I. - TROUBLES DE LA SÉCRÉTION SLDORALE. — SÉMIOLOGIE DE LA SUEUR
La sécrétion sudorale peut être altérée dans sa quantité (»t dans sjî qualité,
A. L'augmentation de la sécrétion sudorale a reçu le nom général Hliypei'hidrose, sa diminution ou sa suppression celui iVanhidrose.
a, L'hyperhidrose peut être généralisée ou partielle; à celle-ci est ri'servée la dénomination spéciale» d'éphidrose.
Les sueurs généralisées sont observées dans un grand nombre d'états morbides; je ne citerai que ceux dans lesquels Thyperhidrose constitue un symptôme important. Il y a même une hyperhidrose physiologique^ (|ui se manifeste sous l'influence (fune émotion, d'une douleur vive, d'un exercice violent, |)arfois pendant le travail de la digestion, simplement aussi j>ar l'action d'une chaleur excessive (*).
Dans celte hyperhidrose physiologique, la sudation, bien que généralisée, est toujours plus abondante dans les régions les plus riches en glandes sudoripares, par exemple aux aisselles, dans les aines, danslcî pli interfessier, au cuir chevelu.
11 faut reconnaître, d ailleurs, (pie, même à Télat physiologique, la sudation ne se produit pas avec la même facilité, ni avec la même abondance, chez tous les individus. L'hypersécrétion sudorale est le propre de larthritisme et, parmi les arthritiques, les sujets nerveux y paraissent plus prédisposés (pie les autres.
Il va une hj^ierhidrose physiologique cpii mérite une mention spéciale, c'est celle de la ménopause. La suppression de la fonction menstruelle est souvent accompagnée» de sueurs profuses, revenant par crises, qui sont sous la dépendance d(; troubles vaso-moteurs, au même titre que les bouffées de chaleur et les rougeurs subites et passagères de la face, qu'on observe souvent dans les uu^nes circonslances.
•) llii.i.AiHKT et Gaucher. Traité dru mal. de la peau. p. I2i. — E. Galcher, Traité den mal. de hi />eau. I. II. p. 591 ol suiv.
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iU SÉMIOLOGIE DE LA PEAU.
Les sueurs sont fré<|uentes dans les maladies aiguës; mais il y a surtout trois maladies dans lesquelles la diaphorèse constitue un phénomène important : ce sont la suette miliaire, la fièvre palustre et le rhumatisme articulaire aif^u.
Dans la sueUe miliaire, Thyperhidrose est, avec l'éruption, un symptôme capital.
L'un des trois stades de la fièvre intermittente palustre est caractérisé |>ar une sudation abondante et a reçu, précisément, le nom de stade de sueur. Il y a aussi une forme diaphorétique de la fièvre pernicieuse^ caractérisée par l'exagération de ce phénomène habituel.
Le rhumatisme articulaire aigu, généralisé, s'accompagne toujours de sueurs d'une abondance excessive.
Ihms d'autres maladies infectieuses, rhy|)ersécrétion sudorale constitue un symptôme terminal, généralement d'un pronostic favorable. Par exemple, la convalescence de la pneumonie est souvent annoncée par une crise sudorale. Ces sueurs terminales sont connues depuis longtemps sous le nom de sueurs critiques.
L'hypercrinic sudorale étant sous la dépendance de troubles vasomoteurs, il est facile de comprendre pourquoi les sueurs sont si fréquentes chez les névropathes et dans toutes les affections nerveuses.
Elles ne sont pas rares dans Vhystërie. Elles sont constantes et très abondantes dans tous les comas, AviW^Y apoplexie cérébrale, dans le delirium tremens.
L'attaque dépilepsie se termine habituellement |)ar une sudation exagérée. Il y a même une forme d'épilepsie larvée, décrite par M. Renaut sous le nom de petit mal sudoral, qui est uni(|uement caractérisée par des accès d'hyperhidrose abondante.
C'est également à une dépression nerveuse (pi'il faut attribuer les sueurs profuses de \ agonie, la sueur froide de la syncope et de la lipothymie, la diaphorèse qui termine les accès douloureux, tels que la colique hépatique.
L 'hyperhidrose est fréquente dans les cachexies, quelle que soit leur nature. Les sueurs cachectiques sont (}uelquefois vis(pieuse>, comme celles de l'agonie; cette particidarité peut trouver son explication dans la structure histologique de l'épithélium sudorijxire. M. Ranvier a montré^ en eflet, que les cellules du conduit glomérulaire présentaient, près de leur extrémité libre, une portion hyaline, qui, en s'étirant, se fragmentait sous forme de petites masses colloïdes, (|u'on retrouve dans la sueur. Ces masses colloïdes, par leur abondance, peuvent donner à ce liquide une certaine viscosité.
De toutes les cachexies, la plus intéressante, au point de vue de la diaphorèse, est la phtisie pulmonaire. Les sueurs des phtisiques peuvent avoir pour causes accessoires la dyspnée et la diminution de la perspiration pulmonaire, comme dans toutes les maladies de poitrine, les accès de toux, les vomissements, la difficulté des digestions, agissant par action
réflexe (sueurs réflexes), la diminution de la diarrhée (sueurs compen- $atrices) si l'on admet, avec Graves, un balancement entre ces deux sécrétions: mais la cause principale de l'hyperhidrose des phtisiques est ktoxémie^ provenant de l'infection tuberculeuse ou des infections secondaires. C'est cette toxémie qui donne naissance h la fièvre hectique et oclle-ci est, au premier chef, une fièvre sudorale. La dépression nerveuse, résultant de Taffaiblissement général de l'orpanismo, est, d'ailleurs, une condition prédisposante de celte diaphorèse.
Les sueurs partielles ou éphidroses sont peut-être plus fréquentes que l'hyperhidrose généralisée. Elles peuvent, suivant leur cau^^e, occuper toutes les parties du corps, mais leurs sièges les plus habituels sont : le cuir chevelu, la face, les aisselles, les aines et les parties génitales, les régions palmaires et plantaires.
Véphidrose du cuir chevelu est propre au sexe masculin; elle se produit, chez les arthritiques et chez les goutteux, sous Tinfluence du mouvement ou de Télévalion de la température. Elle est une des causes principales de la calvitie précoce.
Véphidrose faciale, totale ou partielle, peut être déterminée, en dehors de tout état pathologique, par les émotions vives, par la chaleur, simplement par la mastication. Elle peut se produire, par action réflexe, chez certains sujets, sous l'influence de l'impression gustative des aliments sapides ; elle occupe alors la région parotidienne. Cette éphidrose localisée parotidienne a été décrite par Brown-Séquard, qm en était luimême atteint.
Les affections (|ui s'acconq)agnent souvent d'éphidrose faciale sont principalement la migraine, les névralgies du trijumeau, la maladie de Basedow
Véphidrose axillaire est plus fréquente chez la femme que chez l'homme. Elle est souvent complicpiée dintertrigo, d'eczéma et d'îibcès tubéreux.
Les régions inguinale, inguino-génitale et interfessière sont souvent affectées d'hypersécrétion sudorale, souvent accompagnée, également, d'eczéma ou d'intcrtrigo.
On observe parfois l'éphidrose nux jambes, où, d'après Vemeuil, elle serait un signe de varices profondes,
Véphidrose palmaire est plus frécpiente; elle peut exister à Tétat j)ermanent, chez certains sujets nerveux, et constitue une infirmité très désagréable. Elle est parfois aussi symptomatique ; on Ta signalée au début de la tuberculose pulmonaire et à la période secondaire de la syphilis (A. Foumier).
Véphidrose plantaire est encore plus conunune et plus gênante; elle produit une humidité permanente, qui a pour conséquence la macération de Tépiderme et peut devenir une gêne dans la marche. Elle présente un autre désagrément c'est sa fétidité, sur la(|uelle je reviendrai plus loin.
Dans le groupe des sueins localisées, il faut encore ranger Téphidrose
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m\ SKMIOLOGIK DK LA PEAl.
(les hémiplégiques, désignée parfois sous le nom iY hémiplégie sudorale. C'est une éphidrose unilatérale, limitée au côté paralysé (»t qu'on a attribuée à un ti'ouble fonctionnel du grand sympathique, par analogie avec Vhémidrose faciale, qui se produit à la suite de la section du rameau cervical du grand sympathique (CI. Bernard).
Enfin, je signale une dernière éphidrose importante à connaître, c'est la sudation localisée à la jointure affectée, qui termine hahituellement V accès de goutte.
b, L'anhidrose peut être générale ou partielle. Suivant les cas, ce phénomène tient soit à une suppression temporaire de la sécrétion, soit i\ une destruction des glandes.
On observe une sécheresse généi'ale de la peau dans le dialtète sua^.
Dans Vichtyone, la sécrétion sudorale est diminuée à cause de la diminution du nombre des glandes sudoripares; elle est supprimée dans la dermatite exfoliatrice et dans le pityriasis rnbra, pai* défaut de fonctionnement de ces glandes.
L'anhidrose partielle existe dans toutes les dermatoses irritatives ei inflammatoires j sur les parties affectées : dans l'eczéma, le psoriasis, l'impétigo, le pemphigus, l'herpès, Térysipèle, le purpura, les tubercules syphilitiques, etc. Dans toutes ces maladies, les glandes reprennent leurs fonctions et la sécrétion sudorale reparaît avec la guérison des lésions cutanées. Ces faits ont été bien démontrés par M. Aid)ert (de Lyon) (').
Dans d'autres affections de la peau, telles cpie Vaplasie lamineuse de la face, le favus, le lupus, les cicatrices, la sécrétion sudorale csl supprimée, parce que les glandes sont détruites par le processus morbide.
B. Les altérations de qualité de la sueur poi'tent sur son odeur j sur sa coloration et sur sa composition chimique. Mais, comme» il est assez difficile, en pratique, de se procurer une quantité suffisante de sueur, pour la soumettre à l'analyse, les différences de composition chimique de la sueur sont peu connues.
a. Les «i/^Mr«Of/oî'fï;î/6'*' constituent hbromhidrose ou Vosmhidrose.
Le plus souvent la bromhidrose est associée à une é|)hidrose, plus rarement à un(; hyperhidrose généralisée.
Normalement, la sueur des individus à poil roux est odorante; elle sent 1(» lapin.
\À hyperhidrose rhumatismale présente ime odeur acide el pénétrante spéciale, qu'on a attribuée à la présence de Tacide lactique libre; mais rien n'est prouvé à cet égard.
Dans quelques cas d ictère, on a signalé Y odeur musquée de» la sueur.
Dans les affections septicémiques et pyémiques, la sueur répand une odeur fétide, due sans doute à réiimination cutanée de produits toxiques volatils, d'origine infectiiMise.
;*; Hii.i.AiiiLT v\ lî\n;iiKH, Traite des maladies delà peau. \k .7.» il W).
Dans V infiltration cVurine, dans ïanurie calculeuse, dans Vanurie hystérique, la sueur possède souvent une odeur urineuse, la sécrétion sudorale éliminant un certain nombre de produits qui devraient normalement passer par le rein.
Dans Vocciusion intestinale, quelle que soit sa natui*e, dans la i^étention fécale (Toinginc hystérique principalement, la transpiration peut présenter une odeur fécale très prononcée.
h^ éphidroses qui s'accompagnent le plus souvent de hromhidrosc^ sont réphidrose axillaire, Téphidrose inguino-génit^de el Téphidrose plantaire.
La sueur des aisselles est parfois fétide; mais, quelquefois aussi, chez les femmes, elle présente une odeur plutôt agréable, rappelant Tambrc» oiila violette.
La sueur inguinale ou inguino-génitale est d'une fétidité particulière.
Mais la plus fétide de toutes les bromliidroses est la bromhidrose plantaire. Chez certains sujets, la transpiration de la plante des pieds, surtout pendant l'été, est véritablement nausckibonde el rappelle l'odeur du fromage de Gruyère ranci.
Les causes de la bromhidrose, en général, sont uuiltiples. L'odeur de la sueur peut être due à Téliminatioii cutanée de principes anormaux; mais elle est aussi imputable, le plus souvent, à la putréfaction des produits do sécrétion à la surface de la |)eau.
6. Les modifications de couleur de la sueur sont beaucoup plus rares.
Oii a signalé exceptionnellement la sueur jaune dans certains cas A'ictère, Cette coloration jaune est due, d'après Ch. Robin, à la présence des principes colomnts de la bile dans la sueur.
Les deux variétés de sueurs colorées les plus import^uites à connaître siHit riiéniatidrose el la chromidrose.
Mhématidrose est vérilablemenl la sueur de sang, ainsi que l'a démontré hislologiquement Parrol; le sang vient du rés«»au vasculaire des glandes sudoripares.
L'hématidrose a été signalée dans certains cas de fièvres graves hémorragiques, not<imment dans la fièvre jaune; mais elle est surtout une manirestation de Vhystéric et a été presipie exclusivement observée chez la femme: elle peut reuq)lacer le flux menstruel.
Elle est toujours partielle el occupe une région limitée, principalement le bout des doigts, les ailes du nez, \o, front, la partie antérieure de la poitrine et les aisselles, les aines et la face interne des cin'sses.
l;éc<udement sanguin est toujours intermittent et momentané. La peau î^' congeslicmne, devient im |)eu douloureuse ou prurigineuse et se recouvre d'un liquide rosé ou rouge, (pii suinte incessannuent et reparait à mesure qu'on Tenlève. Cet écoulement dure un tenq)s variable, (pielques niiimles ou (|uehpies heures, et se reproduit à des intervalles variables, soit sur la même région, soit sur une région différente.
[r OAVCHER ]
La chromhidrose est un vice particulier de sécrétion des glandes sudoripares, siégeant habituellement sur les paupières, surtout sur les paupières inférieures, auxquelles elle donne une coloration noirâtre ou d'un bleu ardoisé.
La matière noire qui coloijf la peau provient bien réellement des glandes sudoripares, car Ch. Robin Ta retrouvée dans l'intérieur des glomérules.
Cette chromhidrose noire des paupières, bien étudiée et décrite par Leroy de Méricourt, est la plus connue. Mais on peut observer des sueurs colorées et de colorations difl'érentes sur d'autres régions. Toutes les parties de la face peuvent élre atteintes, ainsi (|ue le cou, le devant de la poitrine, le ventre, les mains et les pieds. La coloration peut être rose, rouge ou jaune; ce sont là, d'ailleurs, des faits exceptionnels (*).
Quelle que soit sa couleur, la matière colorante de la chromhidrose peut être enlevée par un frottement énergique; elle tache le linge et, au bout d'un certain temps, la sécrétion colorée se reproduit spontanément.
La chromhidrose peut être permanente et indéfinie ou, au contraire, intermittente et momentanée. Un Tobserve seulement chez les individus nerveux et surtout chez les femmes.
c. Les modifications de la composition chimique de la sueur doivent être assez nombreuses, mais elles sont mal connues. Dans certains cas d'insuffisance rénale, la sécrétion sudoripare peut être vicariante et éliminer des principes qui, normalement, doivent sortir par le rein C'est ainsi que, dans Yurémie, on observe parfois une diaphorèse abondante, qui remplace la sécrétion urinaire insuffisante. Les sueurs det brightiques renferment alors des matières excrémentitielles et notamment de l'urée, qui peut se déposer à l'état pulvérulent à la surface de la peau
La sueur des diabétiques renferme également du sucre.
La sécrétion sudorale peut aussi être une voie cYélimination médicamenteuse. D'après Ch. Robin, on retrouve dans la sueur les iodures, let sulfures solubles, le sulfate de quinine, les sels de mercure, qui ont éU ingérés et absorbés. L'élimination du mercure par la sueur a été biei démontrée par Byasson, au moyen de piles de Smitson appliquées direc tement sur la peau.
l>. - TROUBLES DE LA SÉCRÉTION SÉBACÉE
La sécrétion sébacée peut être troublée par excès ou par défaut, a. V hypersécrétion sébacée constitue la séboi^hée. Celle-ci se présente sous deux formes : à Vétat fluide ou à Yéta concret.
La séborrhée fluide ou huileuse peut siéger sur tout le corps; mais oi
;*) E. Gaucher, Traité des mal. de la peau. t. Il, p. 403.