‹ Traité de pathologie générale v. 1 (volume 2)Chapitre 33 sur 185 · EXCORIATIO.NS ET ULCÉRATIONS · texte numérisé non relu

EXCORIATIO.NS ET ULCÉRATIONS

Les excoriations ou exulcërntions sont des ulcérations superficielles i|ui ne dépassent pas les limites de Tépiderme et n'atteignent pas le derme. Elles ne laissent pas de cicatrice.

Ces excoriations succèdent particulièrement aux vésicules, aux bulles et aux pustules psydraciées de Timpétigo. Leur guérison est marquée par la production d'une croûtelle ou d'une simple squame, après la chute desi|uelles on n'observe aucune trace persistante.

Il peut y avoir des exulcérations primitives, dont le type le plus fréquent est la plaque muqueuse syphilitique.

Les plaques nuH|ueuses siègent le plus souvent sur les muqueuses, principalement sur la mu(|ueuse de la bouche, de la langue et de Tisthme du gosier, mais elles |)euvent occuper la peau des lèvres, la peau du gland «»u de la vulve et la peau de Tanus. Ce sont des exulcérations grisâtres, i)|)alines, arrondies, un peu cuisantes, qui ne déterminent de véritables douleurs que dans les cas où elles sont umltiples et conlluentes. Elles appartiennent surtout à la période secondaire de ti syphilis et coexistent avec la roséole; mais elles peuvent être très tardives et, en réalité, on est tîu droit de din», comme renseignait llillairet, que la plaque muqueuse est un accident de toutes les périodes de la syphilis.

Les ulcérations sont plus profondes que les excoriations; elles ne sont pas seulement épidermiques; elles atteignent le derme, plus ou moins profondément, et même parfois le tissu cellulaire sous-cutané. Elles se terminent par la production dune cicatrice persistante.

L'ulcération est ordinairement une lésion secondaire; il y a cependant des ulcérations qu'on peut qualilier ih primitives, parce qu'elles constituent la période d él.il de la maladie, bien qu'en réalité elles succèdent le plus souvent à dis lésions érythémateuses, vésiculeuses ou pustuleuses.

[r. GAUCHER}

174 SÉMIOLOGIE DE L.V PEAL.

Les principales ulcérations primitives sont : riilcère vari(|ucux, ruleèrt^ des pays chauds, le chancre syphilitique, le chancn» uiou et rulcération tuberculeuse primitive.

Vulcère variqueux siège à la partie inférieure des jambes; il succède souvent à des lésions eczémateuses; dans d'autres cas, il est provoqué par un traumatisme; mais, dans tous les cas, il est produit et entretenu par les varices et par les troubles de nutrition cutanée, qui insultent de la gêne dans la circulation veineuse. Il est plus ou moins étendu, arrondi ou irrégulier. Ses bords sont taillés à pic, quelquefois indurés et calleux. Il a une marche très lente et peu de tendance à la giiérison. Quand il se cicatrise, il laisse à sa place une cicatrice pigmentée.

Vulcère des pays chauds, qu'on obsene en Asie, en Afrique et en Amérique, particulièrement au Tonkin et en Annam (*), au Gabon (*),à la Guadeloupe, siège sur les membres, principalement aux jambes. Il a une tendance envahissiuite, mais une évolution torpide et se cicatrise très diflicilement dans les {lays où il a pris naissance, plus facilement quand les malades changent de climat. Il ressemble beaucoup aux ulcérations syphilitiques et sa cicatrice est pigmentée comme celle des syphilides.

Le chancre syphilitique de la peau est une ulcération surélevée, lisse, peu suintante, d'une coloration rouge sombre, généralement indolore, accompagnée d'engorgement lymphatique polyganglionnaire et suivie à bref délai de l'apparition de la roséole spécifique.

Le chancre mou est une ulcération plus profonde, à bords décollés et irréguliers, couverte de pus, à tendance envahissante, accompagnée d'une adénopathie suppurée et douloureuse. 11 est généralement multiple sur le môme sujet et auto-inoculable, tandis que le chancre syphilitique est le plus souvent unique.

Vulcération hiberculeuse primitive de la peau résulte de l'autii-inoculation directe du bacille tuberculeux par les déjections ou par l'expectoration des phtisiques. On l'observe près des orifices naturels, autour de Taims et sur les lèvres, plus souvent sur la langue. Elle est due à la fonte caséeusede granulations tuberculeuses, groupées les unes à côté des autres et qui, avant leur ramollissement, ont l'aspect de grains jaunes tout à fait caractéristiques. L'ulcération tuberculeuse s'accroît graduellement par la production de nouvelles granulations autour de la lésion principale et par le ramollissement successif de ces granulations nouvelles. Klle peut ainsi acquérir d'assez grandes dimensions et n'a aucune tendance à la cicatrisation.

Les ulcérations secondaires succèdent à des pustules phlysaciées, à des tubercules ramollis, souvent à des gommes, qm^ nous avons considérées connm; une variété de tubercules, parfois à dés tumeurs.

Klles ont peu de» caractères propres par elles-mêmes. Dans la variole,

(*) (f\i:<:ifER (>( TotvKNAiNT. V Icèms annnmitrs. Soc. «I.» (UMinat., janvier 1K1I6. •*i (iAUCHKit, (frère tjabonnix. Stw. «Ii* tlcrinnl., iiov. I8U8. — <i\ir.iiKK cl Hkrnard, Soc. jIc «lerniiit., mars 11K)1.

cependant, leur irrégularité, leur multiplicité, leur prédoiiiinancc à lu face constituent des éléments importants du diaj^nostic rétrospectif do r/'iiiption,.

Les autres ulcérations n'ont rien de palhognomonique dans liMir aspect, et leur nature ne peut être déterminée que par la connaisssince de la lésion anti'cédente.

(Ie|)endant, il y a certaines maladies dans lesquelles les idcérations |M)ss(Hlent des caractères particuliers, dépendant uniquement de la nature de la maladie et quelle qu'ait été la forme d(; la lésion élémentaire primitive. Ces maladies sont la tuberculose, la syphilis, la lèpre, le cancer et le mycosis fongoïde.

Les ulcérations tuberculeuses (anciennement scrofuleuses), cprelles succèdent à des gommes ou à des tubercules lupiques, sont irrégulières, à bords décollés et amincis; leur surface est d'une coloration livide, lie de vin et couverte de fongosités. Elles laissent, à leur suite, des ciciitrices violacées, irrégulières, bridées et rétractées, à tendance kéloïdienne.

Les ulcérations syphilitiques sont bien dilTérentes; elles sont plus réjçulières que les précédentes; elles ont des bords taillés h pic ou en évidoir; leur surface est sanieuse. Elles ont une tendance à s'accroître rapidement et à devenir phaqêdéniques. Elles laissent après elles une cinitrice lisse, plate, régulière, déprimée, pigmentée, dont la coloration /l'ITace peu à peu du centre vers la circonférence.

Les ulcérations de la lèpre sont blafardes, saignantes, ichoreuses, ans tendance à la cicatrisation, insensibles connue tontes les manifestations lépreuses.

Les ulcérations du cancer sont particulièrement douloureuses; leur surface est couverte de bourgeons charnus mollasses, «pii saignent très r»eileiuent. Leurs bords sont irréguliers, saillants et indurés.

Les ulcérations qui succèdent à Touverture des tubercules ou des lunieiirs du mycosis fongoïde sont parfois très profondes et très étendues; elles sont blafardes et sanieuses; leurs bords sont décollés et irré»ndiei*s : elles ont peu de tendance à se cicatriser.

^2. — FISSl HES or RIIAGADES

Les ulcérations (|ui occupent les plis de la peau ont re^u le nom cb» lUiures ou de rhaqades. Ce sont des pertes d(» substances linéaires, à bonis indurés, qui provoquent souvent de vives douleurs.

L» type de la tissure est la fissure a Vanus, qui a des causes multiples, lUiiis qui peut être simpleuienl la conséquence d'une* irritation |)rolongée •le la surface cutanée. C'est elle surtout qui est accompagnée di» douleurs intoléi-ables.

Keiiucoup de lésions culanées peuv(»nt prendre \o caractère lissurique, en raison de la région sur la(|uelle elles siègent.

[C GAUCHER

i7fi . SÉMIOLOGIE DE LA PEAU.

Le chancre de Vanus est fissurique. Les plaques muqueuses syphilitiques sont également (issuriques à l'anus et aux commissures labiales.

Le psoriasis des lèvres, des plis articulaires, du mamelon et de l'anus peut donner lieu aussi à des fissures secondaires, parfois assez douloureuses. 11 en est de même de Vèczéma des mêmes régions, particulièrement de Teczéma orbiculaire des lèvres.

Il y a une affection des commissures labiales, caractérisée par une sorte de décollement épidermique localisé, récidivant, occupant à la fois la muqueuse et la surface cutanée, à laquelle on donne le nom de perlèche. Cette affection est également fissurique, mais la fissure qu'elle produit est peu douloureuse.

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