‹ Traité de pathologie générale v. 1 (volume 3)Chapitre 106 sur 152 · LES INTOXICATIONS PROFESSIONNELLES · texte numérisé non relu

LES INTOXICATIONS PROFESSIONNELLES

sur 56 femmes, il y avait 12 femmes de médecins; mais c'est surtout chez les demi-mondaines qu'on observe la morphinomanie, il y en a 13 dans la statistique que nous citons.

On arrive progressivement à prendre des doses de plus en plus considérables de morphine, à s'injecter par jour 0'%5 à 1 gramme et même 4 et 9 grammes (Pichon).

D'autres toxiques peuvent aussi être employés d'une façon journalière et sont recherchés pour les sensations agréables qu'ils procurent : tels sont Véther dont l'usage est surtout répandu en Irlande, la cocaïne dont on arrive à prendre jusqu'à 2'%5 par jour (Magnan), parfois le chloral, l'antipyrine ou le sulfonal ; on peut rapprocher de ces substances les excitants comme le café ou le thé. Mendel (*) a appelé l'attention sur l'abus efaronique du café chez les femmes d'ouvriers dans la région industrielle dont Essen est le centre; il en est qui consomment jusqu'à une livre de café de Ceylan, représentant 4''',35 de caféine. Il en résulte une série de troubles nerveux et circulatoires qui se dissipent dès que le malade a pris de nouveau du café. L'abus de cette boisson est surtout fréquent en Amérique et provoque des troubles dyspeptiques et des manifestations nerveuses, insomnie, terreurs, hallucinations.

Un besoin naturel à l'homme l'a poussé de tout temps à avoir recours à des excitants nervins. Homère vantait le népenthès qui dissipait la tristesse et la mélancolie. Au xm^ siècle, on commença à faire usage, en Asie, d'une nouvelle drogue, le haschisch^ qui est préparé avec le chanvre indien, et se trouve employé aujourd'hui par 200 à 300 millions d'hommes, répartis en Afrique, du Maroc au cap de Bonne-Espérance, en Perse, dans rbde et la Turquie. Le haschisch produit des hallucinations gaies, dont Th. Gautier a donné une description saisissante (') ; au réveil, l'esprit est sain et dispos; mais à la longue on voit survenir une décadence des facultés mentales.

Plusieurs peuplades d'Asie orientale préparent avec la fausse oronge {Amanita muscaria) une boisson fermentée qui produit l'ivresse et la gaieté. Les effets sont dus à la muscarine qui s'élimine par la sécrétion rénale; aussi les gens pauvres ne reculent-ils pas, parait-il, à boire l'urine des riches pour se procurer les mêmes jouissances.

Citons enfin les intoxications chroniques par l'arsenic : les arsenicophages^ en Styrie et dans le Tyrol, arrivent à consommer jusqu'à 15 et 20 centigrammes d'acide arsénieux par jour.

Intoxications professionnelles. — L'étude des intoxications profes nonnelles nous fournit un exemple saisissant de cette double tendance [{ue nous avons vue caractériser l'évolution sociale. La civilisation crée des sources nouvelles d'intoxication, l'hygiène, par ses progrès, s'efforce l'en combattre les effets funestes. Les accidents par le plomb, le mercure,

(*) Hehdel, Die schSdlichen Folgen des chroniscben RafTceinissbrauchs. Berliner kUn. Wochenschrift, p. 877, 1889.

(*) Ti. Gadthr. Le club des hachichinn. Romant et Contes, p. 429; Paris, 1887.

le phosphore, étaient inconnus avant que l'industrie n'eût trouré moyen de tirer parti de ces substances; aussitôt on vit éclater une série dWideot; souvent fort graves. Mais bientôt l'assainissement des locaux, des atelien, les précautions et les soins recommandés aux ouvriers, vinrent eonjerk mal et diminuer la fréquence des manifestations morbides.

La plupart des intoxications professionnelles sont dues à des substances minérales. En tète se place le plomb; c'est le toxique le pli» répandu et, à maintes reprises, à propos des boissons, des aliments, des cosmétiques, nous avons eu à signaler son influence nocive; son acti« est d'autant plus importante que la pénétration peut se faire par toutes les voies, aussi bien par l'appareil respiratoire que par le tube digestif et même par le tégument intact.

Le saturnisme peut s'observer chez les individus employés à l'extnictioQ des minerais plombifères. Cette cause ne fait que peu de victimes en France; il n'en est pas de même à l'étranger. En Saxe, par exemple. 87 pour 100 des ouvriers travaillant aux mines sont atteints d'accidents: l'âge moyen de leur vie ne dépasse pas quarante-deux ans et leur mort^ lité s'élève chaque année à 18 pour 100.

Les manifestations toxiques sont bien plus fréquentes chez les hommes qui préparent les couleurs à base de plomb, minium, litharge et surtout céruse : il n'y a pas bien longtemps, à l'usine de Clichy, chaque ouvrier devait entrer en moyenne 4 fois par an à l'hôpital ; on comptait en effet 451 entrées pour 100 ouvriers. Mais aujourd'hui, la morbidité est moins élevée; Thygiène, mieux entendue, l'a fait tomber, dans les diverses fabriques, à 25, 20 et même 10 pour 100. Les animaux qui se trouvent employés dans les usines, ceux qui vivent aux alentours, ne sont pas épargnés; les ixrab et les volailles sont très sensibles à l'action du plomb ; le chien et le cheval résistent davantage ; chez ce dernier on observe surtout des pinlysies du larynx; Tanquerel des Planches rapporte qu'on voit souvent les rats courir, dans les usines, en se servant de leurs pattes de devant et traînant leur train de derrière paralysé.

On compte une centaine de professions où les ouvriers manient des produits plombifères; aussi entre-t-il chaque année, dans les hôpitaux de Paris, un grand nombre de saturnins, en tête desquels se placent les peintres en bâtiments.

Le cuivre est, comme on sait, presque inofiensif. On n'observe en effet que bien peu d'accidents chez les hommes qui le manient, bijoutiers, ouvriers préparant le verdet; nous n'excepterons que les fondeurs qui sont soumis aux émanations du métal en fusion, et encore, dans b plupart des usines, les troubles qu'on lui attribue, coliques, vomisse ments, liséré cuprique, sont-ils extrêmement rares. Sur 10000 ouvriers parisiens travaillant le cuivre, on ne compte par an que 6 cas de coliques, qu'il semble plus juste d'attribuer à des causes purement accidentelles.

Le zinc n'est pas plus dangereux et les quelques accidents auxquek sont exposés les fondeurs semblent relever plutôt de la Tolatilisatioo

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