‹ Traité de pathologie générale v. 1 (volume 2)Chapitre 34 sur 185 · CROUTES · texte numérisé non relu

CROUTES

Les croûtes sont des concrétions produites par le dessèchement de Tcxsudation qui se fait à la surface des ulcérations. Quand on arrache la croûte, on trouve, au-dessous d'elle, une mince couche d'exsudat, tantôt séreux, tantôt purulent, tantôt séro-sanguinolenL

Les croûtes peuvent succéder à des vésicules, h des pustules, à des papules ou à des tubercules ulcérés. La plupart d'entre elles n'ont pas de caractères distinclifs. Quelques-unes, cependant, présentent des particularités propres.

Celles de Veczéma sont minces, grisâtres, peu adhérentes, soulevées sans cesse par l'exsudation poisseuse sous-jacente. Celles de Yeczéma impétigineux participent des caractères des croûtes de l'impétigo.

Les croûtes impétigineuses sont jaunâtres, melliformes, molles, quelquefois étendues en nappes. C'est l'aspect de ces croûtes qui avait fait donner à l'impétigo, par Alibert, le nom de mélilagre.

Les croûtes de Vherpès sont petites, résistantes, bien isolées, d'une coloration jaunâtre ou brunâtre.

Celles de Vecthyma sont brunes, épaisses, stratifiées, adhérentes et enchâssées profondément dans le derme.

Les croûtes de la tuberculose cutanée et de la syphilis, quelle que soit la forme de la lésion élémentaire qui leur a donné naissance, présentent des caractères dislinctifs, très importants à connaître.

Les lésions ulcéreuses de la tuberculose sont recouvertes de croûtes molles, jaunâtres, peu adhérentes, autour desquelles les téguments sont épais et violacés.

Dansla^i/pAîV/^, les croûtes sont dures, brunâtres, adhérentes, épaisses, stratifiées comme les coquilles d'huîtres ou de patelles, entourées d'une zone pigmentée, d'un jaune cuivré.

Il y a des croûtes qui ne reposent pas sur une perte de substance, au-dessous desipielles la peau n'est ni ulcérée, ni même excoriée; ce sont

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«les croûtes primitives. De ce nombre sont les croûtes de la séborrhée et celles du fa vus.

La séborrhée est un trouble de la sécrétion sébacée. Parfois, la matière sébacée hypersécrétée se concrète sous forme de croûtes grisâtres, molles, malléables et graisseuses, au-dessous desquelles la peau est seulement rouge, mais non ulcérée. Sur cette surface rouge on peut voir, quand la croûte est enlevée, les orifices sébacés dilatés et béants.

La croûte favique est essentiellement de composition parasitaire. Elle est formée par Faccumulation du mycélium et des spores de Vachorion Schœnleiniij qui est le parasite du favus. Ces croûtes, qui répandent une odeur de souris caractéristique, sont sèches, ternes et pulvérulentes. Elles présentent différents aspects : tantôt ce sont des croûtes arrondies, isolées, (le petites dimensions, déprimées en godets, caractérisant le favus urcéolaire; tantôt ce sont des amas croûteux épais, irréguliers, raboteux, recouvrant de larges surfaces et résultant de la réunion et de la confluence (les godets faviques primitifs; ce dernier aspect appartient au favus scutiforme et au favus squarrheux. Au-dessous des croûtes, la peau présente une dépression cicatricielle indélébile, sur laquelle, non seulement les cheveux sont arrachés, mais les follicules pileux sont détruits.

i. — CICATRICES

Les cicatrices sont formées par un tissu conjonctif nouveau, destiné à réparer les pertes de substance du derme, produites par les ulcérations.

Elles succèdent surtout aux pustules, aux tubercules ulcérés et aux plaies trdumatiques.

Leur forme, leur saillie et leur coloration sont variables suivant les cas; mais, d'une manière «générale, elles peuvent suivre trois évolutions différentes.

Le plus souvent, elles s'atrophient avec le temps, eu s'aflaissant peu à peu et en diminuant de volume; elles peuvent mèuie, finalement, devenir à |)eine perceptibles.

Dans d autres cas, la lésion cicatricielle persiste iiHléfmiment; elle s'indure; le tissu fibreux qui la constitue se rétracte. Ces cicatrices fibreuses, rétractées, irrégulières, indurées, couvertes de brides, sont observées à la suite de certaines plaies contuses et surtout à la suite d(»s brûlures; elles ont reçu le nom de cicatrices hypertrophiqtwa.

Dans d'autres cas, enfin, la cicatrice s'hypertrophie et devient kéloïdienne.

La kéloïdf est constituée par une tumeur dermique, cylindrique ou allongée irrégulièrement avec des prolongements latéraux; elle est d'une coloration rougeàtre ou rosée, quehpiefois couverte de télangiectasies. C'est d'ailleurs une production indolente, qui persiste indéliniur^nt, sans jamais s'ulcérer. La kéloïde est, en réalité, une uéoplasic surajoutée à

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la cicatrice, et une néoplasie d'une nature particulière, qui récidive après ablation.

La cicatrice hypertrophiquc ou vicieuse difïerc objectivement de la kélolde par son étendue moindre, par sa plus grande irrégularité. Elle en diflère aussi en ce qu'elle ne récidive pas après ablation.

La kéloïde n'est pas toujours cicatricielle: on a décrit une kéloïde spontanée, qui est une sorte de cicatrice primitive ; car, si elle succède à une solution de continuité de la peau, «elle-ci a été si minime (|u'elle a passé inaperçue. Les caractères de la kéloïde spontanée sont, d'ailleurs, exactement les mêmes que ceux de la kéloïde cicatricielle.

Les cicatrices, suivant leurs causes, présentent peu de caractères propres. Cependant, il y en a quelques-unes dont l'aspect est caractéristique et, en quelque sorte, pathognomonique.

Ainsi, les cicatrices de la variole sont petites, déprimées, irrégidières, quelquefois confondues les unes avec les autres sous forme de plaques couturées difformes. Elles donnent à la face un aspect tout à fait spécial.

Les cicatrices des ulcérations de la lèpre sont déprimées, irrégulières, parfois couvertes de brides et absolument insensibles.

Les cicatrices des lésions tuberculeuses cutanées ou des lésions de Vancienne scrofule sont épaisses, gaufrées, irrégulières, avec des brides périphériques ; elles sont parfois douloureuses et leur coloration est livide ou violacée.

Au contraire, les cicatrices de la syphilis sont régulières, déprimées, minces, lisses, parcheminées, d'une coloration brunâtre, cuivrée, qui s'efface peu à peu, avec le temps, du centre à la circonférence.

Les ulcères variqueux laissent des cicatrices irrégulières, également pigmentées, comme celles de la syphilis. Il est, d'ailleurs, à remarquer qu'aux membres inférieurs, la pigmentation des cicatrices n'a aucune valeur pathognomonique, car on l'observe a la suite de toutes les lésions ulcéreuses, de queh|ue nature (|u'elles soient, même à la suite des plaies traumatiques.

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