sénile par artérite athéromateuse et dans toutes les gangrènes cutanées par oblitération artérielle.

B. — TACHtS VASCULAIRES

Les taches dues à un développement exagéré et permanent des capillaires cutanés ont reçu le nom de taches vasculaires.

Elles sont formées anatomiquement par des angiectasies ou, plus exactement, par des télangiectasies. Le développement vasculaire exagéré qui les constitue est produit non seulement par la dilatation des vaisseaux normaux préexistants, mais aussi par la formation de vaisseaux nouveaux, eux-mêmes dilatés.

(V E. GAccnea et Lacapère, Troubles trophiques des extrémités digitales par névrite traumalique. BuU. de la Soc. de dermaL, avril 1901.

[£. OAVCBER.'i

Ces taches vaseiilaires sont le plus souvent congénitales, quelquefois acquises; les premières sont liabituelleinent connues sous le nom de nœvi; aux secondes est réservée la dénomination de télangiectasies.

Les iiœvi vasculaires sont des difformités qui existent au moment de la naissance ou se développent quelque temps après la naissance, niais leur apparition est toujours connnandée par un vice do développement fœtal.

Les uns sont plans, les autres saillants et proéminents, d autres enfin se compliquent d'hj'pertrophies papillaires et de kératose épidermiquc et prennent Taspect verruqueux.

Ils sont de dimensions variables, quelquefois punctiformcs, dans d'autres cas très étendus. Ils sont tantôt arrondis et bien limités, tantôt (le forme irrégulière et représentent alors des ligures diverses, qu'on n'a pas manqué de comparer à des pattes d'iuiimaux, notamment à des pattes de homard ou d'écrevisse. Parfois même ils sont diffus et présentent, à leur pourtour, des arborisations périphériques, qui s'étendent plus ou moins loin. Rayer avait donné le nom de nœvus araneus à l'une de ces formes de nœvi, que ses prolongements vasculaires faisaient grossièrement ressembler à une araignée.

Leur coloration est rouge ou bleuâtre, violacée. Cette coloration tliminue et peut même disparaître momentanément sous rinfluencc de la compression.

Au contraire, la vaso-dilatation produite par les efforts, les émotions, le travail de la digestion, la congestion menstruelle, détermine une tension sanguine qui augmente la coloration des naevi et les rend turgescents. Cette turgescence peut même aller jusqu'à la rupture vasculaire et k rhémorragie.

Dans d'autres cas, la distension des vaisseaux s'accompagne de lésions de leurs parois ; celles-ci se rompent et le sang épanché se creuse des cavités dans le stroma conjonclif, réalisant ce (|u'on appelle une tumeur érectile.

Les naevi peuvent siéger sur tous les points de la surface cutanée et même sur les muqueuses; mais ils ont une prédilection pour la tète, au voisinage des orifices naturels; ils sont également fréquents à la nuque.

A la face, on observe une variété spéciale de 7iœvi ve7Tuqueux, constituée par de petites papules rouges et molles, agglomérées sur les sillons naso-géniens, les joues, le nez, le menton et le front. Cette lésion, (piand on ne la connaît pas, peut être d\in diagnostic assez difficile.

Sur le tronc et sur les membres, les nœvi verruqueux, ordinairement multiples, aflectent souvent, par leur groui)enient, une disposition zo ni forme, qui paraît en rapport avec les distributions nerveuses!*).

(») E. Gaicmer, Traité des mal. de la peau, l. II, p. 7tî. t'I Mmêe de rilA/ntal Saint- Louitt^ 181)7 : Na*vus vasculaire verruqueux du membre inférieur tiroil, sur le trajet du nerf saphènc interne.

MOWFiaTIONS DE COUIEUR ET D'ASPECT DE LA SURFACE CUTANÉE. i29

Les télangieciasies acquises ont la même structure anatomiquc que les nœvi. Elles peuvent être primitives et se développer sans clat morbide pnVxistanl.

Il Y a une télangiectasie primitive idiopathique généralisée^ dont les exemples sont très rares, qui peut couvrir la presque totalité du corps, y compris la face et le cuir chevelu. Elle est constituée par des taches vasculaires absolument planes, quelquefois isolées, quelquefois conOuentes et étendues sur de larges surfaces, d'une coloration rouge plus ou moins foncée suivant les points. Si Ton examine ces taches à la loupe, on les voit formées de fines arborisations vasculaires entre-croisées et pressées les unes contre les autres.

Les télangiectasies primitives localisées sont beaucoup moins rares, mais paraissent avoir passé longtemps inaperçues; je crois les avoir décrites le premier(*). Ce sont de petites taches rouges, lenticulaires, légèrement saillantes, siégeant particulièrement sur le tronc, qu'on observe chez les hommes qui ont dépassé la quarantaine. Ces productions débutent par un petit point rouge, qui s'agrandit peu à peu, mais dépasse rarement la largeur d'une lentille. Je leur ai donné le nom de nœvi acquis. Ce sont d'ailleurs des lésions sans importance et sans gravité.

A côté de ces télangiectasies primitives, il y a des télangiectasies secondaires, consécutives h d'autres lésions cutanées. La couperose, les kéloïdes, le xerodeima pigmentosum, la kératose pilaire rouge de la face comprennent des télangiectasies parmi leurs symptômes ou leurs complications.

Les affections viscérales qui déterminent une gène circulatoire,

notunment les afl'eclions cardio-vasculaires, sont fré(juenmient accom-

\K\|;nces de télangiectasies cutanées. Celles-ci sont surtout fréquentes aux

e\lrémités et particulièrement à la face. Tout le monde connaît les dila-

UUioiis vasculaires des ponunettes si comnumes dans Tasyslolie.

Jai remarqué aussi que les alTections du foie et notamment la cirrho$e atrophiquc pouvaient également produire ces télangiectasies de la face, qui ne sont pas toujours limitées aux ponmiettes, mais peuvent être diffuses et occuper, en môme tenq)s que les joues, les ailes du nez, le front et le menton.

Toutes ces télangieciasies acquises sont planes; mais, de même qu'il y a des naîvi verruqueux, de même il peut y avoir des télangiectasies (icfjuises venmqueuses ou kératosiques. Telle est cette curieuse affection qui succède parfois aux engelures et que Bazin avait très exactement déiTilc sous le nom de nœvus a pernionc; on l'appelle aujourd'hui (tngio'kératome (*).

Celle lésion est constituée par une petite triche vasculaire, qui devient

(') E. Gacciikr. Traité dru mai. de la peau, I. lî, p. 81. — Comptes rendus du Congrès ^'^ternational fie médreine de lîHM), sirlion de (icrinntolop^ic, p. (»(^2.

F.. (ÎAiXHKR. TcIaiipîcL'lasies vcrruqueusi'S des mains et des pieds. Dull. de ia Soeiëli' de ^frmal., uo\, I8ÎM).

rATBOLOGIE CéllÉRALE. — Vï. 0

[r. GAUCHER.^

peu à peu saillante et se couvre ultérieureuient de stratifications épidcrmiques. A sa période d'état, elle présente Taspect d'une petite s^iillie rugueuse, cornée, d'une coloration rouge, de la dimension d'une télé d'épingle ou d'un petit pois.

Les saillies, groupées en nombre variable les unes à côté des autres, occupent la face dorsale des phalanges des doigts et des orteils, quelquefois le nez et le bord des pavillons auriculaires. Ce sont exactement les mêmes sièges que ceux des engelures.

Enfin, il y a une dernière aflection constituée par des télangiectasies, c'est le purpura simplex. Contrairement à ce qu'on pense et à ce qu'on a écrit quelquefois, la lésion primitive du purpura simplex, appelé par Schœnlein péliose rhumatismale, n'est pas une tache hématique, une extravasation sanguine, mais une tache vasculaire. La télangiectasic du purpura simplex a un siège anatomique particulier; elle se développe surtout autour des follicules pilo-sébacés. Sous l'influence de la tension sanguine, les petits vaisseaux se rompent habituellement et la lésion devient mixte, à la fois vasculaire et hématique ; mais, primitivement, la tache rouge du purpura simplex est télangiectasique; c'est ce qu'ont démontré Hillairel, M. Cornil et M. Du Castel. Cette affection peut servir de transition entre les taches vasculaires et les taches hématiques.

A côté des angiectasies vasculaires sanguines, il y a d'autres productions vasculaires cutanées de nature lymphatique : ce sont les angiectasies lymphatiques.

Celles-ci, suivant leur aspect et leur disposition, ont été désignées sous les noms de lymphangiomes et de varices lymphatiques.

Je n'ai en vue que le lymphangiome circonscrit, car les lymphangiomes kystiques sont de véritables tumeurs, qui doivent être rattachées aux kystes séreux multiloculaires.

Le lymphangiome circonscrit (^) est constitué par une petite tache saillante ou une petite tumeur, résultant de la dilatation des réseaux lymphati(|ues; c'est une sorte de nœvus lymphatique. Il se présente sous l'aspect d'un amas mùriforme de vésicules transparentes, ressemblant à des grains de sagou et dont la ponction donne issue à un écoulement de lymphe.

Les imrices lymphatiques dermiques sont aussi des télangiectasies lymphati(pics. Elles sont caractérisées par des élevures vésiculeuses, disposées en séries linéaires ou réunies par groupes et renfermant un liquide clair, que l'examen microscopique permet de reconnaître pour de la lymphe.

(•) E. GAtciiKH cl Lacai'èhk, llislulogie du h inphaiigiomo circoiistril. ÂrcU. de méd. ejrper., mars llHM)

MOniFfCATIONS DE COULEUR ET D'ASPECT DE LA SURFACE CUTANÉE. 151

Page 1