‹ Traité de pathologie générale v. 1 (volume 2)Chapitre 6 sur 185 · MODIFICATIONS DE LA TEMPÉRATURE · texte numérisé non relu

MODIFICATIONS DE LA TEMPÉRATURE

Les modincations du sang que Ton a constatées jusqu'à présont chez les aliénés n'éclairaient guère la pathologie ni la thérapeutique (*).

Les tronbles de la menstruation sont fréquents; souvent elle est suspendue, son retour coïncidant avec une amélioration des troubles psychiques est d'un pronostic favorable. Si elle reparaît au contraire sans cette amélioration corrélative, c'est plutôt un signe d'incurabilité.

Ix?s troubles de la nutrition sont nombreux chez les aliénés. La peau présente souvent des changements de coloration et une grande sécheresse. On observe assez souvent rurticaireartificielle(*). Les sécrétions cutanées |>euvent être non seulement diminuées, mais altérées; certains mélancoliques présentent, malgré les soins de propreté les plus minutieux, une odeur nauséabonde spéciale, que l'on a comparée à celle de la souris. Les changements de coloration de la peau sont ou des décolorations, le vitiligo, ou des pigmentations anonnales. Quelquefois Texcès de pigmentation présente une étendue et une intensité considérables et cette négritie |»eut suivre d'une manière remarquable la marche des troubles menlaux(*). La mélanodermie de la peau s'accompagne souvent de pigmentation des muqueuses qui apparaissent à la voûte palatine, îiux lèvres, a la conjonctive, et disparaissent avec les troubles psychiques. On observe aussi la pseudo-pellagre (Fèvre, Brunet, Brierre deBoismont, Ilowden (*). tes troubles trophiques de la peau sont plus fréquents dans les mélanrolics, mais on peut les retrouver dans les diverses formes d'aliénation. Le système pileux est souvent affecté, principalement dans les cas chroniques : les cheveux noirs prennent un reflet rougeàtre comme s'ils étaient teints; les cheveux blonds pâlissent souvent et se dessèchent, se fendent à leur extrémité libre et deviennent cassants (*). Ilack Tuke rapporte un cas de manie récurrente dans lequel les cheveux devenaient gris à chaque attaque et reprenaient leur couleur brune naturelle dans l'intervalle. Chez les femmes, on observe quelquefois au coui's d'une affection mentale un développement considérable de poils sur la face.

Dans les états de dépression, toutes les sécrétions sont diminuées; la M'cheresse de la peau peut pourtant manquer aux extrémités, qui sont quelquefois couvertes d'une sueur visqueuse. La muqueuse buccale est aride, la langue est empâtée, la déglutition devient difficile; les dents sont couvertes d'un enduit gluant. Les sécrétions gastro-intestinales sont aussi insuflisantes, les digestions sont lentes et pénibles, il y a de la constipation opiniâtre. Le chimisine stomacal est altéré en même temps

* K. pKmiiv.vL Mackic. Ohs. on llic coiuliliom of llio hlood in i\\c insnno. clf. The Journ. of mental «r., 1ÎH)1, p. TA.

[*'■ r.H Kkoé «m p. Lanc-.k. Ln «Icnno^apliit' clioz les aliêiu*8. Jauni, de Seitrolngie. 1808. '• On. Fkbk, >»!«' sur iiii ras Ho môlaniHlcrmio rci'urrtMiUî chez un rpilcptiquc npatliiqnr. .Vrtiir. irom}gr. fie h Sal//étndre, 18U7, l. X, p. 552.

I*: Th. B. IItslop, On some <if llic rare skin (liscasi's afTiH'tiiii; tlic insanc. The Journ. nf mental ter., illOO, p. tv».

(*; MiRTo, Alloraiionr tn>fic*lic tici capclli (luranto uiia fa*o di o\citamenlo inaniai*i>. La lUforma ntedica, t8îH>, t. L, p ♦ni, 080.

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(|ue la motricité ('). Ces troubles entraînent souvent une anorexie plus ou moins complète ; mais le refus des aliments ne peut être considéré (|ue comme un symptôme secondaire, car bien souvent on peut constater un amaigrissement considérable avant le moment où falimentation a commencé h devenir insuffisante. Les troubles gastriques sont avec la courbature et l'insomnie les premiers signes prodromiques de la folie. Dans la mélancolie, malgré la douleur morale qui domine la situation, la sécrétion des larmes n'est que très rarement exagérée; souvent au contraire Tœil est sec et terne et rappelle l'œil de poisson bouilli.

Dans les états d'excitation, il se produit quelquefois une salivation abondante, nécessitant une sputation fréquente. Il faut remarquer que dans l'excitation la plus intense, comme dans la plus profonde dépression, il existe une constipation opiniâtre indiquant une diminution de la quantité des sécrétions intestinales; et que d'autre part, presque constamment, les narines restent sèches. On peut donc douter si la sécrétion salivaire abondante des maniaques n'est pas la conséquence des mouvements de la mâchoire, et une manifestation secondaire, au même titre que la sueur qui se produit dans les mêmes circonstances. On observe du ptyalisme chez des délirants systématiques qui se croient empoisonnés. La sueur des maniaques a quelquefois um? odeur fétide.

Chez les paralytiques généraux, on observe quelquefois des crises de sueurs locales ou générales. Chez les arthritiques, on peut voir une alternance entre les sueurs et les troubles psychopathiques.

Stoddart a signalé le retard ou la suppression de l'action de la pilocarpine chez les mélancoHques (*) ; c'est un phénomène qu'on peut retrouver chez les maniaques comme dans l'apathie post-paroxystique des épileptiques(').

Dans les états d'excitation, on a trouvé une hyperacidité de suc gastrique et une hypoacidité dans les états de dépression (').

Les fonctions du foie sont assez souvent troublées chez les aliénés qui sont assez sujets aux calculs biliaires (^).

Quant à l'urine des aliénés, son examen n'a encore donné (|ue des résultats controversés. L'urée, les phosphates et les chlorures peuvent se trouver en excès dans les états d'excitation ou en défaut dans les états de dépression. D'après les recherches de Mendel et de Mairet, les phosphates terreux seraient augmentés avec les manifestations de l'excitation et diminués dans les cas de dépression. Johnson Sinyth a noté la présence de la créatinine surtout dans la paralysie générale et la démence. L'albumine

(M Hameloc. Dyspepsie et lypémanie, Thèso de Moiitpi^Ilior. 1899.

[*) 11. B. Stouuart, Certain phvsical signs of melaïu-holia. The Jotirn, oj mcnttil Se, 1898, p. t>47.

(') (m. Ff'rk, Les épilepsies et les épiiqftiffues. 1898, p. 210.

(*) L. Orliac, Le chimisme gastrique rhei les aliénés, Tlièso «le Toulouse. 1899.

(**) C. F. Beadles. Gall-slones in thc insane. The Journal of the mental Science, 1892, p. r»82. — F. 0. Simpson, The causation and conséquences of gail-stone in Ihe insane. The Lancet, 18W, l. Il, p. 1002.

TROUBLES DE LA SENSIBILITÉ. i5

et le sucre peuvent apparaître inonientanément en conséquence de décharges violentes. L'albuminurie est fréquente dans le delirium treiiiens iFûrstner, Nàcke, etc.). Marro y a signalé la présence de pcptone ol d'acétone. Brasch a rencontré i'urobiline dans un cas de psychose dite polynévritique. Plusieurs auteurs ont signale l'hypertoxicité des urines chez les mélancoliques en particulier; mais la méthode des injections intraveineuses dont on s'est servi dans ces expériences est sujette à plusieurs objections qui s'appliquent aussi bien d'ailleurs aux expériences (|ui ont été faites sur les urines des épileptiques(*). La peplonurie n'est |Kis rare chez les paralytiques généraux.

Le début de la plupart des troubles mentaux s'accompagne d'amaigrisseuient* et leur guérison, au contraire, du retour de l'embonpoint (') quelquefois tellement rapide qu'on peut croire qu'il s'est agi d'une tropho* névrose. J'ai d'ailleurs signalé chez des épileptiques des oscillations de poids remarquables : un malade, que j'ai présenté à la Société de Biologie, avait augmenté de 33 livres en vingt-sept jours et il les a perdues à peu près aussi vite. Les maniaques absorbent souvent une très grande quantité de nourriture et n'en maigrissent pas moins. Dans les folies intermittentes ou circulaires, on observe souvent des oscillations saisissantes. La restauration de l'embonpoint n'est un bon signe que si elle coïncide avec une restauration corrélative de l'état psychique. Un défaut de concordance entre l'état physique et l'état somatique indique un trouble profond du fonctionnement du système nerveux et constitue en conséquence un signe pronostique défavorable.

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